Ferus demande à Valls la création du délit d'incitation à destruction des espèces protégées

Courrier de FERUS à Manuels, Valls, premier ministre, le 12 décembre 2014.

Tags-ariegeEn 2013, nous avons alerté à trois reprises votre prédécesseur sur la nécessité de parfaire le statut des grands prédateurs en créant un délit pénal contre l’incitation à destruction des espèces protégées. Nous avons averti Monsieur Ayrault de l’évolution des menaces contre les ours mais aussi contre les activités professionnelles sur le thème de l’ours. Nos lettres sont restées sans réponse. Nous en sommes aujourd’hui en Ariège à « Mort aux écolos ».

Respecter nos engagements internationaux ne se limite pas à compter les grands prédateurs. Il faut assurer aux espèces de bonnes conditions de vie dans leur habitat naturel et pour commencer rétablir l’ordre et faire respecter la loi républicaine.

Laisser véhiculer via les médias des propos tels que « ça va se passer comme en haute Ariège. C’était le lieu le plus exposé à l’ours des Pyrénées, ça ne l’est plus depuis trois ans. Pas par l’opération du Saint-Esprit mais parce que des ours ont été tués. » est inacceptable ; l’absence de protection contre les incitations à destruction d’espèces protégées est à l’origine de ces dérives. Ces dérives instaurent un climat malsain autour de la présence des grands prédateurs en France et limitent les actions constructives en faveur d’une cohabitation possible et d’un développement autour du potentiel existant de valorisation économique local de la présence des grands prédateurs.

De tous temps, les services de l’État communiquent peu en faveur des grands prédateurs et sont notamment absents face aux menaces proférées par leurs opposants extrêmes, minoritaires mais bruyants. Cette situation n’est donc pas nouvelle mais sous la Présidence de Monsieur Hollande, elle évolue dangereusement.

Depuis 2013, extrait des décisions des responsables de la France qui ne peuvent qu’encourager les exactions des opposants :

  • en 2012 et 2013, pour satisfaire les demandes des éleveurs, le préfet des Hautes-Pyrénées a signé deux arrêtés illégaux autorisant un effarouchement d’ours dans le département que rien ne justifiait.
  • mai 2013, le gouvernement officialise le plan loup 2013/2017 qui permet toutes les dérives actuelles ;
  • septembre 2013, le gouvernement donne une autorisation inédite aux sociétés de chasse d’abattre des loups lors de battues aux grands gibiers ;
  • octobre 2013, décision d’abattre plus de 230 bouquetins du massif du Bargy pour satisfaire le lobby agricole et malgré l’avis des instances scientifiques (CNPN, CRSPN). Pour l’Agence de Sécurité Sanitaire, il n’y avait pas d’urgence à agir, car le risque de transmission aux autres espèces est, selon l’expression des experts, extrêmement faible. Les bouquetins ont tout de même été abattus ;
  • juillet 2014, Ségolène Royal déclare « le territoire des Pyrénées n’est pas adapté à la réintroduction de l’ours. (…) Quand il y a pastoralisme, ma préférence va au pastoralisme » ; la Ministre de l’Écologie revient ainsi à cette opposition archaïque et stérile de l’ours contre berger, ignore les millions d’aides au pastoralisme en zones à ours et loups, les efforts de son ministère et des associations pour aider à cette cohabitation effective depuis des décennies et toujours possible et réussie en Espagne, en Italie mais aussi en France. Madame la Ministre de l’Écologie rallume aussi de vieilles querelles, donne raison aux plus extrémistes et aux plus violents et ignore que la biodiversité c’est aussi un partage de l’espace et non son occupation exclusive par une seule espèce ou une catégorie socioprofessionnelle par ailleurs largement soutenue par l’argent de tous les contribuables ;
  • août 2014, Ségolène Royal prend un arrêté qui autorise la chasse aux loups. Sous la pression des lobbies du monde de l’élevage et des fédérations de chasseurs, cet arrêté, repoussé par le Conseil National de Protection de la Nature et au cours de la consultation publique par 74 % des opinions exprimées, a été promulgué, faisant ainsi de notre pays un modèle négatif en matière de biodiversité et de protection des espèces sauvages.

Exemples de conséquences de ces positions gouvernementales en complément de celles déjà transmises à Monsieur Ayrault en 2013 :

- les associations de protection des grands prédateurs sont insultées et diffamées ; en octobre 2014, FERUS, le Fonds d’Intervention Éco-Pastoral-Groupe Ours Pyrénées (FIEP), France Nature Environnement, la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) et Pays de l’Ours-Adet, ont obtenu la condamnation pour diffamation de l’auteur d’un blog, Louis Dollo. À travers des articles virulents au caractère infondé, l’auteur, depuis des années maintenant, se montre farouchement opposé aux actions entreprises par les associations de protection de la nature en faveur de l’ours, du loup ou encore du vautour fauve. Au mois de juin 2014, l’auteur s’est permis d’aller encore plus loin. Il a été condamné mais s’octroie le droit de continuer à nous insulter et nous diffamer. Conséquence certaine des signaux envoyés par le gouvernement depuis 2012.

- « Mort aux écolos » : après les ours et les loups, appel à tuer leurs protecteurs. Durant le week-end du 29-30 novembre 2014, des personnes ont saccagé le site de la Maison du Valier (vallée du Ribérot, Ariège) : tags sur le bâtiment de l’auberge, destruction de mobilier Office national des forêts/parc naturel régional, détérioration et slogans haineux sur la voie aménagée sur les bords du Ribérot … Entre autres slogans, on peut lire « Non aux ours » et « Mort aux écolos ». (Voir photo).

Cette opposition à l’ours est en manque d’arguments sérieux pour justifier son rejet de l’ours et compense par des actions d’intimidation aux conséquences négatives pour les nombreuses actions menées en faveur d’une cohabitation constructive avec l’ours, mais aussi le loup, par différents acteurs locaux dont les services de l’État.

Nous vous demandons Monsieur le Premier Ministre de réagir pour protéger les personnes et les grands prédateurs sans oublier que les Français sont très majoritairement attachés aux ours et loups(*).

Pour rétablir l’ordre et respecter nos engagements internationaux, vous devez Monsieur Valls envoyer un signal fort en rendant condamnable les incitations à destruction des espèces protégées et en affichant une position claire et ferme en faveur du maintien durable des grands prédateurs en France.

Restant disponibles pour des échanges constructifs sur l’avenir de nos grands prédateurs de France, nous vous prions de recevoir, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de nos sentiments les plus respectueux.

(*) Septembre 2012, sondage IFOP exclusif réalisé pour le WWF et Rassemblement pour la planète sur les thématiques environnementales prioritaires pour les Français :

  • 71 % des Français sont favorables à la réintroduction de nouveaux ours dans les Pyrénées pour assurer la présence de cette espèce protégée et menacée dans les Pyrénées ; au final, il n’y a que 9% des Français qui se disent « tout à fait opposés » à ce renforcement de la population d’ours dans les Pyrénées…

Septembre 2013, sondage Ifop réalisé pour l’association One Voice et l’Association pour la protection des animaux sauvages :

  • 75 % des Français interrogés «considèrent que le loup a toute sa place dans la nature en France, si les troupeaux sont bien gardés»
  • 80 % des sondés se déclarent «farouchement opposés à son éradication» et seulement 6 % se montrent fermement opposés à sa présence, notamment chez les plus de 65 ans.
  • 75 % des personnes interrogées jugent inacceptable «que l’Etat français fasse abattre certaines espèces protégées, telles que le loup, le vautour ou le bouquetin, au motif qu’elles peuvent représenter un risque».

Source : FERUS

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