La bulle de l'éradication des loups hybrides a fait pffff

En France, c'était le coup du siècle, l'occasion unique pour flinguer tous les loups, ces "bâtards" hybrides

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Fin novembre (lire "Gâche métier"), Louis Dollo, « la vigilance du réseau des éleveurs », soulève ce qui pour lui devait être un scoop gros comme une maison : les loups sont des bâtards!

Nous sommes pourtant habitués aux faux scoops et aux rumeurs lancés par Louis Dollo. C’est immédiatement le buzz! Sans relecture ni analyse, les associations ultra-pastorales et les politiciens locaux (lire Castaner, Lassalle et Bové) se ruent sur ce « nouveau scandale » et l'utilisent, sans peur du ridicule, comme alibi pour demander la destruction systématique et complète des faux-loups puisqu’il n’y aurait donc pas de vrais loups en France.

Malgré ce concert de hurlements, la convention de Berne adopte « la recommandation hybrides », le doigt sur la couture du pantalon, après avoir un peu modifié le texte (lire Convention de Berne: la recommandation hybrides a été adoptée)

Les questions que je me pose sont: l’ont-ils lu? L’ont-ils compris? Ce texte n’avait pas pour but de protéger les éventuels hybrides mais bien de les faire disparaître pour protéger le loup. Et de confier cette « régulation » à des gens responsables. Ni aux chasseurs, ni aux pastoraux car on devine bien que tous les loups, une fois dans la ligne de mire, auraient été considérés par ces "antis" comme des hybrides, sans aucune analyse génétique, un peu comme les bouquetins du Bargy, considérés tous comme malades, sans aucune vérification.

Suite à cette chasse aux sorcières sur la toile (qui me fait irrésistiblement penser à la scène de la lapidation extraite de "La Vie de Bryan" des Monty-Python) et à une pluie de communiqués, de réunions et de déclarations tapageuses, la convention de Berne a modifié son texte, sans en changer le fond, juste pour le rendre plus facile à comprendre par ceux qui n’y ont visiblement rien compris et qui considèrent que tuer d’éventuels hybrides (à trouver d'abord et à prouver ensuite) revient à les protéger.

Prompt à dénoncer (Lire : Christophe Gabert et la délation, et Christophe Gabert une nouvelle fois délateur), Christophe Gabert, le président-fondateur et sans doute trésorier de la FAR, Fédération des acteurs ruraux avait sauté sur sa souris pour écrire une « lettre ouverte » à tous les grands pontes qui lui passaient par l’esprit. Rien moins que :

  • Mme Carolina Lasén Díaz secrétaire du comité permanent de la convention de Berne ;
  • Mr Herman Van Rompuy, Président du Conseil européen ;
  • Mr Jean-Claude Junker Président de la Commission européenne ;
  • Mr Martin Schulz Président du Parlement européen ;
  • Mme Ségolène Royal Ministre de l’écologie ;
  • Mr Stéphane Le Foll Ministre de l’agriculture.

Pour Christophe Gabert :

« Il est donc évident que si ce texte est adopté, il n'y aura qu'un seul et unique article qui sera applicable, l'article 4, qui donnera aux « croisés » une protection égale à celle du loup aujourd'hui. Ce sera une épine de plus dans le pied des éleveurs et des bergers, qui n'auront désormais plus le droit de se défendre contre les attaques de canidés qui ne sont pas des loups, de peur que après analyses, on puisse déceler un «gène » qui les classeraient immédiatement: hybrides protégés.

Mais, plus grave, ce sera aussi un encouragement  pour tous ceux qui pourront allègrement abandonner, dans la nature, la progéniture issue de croisement visant à apporter un sang nouveau. Pire, un encouragement à abandonner le gentil Chien-loup-tchèque qui était si mignon petit, mais qui se révèle si difficile à gérer à l'âge adulte.

Ce texte est un aveu: «  L'aveu que les loups qui peuplent aujourd'hui notre pays,  la Suisse, mais aussi l'Italie (d'où il sont censés être revenu naturellement), ne sont pas des loups issus d'une souche pure, mais bien des animaux issus de croisement entre chiens et loups. »

Malgré le bon sens paysan évident, le texte a été adopté.

Les modifications aportées au texte n’en changent pas le but :

  1. veiller à ce que l’élimination des hybrides du loup et du chien soit réalisée sous le contrôle du gouvernement et uniquement après confirmation par les agents de l’État et/ou par des scientifiques se fondant sur leurs caractéristiques génétiques et/ou morphologiques qu’il s’agit bien d’hybrides. Cette élimination doit uniquement être confiée aux organismes auxquels les autorités compétentes délèguent cette responsabilité, tout en veillant à ce qu’elle ne compromette pas le statut de sauvegarde des loups ;
  2. adopter les mesures nécessaires pour empêcher que des loups soient tués intentionnellement ou par erreur comme étant des hybrides du loup et du chien. Cela s’applique sans préjudice de l’élimination prudente, sous le contrôle du gouvernement et par les organismes auxquels les autorités compétentes délèguent cette responsabilité, de tels hybrides qui vivraient dans les populations sauvages du loup.

La Commission européenne répont poliment au président-fondateur Gabert

Le fondateur-président fait profil bas et déclare "en prendre acte".

« Votre lettre a retenu toute mon attention et je prends acte de vos préoccupations et de vos remarques. Toutefois vos préoccupations sont liées au projet de recommandation qui a, depuis, été révisé par le Comité permanent avant l'adoption d'une version définitive.

En effet, la Recommandation n° 173 (2014) du Comité permanent, adoptée le 5 décembre 2014, ne mentionne pas la protection des hybrides ni leur équiparation (NDLB: je me marre en imaginant le silence interrogateur que ce mot va générer!) aux loups. Au contraire elle recommande aux Parties contractantes, entre autres, de surveiller, prévenir et limiter les croisements entre les loups sauvages et les chiens et, le cas échéant, de réduire le nombre de chiens féraux ou errants (vivant à l'état sauvage) amsi que de veiller à une élimination, sous le contrôle du gouvernement, de tels hybrides qui seraient présents dans les populations de loups.

De telles mesures devraient être bénéfiques non seulement à l'état de conservation du loup (menacé par l'hybridation) mais aussi aux élevages qui sont vulnérables aux prédations par les hybrides ou par les chiens féraux ou errants. »

On pourrait espérer que cette fois, les crieurs au scandale réfléchissent un peu pour comprendre le texte, mais j’ai des doutes...

La nouvelle stratégie pastorale d’éradication des bâtards ne sera pas rangée de sitôt dans la boîte à idées d'où elle n'aurait jamais dû émerger. Ce serait reconnaître qu’ils se sont laissés berner par la vigilence et l'inventivité de Louis Dollo et qu’ils ont fonçé sur ce leurre, cette nouvelle rumeur dolloesque, cette fausse bonne idée, sans y réfléchir, un peu comme des moutons qui se jettent ensemble dans le vide parce que les autres devant le fond aussi.

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