Pépé Pedron condamné

Jean-Pierre Cerrada, le berger de Sireix épinglé par la justice

Justice - Val d'Azun

Après une heure de recherche dans la neige, 21 chèvres du troupeau de J.-P. Cerrada ont finalement été retrouvées. Photo Laurent Dard
Après une heure de recherche dans la neige, 21 chèvres du troupeau de J.-P. Cerrada ont finalement été retrouvées. Photo Laurent Dard


Jean-Pierre Cerrada est arrivé au tribunal égal à lui-même : tonitruant. Le berger de 70 ans est bien connu dans la vallée et bien au-delà d'ailleurs : il a souvent défrayé la chronique. En 2012 déjà, il s'exprimait dans nos colonnes, déplorant la perte de son troupeau de chèvres. D'après lui, la faute à l'ours. C'est le PGHM, alerté par la mairie dee Sireix, qui avait sauvé ce qui restait du troupeau, coincé en altitude, sous la neige, pas loin du Cabaliros. À l'époque, le berger avait déjà reçu un avertissement de la justice, qui lui reprochait de n'avoir pas redescendu son troupeau à temps. À l'entrée de l'hiver dernier, rebelote. Sur 75 chèvres, seules 36 vont en réchapper. Jean-Pierre Cerrada était donc prévenu devant le tribunal correctionnel d'abandon d'animaux domestiques. Mais ce dernier se défend avec vigueur comme toujours : « Je les aime moi, mes animaux. Je fais tout pour mes chèvres et j'ai tout fait pour les récupérer. Mais elles étaient coincées dans un couloir d'avalanche et elles ne répondaient pas. C'est l'ours qui les a effrayées et poussées là. Je n'ai jamais menti de ma vie ».

La présidente Gadoullet écoute le flot de paroles, mais interrompt brusquement quand le berger dérape : « C'est une mascarade ce qui se passe ici ! » La magistrate n'apprécie pas ce qui ressemble fort à un outrage au tribunal : « Ça suffit, mieux vaut ne pas aller plus loin ». Et d'égrener les témoignages : d'abord de la mairie de Sireix, puis du vétérinaire qui suit le cheptel : « Il dit clairement qu'il y a eu négligence. Vous avez également tenté de lui soutirer un certificat affirmant un dégât d'ours, alors qu'aucune trace d'ours n'avait été relevée dans le secteur ». Sans compter qu'au mois de janvier, l'ours hiberne depuis déjà longtemps. Mais le berger n'en démord pas. « Il est vrai, poursuit la présidente, que le vétérinaire précise que vous n'avez aucune volonté de nuire à vos animaux mais que vous êtes négligent. Pour lui mettre la pression, vous lui avez également dit que vous étiez prêt à aller devant les tribunaux et que vous connaissiez du monde dans la presse ! Vous n'avez peut-être plus non plus l'âge de monter si souvent en montagne… » Mais le septuagénaire s'emporte encore : « J'ai déjà été indemnisé pour l'ours ! Alors ? Remettez un peu d'ordre dans ce que vous me dites. » Là encore, une fois de plus on frise l'outrage.

Pour la procureure, la négligence est évidente et surtout se répète : « ça fait des années que ça dure, il est coutumier des faits. Je demande une interdiction définitive d'élevage ». Me Paule Picard, pour la défense, va se livrer à une véritable démonstration d'efficacité : « Il a commis la maladresse de n'avoir pas descendu le troupeau assez tôt. C'est tout ce qu'on peut lui reprocher. Il n'y a aucun élément intentionnel. Quand je vois cette prévention de cruauté envers les animaux, je me demande ce qu'il fait là. Et la tauromachie où l'on assassine des animaux à petit feu ? Et les atrocités que l'on voit envers les animaux ? On en est loin ici. Il n'a rien à faire dans cette salle. Et pourquoi mentirait-il au sujet de l'ours ? On a bien repéré ses traces à Estaing… Il élève ses chèvres avec passion depuis trente ans. Alors brusquement, il devient un bourreau ? C'est absurde ».

Les arguments de la défense vont porter : 1.500 € d'amende avec sursis. La présidente Gadoullet explique : « Vous avez déjà été averti et vous avez recommencé, c'est pourquoi vous êtes condamné. Mais le dossier démontre que vous aimez vos chèvres ».

Hélène Dubarry

Rendez-vous au printemps pour l'opération de secours annuelle organisée par Louis Dollo, un autre condamné : «Toutes personnes disponibles. Qu’il s’agisse de randonneurs, d’éleveurs, de touristes, toutes les bonnes volontés sont attendues même au-delà du canton.»...

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