Les moines COPistes

Par Bernard Pesle-Couserend

Un copiste est un professionnel chargé de la reproduction de documents écrits. Les moines copistes étaient chargés de la copie de textes religieux ou de leur enluminure. Travail long et minutieux destiné au faible nombre d’individus capables de comprendre…

Bref rappel

Bernard Pesle-Couserend
Bernard Pesle-Couserend, Chroniqueur rural

La tradition du moine copiste remonte au Moyen-Âge. A l’origine, il s’agissait surtout de perpétuer et diffuser des témoignages écrits ou oraux (« la bonne nouvelle » et autres religiosités), si ce n’est de première main, tout du moins vivaces dans les mémoires. Et puis à mesure qu’on s’éloignait de la source dans le temps et dans l’espace, il devenait de plus en plus difficile de détecter une erreur de copie pour un copiste ultérieur, dont la langue, la culture et les références quotidiennes n’avaient plus grand chose à voir avec le contexte d’origine. Par exemple un copiste du Xème siècle chargé de la reproduction d’un texte en grec traduit de l’araméen auquel il ne comprenait pas un traître mot aurait parfaitement pu modifier le sens du texte initial. Pire : un copiste qui aurait été pourvu de mauvaises intentions (habité par le Diable ?) aurait même pu délibérément, pure hypothèse, faire dire le contraire du message originel. Qui sait d’ailleurs si l’Humanité ne s’est pas entretuée au fil des siècles sur la base de textes provenant de transcriptions plus ou moins délibérément foireuses…

Sur un plan plus léger, on peut aussi facilement imaginer des dérives du style de celle que les amateurs de la drolatique et cultissime série « Kaamelott » connaissent forcément à travers l’épisode « Le message codé ». http://isawyou.fr/kaamelott-saison-2-episode-35-le-message-code/
Le message (codé) initial, était le suivant :
« Il faut affranchir nos compagnons. », répété et déformé par tous les bras-cassés de la série, il devient successivement :
« Il faut franchir les compagnons. », puis :
« Il faut rafraîchir les maquignons. » pour finir en :
« Il faut blanchir des champignons. »

Mais ceci est une époque révolue car plus personne aujourd’hui ne penserait à recopier laborieusement tous les ans le même texte pour aboutir progressivement à un document qui n’a plus rien à voir avec le contenu et les objectifs initiaux. Plus personne?

Et bien si, cela existe toujours au XXIème siècle. Cette lointaine tradition du moine copiste, que l’on croyait tombée en désuétude dans les pays occidentaux, est de nos jours perpétuée par une nouvelle génération ultra-moderne : les moines COPistes.

Scriptorium

Les moines COPistes ont pris l’habitude de se retrouver tous les ans depuis 1995. Ils sont au nombre de 196 aujourd’hui. Ils étaient un peu moins nombreux au départ. Deux hypothèses : Soit ils sont parvenus à recruter de nouveaux membres, soit ils se sont reproduits entre eux. Mais cette deuxième thèse est fortement contestée.

Les moines se sont donc réunis pour la 21ème fois en ce beau mois de décembre 2015. « Beau mois » en effet, pour parler réchauffement climatique, avec des températures relevées dignes du début du mois d’octobre. Première désillusion pour les naïfs : le qualificatif « 21 » ne fait aucunement allusion à une noble ambition pour le XXIème siècle, mais témoigne juste du fait qu’il n’est rien sorti de probant lors des 20 autres précédentes réunions de COPistes.

196 moines COPistes donc, enfermés pendant 13 jours (ils ne sont pas superstitieux, ni claustrophobes, mais semblent apprécier la proximité des corps) pour… pour quoi exactement ? Ah oui : Aboutir à un texte contraignant sur les bases du précédent texte qui aurait déjà dû être contraignant pour rattraper le retard dû au fait que toutes les précédentes ébauches n’étaient pas contraignantes non plus dans le but de limiter le réchauffement climatique. Enfin, si possible. Ouf !

Tout le monde aura bien compris que l’objectif de nos COPistes est donc d’abord de pouvoir présenter un accord en fin de conclave. Quel qu'il soit. Que le Monsieur Loyal de ce grand barnum soit le ministre des Affaires Étrangères plutôt que celle de l’Écologie (ou supposée telle…) en est un puissant révélateur.

Et c’est là que la perpétuation de la tradition médiévale des copistes se trouve ressuscitée par ces néoCOpistes.

Dérives COPistes

Entre 1995 et 2015, de copie en copie, de transcription en retranscription, le fond du texte a sensiblement évolué. Est-ce la faute à des erreurs liées à la méconnaissance des intervenants, qui, faute de prendre la mesure des enjeux, se sont involontairement éloignés des ambitions initiales ? Ou est-ce plutôt une action délibérée destinée à traîner en longueur, à vider le contenu de l’accord de sa substance ? Les mauvaises langues penchent évidemment pour la deuxième hypothèse. Les autres, plus réalistes, pensent juste qu’il s’agit d’un mélange des deux hypothèses.

« L’ambition du texte », si tant est qu’on puisse la qualifier ainsi, a donc évolué de la manière suivante sur 2 décennies :

« Il faut tout mettre en œuvre pour empêcher le réchauffement climatique »
« Il faut empêcher le réchauffement climatique, mais il ne faut pas bloquer la croissance »
« Il faut limiter le réchauffement climatique à 2 degrés pour 2100. C’est bien ça, 2 degrés… »
« Et les mecs, 2 degrés, on ne va pas y arriver…si on essayait 1,5 degrés ? ça pète, hein, 1,5 degrés ? Personne n’y avait pensé…c’est moi que j'ai eu l'idée le premier ! »

Et voilà, il n'y a plus qu'à ratifier l'accord. En bâillonnant si besoin quelques moines, majoritairement issus des pays pauvres et concernés, et qui auraient le tort de se croire investis d'une mission. Et pourquoi pas divine, tant qu'on y est...

Enluminures

La spécialité des copistes médiévaux, c’était l’enluminure. Même si le texte était ennuyeux, même si on n’y comprenait rien, au moins, c’était joli.

Nos 196 COPistes 21 restent fidèles à la tradition : En guise d’enluminures, nous avons droit à un puissant service de communication. Le pays hôte est réputé en la matière. Et à un joli préambule, bien ficelé, bien rédigé, ambitieux et tout et tout. Seul minuscule problème : rien de ce qui apparaît dans un préambule de ce type d’accord n’a la moindre portée contraignante.

Quand à la « décision » de la COP 21, elle peut sans problème être contredite par les décisions des COPs suivantes. Alors autant se lâcher : ça ne mange pas de pain. Par contre, dès qu'on rentre dans le vif du sujet, à savoir ce qui concerne les pays les plus polluants, c'est bourré de conditionnel, d'absence de dates butoir (ou facultatives, ou glissantes...), d'objectifs flous et de possibilités de s'esquiver sans aucun compte à rendre. Je ne vais pas faire un inventaire exhaustif des manquements, car il me faudrait embaucher plusieurs copistes. Trois éléments, parmi une infinité :

  • Rien, ou si peu, sur la biodiversité. Ça ne doit pas jouer un grand rôle dans les équilibres planétaires. L'influence culturelle du pays hôte, sans doute
  • Rien, ou si peu, sur les transports aériens. Là aussi, sans doute faut-il y voir l'influence du pays hôte, et son ambition de construire l'aéroport futuriste que le Monde entier lui enviera… en 1970.
  • Rien ou si peu, sur l'océan. Comment nos moines COPistes peuvent-ils à ce point ignorer que la Terre est d'abord « La petite fille de la Mer » ? Là encore, peut être doit-on y voir l'influence du pays hôte, doté d'un important domaine maritime sur lequel il ne veut peut être pas trop de contraintes contraignantes.

Il y a aussi un intéressant « Fond Vert ». C’est joli, le vert. Surtout si on veut se la jouer écolo. Son financement est basé sur le même principe que le Téléthon (organisé au même moment) : les promesses de dons. Il est donc toujours possible de promettre beaucoup…et de donner peu. Ou tard. Ou un peu des deux. Ou pas du tout.

Mais bon, il y a quand même des certitudes : on sait que la COP 22 se déroulera en 2016 à Marrakech. Et les COP 23, 24 et 25 sont déjà dans les tuyaux. Ça nous fait donc encore a minima quatre matchs de la dernière chance pour tenter de se maintenir en ligue mondiale de greenwashing. Avec de bons coachs, ça doit pouvoir se faire. Pour Marrakech (en novembre), les COPistes espèrent avoir la climatisation. Car le burnous, c’est encore moins seyant que la robe de bure...

Conclusion

Qu'est-on en droit d'espérer ?

Et bien que l'écrasante majorité des climatologues se trompe et que, non, il n'existe pas et n'existera jamais de réchauffement/bouleversement climatique induit par les activités humaines. Et que, de toutes façons, le progrès technique nous sortira de là, comme il l‘a toujours fait. Nous ne sommes quand même pas aussi crétins que les dinosaures.

Ou alors, il faut espérer que l'activité solaire, l'activité volcanique, El Niño, El Niña et je ne sais quelles autres composantes intervenants plus ou moins dans les fluctuations climatiques se liguent entre elles pour refroidir le climat et contrebalancer l'impact des + 3 ou 4 degrés à l'horizon 2100 que nous préparent les absences de décisions de nos moines COPistes. On peut rêver. Ça pourrait même relancer la croissance : + de CO² pour lutter contre le nouvel âge glaciaire !

Il paraît que la COP 21 affiche le chiffre flatteur de 40 000 participants, ayant plus ou moins gravité autour. Auxquels il faudrait en toute rigueur rajouter tous ceux qui ont été opportunément assignés à résidence par l'état d'urgence...

40 000, c'est environ 10 fois moins que le nombre de visiteurs supplémentaire reçus par le zoo de Beauval chaque année (+ 400 000) depuis qu'ils louent (chèrement…) un couple de grands pandas. Ça se comprend : il y a quand même beaucoup plus de chances de voir émerger de la vie et de l’action avec un couple de pandas en captivité qu'avec 196 moines COPistes en conclave.

Bernard Pesle-Couserend

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