Hier (un ancien monde en chute)

Par Bernard Pesle-Couserend

Le succès du film-documentaire « Demain » (un César et pas loin d'un million de spectateurs) fait des émules. Et surtout des envieux...

Bernard Pesle-Couserend
Bernard Pesle-Couserend, Chroniqueur rural

Chers sympathisants de COSA Nostra (Congrégation Œcuménique Syndicale Agricole de chez nous), chers contributeurs, chers amis,

Il n'était pas possible de rester sans réaction devant la déferlante du documentaire « Demain », véritable plaidoyer de la pensée unique écologiste incapable d'utiliser son libre arbitre et ayant perdu toute crédibilité. Nous nous devions de réagir sans tarder. Car au Vieuxconistan aussi, des solutions existent. Donc charge à nous de les empêcher d'émerger. C'est vrai quoi ! Ne sommes-nous pas les premiers écologistes de ce pays ? (Éclats de rire dans l'assistance)

C'est donc dans ce but et avec une légitime fierté que je peux vous dire aujourd'hui que notre réaction est dans la boîte. Et nos ennemis, incapables de discernement, de jugement, de reconnaître l'évidence, ne sont pas prêts de s'en remettre. Nous avons confié la riposte à notre division la plus performante en terme de propagande... euh ..., de ré-information du grand public... J'ai nommé, évidemment, la FFAR (Fine Fleur de l'Autisme Rural) et son cinéaste de science-fiction attitré, Bertrand Lebaron. La FFAR a donc fait le tour de l'inventaire, raclé les tiroirs, les fonds de tiroir pour récolter la quintessence de la raclure. Et ça va décaper (DKP, comme disaient les jeunes vers 1990)...

Bande annonce :

Avec... (roulements de tambour)...des scientifiques formolisés soufflant le chaud et le froid. Surtout le froid :

« Le réchauffement climatique est une invention de la bobosphère réchauffiste : la preuve : j'ai subi un refroidissement malgré une intervention pertinente au cours d'une conférence dans un pays d'Amérique du sud. Et le sud, c'est plus chaud que le nord, non ? Donc si on se refroidit durablement quand on va dans le sud, et qu'on ne parvient pas à se réchauffer quand on revient dans le nord, c'est bien parce que le réchauffement climatique est une manipulation intégrale ! »

- Avec... (il y aura des roulements de tambour à chaque fois...) des guides de pays pas du pays :

« Nous pouvons nous interroger sur les dérives que l'ont peut indiscutablement qualifier de totalitaires d'un pays qui autorise les écologistes sectaires à exercer un métier ou disposer du droit de vote. Chez nous, on considère qu'il faut érafler la vendange et e-rafler les écolos repérés grâce à Internet. D'ailleurs, je connais dans la bonne ville de Pot un petit vélodrome inutilisé l'hiver qui ferait très bien l'affaire...Qu'on se le dise, et surtout qu'on le fasse ! »

Avec... des historiens moyenâgeux en quête de notoriété :

« Les pouvoirs publics ne prennent pas la mesure du problème, que dis-je, du drame qui se prépare : des années et des années que j'épluche des archives séculaires, uniquement pour diaboliser le loup actuel, et je n'ai toujours pas eu les faveurs du journal de 20 heures sur une grande chaîne nationale ! Si rien ne change, j'aurais épuisé les archives sans avoir obtenu une notoriété planétaire. Quelle perte pour l'humanité ! »

- Avec... des élus locaux visionnaires à qui l’État sous influence écologiste crée bien du soucis :

« Défendons ensemble nos territoires ruraux ! La ruralité, c'est l'agriculture, l'agriculture, c'est la campagne, et la campagne, c'est la nature. Donc la nature, c'est seulement les espèces domestiques. La vie sauvage est anti-nature ! On ne se fera pas déposséder de nos territoires par les citadins. On n'en veut pas de leur sale administration, de leurs sales fonctionnaires, de leurs sales règlementations et de leur sale pognon...euh non pas le pognon, ça c'est à part... »

- Avec... des agriculteurs visionnaires à qui l’État sous influence écologiste crée bien du soucis :

« Défendons ensemble nos territoires ruraux ! La ruralité, c'est l'agriculture, l'agriculture, c'est la campagne, et la campagne, c'est la nature. Donc la nature, c'est seulement les espèces domestiques. La vie sauvage est anti-nature ! On ne se fera pas déposséder de nos territoires par les citadins. On n'en veut pas de leur sale administration, de leurs sales fonctionnaires, de leur sales règlementations et de leur sale pognon...euh non pas le pognon, ça c'est à part... »

- … Hé mais c'est le même texte, là ?

(Voix off) : Ben oui on a pris le même acteur pour tenir les deux rôles. La connivence, ça permet des économies budgétaires...

- Ah ok...mais vous n'avez pas peur que ça se voit trop ?

(Voix off) : Penses tu ! Maintenant qu'on a des syndicalistes agricoles qui font de l'entrisme chez les écolos pour demander à buter du loup à donf, plus rien ne peut être trop gros !

-Très bien ! Je reprends :

Avec... les « bons » chasseurs :

« Moi je suis pour la chasse du 1er janvier au 31 décembre, par tous les moyens. Seul le chasseur humain possède la subtilité, le jugement et les capacités intellectuelles pour optimiser les chaînes alimentaires en éliminant les espèces superflues. Le loup, le lion, l'aigle...sont incapables de faire disparaître une espèce. Le chasseur humain, lui, le peut. Il l'a déjà prouvé, et doit continuer. A commencer par ses concurrents directs, couteux et inaptes à l'optimisation trophique. »

Avec... les « bons » pêcheurs :

« Une attaque de cormoran, c'est pire qu'un bombardement de stukas ! Il est inadmissible que les gouvernements successifs protègent les cormorans nazis au détriment des espèces autochtones du Vieuxconistan que sont le silure, le poisson-chat et la truite arc en ciel portion ! »

Avec... des structures para-agricoles en quête d'échappatoire :

« La disparition du pastoralisme aura des conséquences dramatiques pour tout un pan de l'économie administrée. Nous allons être obligés de créer une nouvelle structure de type publico-subsidio-récupérative. Pour le fond, on cherche encore, mais pour le nom on a pensé à ça : Cercle Européen Régional Pour une Alimentation Maîtrisée. C'est vrai que ça ne veut pas dire grand chose, mais ça clinque pas mal. Et c'est important quand on sollicite des subventions juste pour tourner en rond. »

Avec... des spécialistes des questions énergétiques multicasquettes et omnicompétences :

« Les moteurs diesel des années 2010 ne polluent pas, contrairement à ceux des années 2000. Ma position sur ce sujet n'a d'ailleurs jamais bougé d'un iota : dans les années 2000 j'affirmais déjà que les moteurs diesel du moment ne polluaient pas, contrairement à ceux des années 90. Et plus précocement encore, j'ai été le précurseur qui soutenait avant tout le monde que les moteurs diesel des années 90 ne polluaient plus, contrairement à ceux des années 80. De toutes façons, ça ne peut pas être plus dangereux que le moteur électrique, qui est d'abord un moteur nucléaire, donc atomique. »

« C'est encore moi, car je suis aussi spécialiste des questions énergétiques globales ! Longtemps classée deuxième, notre filière nucléaire est devenue la plus sûre au monde depuis Fuckyoushima. Qui plus est, l'uranium subtilisé au Niger assure notre indépendance énergétique, tout en minimisant nos rejets de CO², qui sont délocalisés là-bas et ailleurs. De toutes façons, ça ne peut pas être plus dangereux que le moteur diesel, qui est d'abord un moteur sale, producteur de microparticules, d'oxydes d'azote et qui tue des milliers de personnes chaque année. ».

Avec... des éleveurs qui aiment vraiment leurs animaux pour ce qu'ils sont :

« Je suis stupéfait, éberlué, outré, révulsé, scandalisé, horrifié...par les images de ses subventions sur pattes maltraitées, déconsidérées et surtout dévaluées dans les abattoirs. Quand je pense au temps qu'on a passé à remplir des formulaires de demandes d'aides, ça fait mal au cœur de voir que le rendement par carcasse va être diminué par la faute d'inconscients. J'aurais pu être sur le point d'essayer éventuellement de me mobiliser, mais je suis trop occupé à tabasser des ragondins et à balancer des brebis agonisantes contre les portes de la préfecture. Allez, je vous laisse, j'ai de la bromadiolone à répandre... »

Mes amis, après la présentation de cet aréopage de cerveaux, qui va laminer le lobby des adversaires de ceux qui perpétuent le savoir faire sage et ancestral de vivre de et contre la nature, le mot de conclusion pour notre réalisateur-monteur-truquiste, Bertrand Lebaron :

« Je n'avais pas vraiment d'avis sur cette question. En faisant des recherches, j'ai découvert des éléments troublants contraires au discours officiel. L’État nous dit que les hirondelles arrivent naturellement au printemps. Mais j'ai rassemblé et analysé une multitude de documents et j'ai découvert qu'il n'y avait aucune trace de présence d'hirondelles dans les départements limitrophes du notre entre les mois d'octobre et de mars. C'est bien la preuve qu'au printemps certains procèdent au lâcher d'hirondelles élevées en captivité. C'est une certitude. Car elles ne sont quand même pas arrivées chez nous par le ciel, ces hirondelles... »

« Hier », le documentaire qui vous donne envie de demain dès aujourd’hui !

A l'affiche dans toutes les bonnes chambres des députés, chambres des sénateurs, chambres départementales, chambres régionales, chambres d'industrie, chambres d'agriculture et maisons de retraite du Vieuxconistan.

Bernard Pesle-Couserend

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