Le Dauphiné libéré donne le ton...
Le chasseur a eu la peau du loup
Jeudi après-midi, le loup n'est pas le seul à avoir tué. Alors que le chamois succombait le cou dans la gueule du carnassier, c'est sous le tir du chasseur que le plus grand prédateur européen s'est écroulé.
Hier, l'auteur des faits, un trentenaire résident au Petit-Bornand-les-Glières et membre de la société de chasse, a avoué avoir tiré l'animal sur les hauteurs de La Ville, un hameau de la commune. Puis de l'avoir chargé dans sa voiture pour le faire disparaître.
Il se serait senti obligé d'agir, après que ce loup, accompagné de deux autres, aient été vu, par des habitants, attaquant un chamois.
Ce n'est que vendredi matin, alors qu'il avait eu le temps de dépecer l'animal, que des témoignages ont alerté l'Office national des forêts. Ils ont alors rapidement constaté les traces d'un acte de chasse sur le versant de la montagne.
Interpellé par la gendarmerie et placé en garde à vue, le chasseur a été interrogé et son domicile perquisitionné. Hier encore, les enquêteurs bonnevillois ont auditionné plusieurs témoins, et ont retrouvé les restes de l'animal sur les indications du chasseur.
70 carcasses, victimes du loup, retrouvées depuis septembre
Dans le village, la nouvelle n'a pas tardé à se répandre. «Ce n'est pas faute d'avoir tiré la sonnette d'alarme», se désolait hier soir le vice-président de la société de chasse, Roland Ballanfat. Il y a une semaine, il a rédigé un courrier à la fédération, faisant part de son inquiétude. «Je craignais sincèrement qu'excédés par les dégâts de ce prédateur, certains se mettent dans l'illégalité.» Depuis septembre, 70 carcasses, victimes des loups, auraient été retrouvées dans le secteur. «Depuis deux ans, on s'aperçoit que le nombre de chamois baisse dans la réserve, alors nous essayons de sensibiliser les autorités compétentes, mais tout le monde s'en fout», poursuit-il.
Un acte de braconnage qui intervient alors que la semaine passée, le préfet a envoyé par courrier une demande au ministère pour autoriser le tir de prélèvement dans le département. Un dispositif devenu possible depuis que le nouvel arrêté loup a été pris fin 2007. Pour le député-maire Martial Saddier, qui a participé à l'élaboration de cet arrêté, «ces tirs pourraient abaisser la population du loup, qui, présente depuis 5 ans dans le département, s'est largement développée, et cette baisse de la population apaiserait les esprits». Ces mêmes esprits prêts à s'échauffer selon les tournures que pourraient prendre cette affaire. Bien conscient de ce climat, le parquet de Bonneville restait ferme, hier soir : «Ce n'est pas une pratique de chasse qu'on peut tolérer». À la sortie de sa garde à vue aujourd'hui, le chasseur sera présenté devant le procureur et le juge d'instruction. Et une information judiciaire sera ouverte.
Jennifer PARISOT
Réaction de la Buvette

Dessin de F'Murrr dans "Eloge de la pentitude".
Le ton est donné. Drame dans la montagne : "le chamois succombait le cou dans la gueule du carnassier". Du sang dans la neige ! Le gentil et brave petit chamois hurle de douleur pendant que son sang éclabousse la neige immaculée sous la force brutale du grand méchant loup toutes dents dehors. Le chasseur, habitué au sang pourtant, voit son coeur fondre et "se sent obligé d'agir", de tirer sur une espèce protégée, de braconner quoi, parce que trois loups "auraient été vu par des habitants, s'attaquant à un chamois." En fait, Super nemrod a simplement horreur de la concurrence...
Notre brave homme prend la dépouille encore chaude de la bête sauvage, "la charge dans le coffre de sa voiture pour la faire disparaître", rentre chez lui, et j'imagine, l'étale sur la toile cirée de la cuisine devant sa famille, le découpe avec le couteau à viande. L'horreur du sang a disparu, retirer les tripes et les mettre dans une bassine, c'est un rituel familier.
Le vice-président des nemrods l'excuse, c'était prévisible, il avait tiré "la sonnette d'alarme", il sait lui que respecter la loi est impossible quand un animal sauvage s'en prend a leur gibier et que les futurs tableaux de chasse s'annoncent moins glorieux. Il suffisait d'attendre une autorisation de tir qu'il est possible de demander dans certaines conditions. Trop lourd, trop lent, l'envie de tirer est trop forte. Ce n'est pas tous les jours qu'on a un loup dans sa ligne de mire, alors PAN, le doigt glisse et c'est l'accident. Trop dommage, c'est bête hein.
Il est bien évident que, comme les éleveurs, le braconnier hors la loi sera soutenu par ses confrères outragés qui en bande viendront gueuler devant le palais de justice. Une association soutenant le malfaiteur en quelque sorte. Ce n'est pas tolérable. Que la justice pèse les arguments et délibère. Le chasseur a horreur de la concurrence et de la loi qui lui les casse. Des plaintes seront probablement déposées par des associations. Heureusement, le lobby de la chasse est puissant, il reste encore un espoir. Pour l'ours, la justice classe sans suite, pour le loup aussi. Un loup avait été tué à Presle en janvier 2008. La plainte a été classée sans suite par le procureur de la république.
Après 48 heures de garde à vue, le chasseur sort libre
«Le chasseur du Petit-Bornand-les-Glières, qui a avoué avoir abattu un loup jeudi soir, a repris la route de ses montagnes dans la voiture de son frère.» écrit aujourd'hui le Dauphiné libéré. «Tout un village qui retient sa respiration». L'illustration de F'Murrr dans la buvette dit "éleveurs-chasseurs, même combat?". Le point d'interrogation est de trop :«Quelques heures plus tôt, dans la maison du lieutenant de louveterie, sur les hauteurs des gorges du Borne, éleveurs et chasseurs avaient discuté des évènements, redoutant la décision judiciaire. Chasseurs et agriculteurs, nous le soutiendrons jusqu'au bout ».
Jennifer Parisot regrette que le braconnier ai été mis en examen pour chasse illicite, détention, destruction et transport d'animal protégé. Placé sous contrôle judiciaire assorti de d'interdiction de chasser et de détenir une arme, il a été remis en liberté après sa garde à vue, mais risque 6 mois de prison et 9.000 euros d’amende.
La solidarité agricole et cinégétique anti-prédateurs est de sortie : Christophe Fournier, membre de la fédération de la chasse et lieutenant de louveterie sur le secteur des Glières : «Oui, il a fait une faute mais quand on voit les moyens déployés pour ça, on ne peut que s'inquiéter de la suite...» «On veut qu'il sache qu'il n'est pas seul. Ses parents et son frère sont anéantis. C'est dur, ce qui arrive à cette famille. On restera derrière lui, jusqu'au bout. Toute forme d'actions n'est pas exclure, s'il le
faut... ».
Le chasseur qui a tué un animal d'une espèce protégée (par qui?) devient «un homme de terrain, aux grandes valeurs cynégétiques, qui s'est laissé dépassé par la passion». C'est fou le nombre de chasseur qui se laissent entraîner par leur passion et perdent tout contrôle. Est-ce bien judicieux de laisser ces hommes si sensibles errer armes à la main ? 25 morts par accidents de chasse cette saison...
Rajoutez aussi quelques effets de manches, le chasseur va en avoir besoin. Son avocat a déclaré «Courageusement et avec loyauté, il a avoué, en réexpliquant les faits devant le juge qu'il ne regrettait pas son acte mais qu'il regrettait seulement d'être là». Pas de chance. Le loup aussi doit le regretter.
La journaliste du Dauphiné de rajouter : «Tandis qu'au pied du mont Jalouvre, d'une même voix, les représentants de la chasse (Christophe Fournier, de la fédération de la chasse) et du monde agricole (Philippe Missillier, chargé du dossier loup pour la FDSEA) prenaient leur respiration pour lâcher d'un ton théâtralisé : «Les loups ont choisi le massif des Glières pour s'installer, mais rappelons que ça a toujours été ici le pays de la Résistance.» En front unis, ils déclaraient «Tout comme les sangliers, les loups font des dégâts. Alors tout comme pour les sangliers, les chasseurs doivent avoir le droit de les réguler. On ne demande pas de les exterminer, mais de les réguler! ».
Demander et obtenir le droit, c'est dans l'ordre des choses, mais tirer sur un loup sans en avoir obtenu l'autorisation, c'est du braconnage. Le chasseur a commis une faute, il a horreur de la concurrence et ne parvient pas à se retenir. PAN ! Il reste encore des arguments à glisser à l'avocat : le doigt a glissé, c'est un accident ou alors, la nature est mal faite, les loups sont gris et ressemblent à des sangliers. Ce ne serait pas la première fois. L'enquête et les auditions continuent. Toute forme d'actions n'est pas à exclure du côté des anti-cohabitation.
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