"Il n'y a aucun intérêt à aller sur le blog de ce pauvre type qui ne fait que diffuser de la haine et des mensonges. Inutile de publier un commentaire sur son blog, il sera transformé, interprété et/ou censuré (...) Ce type est intellectuellement limité à ... l'ours et le loup (sic). Passé ce sujet, il n'a rien à dire. Il ne connait rien au développement durable des vallées, à la biodiversité des montagnes, aux activités traditionnelles, aux sites protégés, à l'histoire et la culture des territoires, etc. Il est vraiment d'une rare nullité. D'ailleurs vous remarquerez qu'il est rarement repris par les sites associatifs "institutionnels" parce qu' eux savent qu'ils ont mentis depuis plus de 20 ans et que BdM ne fait que reprendre bêtement ces mensonges sans intérêts comme un vulgaire et lamentable clown. Il y a beaucoup mieux à faire et nous sommes entrain de le faire." (Louis Dollo aux chasseurs, ici)
Voilà un exemple des gentillesses que me vaut ma position "entre le marteau et l'enclume".
Nouveau à la Buvette, Gérard Bozzolo qui a écrit en juin 2006 "La tutte de l'ours : chaudron pro-ours anti-ours" se situe lui aussi dans une position médiane et inconfortable : Docteur-ingénieur agronome en zootechnie, maître de conférences à l'Ecole nationale supérieure agronomique de Toulouse (Institut national polytechnique de Toulouse), il n'en est pas moins critique envers le pastoralisme.
Avec cette deuxième participation, il devient ainsi un des collaborateurs occasionnels de la Buvette des Alpages. Gérard Bozzolo m'a envoyé ses réflexions suite à la note "Michel Barnier : Rééquilibrer les aides ou rééquilibrer les revenus?" d'un autre collaborateur de la Buvette : Marc Laffont.
Je souhaite la bienvenue a toutes ces fines plûmes, qui visiblement ne partagent pas tout-à-fait les vues extrêmes de "l'indécrottable et bruyant" e-porte-paroles des ultrapastoraux et viennent enrichir les contenus "d'une rare nullité" du site sur les brebis et tout ce qui tourne autour.
Gérard Bozzolo :
Je suis allé sur le site de la buvette des alpages pour prendre des nouvelles sur les actualités liées aux escarmouches suscitées par les activités éco-pastorales. Je suis tombé sur l’article de Marc Laffont qui a interpellé mon attention et aussi mon intérêt. Autant je comprends certains passages, la finale en particulier à propos de laquelle je pourrais certainement rajouter une couche, autant je n’adhère pas à la démonstration qui est présentée concernant la gestion des aides apportées à l’élevage. L’état des lieux de la filière ovine en particulier me semble aussi un peu sous dimensionné.
Se sont les consommateurs qui en profitent
Les chiffres, comme les statistiques, constituent une science en eux mêmes aux contours forts malléables en fonction des messages que l’auteur souhaite faire passer! Ces supposées démonstrations cartésiennes éveillent régulièrement, chez moi, un réflexe de suspicion incontrôlé, comme autant d’arbres mis en avant pour cacher la forêt.
Sautons par dessus les interprétations et observons la réalité : à l’UTA la production ovine est la spéculation agricole qui, régulièrement, reste la moins rémunérée, souvent à peine proche de l'équivalent d’un SMIC. En retenant les chiffres proposés, ceux de 2006, une dégradation du revenu de 30% paraît difficilement supportable. Si on annonçait une baisse officielle du SMIC de cette proportion en France, des émeutes se propageraient dans tout le pays! Et pourtant les moutonniers ne ménagent pas leur peine et mériteraient un salaire effectivement plus décent.
Faire l’amalgame entre les différentes sources d’aides quelle que soit leur nature pour stigmatiser les différentes catégories de paysans, les unes par rapport aux autres, me parait constituer un prisme déformant déloyal. Viendrait-il à l’idée d’intégrer dans le comparatif salarial moyen des français qui se situent dans cette classe d’intégrer les allocations familiales, les congés parentaux etc. Et puis, si on tient à ouvrir cette boîte, ne devrait-on pas se poser la question du faible coût de l’alimentation du consommateur européen? N’est-ce pas plutôt ce même consommateur qui est benoîtement subventionné? Est-il normal qu’il n’affecte qu’environ 16% de son pouvoir d’achat à son alimentation, c'est-à-dire moins que ses dépenses de loisirs ou même de santé? Ce système d’aides aux secteurs primaires assure notre confort en premier lieu et probablement au détriment de celui des pays émergents ou carrément en panne, mais il s’agit d’un autre débat.
Les agriculteurs perçoivent des aides visibles et largement agitées comme des étendards, mais se sont les consommateurs qui en profitent en catimini!
Une entreprise de salut public
Les primes directes, en gros encadrées par le 1er pilier des aides intra communautaires sont mises en place pour réguler les marchés, amortir la saisonnalité des cours, les soutenir pendant les périodes d’effondrement, et aussi les protéger contre un excès de concurrence des pays tiers extra communautaires, comme c’est le cas dans toutes les activités économiques. Il faut croire que certains sont mieux protégés que d’autres quand on se réfère à l’actualité et à la débauche d’énergie pour secourir le marché des boursicoteurs institutionnels.
Les aides structurelles qui sont, elles, englobées dans le second pilier, relèvent d’un engagement politique de la CEE initié dès 1975. Les décideurs ont considéré comme une nécessité d’inscrire des indemnités pour compenser les handicaps naturels de façon à maintenir un tissu social dans les zones difficiles. Le travail des paysans étant apprécié comme une richesse multifonctionnelle indispensable pour maitriser la qualité paysagère, soutenir des activités économiques, dégager des revenus localement, supporter un artisanat et une vie sociale in situ, ingrédients indispensables pour permettre un développement économique de l’industrie touristique. Cette fonction de structuration du Territoire reste incontournable pour éviter l’apparition de déserts humains, elle relève d’une entreprise de salut public.
Cette mission de service est probablement aussi profitable pour la Société que bien des emplois cachés dans la plupart des secteurs non directement productifs du style fonctionnariat et à bien moindre coût! Je ne parlerai même pas de l’entretien du réseau des ambassades ni des charges de représentation des différents métiers de la vie publique.
Si on se réfère toujours à la même année de 2006, on peut voir qu’en ce qui concerne les élevages ovins, selon leur localisation : plaines et piémonts non classés en zone ICHN, zone pastorale à tendance sèche (type causses), montagne, haute montagne, que ceux-ci sont "aidés" globalement à hauteur de 20 à 30%, 46%, 45%, et 60% de leur produit brut, respectivement. Par ailleurs, la part des aides structurelles par rapport aux aides totales s’établit à hauteur de 42%, 51%, 61%, respectivement, pour les trois dernières. Bien évidemment plus on se dirige vers le secteur d’intensification naturellement favorisé, plus la part du second pilier fond. Dans les régions de grandes cultures, elle n’existe pas, dans les régions difficiles où se concentre la majorité des élevages ovins, elle est à son maximum.
Du coup, bien sûr, la part de SCOP, en aide directe, sera quasiment inexistante dans ces mêmes zones, car la climato et le relief ne sont pas favorables à la culture des céréales ou les rendements sont trop faibles pour être tentés. D’ailleurs, la présence de pelouses vertes dans ces zones n’est pas disharmonieuse, au contraire! D’une part, en recouvrant le sol en permanence elles permettent de lutter contre l’érosion particulièrement active sur ces secteurs pentus et de plus elles entretiennent une excellente biodiversité (faunes, notamment insectes, flores diversifiées) d’autre part, elles constituent autant de remparts contre un usage sans conscience des différents intrants polluants (pesticides, engrais) préservant aussi, au moins en amont, la qualité de l’eau, bien précieux du prochain millénaire. Quant aux autres retombées qualitatives : valeur paysagère, diminution du risque des incendies, produits de bouche traditionnels et originaux pour la restauration, elles sont tellement évidentes qu’elles finissent par nous paraitre naturelles.
La conséquence est que, si les chiffres présentés dans l’article paraissent réalistes pour les régions de grandes cultures, ils doivent être divisés par deux, environ, pour ceux dédiés aux spéculations ovines. En effet, même si à l’intérieur des différents systèmes ovins le modèle ovins-céréales semble bien se porter, c’est bien que l’activité céréalière est performante. Malheureusement, pour la majorité, les élevages ovins sont situés en zones peu agricoles où l’option mixte céréalière n’est pas possible.
Du coup la distorsion devient évidente! Mon propos n’est pas d’activer une quelconque concurrence ou entretenir une animosité entre les diverses formes d’agriculture, la solidarité étant plus que jamais nécessaire face à un modèle urbain généralisé qui ne comprend plus les particularités de la ruralité et du monde agricole en particulier ("éternels pleurnicheurs" vous diront ces hommes bien habillés, samsonite à la main, du type banquiers ou chômeurs qui sortent des bureaux de l’ASSEDIC).
L'inaptitude à la compétitivité de la filière ovine
En revanche, il est vrai que la filière ovine a toujours été la lanterne rouge de l’Agriculture et une filière sacrifiée par le reste de la corporation. Ceci depuis sa désaffection après ses heures de gloire de la grande époque lainière. Le syndicalisme agricole le plus représentatif a souvent puisé ses dirigeants parmi le tissu des grandes exploitations de plaine, mieux formés, en avance sur l’entrepreneuriat agricole et qui n’ont pas franchement bien défendus cette filière de seconde zone comme ont pu le faire les anglo-saxons ou les espagnols qui, eux, ont fait de la filière ovine viande un axe privilégié de leur demande de soutien communautaire (cf. les masses de subventions communautaires distribuées par le FEOGA au fil des ans selon les grandes activités agricoles et les pays de destination).
Les causes de cette inaptitude à la compétitivité de cette filière pourtant méritante en terme de services rendus sont multiples. La première tient au fait que cette activité nécessite beaucoup de temps de travail et une surveillance assidue, d’autant que cette espèce est fragile vis-à-vis des prédateurs. Sur ce sujet plutôt chaud, les éleveurs montagnards pyrénéens sont logés à meilleure enseigne que leurs collègues installés en bordure de ville ou petites agglomérations. La prédation par les attaques de chiens errants ou les vols est sans commune mesure plus importante que le prélèvement réalisé par l’Ours sur des troupeaux non gardés. Et pourtant, ces éleveurs périurbains ne peuvent bénéficier de mesures de dédommagement en dehors des assurances quand ils ont eu la bonne idée d’en prendre. Je connais bien des ex-leveurs qui ont du cesser cette activité malgré leur profond attachement, en raison de cette prédation démoralisante, répétée et insidieuse.
La fragilité économique de cette espèce (exceptée l’option production laitière) tient d’une part à la perte de valorisation de ses productions annexes : 5ieme quartier dont la peau, la laine, la fumure et d’autre part, au paradoxe entretenu de la vache du pauvre qui s’est engagée massivement sur la voie étroite d’une production de luxe. Sous l’orientation et l’encouragement des vulgarisateurs de l’oviniculture des années 70, mobilisés par une technicité triomphante, l’élevage ovin s’est engagé sur le mono segment de la viande d’agneau, pour une grande part devenu une spécialité française avec l’agneau de bergerie de contre saison produit à grand renfort de céréales. Cette viande coûteuse à produire ne peut s’afficher que comme une denrée de luxe avec des prix à la consommation perçus comme chers.
Ce cercle vicieux implique que depuis 93, la consommation de viande ovine est sans cesse déclinante, notamment auprès des jeunes générations, car son élasticité économique est très faible. Régulièrement, à chaque saut de cours, la consommation chute et la clientèle se reporte sur les espèces concurrentes, notamment les volailles (en moyenne 5,6 kg EC ovin-caprin par personne dans les années 90 contre 3,9 kg EC en 2007, soit un retour à la situation des années 70).
L'option qualitative en déclin
Pour se prémunir contre ce piège les éleveurs ont trouvé comme alternative de qualifier encore plus leur production au travers des filières sous signe de qualité (environ 40% de l‘ensemble de la production), ce qui oriente le produit vers une consommation épisodique de type festif. Si on compare l’évolution d’un produit similaire dans l’espèce bovine concurrente (viande de veau allant du veau sous la mère jusqu’au veau rosé en passant par les veaux lourds type ségala ou de Saint-Etienne), le déclin est proportionnellement encore plus important (8 kg EC en 1970 v.s. 3,7 kg en 2007).
Pourtant l’agneau est une viande plus coûteuse à transformer et à préparer par les professionnels intermédiaires jusqu’à la distribution. Le coût du travail et la proportion des déchets sont plus importants relativement au volume réduit des carcasses d’agneaux, de même que la charge d’abattage. Leurs marges sont alors incompressibles. L’ajustement se fait paradoxalement par l’importation de carcasses à bas prix permettant de stabiliser un prix à la consommation en dessous de la valeur réelle de la production nationale, au plus grand bonheur des importateurs naturellement (65% de la viande consommée).
Il est d’ailleurs assez édifiant que peu de monde se pose la question de savoir par quel miracle du Saint-Esprit des viandes "chilled" néozélandaises, certes réfrigérées et sous CO2, peuvent endurer des délais de conservation de plus de 16 semaines! Comme si ce miracle arrangeait tout le monde !
Ce cercle est d’autant plus vicieux que les jeunes consommateurs perdent l’habitude de ce type de viande un peu spéciale en matière de flaveur et se reportent vers des viandes plus neutres, bon marché, même à l’occasion des périodes de fêtes (dindes, chapons), non éduqués qu’ils sont dans l’étendue de leur palette sensorielle.
Peut-on envisager d’autres alternatives? En partie, une réorientation de l’élevage vers des systèmes plus économes, en infrastructures, en intrants céréaliers, c'est-à-dire à partir de l’exploitation de l’herbe et en période plus naturelle, permettrait de fournir le marché en carcasses lourdes pour la découpe, voir de jeunes moutons castrés. Ceci sous la réserve de maîtriser l’alimentation de sorte à éviter l’apparition du goût de mouton lié à la présence d’acides gras ramifiés de type C6 et C9 et de scatole dans les réserves graisseuses, occasionnés par certains supports fourragers.
Elargir donc l’offre pour proposer de la viande ovine à moindre prix (agneaux lourds en saison naturelle et importation à contre saison) pour une consommation ordinaire, en réservant les produits d’exception aux consommations festives. L’innovation de l’offre est alors indispensable pour attirer une nouvelle clientèle en allant vers plus de praticité et en proposant une distribution de produits adaptés aux préparations culinaires modernes : steaks hachés, émincés, brochettes ou même plats déjà cuisinés à «microonder».
Troupeaux itinérants et tondeuses à gazon
Cette diversification ne sera sûrement pas suffisante. Il faudra alors trouver, en complément, une nouvelle fonction lucrative à faire valoir, pourquoi pas celle d’une excellente tondeuse à gazon au déplacement autonome.
On peut rêver et voir réapparaitre cette fonction longtemps dévolue aux troupeaux de moutons, encore présente dans les années 50, celle des troupeaux herbaciers ou des "gents sans terre", bergers itinérants qui nettoyaient chaumes, friches et jachères, vignobles, en faisant profit des résidus de récolte et de la levées des adventices. Cette lutte contre les adventices, tout en fumant les parcelles de terre, en lieu et place de l’usage intempestif d’herbicides aurait une vertu assainissante à l’égard de la pollution et de sa charge en résidus dont on soupçonne, en synergie avec d’autres polluants, d’être à l’origine de l’inquiétante subfertilité de la gent masculine et aussi de l’éclosion des cas ce cancers œstrogèno-dépendants des populations des pays à haut niveau de vie.
Cette rémunération officialisée devrait au moins permettre d’embaucher et de faire travailler des bergers salariés. Autant de chômeurs de moins, parfois SDF entassés dans les villes, avec des perspectives de logement à loyer modéré, une resocialisation à portée de main, la sortie de RMI souvent infamants.
L’errance du bétail sur les estives n’est pas rationnellement justifiable
Plus spécifiquement, les éleveurs pyrénéens sont donc très utiles en tant que producteurs effectifs, mais aussi en tant que gestionnaires de l’espace rural, à condition qu’ils redeviennent éleveurs à part entière. L’errance du bétail sur les estives alors que partout ailleurs la divagation des animaux est proscrite n’est pas rationnellement justifiable. Non seulement dans ces conditions le bétail n’est pas protégé des prédateurs, mais de plus, il n’est ni soigné contre les diverses pathologies, les blessures, lésions dont les mouches tirent rapidement profit, ni alimenté correctement surtout en fin d’estivage quand les ressources fourragères s’appauvrissent et que le parasitisme n’est pas endigué par la consommation de fourrages spécifiques ou des campagnes de traitements.
La valeur fourragère de ces espaces d’altitude n’en ressort pas non plus gagnante face à l’exploitation anarchique qu’en font les troupeaux non guidés. Dans de telles conditions, les missions de base de l’éleveur sont trahies ou mal assurées, durant le temps de la transhumance.
Avec la disparition de l’Ours, l’éleveur pyrénéen perdra son âme
Le partage des lieux avec l’Ours est un sujet de friction sans fond, et pourtant, avec une filière plus rentable, capable de rémunérer correctement des bergers professionnels et fournir des équipements satisfaisants pour une pratique aux normes de nos exigences qualitatives modernes devrait permettre de calmer les esprits.
L’Ours fait partie intégrante de l’âme pyrénéenne, son histoire avec les Pyrénées possède des racines bien plus profondes que certains pyrénéens d’adoption tant sourcilleux de la survivance de leur patrimoine local. Avec la disparition de l’Ours, l’éleveur pyrénéen y perdra son âme et les produits d’accompagnement qui vont avec.
Une future vindicte contre les oviniculteurs responsables de l’éradication du symbole emblématique de la naturalité?
Face à un tel aboutissement, un retournement de situation pourrait vite s’installer durablement. Le consommateur moyen étant pour la majorité un citadin naturellement enclin à une certaine empathie pour la difficile condition les éleveurs des massifs montagnards et l’opiniâtreté de leur travail souvent accomplit "à la traditionnelle", pourrait se muer en développant une vindicte contre les oviniculteurs responsables de l’éradication d’un tel symbole emblématique de naturalité. La France y perdrait ses Pyrénées "mieux préservées qu’ailleurs". La filière ovine, dans son intégralité, n’a pas besoin d’un boycott de la consommation de viande ovine!
Evidemment, la composition des utilisateurs de la montagne directement intéressés par ce partage territorial est très composite. Même chez sa composante rurale la diversité est forte : éleveurs possédants, éleveur-bergers accompagnant leurs animaux en estives, bergers salariés professionnels, éleveurs forains loueurs d’estives, éleveur-chasseurs et chasseurs non éleveurs, autant d’intérêts divergents et de vérités taillées à l’aune de leurs intérêts perçus dans l’immédiateté, sans profonde réflexion. Plus que les risques encourus durant les 3 mois d’estive non gardés, la limitation de l’espace de chasse de ces nouveaux hobereaux modernes leur est insupportable et la prédation de l’Ours brandie en prétexte.
De quoi satisfaire les besoins des ours et des vautours
Pourtant, avec un gardiennage efficace, cette prédation ursine pourrait être facilement limitée à une proportion infime. La somme des cadavres naturels qui parsèment la montagne, vaches, chevaux, ovins, pour cause accidentogènes, intoxications alimentaires, enterotoxémies, fulgurations, est largement suffisante pour satisfaire les besoins protéiques de ce plantigrade opportuniste, en partage à disputer avec les vautours.
Les risques de rencontre
Quant au risque de rencontre par le bon touriste avec ce dangereux fauve, leur risque de létalité induite est beaucoup moins fort qu’en présence de chasseurs à la gâchette sensible comme le rapportent régulièrement les faits divers.
A l’époque du Nemrod Couturier que je lisais avec passion durant mes années juvéniles, alors que les troupeaux étaient encore gardiennés, la population d’ours estimée était de l’ordre d’une soixantaine d’individus. Celle-ci ne semble pas avoir laissée de traces indélébiles de rencontres accidentogènes dans les mémoires, ou alors les médias étaient moins bavards ou moins diffusés.
La situation de la population de loups dans le Massif alpin est d’une autre facture. Le Loup est une espèce physiologiquement carnivore, plus conquérante territorialement et féconde, il réclame une surveillance des troupeaux plus étroite, de jour comme de nuit, et sûrement une régulation attentive.
"L’Indigène pyrénéen" mérite considération
Je voudrais terminer en insistant sur la considération que mérite la filière ovine pour sa très forte contribution à la qualité visible du territoire en dépit d’une rétribution invisible. A son sujet il faut éviter de reproduire le syndrome du jeune coopérant parti pour l’Afrique afin d’aider les autochtones pour leur montrer par leur foi missionnaire de vulgarisation comment produire des cultures vivrières, notamment maraîchères et qui, au fil du déroulement du programme, face à la chapardise coutumière locale, finissent par clôturer leur œuvre puis lâcher les chiens la nuit pour se préserver de la voracité des indigènes!
L’Indigène, même pyrénéen, mérite considération. Comme dans tous groupements humains, même si il y a quelques indécrottables souvent les plus bruyants, la majorité est au labeur, s’active à la défense de son environnement et reste saine d’esprit.
Bien cordialement
Gérard Bozzolo
Enseignant de Zootechnie - ENSAT - Castanet-Tolosan (31)
Auteur de "Appellations d'origine contrôlée et productions animales" (Tec & Doc Lavoisier)
Les intertitres sont de la Buvette.
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