La comparaison du traitement par l’Etat français des dossiers « introduction du bouquetin » et « réintroduction de l’ours » est riche d’enseignements alors que les deux espèces possèdent le même statut international. Voilà qui ne va pas passer inaperçu aux yeux de l’Europe. Les associations se chargeront de le lui rappeler si nécessaire. Côté bouquetin, un dossier bâclé, plein de contradictions mais consensuel (ou presque). Côté ours, un dossier bien ficelé mais trop sensible politiquement. L’Etat freine autant que possible, avec pleinn de mauvaises raisons, tant que l’Europe le permettra. Analyse...
Etat des lieux en France et en Espagne pour l’ours et le bouquetin
1) France : déclin de la population d’Ursus arctos puis réintroduction.
Certains rêvent de voir disparaître les ours qui ont été réintroduits et leurs descendants qui voyagent des deux côtés de la frontière. « Qu'on commence par retirer les contraintes des grands carnivores » éspère Louis Dollo. Les « antis ours » sont arrivés à éradiquer la souche pyrénéenne, avec l’aide de l’IPHB de Jean Lassalle, des chasseurs et des braconniers. Les ours réintroduits se reproduisent lentement avec un fort taux de consanguinité.
2) France : déclin puis disparition de Capra pyrenaica pyrenaica
La « pression cynégétique » a eu raison de la population pyrénéenne de bouquetin. Les deux derniers spécimens ont disparu en 1910, au lac de Gaube, à Cauterets dans les Hautes-Pyrénées, tirés par un guide local qui a exposé fièrement les trophées. Leurs ancêtres ont été éradiqués, un à un, pour de mêmes « traditionnelles » raisons.
3) France : disparition puis retour du loup
Le loup, pourchassé, a disparu avant de revenir... enfin pour certains, avant d’avoir été réintroduit, on le lit encore tous les jours. En Espagne, le loup lui n’a jamais disparu.
4) Espagne : deux sous-espèces de bouquetins se portent bien
L’extinction définitive du bouquetin « des Pyrénées » date du 6 janvier 2000 à Ordesa (Aragon, Espagne) dans le parc national créé en 1916 par Alphonse XIII pour protéger ce « gibier royal ». Le dernier spécimen de Capra pyrenaica pyrenaica, la femelle Célia reçoit un arbre sur la tête. Capra pyrenaica pyrenaica n’est plus. Mais deux autres sous-espèces persistent.
Le bouquetin ibérique est présent dans toute la péninsule avec une population estimée à plus de 60.000 individus : Capra pyrenaica hispanica dans la Sierra Nevada et Capra pyrenaica victoriae dans la Sierra de Gredos. Il s’agit de deux sous-espèces différentes que celle qui existait dans les Pyrénées, en France avant 1910, en Espagne jusqu’en 2000. L'espèce est à nouveau présente au Portugal depuis 1999-2000. Mais la sous-espèce lusitanienne a également disparu.
5) Espagne : Le bouquetin source de revenus
En Espagne, pour les chasseurs, le bouquetin c’est de l’or, une vraie mine d’or : chaque trophée, chaque animal chassé rapporte entre 10.000 et 40.000 euros.
Forfait chasse aux bouquetins en Espagne.
Taxidermiste et boissons alcoolisées non compris !
6) Espagne: les ours progressent
Dans les Monts Cantabriques, deux noyaux forment une population d’ours qui progresse, même si les noyaux restent séparés. Côté Pyrénées, les ours issus des réintroductions ont tendance à se réfugier en Espagne où ils sont moins dérangés. Grâce aux réintroductions effectuées en France, la population progresse d’environ un individu par an.
Histoire d’une éventuelle introduction de bouquetins
1) Bouquetins : l’espoir déçu du clonage. Il n’y aura pas de miracle
En octobre 2000, le gouvernement espagnol autorisait la compagnie de biotechnologie ACT à tenter la reconstitution de Capra pyrenaica ssp. pyrenaica par clonage, au départ de cellules provenant de biopsies cutanées prélevées sur le dernier spécimen en 1999.
Dix années plus tard, en 2009, un bouquetin des Pyrénées est né par Clonage en Espagne. Une équipe de scientifiques a pour la première fois conduit à terme la conception in vitro et la naissance d’un mammifère disparu, en l'occurrence un bouquetin des Pyrénées (Capra pyrenaica ssp. pyrenaica). L'animal n'a vécu que... dix minutes. C’était la fin des espoirs pour les deux sous-espèces de bouquetin disparues, Capra pyrenaica ssp lusitanica à la fin du XIXe siècle et Capra pyrenaica ssp pyrenaica en 2000. D’autres tentatives se dérouleront jusqu’en 2010, mais les sous-espèces disparues ne renaitront pas de leurs cendres.
2) Le PNP s’occupe du bouquetin, mais pas de l’ours. Les deux espèces ont pourtant le même statut « patrimonial »
Jean-Louis Joseph, président de la Fédération des Parcs naturels régionaux de France et président du Parc naturel régional du Luberon rêve dans une interview publiée le 3 avril 2013: « Nous souhaitons coordonner sur nos territoires les actions en faveur de la biodiversité, parce que nous considérons aujourd'hui qu'avec les lois Grenelle 2 qui ont engendré plus de 130 décrets, on a du mal à s'y retrouver : nous avons vocation à être les chefs de file de ces politiques issues du Grenelle» (Source).
A défaut de s’occuper de l’ours comme on pourrait s’y attendre, le Parc National des Pyrénées travaille depuis 1987 à la réintroduction du bouquetin. Le premier rapport de faisabilité a été publié en 1991. Le projet est resté dans les tiroirs plusieurs années. Les tiroirs du PNP sont décidément bien remplis de projets oubliés.
3) Le PNR des Pyrénées ariégeoises entre en jeu
En Ariège, le retour des trophées est maintenant espéré « officiellement ». Alors que l’ours est banni du PNR des Pyrénées ariégeoises, l’introduction du bouquetin est l’occasion de se refaire une virginité sur le thème de la biodiversité: "Vous voyez qu’on défend la verte biodiversité en demandant pour relâcher des bouquetins végétariens qui font l'unanimité! Espèce qui sera prochainement chassable. Par contre pour l’ours, il faut plus rien nous demander, les locaux n’en veulent pas, Augustin non plus." (fiction)
André Rouch, président du parc naturel ariégeois, avait confirmé lors de la signature de la convention en février 2009 : « cela fait partie d’une des actions dont le parc sera porteur ».
Et en effet, pour le bouquetin, la création du Parc Naturel Régional des Pyrénées Ariégeoises va changer la donne : la Charte du PNR fait de la « restauration » du bouquetin ibérique un objectif, dans les termes suivants : « Réussir la réintroduction du Bouquetin des Pyrénées ».
« L’implication récente dans le projet du réseau des parcs naturels pyrénéens, constitué du Parc national des Pyrénées, du Parc naturel régional des Pyrénées Ariégeoises et du Parc naturel régional des Pyrénées Catalanes conforte le caractère pyrénéen du projet. Ces trois établissements, fortement impliqués dans les actions de conservation patrimoniale des richesses naturelles des Pyrénées, ont décidé de fédérer leurs actions dans le cadre d’une convention de coopération. Le retour du bouquetin à l’échelle de la chaîne pyrénéenne en constitue un des principaux projets d’action commune.» (Plan d’introduction dans le milieu naturel de bouquetins ibériques dans le PNR des Pyrénées Ariégeoises, page.4) (NDLB: Après pour faire plus court, je dirais "plan page...")
Le plan parle d’une action de “conservation” alors qu’il n’y a plus rien à conserver: la sous-espèce présente en France a disparu.
La réintroduction du bouquetin fait paraît-il « l’unanimité » en Ariège, même chez ceux pour qui le mot « réintroduction » provoque des palpitations cardiaques, même chez ceux pour qui le mot « ours », a été rayé du vocabulaire et viré des prospectus touristiques (sur ordre). En même temps, les associations pastorales « de défense du patrimoine », sélectionnent les espèces : la biodiversité à visage humain, oui! La biodiversité sauvage, non! Les politiciens locaux suivent leurs électeurs. En route pour l’épuration ursine et lupine : on chasse l’ours sur le terrain, les loups au cœur même des parcs nationaux et dans les bibliothèques ou les écoles. Ce ne sont rien que de sâles bêtes inutiles et couteuses qui ensauvagent les territoires.
3) Le bouquetin devient prioritaire pour NKM, Nathalie Kosciusko-Morizet
La démarche de réintroduction est relancée en 2009 puis en 2011, sous l'impulsion de Nathalie Kosciusko-Morizet, alors ministre de l'écologie et de plein d’autres choses. Elle a inscrit la réintroduction du bouquetin comme une action prioritaire de la « Stratégie pyrénéenne de valorisation de la biodiversité » presque en même temps qu’elle annonçait qu’une ourse ne serait pas réintroduite en Béarn pour cause de « sècheresse ». Une politique à deux vitesses, électorales les vitesses. L’unanimité compte en politique.
4) Le bouquetin : encore absent mais déjà protégé
Bienvenue ! « Préventivement au retour prochain de l’espèce sur le territoire français, le statut du bouquetin ibérique a fait l’objet de démarches et d’actions visant à obtenir son harmonisation avec celui du bouquetin des Alpes sur le territoire national. Un arrêté modificatif en projet au Ministère de l’Ecologie (arrêté du 15 septembre 2012 modifiant l’arrêté du 23 avril 2007) a permis l'ajout du bouquetin ibérique à la liste des espèces de mammifères sauvages protégées sur l’ensemble du territoire français, en application du code de l'environnement, et notamment de son article L.411-1 »
Le bouquetin est protégé. Jusqu’à nouvel ordre. Le loup et l'ours aussi, en théorie.
5) L’Ariège s’emballe
On l’attend. Ce ne sera pas long. Il arrive, le voilà. En Ariège, on s’emballe. Le conditionnel n’est plus de mise. Les détails des opérations de lâchers sont publics et font la une de la presse ariégeoise : sites de lâchers, quantités, sexe, lâchers successifs, tout y passe.
« La réintroduction du bouquetin ibérique (capra pyrenaica) débutera sur les secteurs de Péguère-Ardiden (Hautes-Pyrénées) et Ustou (Ariège). 40 animaux (20 en 2013 et 20 en 2014), à parité mâle-femelle, seront lâchés sur chacun des deux sites. Puis, en 2015 et 2016, deux autres vagues de lâchers s'effectueront sur le secteur Pic-Long Néouvielle (65). Ensuite, à partir de 2017, le site béarnais de Ger-Gabizos devrait accueillir à son tour des bouquetins ».
« Pour que la population soit viable, le minimum à atteindre est entre 200 et 300 individus. La volonté, c'est de monter un projet de réintroduction à l'échelle du massif », explique Jean-Paul Crampe. « Le but, c'est que l’animal recolonise toutes les Pyrénées », abonde Éric Sourp.
L’animal, c’est le bouquetin, pas l’ours, vous l’aurez compris, le PNP et le PNR des Pyrénées ariégeoises ne s’intéressent surtout pas à la survie de l’ours, trop dangereux. Même les humoristes et les conteurs refusent d’en parler. Trop de risques. Des ours, il en reste entre 22 et 25. Dans les parcs, l’ours est et doit rester dans les tiroirs. Plus question de minimum vital à atteindre.
Mais revenons à nos bouquetins. Le début de la réintroduction devrait intervenir en avril 2013. Les bouquetins ibériques viendraient de deux sites espagnols - Gredos (centre de l'Espagne) et Tortosa (sierra du Levant) - afin d'avoir une diversité génétique plus importante. « Les spécimens réintroduits seraient à parité mâle femelle, dans une classe d'âge moyenne de façon à avoir une maturité sexuelle » indique Jean-Paul Crampe, expert du bouquetin au Parc national des Pyrénées.
« D'importantes précautions sanitaires seront prises afin que les animaux réintroduits ne véhiculent pas des maladies, notamment auprès du bétail » explique Éric Sourp, responsable scientifique du Parc national des Pyrénées.
Déjà que les bouquetins vont priver les brebis de leur bonne herbe, il ne faudrait pas qu’en plus les bouquetins rendent les brebis malades. A moins que ce ne soit l’inverse.
6) Ave Capra Bonrepus touristicum
Augustin Bonrepaux : « On les retrouve sur les murs de la grotte de Niaux! ». Vous avez évidemment compris qui se cache derrière ce « les ». Bien sûr, il n’y a pas de brebis sur les murs préhistoriques, elles n’étaient pas encore arrivée jusque là, mais pourtant, des ours il y en a aussi, mais le généreux financeur de l’ASPAP ne devait pas regarder dans la bonne direction lors de sa visite souterraine. Peut-être avait-il de la laine devant les yeux?
Mieux encore, le Saint-Esprit descend sur la tête d’Augustin Bonrepaux: « le bouquetin peut être un facteur de développement économique à travers le tourisme ». Alléluia! Miracle en Ariège: la faune s’envisage comme objet touristique. Enfin la faune, pas toute : le bouquetin, car tout employé du secteur touristique qui ose prononcer le mot maudit « ... » risque d’être licencié.
Augustin Bonrepaux reconnait pour le bouquetin ce qu’il refuse pour l’ours: la grande faune attire le touriste! Jusque là c’était vrai partout ailleurs, en Italie, en Espagne, aux Etats-unis, en Slovénie, mais pas en Ariège-Pyrénées où l’ours a été définitivement rayé des prospectus touristiques, sur ordre de Tintin.
Car il faut vraiment être un grand malade pour venir admirer des ours, « étrangers » de surcroit, en Ariège. L’omerta négationiste ariégeoise fait le tri entre le bon et le mauvais patrimoine, la bonne et la mauvaise biodiversité. Vive le bouquetin ! Pour Augustin Bonrepaux, le président du conseil général, « la réintroduction de cette espèce malheureusement disparue ne portera pas préjudice à l'activité de nos montagnards comme c'est le cas pour les prédateurs. » (Source)
« Herbivore placide, cet animal à longues cornes est devenue une attraction touristique dans le massif alpin, où cet habitué des rochers escarpés se laisse parfois approcher par les promeneurs.
Un cabri trop familier a même du être capturé dans le Vercors en 2003 : le jeune animal, issu de l'une des nombreuses opérations de restauration menées avec succès depuis plusieurs décennies entre la France, la Suisse et l'Italie, avait pris la mauvaise habitude de poursuivre les voitures ! L'anecdote est rapportée par Mathieu Krammer, un jeune naturaliste passionné qui a suivi le retour de l'espèce dans les Alpes sur un blog dédié ». (Source)
7) La consultation publique
Une consultation du public a eu lieu entre le 20 novembre et le 19 décembre 2012 inclus. Un exemplaire du plan a été déposé à la préfecture des Hautes-Pyrénées, à la sous-préfecture d'Argelès-Gazost et à la mairie de Cauterets.
La préfecture des Hautes-Pyrénées centralise les avis et la DREAL a établi une synthèse en vue de la transmission du dossier pour consultation au Conseil scientifique régional de protection de la nature et au Conseil national de protection de la nature pour délivrance d'un avis relatif à l'autorisation de réintroduction. Circulez, il n’y a rien à voir. L’unanimité on vous a dit. Tout roule : petits, petits, petits...
L’enlisement de la « collaboration » franco-espagnole
« Le projet de réintroduction s’inscrit dans le cadre d’une collaboration franco-espagnole associant tous les parcs naturels pyrénéens ». Or la « démarche transfrontalière » s’avère plus difficile que prévu, les négociations s’éternisaient. C’est maintenant officiel : les lâchers prévus en avril 2013 sont repoussés..., peut-être aux calendes grecques! Pourquoi ?
Les rédacteurs du plan avaient pourtant reniflé le danger : « L’exploitation cynégétique du bouquetin ibérique en France est sans nul doute un des principaux arguments négatifs soulevés par les opposants espagnols à son retour en France compte tenu du risque de compétition avec l’activité cynégétique commerciale basée sur la vente des trophées des mâles en vigueur en Espagne ».
Pour la réintroduction, il faudrait donc aller capturer les bouquetins ibériques en Espagne. Mais problème : pour le moment, les parcs espagnols refusent cette idée pour des raisons économiques, même s’ils invoquent des « détails techniques ». Il faut que les catalans acceptent de céder leurs portefeuilles sur pattes aux français.
Voilà la raison du report sine die de la réintroduction de bouquetins en avril 2013. Les catalans veulent garder ce revenu. Ils hésitent, car les chasseurs français risquent de leur piquer leurs riches clients. Et les chasseurs espagnols ont raison. Pourquoi ?
1) Le bouquetin, une perspective économique publique et privée
Pour Augustin Bonrepaux, chasseur et vieux braconnier d’isards, comme pour les chasseurs ariégeois, le retour du bouquetin, c’est le prémice au retour de la possibilité de suspendre des trophées au dessus des cheminées ou mieux encore, de vendre les précieux trophées à de riches Nemrods, touristes de passage en Ariège-Pyrénées. (Il faut leur expliquer où se situe ce département qu’ils confondent avec l’Ardèche). Leur espoir? Que la chasse au trophée procure à l’Ariège, une partie des revenus actuellement réservés aux seuls chasseurs mangeurs de paëlla.
Le problème, c’est qu’il faudra attendre au moins 10 ans avant de pouvoir « réguler » ce providentiel gibier royal, trésor sur pattes. Ils disent qu’ils attendront, au moins au début...
« Augustin Bonrepaux (PS), a fait savoir en octobre 2012 qu'il était disposé à co-financer pendant trois ans un investissement estimé chaque année à 100.000 euros pour 60 à 80 bouquetins dans son département.
Les descendants des chasseurs préhistoriques qui ont dessiné les cornes de bouquetins sur les parois de la grotte de Niaux espèrent bien pouvoir à nouveau inscrire ce trophée à leur palmarès. La future chasse au bouquetin est envisagée ici comme un véritable retour sur investissement, « dix ans après sa réintroduction » et avec pourquoi pas le concours financier d'un groupe privé spécialisé dans l'environnement ». Véolia, qui a une fondation dédiée à l’environnement, est intéressée pour participer au financement. Et dans intéressé, il y a intérêt.
Le Parc National des Pyrénées prévoit pour sa part d'investir 125.000 euros chaque année, soit plus d'un million d'euros sur une période de sept à neuf ans. Le programme porte globalement sur le transfert de 160 animaux à 200 animaux. » (Source)
2) Dans le plan, le PNR des Pyrénées ariégeaoises se veut rassurant
Le plan d’introduction du PNR affirme « La cause de disparition du bouquetin, la chasse, est aujourd’hui maîtrisée ». En effet, le bouquetin est protégé en France depuis 2012.
« La condition sine qua non, préalable à toute réintroduction, exigeant que soit éliminée la cause principale de disparition est aujourd’hui remplie grâce au contrôle de la chasse et à la répression du braconnage. » (plan, page 3)
Mais le vernis est bien mince : le mot important est bien « aujourd’hui ». Et les espagnols l’ont compris. Plusieurs indices ont de quoi leur mettre la puce à l’oreille :
Page 5) : « Il convient cependant de souligner le caractère potentiellement évolutif à long terme de ce statut de protection accordé à cette espèce. Des évolutions éventuelles de ce statut pourront être décidées dans le futur quand l’espèce sera bien installée sur l’ensemble du massif pyrénéen. » C'est clair, le bouquetin ibérique ne sera pas protégé très longtemps, le moins longtemps possible...
C'est la fédération des chasseurs de l'Ariège qui sera en charge du suivi des animaux sur le terrain. « Un technicien de la fédération va être chargé d'assurer l'observation, le comptage régulier, l'évaluation des animaux » explique Jean-Luc Fernandez, le président de la fédération des chasseurs. Le suivi devrait permettre d'étudier les bouquetins dans leur nouvel environnement, voir où ils vont s'implanter, comment ils s'adaptent. « C'est en tout cas l'exemple réussi d'une mobilisation locale qui réunit tous les acteurs (PNR, conseil général, conseil régional, état, fédération des chasseurs) en faveur de la biodiversité » souligne encore Jean-Luc Fernandez.
3) Jean Luc Fernandez maladroit, trahit ses véritables intentions
Les chasseurs ariégeois en faveur de la biodiversité? Quand on connait leurs positions sur l’ours brun ou le grand-tétras, voilà qui sent bon le greenwashing! L’ours non gibier n’est qu’un obstacle à la libre pratique de la chasse en battue. Pour eux, le bouquetin ne présente pas ce défaut et n’est qu’un futur gibier très rentable. Il leur est impossible de cacher ou de dissimuler leurs véritables intentions aux espagnols.
Dans le presse, Jean-Luc Fernandez se lâche, perpétuellement en contradiction avec les bonnes intentions du plan du PNR. Cela n’a surement pas échappé aux chasseurs espagnols.
A) L’intérêt touristique n’est pas compatible avec l’intérêt cynégétique. Non chassé, le bouquetin se laisse approcher. Une fois qu’il sera chassé, il fuira l’homme.
JLF: « On ne nous fera pas avec le bouquetin le coup de l’ours, en nous faisant avaler que la chasse en battue est dérangeante et qu’il faut interdire cette pratique. Nous avons un exemple dans les Alpes: 6000 bouquetins en Isère qui n’ont plus d’intérêt cynégétique, ils se font nourrir par les touristes et développent la brucellose. Malgré tout, impossible de faire lever l’interdiction de chasser pour les réguler car ils sont protégés. Malheureusement en France combien d’espèces protégées prolifèrent, nuisent à l’équilibre biologique (comme les cormorans pour ne citer qu’eux)… »
Le plan: « La beauté de l’espèce, sa facilité d’observation, le peu de problèmes qu’elle pose aux activités humaines sont des éléments favorables à une bonne acceptation par les populations humaines locales. La présence d’un animal sauvage, emblématique et spectaculaire, peut être considérée comme un vecteur de développement local pour les communes concernées par la restauration du bouquetin, tant dans le domaine culturel que pour l’économie touristique orientée vers la découverte des richesses naturelles locales. » (plan p. 3)
B) Le véritable objectif des chasseurs n’est pas de soutenir la biodiversité mais d’avoir des trophées
JLF: « Si nous soutenons ce dossier de réintroduction dans les Pyrénées ariégeoises c’est pour que nos enfants ou nos petits enfants puissent un jour réaliser des prélèvements sur l’espèce ! »
Le plan: « Les prélèvements possibles sur les populations réintroduites en France ayant manifesté un développement suffisant doivent servir en priorité à poursuivre l’action de repeuplement sur l’ensemble de la chaîne où des potentialités d’habitats auront été détectées ou éventuellement à renforcer des noyaux de populations réintroduits manifestant des difficultés de démarrage démographique. »
Malgré le: « Nous n’avons jamais eu l’intention de rentrer en concurrence avec nos voisins espagnols, pour qui le trophée de bouquetin peut atteindre les 15.000 € », du « président Fernandez », les voisins espagnols ne sont pas dupes. Les véritables intentions des chasseurs français ne sont ni biologiques, ni environnementales, mais simplement financières, c’est la chasse aux trophées : le bouquetin hispanique est une banque à pattes ! En réalité, la cause de disparition du bouquetin, la chasse, n’est aucunement maitrisée. (Source)
4) Un accord imminent? Tu parles! En fait, pas d’accord du tout
On est donc bien loin du consensus franco-espagnol annoncé. La réintroduction du bouquetin dans les Pyrénées programmée pour avril 2013 était, comme l’a précisé Gilles Perron, directeur du PNP, « suspendue à la signature de l'accord franco-espagnol ». Elle était régulièrement annoncée comme imminente. Le problème est que la « suspension » ressemble fort à une « pendaison » haut et court. Aucune date n'a été fixée pour la signature du traité franco-espagnol.
Ce report espagnol dérange les futurs vendeurs de trophées « français ». Si le refus catalan perdure, il faudra peut-être aller chercher les trophées à venir dans les Alpes. Problème, ce n’est pas la même espèce, pas de Capra pyrenaica dans les Alpes, mais des Capra ibex. Mais est-ce vraiment important quand la faune n’est qu’une mine de revenu ou un gibier potentiel ? L'espèce ibérique se distingue de ses cousins alpins par les cornes des mâles encore plus grandes, en forme de lyre, par les trophées. Ce ne sera donc plus le même prix. Aïe, grooosse malher !
Un dossier imparfait, plein de contradictions
En novembre 2012, le PNR des Pyrénées Ariégeoises rentrait le dossier “Demande d’introduction dans le milieu naturel de bouquetins ibériques dans le PNR des Pyrénées Ariégeoises”. Un mois plus tard, l’ADET et FERUS faisaient parvenir au ministère deux “demandes d’autorisation d’introduction dans le milieu d’une ourse en 2013 ou 2014”.
Le dossier de demande d’introduction de bouquetins tient en 15 pages. L’Etat le juge recevable et complet. Les demandes de réintroductions d’une ourse dans les Pyrénées déposées par les associations, malgré leurs 30 pages, sont considérées comme incomplètes par l’Etat. La taille n’est pas importante me direz-vous. Rentrons dans le contenu...
Il n’aura pas d’ourse relâchée parce que le dossier ne prévoyait pas de camion de secours au cas ou le premier tomberait en panne. Pour le bouquetin, rien sur le transport. Ce n’est qu’un détail, mais révélateur.
1) Espèce(s) locale(s) et sous-espèce(s) introduite(s)
Le plan : « La légitimité d’un tel projet découlent en tout premier lieu de son intégration à la démarche globale engagée qui vise au maintien et à la restauration de la biodiversité naturelle dans les Pyrénées dont le bouquetin est un élément emblématique. »
La biodiversité naturelle? Il y a quatre sous-espèces différentes de bouquetin rien qu'en Espagne et une seule espèce d'ours brun pour l'Europe.
Il est curieux que personne en France ne fasse remarquer que la souche pyrénéenne (Capra pyrenaica pyrenaica) étant définitivement éteinte depuis l’an 2000, on va importer dans les Pyrénées des animaux génétiquement différents des individus pyrénéens puisque issus de deux sous-espèces différentes:
« Un plan d’action est étudié et mis en oeuvre pour permettre la restauration du Bouquetin des Pyrénées à partir de souches ibériques (Capra pyrenaica ssp hispanica de la Sierra Nevada ou Capra pyrenaica ssp victoriae de la Sierra de Gredos) ».
Page 5: « Le bouquetin des Pyrénées (Capra pyrenaica ssp. pyrenaica) a disparu en 2000. Le projet de réintroduction vise la sous-espèce Capra p. ssp. hispanica. Les éléments qui ont conduit à la disparition de la sous-espèce hispanica sont aujourd’hui connus (essentiellement une pression de chasse trop importante) et maîtrisés » dit le plan.
Or la sous-espèce hispanica n’a jamais disparu, c'est justement celle qui devrait servir de réservoir source pour l’introduction. Cette sous-espèce n'a jamais vécu dans les Pyrénées. Doit-on alors parler de « restauration de la biodiversité naturelle » ou bien « d'introduction d'une nouvelle sous-espèce destinée à devenir gibier ? »
Et si on mixait un peu les sous-espèces ?
« Compte tenu de la faible hétérogénéité génétique propre au bouquetin en général, les souches présentant un haut niveau de diversité génétique seraient à choisir en priorité pour fonder la population pyrénéenne. Le choix d'un mixage de souches, qui aboutirait à un enrichissement de la diversité, sera envisagé. Compte tenu des problématiques d’obtention rencontrées en Espagne, le choix des populations donatrices est fortement dépendant des opportunités politiques. Une option de gestion consiste également à intervenir ultérieurement en faveur d’un enrichissement génétique en fonction des opportunités rencontrées. »
Opportunités politiques actuellement fermées ! Le plan prévoit bien le mélange des deux sous-espèces. Dans le cas du bouquetin, il s’agit donc bien d’une « introduction » de une, voire de deux nouvelles sous-espèces et pas d’une « réintroduction » de la sous-espèce qui était présente en France (Capra pyrenaica ssp pyrenaica) elle, disparue à jamais.
Dans le cas de l’ours, les ours slovènes réintroduits et les ours de la lignée pyrénéenne sont eux tous des Ursus arctos arctos, ce qui n’a pas empêché les opposants à utiliser des arguments comme :
« L'ours brun des Pyrénées est fin, très élégant, la robe claire et la tête fine. L'ours slovène est énormément massif et grand, la tête ronde et le pelage presque noir. L'ours brun des Pyrénées est presque totalement herbivore ; il tue pour son équilibre hormonal. Son organisme lui réclame de la viande à la pousse de l'herbe excessivement azotée, en juin en montagne ; et fin septembre, gavé de fruits d'une flore riche d'été il éprouve un besoin de consommation de viande. Les pertes occasionnées par les 7 ours des Pyrénées peuvent s'évaluer à une moyenne de 44 brebis par an. L'ours slovène tue en permanence ; c'est ainsi que 4 ours ont tué et fait disparaître 1335 brebis, 333 brebis par ours. L'ours brun des Pyrénées est peu chasseur. L'ours slovène est un carnassier. De par sa puissance il est à même d'éliminer les mâles pyrénéens et donc de détruire l'ours des Pyrénées. » (Source)
2) Quarantaine ou pas ?
« Un travail délicat sera de trouver le juste milieu entre le niveau de garantie que l'on veut donner (notamment à la population agricole, très sensible à ce thème car elle-même assez contrainte à ce sujet) et des mesures qui ne soient pas exagérément contraignantes (éviter autant que possible toute quarantaine, facteur de morbidité voire mortalité conséquente, au profit du protocole capture - transport - relâcher direct). » (plan page 6)
et
« Le Laboratoire vétérinaire départemental de l’Ariège (LVD09) préconise une quarantaine de 25 jours permettant d’une part de procéder à un examen visuel des animaux et aussi aux vétérinaires du LVD09 de réaliser sur place les contrôles sérologiques (fièvre catarrhale ovine, brucellose, fièvre Q, chlamydiose, gale sarcoptique, paratuberculose, salmonellose et recherche de pestivirus).
La quarantaine se déroulera sur place, en Espagne encadrée par du personnel compétant espagnol et un appui technique français. » (plan page 7)
D’un côté on « évite autant que possible toute quarantaine », de l’autre on l’a « préconise ».
3) Pas de plan B au lâcher printanier obligatoire
Dans le dossier de réintroduction, seuls des lâchers printaniers sont envisagés, histoire de faciliter l’adaptation des « trophées » à leur nouvel habitat.
« Par ailleurs, des aspects comportementaux inhérents à la transplantation des individus sont à considérer. Il est utile de rappeler ici que le comportement spatial des ongulés sauvages en liberté n’est que pour partie de nature innée. Une part très importante de l’apprentissage de l’espace relève de l’acquis. Il dépend de l’éducation dispensée par la mère au cours de la première année, puis il est progressivement développé par l’individu lui-même au cours de son émancipation, puis de sa vie d’adulte. C’est notamment sur cet apprentissage individuel de l’espace qu’est basée la stratégie des déplacements pour la survie dans les périodes difficiles du cycle annuel.
On comprendra dès lors que l’absence de connaissance de l’espace auquel est confronté un bouquetin nouvellement introduit constitue un handicap important pour mener à bien la quête de ressources hivernales restreintes si on le lâchait en automne, le délai d’apprentissage étant trop court. A l’inverse, le lâcher printanier, en tout début de période favorable, offre à l’individu un délai maximal de prospection et d’installation spatiale. » (plan page 8)
et
« Dans le cas probable où le lâcher aura été printanier, il conviendra de connaître les sites de mises-bas et le succès de reproduction en termes de naissances ».
Dans le cas où le lâcher est automnal…, rien n’est prévu. Le lâcher prévu en avril 2013 a été annulé. Rien avant avril 2014, ou alors de l'improvisation risquée.
Des clauses à deux vitesses
La comparaison des dossiers montre bien qu’en l’absence d’excuse comme la sécheresse en Béarn, il fallait trouver d’autres raisons. Du côté des associations, il ne s’agit pas de la première demande, ni du premier refus. La demande précédente à été refusée pour plusieurs raisons. Chaque raison invoquée a été prise en compte. La demande suivante a été corrigée, modifiée, complétée. On pourrait donc s’attendre à ce que le dossier s’améliore. Que nenni, de nouvelles raisons sont évoquées.
1) Capacité à agir
Les associations responsables de la réintroduction de 1996 sont jugées « inapte à agir ». Un manque d’expérience en somme. Leur cahier des charges a pourtant été réutilisé par l’Etat pour les lâchers de 2006, avec succès. Plusieurs personnes de l’équipe n’en sont donc pas à leur première réintroduction d’ours.
Du côté de la demande « bouquetin », ce point « capacité à agir » est développé en tout au plus 5 lignes qui disent en gros que “le PNP possède une équipe de 13 personnes, dont une dédiée à la faune, de niveau Bac+6, qui confère au Parc les aptitudes techniques nécessaires”. Point. Quelle expérience en réintroduction de bouquetins? Aucune.
Plus loin, le plan apparaît comme complètement dépendant des chasseurs. Page 13 : « Le plan dépend des chasseurs : Le SMPNR des Pyrénées Ariégeoises ne disposant pas du personnel en nombre et compétences suffisants pour assurer le suivi des populations, la Fédération des Chasseurs de l’Ariège s’impliquera dans sa mise en oeuvre en y impliquant le personnel spécialisé et les associations cynégétiques locales (52j par an et par site sont dévolus au suivi). »
Sur la qualification du personnel en charge du relâcher : « Le lâcher sera réalisé par le personnel du Parc naturel régional des Pyrénées Ariégeoises et de la Fédération des chasseurs de l’Ariège, avec la présence de vétérinaires pouvant intervenir en cas de problème des animaux. »
Sur le suivi : « Un important effort de suivi compte parmi les facteurs les plus importants de la réussite du projet de réintroduction du bouquetin. La qualité du suivi proposé constitue un élément capital d’appréciation de la validité et du sérieux du projet. Des moyens humains et matériels adaptés, spécialement dédiés à cet objectif, seront prévus et mis en oeuvre ». Lesquels ? Par qui ? Mystère.
2) Transport des individus à introduire
Il faudrait une deuxième camionnette pour le transport de l’ours, au cas où la première coule une bielle ou reste immobilisée pour une raison quelconque. Dans le plan « bouquetin », pas un mot au sujet du transport…
3) Accord du pays donateur
La demande des associations disposent de l’accord écrit du pays donateur, la Slovénie. On sait ce qu’il en est de l’accord de l’Espagne. C’est “NO” à ce jour, mais le dossier est quand même jugé « recevable ».
Comment l’Etat laisse filer pour le bouquetin et se raidit pour l’ours, pour plaire au lobby de la chasse
1) L’ours brun et le bouquetin sont classés tout deux en « préoccupation mineure » par l'UICN monde. Pourtant, le traitement des dossiers est différent.
Un des arguments des opposants à l'ours, c'est d'affirmer que l'UICN France ment en classant l'ours brun « en danger critique d'extinction » en France, alors que celui-ci est classé en « préoccupation mineure » par l'UICN monde. Donc pas besoin de le protéger en France, et encore moins de le réimplanter.
C’est ce que Bruno Besche-Commenge et Laurent Garde ont été dire à Bruxelles. Mais ils font des émules. Exemple ? Hier, 3 avril 2013, sur le site de la FAR (fédération des acteurs ruraux - ou réactionnaires ?) : « L'émission (NDLB : TV5 diffuse une émission sur Les espèces en voie de disparition) n'a pas retenu l'ours brun ou le loup gris.... C'est qu'ils ne sont pas sur la liste des animaux en voie de disparition au niveau mondial, mais seulement dans les pays touchés par les mensonges de l’UICN. Il n'y a donc aucune raison de les protéger en France. C'est ça qu'il faut faire sauter ! »
Pourtant, il n’y a pas qu’en France que le classement UICN national est plus sévère que le classement mondial. Et c’est normal. Il n’y a pas qu’en France non plus que le lobby des chasseurs influe sur les décisions, en dépit de la logique. Exemple ? Au Portugal : le bouquetin ibérique. Capra pyrenaica hispanica, est classé en « préoccupation mineure » par l'UICN monde. L’autre sous espèce, Capra pyrenaica victoriae, plus fragile est classée « vulnérable ». Il semble bien que, malgré cette vulnérabilité, ce soit Capra pyrenaica victoriae qui ait été introduit au Portugal pour remplacer la sous espèce Capra pyrenaica lusitanica disparue. Comme quoi lorsqu'il s'agit de faire plaisir aux chasseurs, quel que soit le pays, on s'accommode fort bien de certaines subtilités génétiques.
Or, ce différentiel de classification n'est pas mentionné sur le site UICN monde. Néanmoins le Portugal a classé sa petite population "en danger critique d'extinction". L'UICN portugais applique donc la même logique que l'UICN France pour l'ours : on se concentre sur la situation de l'espèce dans le pays en question. L’UICN explique :
« Une approche régionale visant à identifier les espèces menacées constitue un complément important aux évaluations mondiales du statut de conservation des espèces et fournit des informations qui pourront faciliter la formulation de politiques de conservation et l’adoption d’une réglementation à portée régionale. »
En Europe, c'est cette interprétation de la règle UICN qui prévaut, n'en déplaise aux anti-ours qui accusent l'UICN France de ne pas respecter les recommandations de l'UICN monde. Et c'est tant mieux, sinon on finirait par n'avoir qu'un pays par espèce menacée ou toutes les espèces menacées concentrées sur quelques pays. Dans les deux cas, la survie d'une ne serait donc qu'un sursis jusqu'à la prochaine catastrophe, sanitaire ou autre.
Pour certains, les intérêts personnels ou d’une profession passent largement devant l’intérêt collectif.
2) Une « Stratégie pyrénéenne de valorisation de la biodiversité » à deux vitesses
Dans la Stratégie pyrénéenne de valorisation de la biodiversité : « le bouquetin est prioritaire et sera réintroduit » a déclaré NKM. L’ours lui n’a qu’à se débrouiller sans réintroduction, « par croît interne » pour cause de sècheresse en Béarn sans doute. Consanguinité! Quelle consanguinité? Qu’ils se débrouillent seuls et se reproduisent en famille, comme les pharaons.
Sur le site “Stratégie pyrénéenne de valorisation de la biodiversité” de l’Etat se trouve une fiche synthétique à propos de l’ours dans la SPVB.
Volet Ours Brun de la SPVB
Sur la base des propositions émises par les différents ateliers de travail du Groupe National Ours, (NDLB: avant son implosion pilotée par l’ADDIP et le CERPAM) le volet ours de la stratégie affiche pour principe général le partage des espaces pyrénéens entre les activités humaines et la présence de l’ours. Ces orientations s’articulent autour des principes
suivants :
- conserver une population viable par croît interne,
- évaluation annuelle de la population et des conditions de maintien de la population,
- remplacement des individus morts accidentellement,
- protocole de retrait des animaux à problème, sur la base d’une définition arrêtée en concertation avec le comité de suivi de la SPVB.
3) Traitement différent de la variabilité génétique pour l’ours et le bouquetin
« La faible probabilité d’un repeuplement par colonisation naturelle à partir des populations existantes associée à la nécessité de prendre en compte la recherche de variabilité génétique, indiquent que la réintroduction de bouquetins prélevés dans d’autres populations choisies pour leurs qualités est la solution la plus efficace et la mieux adaptée à la problématique pyrénéenne. » (plan p. 3)
Les promoteurs de ce plan font preuve d'un louable soucis de diversité génétique pour le bouquetin, alors que pour l'ours, l’Etat se satisfait du « croît interne » à partir d'une petite population déjà largement consanguine. Le fait que Pyros se reproduit avec ses filles, ses petites filles est connu de tous. Pourtant, la France semble convaincue que l’argument est suffisant pour convaincre l’Europe qu’elle en fait assez pour sauver l’ours.
4) L’importance de l’élargissement de l’aire de répartition pour la conservation
« L’élargissement de l’aire du bouquetin ibérique à d’autres massifs constitue une opportunité très favorable à sa conservation globale : l’isolement géographique relatif de la chaîne pyrénéenne pourrait contribuer à une meilleure préservation en permettant d’échapper à d’éventuelles épizooties graves affectant d’autres massifs de la péninsule. » (plan p.3)
Et pendant ce temps, si le gouvernement s’obstine à refuser de restaurer la population d’ours en Béarn, l’aire de l’ours dans les Pyrénéesva être divisée par deux dès que le dernier mâle aura disparu du Béarn.
Un peu de mauvaise foi ?
Un mien lecteur, franchement mauvaise langue me souffle :
- « Si nos ancêtres, qui avaient du bon sens, ont fait disparaitre les bouquetins des Pyrénées, c'est bien que la cohabitation avec eux était impossible. Ils bouffaient toute l’herbe des estives ! »
- « Il reste entre 60.000 et 100.000 bouquetins en Espagne, cela veut dire que le bouquetin espagnol n'est donc pas menacé de disparition en Espagne ! Pourquoi donc en introduire en France? »
- « Et puis ces bouquetins étrangers ne sont-ils pas plus gros, plus foncés, plus herbivores, avec des cornes différentes que nos bons bouquetins français? »
- « Ces animaux, uniquement préservés et quelque part élevés pour servir de trophées à de riches chasseurs étrangers sont-ils encore vraiment des animaux sauvages? Fernandez l’a bien dénoncé: dans les Alpes, ils se font nourrir par les touristes ! Ils n’ont plus peur de l’homme! Ces animaux ont un comportement problématique! »
- « Ne risque t-on pas d'apporter des maladies contagieuses en même temps que l'on importe ces animaux dont on n'a pas besoin ? Peut-être sont-ils radioactifs, porteur de la grippe du poulet, ou vecteurs de l’encéphalite à tiques! Les français sont en danger. Un bouquetin en liberté, des hommes en danger! »
- « A quoi ça sert un bouquetin? 2 Millions d’euros pour empoisonner la vie des éleveurs méprisés par les écolos et qui seront en première ligne en cas d'épidémie. Alors que ce sont eux qui font vivre une montagne qui serait un désert sans âme en leur absence. Encore un délire d'écolo-bobos vivant au pays des bisounours. L'argent du contribuable ne serait-il pas mieux employé ailleurs, alors que des mamans perdent leur nouveau-né, faute de maternité proche? Que le taux de chômage approche les 11 %, touchant + de 3 millions de personnes? Les hommes d’abord! Les écolos sont des anti-humanistes hors sol!
J'arrête là cette liste non exhaustive de faux arguments que personne ne présente, mais qui sont du même (ca)niveau que ceux brandis, sans honte, contre l'ours, par certains. Les mêmes qui se réjouissent de l’arrivée du bouquetin.
Alors à quand la chasse au trophée, dans dix ans ou bien avant?
Chouchouté par les chasseurs, si les bouquetins se reproduisent de 30% par an, je vous parie qu’ils ne patienteront pas jusque là. Le plan l’annonce : « Il convient cependant de souligner le caractère potentiellement évolutif à long terme de ce statut de protection accordé à cette espèce ».
Par ici l’argent de l’ours, par ici l’argent du bouquetin. Au diable la biodiversité.
Bienvenue aux bouquetins
Et pour la Buvette? Bienvenue aux bouquetins comme aux ours, pourvu que le traitement des dossiers soient identiques, pourvu qu'ils restent des espèces vraiment protégées.
Moralement, il me semble logique que les chasseurs espagnols qui n'ont pas exterminé leur population de bouquetins touchent les dividendes de leur sagesse, et que les chasseurs français continuent à regretter leur excès cynégétiques passés. De la même manière, je ne serais pas surpris que les certains éleveurs haut-béarnais prient pour l'arrivée rapide du loup, avant que l'ours ne disparaissent, histoire de continuer à profiter du système. Quant au "président Fernandez", qu'il tourne sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler... contre son camp.
Le dossier de réintroduction du bouquetin est consultable ici.
Réactions
Le retour des bouquetins ne fait pas l’unanimité. Les éleveurs estiment qu’ils vont venir brouter l’herbe sous le pied des moutons et des vaches.
Jean-Louis Régné, président du syndicat des éleveurs ovins du Conflent (Au pied du Canigou, Pyrénées-Orientales) parle de la surabondance des cervidés ! Manquerait-il des prédateurs pour équilibrer tout cela ? (Interview France bleu)
Merci à mon co-rédacteur et relecteur.
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