Préambule
Cette note représente une courte et partielle synthèse d’une publication de l’Institut de l’Elevage : « Les filières viandes bovines et ovines en Nouvelle Zélande », parue en novembre 2010. Il s’agit d’un document de 44 pages infiniment plus complet que les 3 pages de synthèse ci-dessous, qui ciblent spécialement la viande ovine.
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Des conditions naturelles favorables au pâturage
L’abondance de la pluviométrie, sa répartition sur plusieurs saisons, les températures relativement douces avec de faibles amplitudes thermiques sont autant de facteurs favorables au pâturage en Nouvelle-Zélande (300 jours/an !). La croissance de l’herbe y est importante et continue. Elle peut atteindre 20 à 25 kg de matière sèche (MS) par hectare et par jour en hiver. Le potentiel de production des prairies peut ainsi atteindre12 à 13 tonnes de MS valorisées par hectare dans les zones de plaines. La courbe de croissance de l’herbe est plus étalée qu’en France en raison de la meilleure répartition des précipitations, du pâturage hivernal et du faible niveau de fertilisation azotée au printemps.
Des cheptels allaitants en baisse depuis les années 80
Le cheptel de brebis a commencé à chuter en 1984 et cette tendance ne s’est jamais interrompue depuis. En juin 2009, le cheptel de brebis comptait 22,2 millions de têtes, soit 56% de moins que son maximum atteint en 1984.
Entre 2002 et 2007, le cheptel ovin a atteint un palier : il s’est stabilisé autour de 26,5 millions de brebis. Mais plusieurs sécheresses ainsi qu’une compétition accrue avec la production laitière ont de nouveau entraîné une baisse de cheptel. En effet, les prix élevés du lait en 2007 et 2008 ont entraîné la conversion de nouvelles terres à la production laitière, au détriment de l’élevage allaitant.
Le nombre d’exploitations allaitantes ovines et bovines professionnelles était donc de 12 800 en 2008. Elles étaient encore 22 000 en 1984, date de suppression des aides publiques agricoles. Il s’est donc opéré une restructuration.
Des exploitations très éloignées du profil français
Une exploitation ovins/bovins allaitants en Nouvelle-Zélande est très loin de nos standards français, au delà du net différentiel de taille. Il existe peu de bâtiments d’élevage : les animaux restent dehors et les agnelages et les vêlages ont lieu en plein air, sans assistance. Cela est rendu possible par les conditions climatiques, qui restent relativement clémentes à l’exception des zones en altitude, mais surtout grâce à une certaine rusticité maintenue dans la génétique ovine, avec la quête permanente d’aptitudes maternelles et à l’agnelage sans assistance.
Des gains de productivité très importants
Alors que les cheptels ont fortement baissé, les exploitations ont opéré des gains de productivité très importants. Tout d’abord, la productivité numérique moyenne des brebis, qui stagnait autour de 95%, a commencé à progresser dès le lendemain de la suppression des aides publiques à l’agriculture.
Elle a augmenté entre 1985 et 2009, pour atteindre environ 125% (- 3 % de mortalité après 6 semaines), avec des variations d’une année sur l’autre selon les conditions climatiques et fourragères.
Aujourd’hui, les exploitations ovines néo-zélandaises ont une productivité numérique par brebis supérieure à celle des exploitations françaises. D’après les résultats des Réseaux d’Elevage Français (échantillon d’environ 400 exploitations ovines performantes), la moyenne en productivité numérique est à 119%, ce qui est au-dessus de la moyenne française (voisine de 115 %). Mais ce résultat reste en-dessous de la moyenne néo-zélandaise, qui était la même année de 125%. Un quart des exploitations suivies par Beef+Lamb NZ dépasse cette moyenne de 125%, alors que seulement 13% des exploitations des Réseaux français ont une productivité numérique de plus de 125%.
Privés d’une part importante de revenu avec la fin des aides, les éleveurs, accompagnés des chercheurs et des techniciens, se sont focalisés sur les gains de productivité, seul levier disponible.
La filière néo-zélandaise travaille actuellement sur la réduction de la mortalité des agneaux, qui permettrait de gagner encore en productivité numérique (isolement des femelles qui portent des triplés sur prairies spécifiques).
Un autre progrès très important est celui du poids moyen de carcasse des agneaux, qui est passé de 13 kg au début des années 80 à 17,7 kg en 2009, soit un gain de presque 40% en – de 30 ans. Cet alourdissement est le résultat des évolutions génétiques, mais aussi du haut niveau de performance technique atteint par les éleveurs néo-zélandais.
Au total, en 20 ans, la moyenne est passée de 9,8 kg d’agneau vendu par brebis à 16,9 kg. Dans le même temps, on est passé de 5,3 kg de laine par brebis à 4,6 kg.
Des coûts de production parmi les plus bas au monde
Une comparaison des données issues de Teagasc en Irlande, de AHDB au Royaume-Uni, des Réseaux d’élevage en France et de Beef+Lamb NZ permet d’établir que les coûts de production néo-zélandais sont presque cinq fois inférieurs aux coûts français et trois fois inférieurs aux coûts britanniques et irlandais, avec, en 2008, environ 12 €/brebis de coûts opérationnels et 19 €/brebis de charges de structures.
En revanche, le prix de l’agneau étant également bien inférieur en Nouvelle-Zélande (c’est logique), la marge nette par brebis est du même ordre de grandeur qu’en France (4 € en 2008). Tout comme en France, les systèmes pastoraux de montagne ont des charges opérationnelles à la brebis inférieures aux systèmes intensifs de plaine.
La production de viande ovine progresse depuis 1990
Après la suppression des aides publiques à l’agriculture en 1984, l’effondrement du cheptel ovin a d’abord entraîné une baisse de la production de viande ovine néo-zélandaise, qui est passé de 728 000 téc en 1985 à 486 000 téc en 1993. Cependant, les gains de productivité (productivité numérique, poids moyen des carcasse d’agneaux) ont fait repartir la production dès 1994. En 2008, la production a atteint 620 000 téc, soit 17% de plus qu’en 1990.
La production de viande ovine est composée à 79% de viande d’agneau et à 21% de viande d’ovins de plus de 12 mois, ce qui est assez comparable au ratio français. Basée presque exclusivement sur le pâturage, la production est relativement saisonnière. Elle est réalisée à 70% durant l’été austral, c'est-à-dire de décembre à mai.
La Nouvelle-Zélande est un acteur de premier ordre sur le marché mondial de la viande ovine. Elle ne représente que 7% de la production mondiale mais fournit 45% des échanges. L’UE est le premier client de la Nouvelle-Zélande, avec la moitié du total, soit environ 180 000 téc en 2009.
La répartition au sein de l’Union européenne évolue sensiblement : la part du Royaume-Uni est passée de 34% du total exporté sur le marché mondial en 1990, à 24% en 2009, alors que celle de la France a grimpé de 2 à 7%, et celle de l’Allemagne, de 5 à 8%.
De plus en plus de valeur ajoutée dans les exportations de viande ovine
Largement majoritaires dans la production totale, les volumes exportés suivent l’évolution des abattages. Entre 1990 et 2008, ils sont passés de 363 000 téc à 450 000 téc, soit une hausse de près de 24%.
La progression est encore plus forte en valeur : les exportations néo-zélandaises de viande ovine sont passées de 1,16 milliard de dollars NZ en 1990 à 2,94 milliards en 2009, soit une hausse presque continue de 150%.
Ces gains de valeur ajoutée sont avant tout le résultat d’une évolution qualitative de longue haleine. La part de viandes réfrigérées dans le total des exportations est passée de 2% en 1990 à 19% en 2009 (83 000 téc). Le paiement au rendement en viande se développe et permet d’optimiser le retour sur chaque carcasse et d’encourager les éleveurs à la performance.
Une forte valorisation du cinquième quartier mais la laine recule
Alors que la laine était la principale motivation du développement de l’élevage ovin en Nouvelle-Zélande, elle ne représente aujourd’hui en moyenne que 12% du produit brut agricole d’une exploitation d’élevage allaitant. La Nouvelle-Zélande reste cependant le troisième producteur de laine lavée au monde, après l’Australie et la Chine.
Les co-produits d’abattage représentent une source importante de revenus pour l’industrie de la viande. En 2009, les exportations de co-produits ont totalisé 1,4 milliard de dollars néo-zélandais, soit 22% du secteur viande.
Des revenus insuffisants fortement liés au taux de change
Malgré des coûts de production très bas, le revenu des exploitations ovins/bovins viande est relativement faible, et surtout très volatil. En effet, deux facteurs influencent le revenu des exploitations en Nouvelle-Zélande : le nombre d’agneaux vendus et le prix obtenu par agneau. Lors de la sécheresse de 2007-2008, le taux de productivité numérique moyen était tombé à 115%, soit 10% en-dessous du niveau des années précédentes. Les éleveurs ont donc subi une forte baisse de leur production.
90% de la production étant exportée, et en grande partie vers l’UE, le prix de l’agneau payé au producteur est indexé sur le taux de change entre le dollar néo-zélandais et l’euro ou la livre sterling.
Lorsque le dollar NZ remonte, cela se traduit par une baisse de prix pour les éleveurs néo-zélandais.
Les surfaces consacrées à la viande reculent
Les surfaces dédiées à la production de viande sont passées de 12,5 millions d’hectares à seulement 9,5 en 20 ans, soit une baisse de presque 25%.
Par ailleurs, d’après les statistiques nationales, les surfaces de forêt plantées ont progressé de 1,3 million d’hectares entre 1990 et 2010, un développement réalisé en partie sur des terres anciennement dédiées à la viande. Ces forêts sont destinées à la production de bois, mais le reboisement trouve également en partie son origine dans un objectif de compensation carbone. Au total, la forêt couvre près de 30 % du territoire néo-zélandais.
Enfin, il ne faut pas oublier que les réserves d’état pour la protection de l’environnement occupent désormais 30% du territoire, ce qui a également affecté les surfaces à viande.
L’activité touristique internationale est très importante en Nouvelle Zélande : le chiffre d’affaire généré représente près du double de celui des filières ovins/bovins viande et emploie 10 % de la population active.
Des préoccupations environnementales croissantes qui pourraient jouer en faveur de la viande
L’agriculture néo-zélandaise se prévaut d’une image « nette et verte » dans ses relations commerciales.
Elle intègre progressivement les différentes préoccupations environnementales qui émergent au niveau international : qualité de l’eau, réchauffement climatique en lien avec les émissions de gaz à effet de serre, gestion quantitative de l’eau, consommation d’énergie, biodiversité, etc.
L’ensemble de ces contraintes pèsent davantage sur le potentiel de développement de la production laitière. Sont en cause les teneurs en nitrates, qui augmentent localement, et les émissions de gaz à effet de serre du secteur laitier.
Une étude récemment publiée montre que 100 g d’agneau néo-zélandais consommés au Royaume-Uni représentent 1,9 kg de CO2, dont 80% proviennent de l’élevage. Seulement 3% proviendraient de la transformation, 5% du transport et 12% de la distribution et de la consommation. Ce résultat est inférieur (de l’ordre de 15%) à celui calculé par la filière française pour l’agneau français, mais il n’existe à l’heure actuelle aucune méthode commune de calcul. Aboutir à une méthode de calcul universelle serait donc souhaitable.
Conclusion
Il n’est pas utile de rentrer dans une comparaison point par point entre deux politiques d’accompagnement agricole. Force est cependant de constater que la Nouvelle Zélande n’est pas uniquement aux antipodes de la France pour des raisons géographiques. En caricaturant à peine, on pourrait même dire qu’il n’y a rien en commun :
- D’un côté un pays « neuf », qui ne s’estime donc pas contraint par des traditions plus ou moins anciennes, des exploitations gigantesques dès l’origine, et une quasi-absence de soutien public depuis 1984 (2% de la valeur de la production agricole du pays).
- D’un autre côté, un pays de lointaine tradition agricole, avec des exploitations historiquement de taille modérée, et une politique de soutien de toute production en difficulté.
Cette politique du « marche ou crève » néo-zélandais a d’abord connu une transition difficile. Mais l’économie rurale, qui ne néglige ni le tourisme, ni la gestion durable des ressources primaires, est aujourd’hui davantage diversifiée et compétitive. Au final, bien peu d’agriculteurs regrettent l’ancien modèle, basé sur le soutien public. D’ailleurs, le nombre total d’exploitations agricoles n’a que peu baissé depuis là-bas (de l’ordre de 1 %), contrairement à ce qu’on observe en Europe en général, et en France en particulier. Taille et nombre d’exploitations étaient cependant forts différents dès 1984, ce qui n’et pas à négliger au bilan.
Le nombre d’exploitations ovines a lui certes baissé d’à peu près la moitié en 25 ans suite à l’arrêt des subventions. Mais sur la même période, la multiplication par 3 ou 4 des subventions en France s’est quand même soldée par la division par 3 du nombre d’exploitations détenant des ovins…
Alors, il faut adopter le modèle néo-zélandais ? Ce serait aller vite en besogne.
Si la Nouvelle-Zélande peut se vanter d’avoir une balance économique agricole très favorable, avec un minimum de soutien public, c’est aussi parce qu’elle a fait le choix de l’abandon pur et simple des productions non rentables.
En se spécialisant dans un nombre réduit de productions parfaitement adaptées aux conditions climatiques et géographiques, elle est devenue championne du monde du coût de production.
Ce qui lui permet d’être largement exportatrice sur ses productions : viande, lait, laine, kiwi…
Conséquence logique : il lui faut importer certaines productions devenues marginales dans le pays.
Ce qui est rendu confortable par une balance commerciale nettement positive.
Mais la Nouvelle-Zélande est donc très dépendante du commerce extérieur.
Sa compétitivité pourrait très bien être remise en cause si les pays émergents (Chine, Brésil…) continuent à s’améliorer, tant en volume qu’en qualité. La hausse des coûts de transport, conjuguée à l’instabilité du dollar néo-zélandais, pourrait également réduire l’intérêt des productions kiwis, compte tenu de l’éloignement des marchés concernés.
Enfin, on ne peut faire l’impasse sur les bouleversements climatiques en cours. Lesquels ont déjà eu des conséquences sur la production de viande, et davantage encore sur la production laitière. Et quand bien même le système néo-zélandais n’aurait aucun inconvénient, sa transposition tel quel en Europe et principalement en France est totalement inenvisageable.
Un pays comme la France, habitué historiquement à produire à peu près tout ce qu’il est possible de produire sous nos latitudes, n’est pas culturellement disposé à abandonner brusquement ce qui n’est pas du tout rentable, et à concentrer ses moyens vers ce qui l’est (ou peu s’en faut).
On n’évitera cependant pas, tôt ou tard, de devoir répondre à certaines questions, sous une formulation ou une autre (quelques exemples, loin d’être exhaustifs) :
Est-il nécessaire de continuer à produire de (presque) tout en France ? Si oui, doit-on avoir pour objectif systématique l’autosuffisance, ou doit-on réduire la voilure sur les productions les plus coûteuses, tant d’un point de vue environnemental qu’économique ? Si non, doit-on privilégier :
- Ce que consomment préférentiellement les français ?
- Les secteurs dans lesquels la France est particulièrement performante ? (ces 2 points étant susceptibles de se rejoindre souvent) ?
- L’orientation vers des productions en phase avec les impératifs de préservation des ressources naturelles et de la biodiversité (là par contre, il n’y a pas forcément coïncidence avec le point 1)?
La politique agricole française (européenne) doit-elle être à l’unisson des politiques environnementales et de santé publique ? Si oui, est-il cohérent de demander aux français, dont l’estomac n’est pas extensible à l’infini, de consommer « 5 fruits et légumes par jour » et de continuer, sur deniers publics, la promotion de la consommation de viande (française…), dont nous engloutissons chacun déjà près de 90 kg/an ? Tout en « évitant de grignoter entre les repas » (mais en continuant à acheter du grignotage…) ? Et en consommant « 3 produits laitiers par jour », même si des doutes se font jour sur la pertinence de ce type de recommandation ?
- La volonté d’équilibrer l’alimentation des français doit-elle participer à la réorientation de l’agriculture ?
- La volonté de préserver l’environnement des français doit-elle participer à la réorientation de l’agriculture ?
- Ou est-ce plutôt la volonté de préserver l’agriculture actuelle qui décidera ce qui doit rester d’environnement ?
Vaste, mais au final, incontournable débat…
Marc LAFFONT



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