En général, les stratégies et règles qui composent l'accouplement chez les ours brun est mal connue. Seules quelques études ont abordé cette question avec très peu d'observation de terrain ou d'analyses génétiques (Craighead et al. 1995b; Craighead et al. 1998; Kovach Powell & 2003; Schenk & Kovacs, 1995).
Dans sa thèse, Eva Bellemain a étudié :
- le système de reproduction de l'ours brun avec l'aide de marqueurs moléculaires,
- la filiation, les donnes généalogiques
- les stratégies d'accouplement employées par les deux sexes en matière d'infanticide sexuellement sélectionnée (SSI : Sexually selected infanticide)
- le choix des ours mâles par les femelles.
L'infanticide sexuellement sélectionné ou SSI
L'infanticide sexuellement sélectionné (SSI) est probablement l'un des principaux facteurs qui influent sur l'accouplement chez plusieurs espèces (Hrdy 1979; Hrdy Hausfater & 1984). C'est un facteur important qui affecte la survie des oursons dans la population d'ours bruns en Scandinavie (Swenson et al. 1997; 2001).
Dans le chapitre VII sur l'infanticide sexuellement sélectionné, nous avons examiné la présence des trois exigences de l'infanticide sexuellement sélectionné dans la population d'ours bruns en Scandinavie, sur base des cas d'infanticide observés et des données génétiques recueillies sur le terrain. Nous avons constaté que les mères qui ont perdu tous leurs oursons ont leur prochaine portée plus d'un an plus tôt que celles où un ou plusieurs oursons ont survécus.
Des analyses génétiques des échantillons trouvés sur les sites d'infanticides, nous avons déterminé que les ours infanticides ne sont pas les pères des oursons tués et qu'ils avaient une forte probabilité de devenir les pères des prochaines portées. Fait intéressant, la plupart des mâles étaient des résidents, ce qui suggère qu'ils reconnaissent probablement la femelle avec laquelle ils se sont accouplés l'année précédente et qu'ils ne tentent pas de tuer oursons qui sont potentiellement les leurs. Nous avons conclu que les trois conditions préalables du SSI sont réunies et que l'infanticide sexuellement sélectionné est peut-être une adaptation des mâles dans la stratégie d'accouplement des ours bruns.
Des parternités multiples ont été génétiquement démontrées et suggèrent que les femelles ourses s'accouplent avec plusieurs mâles dans le but de confondre la paternité, c'est-à-dire qu'elles ont développés une contre stratégie à l'infanticide sexuellement sélectionné (SSI). Cette étude est la première à démontrer génétiquement les stratégies d'accouplement en matière d'infanticide sexuellement sélectionné dans une espèce non sociale.
Nous pensons que ces conclusions peuvent également être applicables à d'autres espèces sociales ou non sociales ou des SSI sont observées et nous encourageons les futures études qui permettront d'obtenir des estimations de paternité en vue d'évaluer les avantages de la stratégie d'infanticide sexuellement sélectionné pour les mâles et d'évaluer les contres-stratégiesd déployées par les femelles.
La sélection des partenaires mâles pour les ourses femelles
Dans le chapitre VIII, nous avons enquêté sur différents facteurs possibles qui influencent le choix des partenaires pour les femelles ours brun. Nous avons comparé les différentes caractéristiques des ours mâles que des tests de parternités ont identifiés comme étant les parents de portées d'oursons. (Choisis par les femelles pour devenir les pères ?), aux caractéristiques des ours mâles disponibles dans le voisinage de la femelle.
Nous avons supposé que l'infanticide sexuellement sélectionné pourraient avoir une influence sur le choix des partenaires par les femelles pour cette espèce, que les femelles pouvaient accepter un accouplement avec un mâle comme une contre stratégie destinée à éviter de futurs infanticides. Par conséquent, nous avons testé les hypothèses suivantes :
- les femelles sélectionnent les mâles en fonction de leur haute qualité (âge, taille, caractères hétérozygote, parenté) afin d'optimiser la qualité de la descendance et d'éviter la consanguinité,
- les femelles adoptent une stratégie visant à réduire au minimum le risque de SSI, et s'accouplent avec les mâles potentiellement infanticides, c'est-à-dire les mâles les plus proches géographiquement, ceux qu'elles sont susceptibles de rencontrer l'année suivante en compagnie de leur jeunes. Si ces mâles reconnaissent la femelle avec laquelle ils se sont accouplés, il ne tueront pas les jeunes, même s'ils ne sont pas les pères biologiques des oursons.
Nous avons trouvé des preuves que les deux critères : les caractéristiques morphologiques, génétiques et d'âge d'une part et la distance géographique d'autre part, influencent de façon significative les choix des ourses femelles.
Les femelles ourses brun peuvent décider de s'accoupler avec les mâles les plus proches uniquement par stratégie pour luter contre l'infanticide.
Mais on pense que les femelles pourraient exercer un choix postcopulatoire "cryptique", c'est à dire qu'on emet l'hypothèse qu'elle sont capables de choisir le sperme qui fécondera l'ovule. Elles s'accouplent avec différents mâles, afin d'augmenter leur chances de fécondation mais aussi afin de choisir (jusqu'à un certain degré) le pére de leur progéniture. Les ourses peuvent aussi s'accoupler avec des mâles ayant des attributs physiques intéressant telles que le poids ou la taille ou un statut de dominant (caractéres qui seront transmis aux jeunes et augmenterons leur chances de survie) d'aprés la théorie des "bons gènes" (Brown 1997).
L'apparentement
L'apparentement n'est pas un facteur qui joue un rôle dans l'accouplement, c'est à dire que les femelles ne choisissent pas forcément le mâle le plus éloigné génétiquement, mais la consanguinité est évitée en général de par la philopatrie des femelles et la dispersion des mâles. (NDLB : Philopatrie : Dérivé du grec philos (aimer) et du latin patria (pays du Père). Fait référence à l'instinct ou la tendance d'un Individu de revenir à, ou de rester dans, sa zone de naissance. Dans le cas de l'ours, on devrait plutôt dire "pays de la mère".)
Il y a peu de chances qu'un jeune s'accouple avec sa mère par exemple car ils auront des territoires distincts à l'âge adulte. (McLellan & Hovey 2001). (NDLB: Des cas de reproduction père/fille ont été observés dans les Pyrénées, l'effectif de la population étant drastiquement faible : l'ours Papillon s'est par exemple reproduit avec sa fille Cannelle)
Les textes complet des publications d'Eva Bellemain sont téléchargeables (fichiers pdf) sur son site Internet.
- Présentation d'Eva Bellemain
- Le système d'appariement de l'ours brun (Extrait de la thèse d'Eva Bellemain)
- Présentation de la thèse d'Eva Bellemain : "Genetics of the Scandinavian brown bear (Ursus arctos): implication for biology and conservation"
- Toutes les notes de ou à propos d'Eva Bellemain



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