Marc Laffont répond aux Jean bons. (Ouaih, c'est facile je sais, mais je manquais d'illustration)
Réponse de Marc Laffont à Jean Bonnard
La France a des devoirs en matière de préservation de la biodiversité auxquels elle ne peut se soustraire, sans perdre le peu de crédibilité qu’elle possède encore dans ce domaine. Et effectivement, cela a un coût.
Le grand hamster, le vison d’Europe, l’ours brun, l’esturgeon, le râle des genêts, pour ne citer qu’eux. Autant d’espèces pas nécessairement au bord de l’extinction dans le monde, mais très menacées chez nous.
On ne peut pas à la fois dénoncer ceux qui continuent la chasse à la baleine, massacrent les gorilles ou les derniers tigres, et se dispenser de protéger les espèces en voie de disparition sur son sol. Que d’autres pays abritent des populations en meilleur état de conservation ne nous dégage pas de nos obligations.
Près de la moitié du budget-ours bénéficie au pastoralisme et plusieurs centaines de milliers d’ours-€uros participent au développement local. Tout cela est très positif. Mais il faudrait que ceux qui en bénéficient aient l’honnêteté de le reconnaître, plutôt que de crier à l’inflation budgétaire.Seraient-ils disposés à se passer de ces subsides si on éradiquait l’ours ? Ces crédits ont notamment permis le placement de 180 bergers en 2007.
Berger, voilà un emploi que l’évolution de l’élevage de montagne façon anti-ours a pratiquement éradiqué, encore plus efficacement que l’ours.
Globalement, l’activité autour de l’ours représente une centaine d’équivalents temps plein, dont l’économie locale a bien besoin. Les emplois générés par de l’argent public associé à des mesures environnementales ne sont pas plus honteux que ceux induits par des subventions agricoles.
- En Espagne vivent 2000 à 2500 loups, 120 à 150 ours et 23 millions d’ovins sont élevés. Dont deux tiers pour la viande, animaux les plus exposés, et plusieurs millions de têtes en zone de contact avec ces prédateurs.
- En Italie, vivent 600 à 800 loups, près d’une centaine d’ours en 2 populations, et on y élève à peu près autant d’ovins qu’en France, soit environ 8 millions.
Par quel prodige serait-il impossible de réaliser collectivement en France ce que nos 2 voisins parviennent à faire avec davantage de prédateurs ?
Les vrais problèmes de la filière ovine sont ailleurs :
- Faible rentabilité de l’activité : selon les derniers chiffres présentés à la Commission des Comptes de l’Agriculture et de la Nation du 1er juillet 2008, l’élevage ovin était en 2007 le secteur le plus faiblement rémunérateur de toute l’agriculture française avec un revenu net d’entreprise agricole par actif non salarié de 9 200 €/an. Soit la moitié du revenu moyen agricole. Et ce, malgré des subventions s’élevant à 24 300 €/an et par exploitation ovine de l’échantillon (près de 22 000 exploitations). C’est même pire si on cible sur la filière ovins-viande, les laitiers s’en sortant bien mieux.
- Concurrence de la viande étrangère : une publication de l’Institut de l’Elevage d’octobre 2008, rappelle que 56 % de la viande ovine consommée en France en 2006 était d’origine étrangère (Royaume-Uni, Irlande, Nouvelle-Zélande…).
- Baisse de la consommation : selon la même source, la consommation de viande ovine était passée en France de 5,5 à 3,9 kg/an/personne entre 1990 et 2007. Dont 43 % d’origine française, soit 1,7 kg/an/personne. Contre 2,7 kg en 1990, époque où la part d’origine française atteignait 50 %. Et la tendance n’a que peu de chances de s’inverser, les jeunes boudant particulièrement ce type de viande, toujours selon cette publication de l’Institut de l’Elevage.
- Baisse du nombre d’éleveurs, en partie conséquence logique des point précédents : celui-ci a baissé de 60 % en 20 ans, le nombre d’ovins diminuant du quart dans le même temps. Du tiers même, si on cible les ovins allaitants.
Un si faible revenu couplé à une telle dépendance aux subventions, n’est-ce pas là, avec la concurrence britannique ou néo-zélandaise et la baisse de la consommation, le véritable problème de la filière ovine, bien plus que la prédation (indemnisée) par l’ours de 0,07 % des 620 000 brebis qui estivent dans les Pyrénées ?
Les éleveurs ne seraient-ils pas mieux inspirés, sur le long terme, de faire de l’ours un allié qui valoriserait leur activité, plutôt que d’en faire le bouc‑émissaire d’une situation à laquelle sa disparition, au mieux, ne changerait rien ?
Car s’il n’y avait pas d’ours dans les Pyrénées, quels médias s’intéresseraient au pastoralisme ?
Je pense qu’il y a de la place pour les ours et pour les hommes dans les Pyrénées. Il suffit seulement que les extrémistes cessent de mettre de l’huile sur le feu. Ceux qui prônent la cohabitation doivent pouvoir s’entendre. Que leur sensibilité soit davantage pastorale ou naturaliste.
Marc Laffond
Commentaires de Jean Fanchon
L’avis des populations des communes d’Ariège ou les ours introduits vivent et font le gros de leurs prédations, en particuliers Haute Ariege et Couserans, n’est simplement pas pris en compte. Pourquoi ne pas autoriser ces consultations communales demandées par plusieurs communes ? Pourquoi l’état passe t’il au-dessus de l’avis des collectivités élues, une grande majorité des conseils municipaux de ces zones et le conseil général ? L’ours est une affaire d’état, une affaire européenne, et surtout pas l’affaire des populations. pourquoi ? La question est sans réponse officielle.
(NDLB : L'avis de toute la population ? Ou seulement des éleveurs et de certains responsables politiques désireux de satisfaire ceux qui crient (ou cassent) le plus fort ?)
Alors lorsque médias et administration centrale coopèrent, les opposants ont du soucis à se faire : enquètes d’opinions biaisées et dénigrement médiatique systématique dont les réponses ci-dessus n’ont plus qu’à se faire l’echo.
(NDLB : L'ASPAP écrivait "Au-delà de la rétrospective, le montage met en évidence la manière dont les médias ont traité ce sujet, et montre comment peu à peu nous avons gagné, ce que même nos adversaires reconnaissent, la bataille médiatique." Le vent aurait-il tourné ? (pour reprendre une expression chère à leur correspondant de presse qui voit des ourses partout. Pour qui roule la majorité des journalistes de La Dépêche du Midi, de Sud-Ouest etc... Source : ASPAP)
Presque tous les points soulevés ci-dessus sont sujets à caution :
- Les 71% de Mr Archangeli.
- Les opposants méprisent l’écologie.. ( c’est la plus belle, vu que justement ce sont ceux qui, souvent par amour de la montagne ont choisi soit de rester, soit de s’installer dans ces vallées difficiles, et les faire VIVRE.) (NDLB : Suffit-t-il se s'installer quelque part pour avoir un comportement écologique correct ? Si oui, on n'en serait pas là ? Tous les agriculteurs sont "installés", les pieds dans la terre, par définition. Celà n'en fait pas des modèles de respect de la biodiversité : mauvaises herbes, animaux nuisibles, emploi de pesticides (parfois interdits) et j'en passe)
- Les opposants sont des ultras pastoraux, motivés par l’appat du gain, la frustration, la bétise, l’idéologie. (NDLB : Les opposants arrivent-ils à classer les causes de leurs problèmes par ordre d'importance réelle ou sont-ils aveuglés par leurs responsables politiques et syndicaux, occupés à soigner leurs résultats électoraux ? Il a fallu une crise majeure de FCO pour que l'ours passe au second plan de leurs discours. (Voir le vide médiatique des communiqué depuis l'apparition de la FCO, un peu après "l''énorme journée" des "Pastoralies" ou les Lacube te Bonrepaux jouaient les cigales.)
- Sans compter les perles : "Car s’il n’y avait pas d’ours dans les Pyrénées, quels médias s’intéresseraient au pastoralisme ?"
Les nombreuses fonctions du pastoralisme et ses bienfaits méritent l’attention de toute personne ou media ouvert et intéressé à la vie des gens, indépendamment de l’ours. C’est le contraire qui se passe : l’ours et sa médiatisation partisanne sont en train de le tuer. (NDLB : Alleluya, le pastoralisme est vivant. Que le bon pasteur prie pour nous . Les bienfaits du pastoralisme font débat et pour savoir qui tue l'ours, il suffit de relire Christopher Servheen et son rapport AScA en 1996. Rapport trop brulant pour l'IPHB qui s'est dépéché de le mettre au placard, malgré son côté visionaire. L'IPHB est aussi aveuglé que l'ASPAP. Est-ce parce que l'ASPAP et l'IPHB sont dirigés par des chanteurs ? Voir la vidéo)
je renvoie aux sites de l’ASPAP et de Louis Dollo. Le gouffre est toujours ouvert, certaines déclarations et comportements donnent à penser qu’entre l’ours et l’habitant certains ont choisi l’ours. Quidams ou responsables, ils sont deja dans l’abominable. (NDLB : Le retour de la Biodiversité à visage humain chère à Bruno Besche-Commenge)
Espérons que tous ceux qui se sont trouvés pris dans la polémique puissent reprendre un peu de bon sens et de respect d’autrui. La réalité du comportement de l’ours slovène contredit chaque jour un peu plus les hypothèses et les prérequis qui avaient justifié sa réintroduction.
Réponse de Marc Laffont à Jean Fanchon
Le pastoralisme mériterait certainement “l’attention de toute personne ou média ouvert et intéressé à la vie des gens, indépendamment de l’ours”. Mais la réalité est toute autre.
Lorsque le pastoralisme (ou l’élevage ovin) arrive dans les discussions et les médias, c’est dans l’écrasante majorité des cas dans les pas des grands prédateurs. Le sujet n’aurait la plupart du temps pas été abordé, si l’ours ou le loup n’avait pas été les sujets initiaux. C’est sans doute regrettable, mais c’est ainsi. Cet article en est d’ailleurs la parfaite illustration.
En fait, en dehors des prédateurs, c’est lorsqu’il y a une crise sanitaire (fièvre aphteuse, tremblante, FCO…) que les médias s’intéressent à l’élevage ovin. Une fois retranchés prédateurs et crises sanitaires, la couverture est sensiblement en phase avec ce que représente la viande ovine française dans l’alimentation : 1,7 des 90 kg de viande consommés annuellement par chaque français. A peine 2%. Et l’intérêt qu’y portent les syndicats agricoles est du même ordre, depuis très longtemps. Ils ne semblent s’y intéresser depuis quelques années que parce que loup et ours leur donnent une exposition médiatique exceptionnelle. Et l’occasion de taper sur les "zécolos" irresponsables, les technocrates, Bruxelles etc. Car sans cela, s’il y a un secteur dont les représentants syndicaux agricoles n’ont pas eu grand chose à faire jusqu’au milieu des années 90, c’est bien l’élevage ovin viande.
Quand aux sites mentionnés par M. Fanchon comme fournisseurs d’arguments crédibles, je suppose que c’est de l’humour…que j’apprécie, par ailleurs.
Il est possible de faire vivre la montagne autrement qu’en misant tout sur le mouton. Il y a sa place, comme le ski. Mais considérer que tout devrait tourner autour de ces 2 seuls domaines serait une faute.
Ce n’est de toutes façons pas avec des troupeaux de plus en plus gros et de moins en moins surveillés qu’on dynamisera ces régions en créant de l’activité.
Le nombre de brebis peut, à la très grande rigueur et à très grand renfort de subventions, à peu près se maintenir. Mais le nombre d’éleveurs allaitants a déjà baissé des 2/3 en 20 ans. Et, que ce soit en zone de prédateurs ou pas, je doute que la tendance change.
En Midi-Pyrénées en 2006, le constat est simple : créer un emploi avec de l’argent public ne revenait pas plus cher au contribuable que de préserver un emploi dans la filière ovins viande (34 900 € par exploitation pour 1,6 équivalent temps plein, soit 21 800 € par ETP). Et avec une rémunération annuelle d’environ 8 000 €, contre 12 000 € pour un SMIC. Ce qui est logique : la valeur ajoutée (au sens comptable) de cette activité est proche de zéro.Cela ne veut pas dire que ce n’est pas intéressant de soutenir la filière. Mais au moment de réviser la PAC ou d’utiliser les deniers publics, c’est le genre de détail que les technocrates incompétents, coupés des réalités, et honnis du monde agricole regardent aussi.
Les politiques n’auront d’ailleurs besoin d’être trop durs pour accompagner le déclin : le papy boom va faire son oeuvre, avec 58 % des éleveurs ovins qui ont plus de 50 ans. Il leur suffira de faire comme pour l’administration : ne remplacer qu’une fraction des départs en retraite.
Dans d’autres pays, comme l’Italie (Abruzzes) ou l’Espagne (Cantabriques), on a su développer de l’écotourisme autour des prédateurs et d’un environnement préservé, sans pour autant abandonner l’élevage ovin, qui garde tout son intérêt. Les espagnols en élèvent même presque 3 fois plus que les français, et notamment en zone de contact avec des loups.
Je ne sais pas si, entre l’Homme et l’ours, certains ont choisi l’ours. Ce qui est acquis, en revanche, c’est qu’entre l’Homme et le mouton, certains ont choisi le mouton. Et c’est le développement des zones de montagne et les populations locales qui en pâtiront rapidement le plus. Pas les “zécolos-citadins de salon”. Eux ne souffriront qu’au titre de contribuable, le temps que les associations auto-proclamées dépositaires de l’identité pyrénéenne n’aient conduits le pastoralisme ovin au fond du gouffre.
C’est dommage, il y avait certainement mieux à faire en relevant le challenge de la cohabitation.
C’était possible, d’autres l’ont fait ailleurs. Les ultra-pastoraux auront peut être la peau de l’ours, mais ils auront celle du pastoralisme en même temps. Le seul suspense porte en fait sur la durée de l’agonie.
Et le seul gagnant à peu près acquis, quoi qu’il advienne, sera le loup. Les ursophiles pleureront peut être, les ovinophiles sûrement, et les lycophiles peuvent eux déjà se réjouir.
Marc Laffont
Et toute cette discussion a démarré parce que Jean Bonnard, quel bon alors, a déclaré : «Jusqu’
L'élite ursophile est touchée, argh ! Mais elle se défend bien, comme Balou. Méfiez vous de l'ours blessé.
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