L'association «Le Grand Chardon, Astobelarra» publie un recueil de chroniques de Laurent Caudine intitulé «Pensements, chroniques et nouvelles de Soule et d'ailleurs». André Cazetien, maire honoraire de Mourenx, homme admirable, écologiste, maire de Mourenx pendant 18 ans, combattant infatigable contre tout ce qui est nuisible à l'homme et à la nature, auteur de la chanson «Cannelle» est l'auteur de la préface. Jenofa Cuisset, Citoyenne de la Terre, enracinée et indéracinable en Pays Basque , «Par Chance et aussi par vouloir» a rédigé la postface.
Cette association «Le Grand Chardon, Astobelarra» n'a pas pour unique objectif d'éditer ce livre. Elle souhaite par la suite se lancer dans l'aventure d'une collection de petits livres bilingues Euskara-Français, de beaux textes fondateurs de la pensée et de l'idéal écologiste, même s'ils ont été écrits à une époque où tout comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, on était parfois écologiste en l'ignorant.
Entre 2001 et 2005, Laurent Caudine écrit des chroniques, des contes, des nouvelles, des souvenirs. Entre humour et poésie, il brocarde le monde d'ici et d'ailleurs avec un seul objectif, celui de «témoigner de vivre» comme disait Albert Camus et apporter une vision personnelle d'une réalité qui nous échappe. Suivant le principe édicté par Paul Eluard «Un autre monde est possible, mais il est dans celui-ci», l'auteur s'essaye à dresser des portraits du monde dans lequel il vit, le monde intérieur de ses émotions, celui de sa Soule natale (Pays-basque) et le grand monde d'une belle planète voguant à travers l'univers. Extrait.
Aussi chez lui
«Des scientifiques estiment que nous vivons actuellement la sixième crise biologique. Cette appellation est justifiée au vu du nombre d’espèces aujourd’hui menacées. Mais cette crise est en revanche inédite par sa cause, unique, l’activité humaine, ainsi que par la rapidité du phénomène : le rythme de disparition des espèces est 100 à 1 000 fois plus élevé que le rythme naturel.»
(Source : Demain la terre)
Enfin les élus de Basabürüa ont un vrai cheval de bataille. Tiens! Devinette! De quoi je veux causer à votre avis? En fait ce n’est pas un cheval, il est poilu comme lui, mais il est plus libre. Son indépendance a valu à notre animal mystère sa quasi disparition (car l’humain aime la nature uniquement si elle est sous son joug, le reste peut crever).
L’ours, il s’agit de lui, était un mammifère libre et sauvage, mais c’était trop pour l’anthropoïde narcissique qui partageait son territoire, fut-il souletin et élu au SIVOM de Tardets. Il a été assassiné, ici on va l’enterrer et lui offrir des anti-funérailles à sa mesure. Oui, ce territoire n’appartient définitivement qu’à l’homme le grand, le beau, le fort, le vrai, le seul, l’unique. Pas un regret, pas un costume, pas une cravate en vue, pas un hommage posthume, pas un pétale de chrysanthème à l’horizon pour cet animal qui a eu le malheur de trouver refuge dans les Pyrénées. Il a fui, mais pas encore assez loin du monde dangereux des hominidés péteurs-plus-haut-que-leur-cul.
Personnellement, en tant que souletin, je sais que mes ancêtres sont en partie responsables de ce gâchis. Je parle comme arrière petit-fils de ces pyrénéens qui ont toujours lutté contre la nature sauvage lorsque celle-ci était jugée comme l’ennemi à abattre. Il fallait couper les arbres et la broussaille qui gagnaient sur la pâture. Il fallait tuer le gros mammifère dont on avait peur. Par les armes et par le feu, on combattait ce qui était impossible à apprivoiser et enfermer dans un licou ou une muselière. Mais le monde a bien changé. Ce qui se justifiait autrefois dans un cadre social et culturel particulier ne se justifie plus aujourd’hui.
Je ne m’attendais pas à ce que les élus de Haute Soule expriment leur désarroi face à la mort de Cannelle. Mais lorsque j’apprends qu’ils préparent une association [NDLB: ADEB Association des éleveurs de Basaburua] contre la réintroduction du plantigrade, les bras m’en tombent.
C’est nouveau dans l’histoire de l’humanité, cette conscience que la planète est un joyau que nous devons préserver, que nous devons réparer les erreurs que nous avons commises. C’est nouveau cette vision stratosphérique qui nous fait découvrir la terre si petite, si fragile et si belle de par sa diversité. C’est nouveau ce sentiment qu’il faut préserver ces richesses et que nous sommes, nous les humains, les animaux et les végétaux, des poussières perdues dans l’univers, des molécules, des Quarks identiques les uns aux autres. Mais ici dans ce coin de Soule, un 29 mars 2005 dans cette salle de réunion du SIVOM de Tardets, on s’exprime encore avec comme fer de lance inconscient, les chaînes de l’atavisme, comme si la société n’avait pas changé.
Aujourd’hui encore, il est ringard de pleurer une ourse qui se fait canarder par un chasseur. Mais les choses changeront.
Il y a un sujet qui était autrefois jugé ringard en Soule. On en ricanait comme d’autres en pleuraient. Dans les écoles, on raillait ce qui était vécu comme un fardeau contre lequel il fallait lutter. Je veux parler de l’Euskara. Aujourd’hui, ici, le ringard est celui qui ne reconnaît pas le Pays Basque comme entité à part entière et qui trouve obsolète de choisir l’ikastola à toute autre école. Aujourd’hui, et ce n’est que justice, c’est celui qui méprise notre langue qui est regardée de travers. Si on y regarde de plus près, l’«Euskaldun berri» dans les «Gaü eskola» n’est-il pas une variante de réintroduction d’espèce en voie d’extinction ?
Diversité, biodiversité, patrimoine commun de l’humanité: Les monuments historiques, les chefs-d’oeuvre de l’art et de la nature, les langues et les cultures font partie de notre richesse. Combien faudra-t-il de temps à ces élus pour reconnaître à l’ours le droit de vivre sur ce territoire et sur cette planète ?
Le chemin sera long, mais le regard changera. A ce moment-là, les fils et filles de notre terre regarderont derrière eux. Ils riront ou ils pleureront et cela déprendra du regard que nous portons aujourd’hui sur ce que nous voulons qu’ils voient et qu’ils vivent.
En ce qui me concerne, je vois déjà des ours qui parlent Basque à des élus souletins qui auraient retrouvé un brin de sagacité. On peut rêver ! Utopie je crie ton nom
Laurent Caudine
Le 5 mai 2005
Sur le site «Pensements, chroniques et nouvelles de Soule et d’ailleurs» tous les renseignements concernant le livre et l'association à laquelle il est possible d'adhérer dès maintenant.
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