Italie - Vivre avec le loup, un berger dans les Abruzzes.
Un dossier du magazine Terre Sauvage du mois d’août.
Abruzzes, Transhumance au pays du loup. Des loups, des ours et des hommes, dans les Abruzzes, en Italie, les trois cohabitent, rencontre avec un berger qui n’a... jamais vu le loup.
Cette enquête se passe dans le parc national de Majella, à quelques kilomètres de L’Aquila et de son tremblement de terre. « De début juin à fin août, Domenico vit en montagne avec son troupeau, comme le faisaient avant lui son père et son grand père. » « Dix meutes, soit environs 80 loups sur 74.100 hectares : la densité de population est dix fois supérieure à celle des grands parcs américains. »
Floriane Dupuis explique que « sans les ongulés sauvages, il n’y aurait certainement pas autant de loups. Les sangliers, réintroduits dans la Majella par des chasseurs à partir des années 1970, constituent 80 à 85% de leurs proies. Viennent ensuite cerfs, chevreuils et chamois. Avec l’abandon des cultures et des pâturages, le retour de la forêt et des landes s’avère très favorable à leur expansion. (...) Il a suffi de quelques décennies pour que les ongulés se réapproprient un territoire d’où ils avaient disparu, éradiqués par la chasse .»
Et les loups? Extraits...
Les loups, les ours? Domenico ne les a jamais vus ! Il y a bien eu une ânesse disparue, une trace d'ours dans la neige, Giorgio l'âne qui s'est fait mordre, mais aucune rencontre frontale. Et pourtant ! L'une des dix meutes du parc vit à proximité de son pied-à-terre. « Domenico a très peu d'attaques parce qu'il est là de façon permanente et que son troupeau est très bien gardé, analyse le vétérinaire. La présence de l'ours, elle, n'a pas été attestée dans son secteur au cours des dix dernières années. »
Sur l'ensemble de la Majella, la coexistence élevage et grands prédateurs fait partie des priorités du parc depuis 2001. « On ne se contente pas d'établir des constats d'attaques avec les forestiers, on mène un vrai travail de fond auprès des éleveurs, notamment de prévention, qui a porté ses fruits. Le niveau d'indemnisation est plutôt bas par rapport à l'importante densité de loups et comparé à d'autres secteurs des Apennins. Il est de l'ordre de 20000€ à 25000€ par an, soit une centaine d'animaux. Le parc a également mis en place d'autres types d'aides aux éleveurs. Par exemple, on prend en charge leurs frais sanitaires (vaccinations, traitements vermifuges ... ) et on leur rachète leurs bêtes de réforme, en fin de « carrière », qui servent à nourrir les loups de notre parc didactique. »
Pour autant, le pastoralisme est loin d'être lucratif, constate Domenico. La vente des agneaux, « beaucoup plus difficile depuis qu'il n'y a plus d'abattoir au village », celle des fromages (caprino et ricotta, qu'il fabrique à la demande), ne rapportent que des sommes limitées. « Et on reçoit très peu d'aides, 2 € par tête, cela me fait 260€ par an ... Je comprends que les jeunes ne soient pas intéressés.»
Les prédateurs ne sont pas à l’origine des maux du pastoralisme, en Italie non plus, on le voit...
Et en France, pendant ce temps...
En France, en cas de mortalité en alpages, l'éleveur a tout intérêt à charger le prédateur, afin de toucher les primes qui sont bien plus élevées. S'il s'agit de chiens errants ou d'une autre cause de mortalité, pas de prime !
En ce moment, Daniel Spagnou et Henriette Martinez remuent ciel et terre, secouent NKM comme un prunier, pour obtenir des tirs dans les Alpes de Hautes-Provence. Avec succès : NKM va les recevoir, sans doute demain, en grandes pompes, et l'arrêté de tir a été publié, histoire de calmer les éleveurs.
Près de Grenoble, la FDSEA affirme dans un communiqué que "Le loup est aux portes de Grenoble". Tremblez parents, le loup entre en ville, dans les parcs remplis d'enfants. Pourtant France 3 écrit "Les experts dépêchés sur place sont moins affirmatifs et évoquent aussi les chiens errants." Qui a repris cette info? personne. Tous les politiciens locaux et la presse locale se foutent des experts, ce qu'ils désirent, c'est satisfaire leur électorat pour les uns, augmenter le tirage ou le nombre de visites pour les autres, donc cela DOIT être le loup ! Et si ce n'est lui, c'est donc son frère.
Dans les Vosges, dans le Haut-Doubs, pensez-vous que les éleveurs profitent de l'expérience des années depuis le retour du loup? Non. Partout, on ne se prépare pas au retour du loup, pourtant certains commencent à y penser; ainsi vers Grenoble : "Je crois que je vais commencer avec des patous, chien réputé pour sa capacité à protéger un troupeau, dit Yves Vignon. Mais cela ne sera pas possible avant l'été 2013, le temps que le patou s'habitue aux brebis."
Dans les Vosges, la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) demande à l'État l'autorisation de "chasser ces animaux nuisibles". "Les responsables du monde agricoles estiment que loup est en train de se sédentariser sur le secteur, et qu’il a surtout un garde-manger tout proche. Une situation que les éleveurs ne pourront accepter. Le Haut Doubs, contrairement au Mercantour ou aux Alpes, n’est pas adapté à la présence du loup » dit Eric Liegon, reconnaissant par là que les Alpes sont adaptées au loup. Va comprendre, Charles. "On manifestera à nouveau jusqu’à l’extermination du loup. Il n’y a pas d’autres solutions", affirmait l’un des manifestants. Il s'agit bien d'une volonté d'extermination, ce qui n'est pas très politiquement correct. Mais les anti-prédateurs ont des ressources intellectuelles, des spécialistes financés en partie par l'Etat et les collectivités locales.
Pour Laurent Garde (CERPAM, "membre actif de l'association Eleveurs et Montagnes") : Il s’agit de « porter la lupotechnie au même rang que les techniques pastorales. » Le pseudo développement naturel du loup serait « fantasmé par ses admirateurs ». « Respecter les loups, c’est leur créer des conditions de vie telles que leurs facultés de grand prédateur soient encouragées en direction de la faune sauvage. »
On encourage les loups en leur trouant la peau. "Encourager les loups" : un discours optimiste officiel où l'on nie l'évidence : tuer n'est pas un encouragement, pas plus qu'une méthode d'apprentissage ! Il s'agit de rassurer à tout prix, alors qu'on met en place des tirs d'éradication, quel vilain mot pour l'opinion. Armand Farrachi explique qu'il s'agit de "désigner en termes positifs des phénomènes ou des politiques qui le sont moins." Tuer des loups, animaux strictement protégés, voilà un premier paradoxe rentré dans les "moeurs" politiques, donc accepté. Cette volonté d'éradication devient une manière "d’adapter les loups face à l’élevage", "d'éduquer le loup", de (sans rire) "créer les conditions d’une réelle coexistence" (des moutons vivants cohabitent avec un loup mort, mais ne nous fixons pas sur de si petits détails), une "politique de gestion de la population de loups modulant ses aptitudes et son extension." Il s'agit donc de moduler, ce qui ne fait pas peur au bon peuple, aux électeurs. Dormez braves écologistes, nous ne faisons qu'appliquer une politique de gestion modulant les aptitudes et l'extension d'un animal que nous protégeons strictement. Circulez, il n'y a rien à voir.
Les loups "déviants" doivent retirer leurs grosses pattes pleines de griffes des troupeaux ! Il s’agit de les civiliser, de les éduquer, ce qui a été fait depuis longtemps, et donc d’en faire des... chiens : la grande spécialité de Laurent Garde ! Les loups devraient donc devenir des chiens errants, avec comme maîtres, une équipe spécialisée de lupotechniciens de premier plan (pas des chiens divaguants, qui eux n'ont comme maîtres, que de vulgus Homo sapiens distraits ou trop occupés pour les surveiller.
Pour Laurent GARDE : "C’est que les loups ajustent aussi leurs stratégies aux moyens qui leur sont opposés. C’est enfin qu’en absence de tout risque autre que celui du braconnage, l’audace du prédateur s’accroît. D’une certaine façon, la stratégie française de gestion de l’espèce, qui est avec l’Italie une exception à l’échelle mondiale en refusant la régulation, ne conduit-elle pas à spécialiser le loup sur le troupeau ovin en lui ôtant tout sentiment de risque à son approche ? (…) L’enjeu n’est pas seulement d’adapter l’élevage face aux loups. Il est aussi d’adapter les loups face à l’élevage. Cela fait quinze ans que la première politique, celle de la protection des troupeaux, est menée seule. Il est temps d’engager la seconde, celle de la régulation. “
La preuve que la lupotechnie (un nom politiquement correcte pour régulation) est efficace ? Les loups français, "bien de chez nous" ont été exterminés. Et leurs descendants n'attaquent plus les brebis. CQFD.
Les loups italiens eux, sont passés entre les mailles des filets, des pièges et des balles des lupotechniciens (qui s'ignoraient) transalpins. Et quelques loups "déviants" sont passés dans le Mercantour. Ceux là ne sont pas passés par des camps de redressement du CERPAM, ils sont restés sauvages. Et maintenant, par malheur, ils se reproduisent. Heureusement, le CERPAM, l'INRA, Spagnou, Martinez et Rachida Dati veillent aux ovins.
Un arrêté vient d'être publié dans les Alpes de Hautes-Provence; il précise "Il est ordonné une opération de tir de prélèvement d'un individu (mâle ou femelle, jeune ou adulte) de l'espèce Canis lupus sur les unités pastorales des communes de Barcelonnette, Enchastrayes, Jausiers et de Uvernet-Fours, à l'exception des territoires situées en zone coeur du PN du Mercantour." Encore heureux.
Le loup tiré sera le premier qui se présente, pas obligatoirement celui qui a déjà attaqué, ni celui qui doit "apprendre sa leçon", ni celui qui "ne peux plus recommencer". Mais comme ce sera un loup italien donc déviant, issu de loups qui n'ont pas pu profiter de l'apprentissage prôné par les lupotechniciensdu CERPAM et de l'INRA, la théorie fumeuse tient toujours la route. Seuls les loups ayant appris doivent transmettre leurs gênes. Et un loup intelligent est un loup mort. Peut-être faudrait-il effectuer des prélèvement de sperme de loups morts pour créer une lignée docile et respectueuse de la biodiversité à visage humain française ? Du travail pour les zootechniciens de l'INRA. Entre collègues, il faut s'entraider, non ? De futures innovations mondialement reconnues, à la gloire des lupotechniciens français. Que Mitterrand les inscrivent au patrimoine immatériel mondial ! Que Sarkosy les décore !
Nathalie Kosciuscko-Morizet, la ministre de l'Écologie s'excuse presque auprès Yves Derbez, le président de l'association "Eleveurs et Montagnes 04" : "Transmettez à vos collègues éleveurs ma tristesse et mon soutien. Je souhaite que l'on mette en place des mesures vraiment efficaces mais je suis obligée de faire les choses d'une manière qui soit juridiquement très encadrée". Ce n'est pas de sa faute, c'est à cause des "écolos procéduriers" ! Pour elle, "C'est une espèce protégée, donc on fait attention à ce qu'on fait, mais quand il y a un arrêté de prélèvement, ce n'est pas pour faire semblant, a-t-elle poursuivi, ajoutant vouloir rétablir la confiance entre les éleveurs et les gardes de l'ONCFS." Et la confiance sera rétablie quand il y aura eu 6 loups au tapis en 2011.
Marc Laffond étudie les chiffres de la production ovine en 2010
- non rentabilité structurelle, essentiellement liée au fait que l'agneau n'est historiquement produit en France quasiment que dans les régions où aucune autre agriculture n'était possible.
- là où il serait davantage compétitif, d'autres productions plus intéressantes l'ont supplanté.
- concurrence féroce de productions étrangères, qui cumulent trois avantages (au moins) : des exploitations 3 fois plus grandes, une moindre concurrence locale d'autres productions agricoles (Irlande, Royaume Uni...) et une meilleure maîtrise de la commercialisation en aval.
- désintérêt progressif pour le produit chez le consommateur, qui reste cher, vu que seul l'agneau est véritablement valorisé, et pas suffisamment au regard du coût de revient.
- désintérêt encore plus marqué chez les jeunes, ce qui augure mal d'un renversement de tendance.
- Et dernier point, non le moindre : même dans les pays les plus compétitifs (NZ, Australie...), la production ovine perd du terrain. Cela laisse peu d'espoirs pour les pays les moins bien structurés, hormis pour un marché de niche, car comme le dit le proverbe : "Quand les gros sont devenus maigres, il y a longtemps que les maigres sont morts..."
Mais en France, contrairement aux Abruzzes, c'est la faute aux prédateurs ! La pression est maximale sur le loup. Pour l'Etat, il faut mettre 6 loups au tapis, histoire de calmer les éleveurs. Même pour certains défenseurs de Canis lupus, il vaux mieux en tuer 6 et ainsi empécher les éleveurs de passer à l'usage du poison. La victoire appartient à celui qui créée le plus de pression : politique et médiatique; les lopbbies passent à l'action. Après avoir régler le compte de l'ours en Béarn pour la réélection de Sarkosy, NKM va régler le compte de 6 loups. J'en parie mon châpeau. Mais cela ne règlera rien du tout, puisque l'objectif des éleveurs c'est l'éradication totale des prédateurs, retrouver une montagne propre, avec seulement des brebis, des fêtes de la transhumance comme à Die, des fêtes du fromage comme à Etsaut. Le folklore pastoral, la tradition, la montagne "vivante", la biodiversité "à visage humain", la haine du sauvage : voilà ce qui est en route sous le couvert politiquement correcte du "développement (pastoral) durable".
Pour Daniel Spagnou : « NKM se moque de nous : ce ne sont pas six mais au moins quarante loups qu’il nous faut abattre à l’instar de la Suède. (...) Ce que nous voulons, dans l’urgence, c’est que les bergers puissent enfin tirer sur le loup (sans l’ubuesque chronologie des réponses) pour défendre leur troupeau.
Mais vu l’ampleur et la vitesse avec laquelle se développent les attaques, à terme, ce sont des battues qu’il nous faudra organiser pour chasser le loup de nos territoires. En attendant, Il faut revoir le statut du loup dans la convention de Berne en faisant passer le loup de la catégorie "espèce strictement protégées" à celle "d’espèce protégée" , à l’image des demandes formulées ces dernières années par le Conseil Fédéral suisse, et de la campagne de Chasse aux loups lancée en hiver 2010 en Suède. Une première depuis 45 ans ! (L’administration suédoise de la protection de l’environnement (Naturvaardsverket) a annoncé mi-décembre 2010 des quotas de chasse pour une quarantaine de loups sur une population estimée à 200, sensiblement le même nombre officiel qu’en France). Ce qui est possible ailleurs, doit l’être chez nous." (Source : http://dspagnou.celeonet.fr/)
Français, réagissez, votre nature fout le camp, il ne vous restera bientôt que du béton, de la fumée, des embouteillages, le 13h de TF1 et des animaux domestiques : la biodiversité à visage humain. La nature va vous manquer...





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