Journée mondiale de la Biodiversité
«La masse des extinctions auxquelles la terre fait face actuellement est la seconde menace qui pèse sur la civilisation après la menace de guerre thermonucléaire.» (*)
Cette phrase, qui est présente dans un rapport de la National Academy of Sciences, USA, résume bien l'importance du sujet. Avec les changements climatiques et en particulier l'élévation de la température, la perte de biodiversité constitue un grave danger pour l'humanité. L'état de dégradation de la biosphère et la surexploitation des ressources naturelles sont devenus considérables.
Rappelons quelques chiffres :
- de 33 à 50 % de la surface des écosystèmes terrestres sont transformés par l'activité des hommes;
- 50 % de l'eau douce directement accessible est utilisée;
- 25 % des extinctions des espèces d'oiseaux sont dues à l'homme;
- la concentration du CO, atmosphérique a augmenté de 30 % depuis le début de l'ère industrielle;
- il y a davantage d'azote atmosphérique fixé par les activités humaines que par tous les processus biologiques naturels.
Les racines historiques de cet état de fait sont anciennes. L’homme préhistorique vivait en contact étroit avec la nature dont il dépendait entièrement. La situation a commencé à se modifier avec la révolution néolithique qui a vu l'homme devenir sédentaire, éleveur et agriculteur. Peu à peu les hommes se sont habitués à considérer la nature comme un bien à dominer et exploiter sans limites. Cet état d'esprit a pris de l'ampleur au XVIII ème siècle avec la révolution industrielle, et avec la croissance quasi exponentielle de la population, ce qui amplifiait les besoins en matières premières et en terres cultivables. Elle entraîne en particulier la destruction des habitats ainsi que des besoins sans cesse croissants qui deviennent impossibles à satisfaire. Elle est par exemple à l'origine de la destruction massive des forêts et des nombreuses espèces végétales et animales qu'elles hébergent.
En 2030, on estime que 60 % des huit milliards d'hommes vivront dans les villes, cette progression étant plus marquée dans les régions tropicales. En outre, la moitié d'entre eux sera concentrée à proximité de la mer. Beaucoup d'espèces comme le thon rouge sont au bord de l'extinction à cause de leur surexploitation; d'autres ont déjà disparu.
La disparition d'une espèce peut entraîner des effets en cascade dans tout l'écosystème et même sur des écosystèmes voisins. On a vu le rôle que jouaient les loups dans le parc de Yellowstone. Leur élimination a provoqué indirectement une destruction catastrophique de la végétation dans certains milieux, ce qui a conduit à leur réintroduction. On a montré en 2005 que les cadavres de baleines, qui pèsent près de cent tonnes, apportent au fond des océans de la nourriture à des peuplements d'animaux extraordinaires, riches en espèces et encore mal connus. On estime que la pêche industrielle a réduit de 90 % la quantité de cadavres de baleines qui tombent au fond des océans. Ceci risque, si des mesures ne sont pas prises, d'anéantir des biocénoses originales qui n'existent nulle part ailleurs. Toutes les observations et toutes les recherches récentes montrent que la biodiversité joue un rôle essentiel dans le maintien du bon fonctionnement de la biosphère et du bien-être de l'homme qui en est indissociable.
Ce processus de dégradation de la biosphère et de la biodiversité est-il réversible? Rien ne pourra ressusciter ce qui a disparu et qui était le résultat de millions d'années d'évolution biologique. Il convient de réconcilier l'homme avec la nature en cessant le gaspillage, les destructions d'écosystèmes, les pollutions de toutes sortes. Ceci impose un changement profond des mentalités. On constate encore, malgré de nombreux avertissements, une indifférence envers ces questions ou pire, un refus de changer les modes de vie comme le montrent de nombreux exemples, comme le rejet du protocole de Kyoto pourtant bien insuffisant même si celui-ci peut être amélioré; le refus de réduire la circulation automobile source de pollutions et de dépenses d'énergie considérables; le refus d'économiser l'énergie par exemple en limitant le chauffage des appartements à 18°C en hiver; la priorité toujours accordée aux considérations économiques sur les exigences écologiques.
La gravité du réchauffement climatique est encore niée ou minimisée par certains, même par des scientifiques influents et connus. (NDLB: Lire "Le short de Claude Allègre" ) Les pollutions sont toujours présentes aussi bien dans les villes que dans les campagnes et elles ont non seulement des conséquences désastreuses pour la santé humaine mais aussi pour le maintien de la biodiversité. Il faut arrêter la surexploitation des ressources en acceptant de respecter les quotas qui sont établis pour permettre aux espèces de se maintenir et de restaurer leurs effectifs. L’opposition aux quotas de pêche des poissons marins est encore grande dans beaucoup de pays dont la France.
Il faut abandonner des attitudes anthropocentriques héritées de philosophies périmées qui placent l'homme au centre de tout et le considèrent comme libre d'exploiter et de détruire les écosystèmes et les espèces, alors qu'il est un simple élément de la biosphère et qu'il en dépend entièrement pour sa survie. Il faudrait enfin reconnaître que l'écologie est une science véritable, capable d'apporter des solutions valables et non un ensemble de conceptions que certains scientifiques ont qualifié en 1982 d' «irrationnelles » dans un texte connu sous le nom de «Appel de Heidelberg» qui a été diffusé à la veille du sommet de Rio et avec le soutien de divers industriels.
Le maintien du bien être des humains, et peut-être la permanence de l'espèce humaine, ne se fera que si nous changeons radicalement notre mode de vie, nos façons de penser et notre attitude envers la nature. Cela nécessite de repenser la conception de nos industries, de nos villes, de nos transports, de nos pratiques commerciales, de nos sources d'énergie, de notre agriculture et de notre foresterie. Il faut cesser la course au profit immédiat qui ignore les conséquences à long terme des actions de l'homme sur la nature. Il faut aussi arrêter la croissance démographique dans le monde entier, seul moyen de freiner la consommation galopante de matières premières et la dégradation accélérée des espaces naturels.
Le concept de développement durable a été établi dans les années 1980. Il s'agit d'un mode de développement qui répond aux besoins du présent, sans compromettre les chances de survie des générations futures. Il ne peut être réalisé que si les progrès ne se font pas aux dépens de la biosphère et de la biodiversité. Quel pourrait être le coût de ces mesures? Une étude récente permet une première estimation. L'évaluation des dépenses engagées en l'an 2000 par les divers états à l'échelle mondiale fournit des chiffres édifiants (en milliards de dollars) :
- dépenses militaires: 2 000 milliards;
- dépenses écologiques: 151 milliards, dont 33 pour la conservation de l'énergie, la recherche de ressources renouvelables et non polluantes et la stabilisation de la population; 24 pour la réduction de l'érosion des sols; et seulement 17 pour la conservation de la biodiversité.
L'humanité est arrivée à un stade critique de son évolution. Il dépend de nous de réagir rapidement, sinon les famines, le manque d'eau potable, les épidémies, les déplacements de populations, les guerres et bien d'autres fléaux pourraient causer dans peu de temps, un vrai désastre planétaire. Face à ces menaces, l'ancien vice président des Etats-Unis, AI GORE a pu dire que «Nous sommes assis sur une bombe à retardement».
Roger Dajoz
Conclusion du livre «La Biodiversité, l’avenir de la planète et de l’homme»
(« The mass of extinctions which the Earth is currently facing is a threat to civilization second only to the threat of thermal nuclear war. »)
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