Lupotechnie, késaco? Dans les milieux pastoraux, l’autorisation de tirer les loups devient le sujet à la mode. Laurent Garde prône la "régulation". Selon lui, « L’audace du prédateur s’accroit » et il demande "d’adapter les loups face à l’élevage". (Voir Une fois tous morts, les loups seront intelligents.
C’est un peu comme si, pour apprendre aux conducteurs dangereux qui perdent les points de leur permis, on organisait de les projeter à 150 km/h contre des arbres, juste pour les adapter, pour leur apprendre. Une fois l’apprentissage terminé, les conducteurs ne recommencent plus et leur audace diminue très fortement et, ce qui ne gache rien, durablement.
Cette « éducation du loup », prônée par Laurent Garde (CERPAM), par Marc Vincent ou par Jean-Paul Chabert (INRA) est issue de l’esprit de chercheurs proches des milieux agricoles, zootechniciens ovins par exemple. C’est ce que Marc Vincent, technicien de recherche en zootechnie appelle la « lupotechnie ».
La zootechnie étant “l'ensemble des sciences et des techniques mises en œuvre dans l'élevage des animaux pour l'obtention de produits ou de services à destination de l'homme.”, on peut en déduire qu’avec la lupotechnie, Il s’agit d’exploiter les ressources animales sauvages, d’appliquer les mêmes méthodes d’élevage au loup, au « sauvage ». Une approche anthropocentrique dans la droite ligne de la « biodiversité à visage humain ».
Marc Vincent se présente : « Issu d’une famille d’éleveurs, j'ai travaillé au début des années 80 dans un groupement de producteurs ovins des Bouches-du-Rhône où j'étais chargé du suivi technique des troupeaux des éleveurs adhérents et de la commercialisation de leurs agneaux. A l’issue d’une formation diplômante Inra (2004-2007), j'ai obtenu le Diplôme de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS). Mon mémoire porte sur « l’évolution du pastoralisme méditerranéen, et étudie plus particulièrement le cas des éleveurs de moutons et des bergers entre Crau et Queyras, sous l’effet des politiques de l’agri-environnement et du loup. »
Marc Vincent propose de mettre en place une « lupotechnie » consistant à « réguler Canis lupus afin de créer les conditions d’une réelle coexistence entre pastoralisme et loup. » Il propose une « politique de gestion de la population de loups modulant ses aptitudes et son extension. » Pour tuer un animal sauvage protégé, Laurent garde parlait de « régulation », Marc Vincent propose lui un nouveau concept : la « modulation de son extension ».
L’objectif semble noble puisqu’il s’agit (rassurons les associations environnementalistes) : « d’offrir toutes les garanties de protection de l’espèce mais sans risquer l’exclusion du pastoralisme. »
L’explication qui suit semble convainquante : « la garantie du bon état de conservation de l’espèce Canis lupus passe par sa compatibilité sociale avec d’autres utilisateurs ou gestionnaires d’espaces naturels : la protection de la nature ne se réduit pas à la conservation biologique intégrale d’une seule espèce, quelle qu’elle soit. Dans la situation actuelle, le loup est une espèce patrimoniale emblématique et intégralement protégée, mais envers et contre tout, y compris au détriment d’autres ressources naturelles, elles-aussi pourtant protégées par les politiques publiques. L’absence de gestion dont le loup est actuellement l’objet est propre à ébranler durablement le pastoralisme, et par-là son action environnementale que les politiques publiques ont reconnue et légitimée. »
Alors, comment ne pas tirer au hasard ? Comment cibler l’animal qui doit faire l’objet de cet « apprentissage »? Comment viser le loup responsable des attaques et pas un autre loup de la meute ? Comment éviter le « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère » éthiquement peu acceptable. Mais la lupotechnie s’occupe t-elle de l'éthique du sauvage ?
Marc Vincent définit la « lupotechnie » comme « la science (sic) de la gestion du loup sauvage dans son écosystème ». « Elle suppose des dispositifs permettant de pister les loups sur leur terrain de chasse. Il y aurait tout intérêt à connaître les faits et gestes des meutes partageant le territoire des troupeaux. Cela permettrait d’avertir à temps un berger dont le troupeau se retrouve soudain sous la menace des prédateurs. Une surveillance accrue et discrète pourrait se mettre en place immédiatement. Des tirs d’effarouchement pourraient être ainsi déclenchés sans délai en cas d’approche des troupeaux. »
Or, dans la nature on observe difficilement les loups en « live ». On a déjà bien du mal à les suivre à la trace et avec retard ! Que va-t-il nous proposer : de les capturer, de les équiper d’émetteurs, de les élever en batteries ? Voilà quelques beaux délires de zootechniciens agricoles! « Il est probable qu’un loup averti garde en mémoire le stimulus reçu, évitant ainsi les actes qui vont engendrer toutes sortes de drames. » La lupotechnie « définirait une volonté d’infléchir des comportements déviants impliquant le déplacement des individus spécialisés dans la capture des animaux domestiques, puis de régulation par l’élimination des récidivistes. »
La prédation, un comportement assez typique pour les prédateurs il me semble, devient donc un « comportement déviant » pratiqué par des « individus spécialisés dans la capture d’animaux domestiques ». Est-ce là la biologie animale qu’on apprend à l’INRA ?
« La constitution d’une « lupotechnie » nécessite de faire l’inventaire des techniques de la louveterie, sur le mode de celui que j’ai réalisé dans ce travail sur les techniques du pastoralisme. Il serait par ailleurs indispensable de réactiver un corps professionnel de « lupotechniciens » s’appuyant sur la mémoire de certains éleveurs et sur les louvetiers toujours en place. La « lupotechnie » ne peut en tout état de cause faire l’économie du recours à l’expérience et au savoir-faire des trappeurs, des piégeurs et de leurs objets-techniques dans les pays qui ont conservé ou développé des populations de loup gérées. »
Laissons donc aux « lupotechniciens » le soin d’élever le sauvage, de remettre ces déviants sur le droit chemin, de leur apprendre à se déspécialiser, à devenir végétarien, (comme les ours de Laurent Fabius) et si ils n’y arrivent pas, ils pourront alors à loisir « moduler leur extension » par des « stimuli » adaptés, de différents calibres et de plus en plus efficaces en termes d’apprentissage.
Selon ce chercheur, « cette politique du loup romprait avec la politique actuelle basée sur la seule protection des troupeaux » dont lui, comme Laurent Garde prétendent « avoir montré les contradictions et les limites. »
Il s’agit donc de « porter la lupotechnie au même rang que les techniques pastorales. » Le pseudo développement naturel du loup serait « fantasmé par ses admirateurs ». « Respecter les loups, c’est leur créer des conditions de vie telles que leurs facultés de grand prédateur soient encouragées en direction de la faune sauvage. » Les loups déviants doivent retirer leurs grosses pattes pleines de griffes des troupeaux ! Il s’agit de les civiliser (ce qui a été fait depuis longtemps) et donc d’en faire des... chiens : la grande spécialité de Laurent Garde! Les loups devraient donc devenir des chiens errants, avec comme maîtres, une équipe spécialisée de lupotechniciens de premier plan (pas des chiens divaguants, qui eut n'on,t comme maîtres, que de vulgus homo sapiens distraits ou trop occupés pour les seurveiller.)
Dans un communiqué, l’ASPAS "dénonce le principe même de réponse par le tir qui ne résoudra aucun problème". L’association critique la politique de « dérogation » de l’Etat et les “décisions administratives arbitraires d’un nombre de loup à éliminer” :
- ces mesures visent à limiter l'expansion du loup et non à réduire les dommages ;
- la notion de dommage "important" est contestable : 1 attaque dans l'année ou 2 attaques au cours des deux dernières années ;
- la notion de "troupeau protégé" n'est pas précisément définie ;
- le tir de prélèvement éliminera 1 loup au hasard, au risque de déstabiliser l’organisation de la meute et de finalement augmenter les “dommages” ;
- il serait désormais possible de recourir au tir autour de troupeaux même s’ils ne sont pas protégés ou ne subissent aucun dommage, mais uniquement parce qu’ils sont situés à proximité d'un troupeau qui en subit ;
- le tir de prélèvement peut avoir lieu en dehors de la présence de troupeaux, il n’est donc pas conçu pour en prévenir des dommages ;
- le loup restant une espèce protégée, les opérations de tirs ne devraient en aucun cas être confiées aux chasseurs, mais rester de la compétence de l'Etat et de ses services. Or, les chasseurs participent aux opérations de tir.
Ils rappellent également :
- que le loup joue (avec les autres grands prédateurs) un rôle de dispersion sur les ongulés sauvages (cerfs, chevreuils, chamois...) et par conséquent sur la réduction des dégâts forestiers (abroutissement, écorçage) ainsi que sur la régénération forestière ;
- qu’il s'autorégule ;
- que sa présence a fait disparaître les attaques de chiens divagants ;
- qu’il a une valeur indéniable sur le développement éco-touristique des régions de moyenne montagne ;
- qu’il est sans le savoir un allié du chasseur, puisqu'il garantit l'état sanitaire des populations d’ongulés et autres espèces dites “gibiers”.
Les checheurs de l’INRA et du CERPAM évoqués proposent eux de “mener une politique d’éducation sur le loup” , un “travail visant à obtenir une baisse du nombre des attaques sur les troupeaux domestiques par une pression réfléchie et une connaissance du loup.” L’éducation du loup “serait basée sur des mesures dont seules les plus extrêmes nécessitent d’éliminer un animal.”
Les loups sont des animaux sauvages et libres, ce ne sont ni des moutons aux mains de zootechniciens, même inventifs, ni des chien-loup tcécoslovaques ou des Saarloos à (ré)éduquer.
Vous pouvez donc envoyer votre avis et participer à cette consultation publique en écrivant aux services loups de l'Etat ou ne rien faire et laisser libre la voie de la lupotechnie confiée à des techniciens agricoles désireux d'éduquer le sauvage.
"Lupotechnie", "modulation d'extension", "biodversité à visage humain" sont des nouveaux mots pour vous? Ruez vous sur le livre d'Armand Farrachi "Petit lexique d'optimisme officiel comprenant syndromes, paradoxes, directive, faux amis et autres notions obligatoirement positives" pour y découvrir les mots "nuisible", chasseur, éradiquer, tradition, régulation et bien d'autres mots encore.
Et puis, après la lupotechnie viendront les mots ursotechnie, vulturotechnie, lynxotechnie, et ailleurs dans le monde pantheratechnie, elephasotechnie. L'INRA a de la matière pour des travaux de doctorats.




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