C'est ce combat, sa "croisade" en faveur des castors, que Grey Owl nous conte dans son second ouvrage, Un Homme et des bêtes, paru en 1932. Passion dévorante, étonnante de la part d'un homme qui les a si longtemps chassés. Devenu leur protecteur, il fonde une petite colonie de castors et y consacre tout son temps. Ce sont ses "enfants chéris". Il les cajole, passe des heures à jouer avec eux, les gâte avec des sucreries, s'inquiète quand ils sont malades ou disparaissent quelques heures. Sa cabane de "Beaver Lodge" devient une véritable hutte de castors.
Cet ouvrage a connu un succès considérable. Grey Owl profite de cette notoriété pour médiatiser son message de conservation et inciter les autorités canadiennes à prendre les premières mesures pour réglementer la pratique de la chasse et de la trappe. Si, aujourd'hui, les castors n'ont pas disparu des forêts canadiennes, on le doit en grande partie à ce personnage fascinant et visionnaire qui a su faire prendre conscience, plus tôt que tout le monde, des enjeux écologiques.
Archibald Belaney, surnommé Grey Owl
Archibald Belaney, surnommé Grey Owl, est né en Angleterre en 1888. Élevé par deux tantes célibataires et sa grand-mère, Belaney connaît une enfance malheureuse. Durant sa jeunesse, il est fasciné par les autochtones d'Amérique du Nord et rêve d'en devenir un. À l'âge de dix-sept ans, il part pour le Canada.
Entre 1907 et 1927, il vit dans le Nord de l'Ontario et gagne sa vie comme trappeur, guide et garde forestier. Converti à l'écologie, il devient, peu à peu, un farouche défenseur de la nature. En 1931, Grey Owl est nommé par le gouvernement canadien "gardien des animaux" du parc national du Mont Riding, au Manitoba, puis du parc national de Prince Albert au Saskatchewan, où il écrit ses articles et ses livres, il tombe malade après une série de conférences en Angleterre, au Canada et aux États-Unis et meurt de retour chez lui le 13 avril 1938, à l'âge de cinquante ans.
Editions Souffles 2009, 352 pages.
Extraits choisis
“J‘ai toujours eu le sentiment que lorsqu’un homme se croit capable d’accomplir une œuvre, s’il met dans son projet le meilleur de lui-même et en poursuit la réalisation avec un désintéressement absolu, il doit venir à bout de n’importe quelle tache raisonnable – ou à peu près.”
“Dieu, pour nous, n’est pas la Présence redoutable, inabordable que décrivent beaucoup de leurs théologiens, il est le musicien invisible de qui les mélodies frémissent à travers le murmure des sapins ou résonnent dans la puissante symphonie des tempêtes. Il est Celui dont les desseins se manifestent par la chute des feuilles mortes et le gonflement printanier des bourgeons, par la course incessante des eaux vives, par le lever et le coucher du soleil, Celui qui nous fait trouver un enseignement · dans les actes du plus humble animal. J’ai toujours pensé que la religion devait être simple et spontanée, et que toute croyance compliquée, mécanique, stéréotypée, travestissait la vérité, tandis que la prière pour certains esprits ne devient guère autre chose qu’une mendicité servile.“
À propos de son passé de piégeur : “Ces actes inhumains firent naître chez moi un état d’esprit étrange : les créatures ainsi persécutées ne m’apparaissaient plus comme une juste proie, mais comme des frères, vivant et luttant avec moi au cœur de la nature sauvage partout ravagée déjà, cette nature rude qui nous était un adversaire impitoyable, mais si noble. Eux aussi combattaient contre ses rigueurs et trouvaient en elle leur patrie. Hommes et animaux, nous étions des compagnons d’armes, les voir assassinés ainsi éveillait en moi une sorte de solidarité, d’esprit de corps; continuer moi-même à les chasser, en compagnie d’étrangers interlopes qui n’avaient rien de commun avec nous, me semblait maintenant une trahison, l’acte presque d’un renégat aidant un envahisseur à écraser ses compatriotes désarmés.”














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