One Voice publie un article truffé d’erreurs, d’approximations et de considérations anthropomorphiques à propos du futur lâcher d’une ours en Béarn.
«One Voice rappelle son opposition à cette translocation. Parce que, outre les souffrances qu’il subit lors du déplacement, l’ours slovène, différent du Pyrénéen, a peu de chance de survivre dans ces montagnes.»
L'ours déplacé est retiré d'un plan de chasse
Faut-il rappeler que les ours déplacés de Slovénie vers les différents pays européens qui les accueillent (France, Italie, Autriche) sont retirés d’un plan de chasse (80 en 2004, 95 en 2005, 125 en 2006). C’est à dire qu’en Slovénie, ils auraient été tirés à partir d’un mirador placé dans une clairière où l’ours est appâté avec du maïs.
L’ours est tiré de préférence d’une seule balle, pour ne pas abîmer la peau, puis dépiauté. La peau est conservée par le chasseur ou vendue pour en faire une descente de lit ou pour garnir une cheminée. Soit l’on se débarrasse du reste de l’ours (comme on l’a vu en Autriche), soit les chasseurs sortiront leurs meilleurs bouteilles de vin pour accompagner une recette de pattes d’ours (comme on le fait en Ariège avec de vieilles recettes traditionnelles, selon Louis Dollo.)
Game Over
L’ours slovène dispose donc d’une deuxième chance, d'une deuxième vie, qu’il saisit si on le laisse faire. Après sa capture, l’ours est endormi, soigné par un vétérinaire, puis transporté sur du foin, dans un conteneur lisse, sans angle, équipé d’air conditionné, d’eau, d’une caméra de surveillance et le convoi est accompagné d'un vétérinaire. Les «souffrances» et le stress sont donc minimalisés. L’équipe de capture slovène est reconnue internationnallement pour son savoir faire. Est-ce préférable pour l’ours de terminer en descente de lit et en court bouillon ? Cela semble être l’avis de One Voice. Ce n’est pas le mien.
Certes l’ourse Franska a été renversée par une voiture et Palouma est tombée d’une falaise, mais il ne s’agit pas d’accidents spécifiquement pyrénéens. En Slovénie, chaque année une trentaine d’ours meurent de causes accidentelles (collisions, accidents, chutes...), soit a peu près 5% de la population estimée entre 550 et 700 ours. La mort accidentelle d’un ours en France est évidemment bien plus grave vu que la population est très fragile, et que chaque ours représente actuellement plus ou moins 1/20 de la population totale.
Les Pyrénées sont grandes. Elles ont toujours été un terroir adapté à l’ours depuis le néolithique, riche en habitats, en zones de quiétude, en nourritures diverses qu’elle soient végétales ou animales (fourmis, charôgnes, gibier, brebis, herbes, racines, miel).
Ecrire que l’ours a peu de chance de survie dans les Pyrénées est complètement faux. En plus de continuer à vivre, les ourses déplacés se reproduisent (c’est la raison même de leur déplacement). 100% des ours présents dans les Pyrénées sont issus d’au moins un parent slovène. Au moins quatre nouveaux oursons sont nés en 2010 dans les Pyrénées (3 femelles et un mâle). Sans les réintroductions de 1996, 1997 et 2006, les Pyrénées n’hébergeraient plus que des moutons et des souvenirs! Est-ce la volonté de One Voice? Ce n’est pas la mienne!
Un monde hostile?
Pour One Voice, «tout commence d’ailleurs pour lui par un cruel arrachement (...) il y a un acte d’une extrême violence : l’enlèvement d’un individu à son milieu naturel, pour l’installer, seul, dans un monde qui lui est inconnu». L’ours est un animal solitaire. Les oursons précédents des ourses déplacées ont déjà pris leur liberté. Les ourses ne vivent avec les mâles que quelques jours par an. Les ourses déplacées en France on effectivement été arrachées... à une mort certaine! Elles sont en France pour continuer à VIVRE et pour se REPRODUIRE, pour apporter leurs gênes aux ours qui vivent dans les Pyrénées. Tous les scientifiques qui suivent les ours et les montagnards pyrénéens constatent que les ours déplacés suivent les mêmes chemins, adoptent les mêmes habitudes, hibernent dans les mêmes cavernes, prennent les mêmes cols pour passer d’une vallée à l’autre.
Même si le milieu naturel pyrénéen est inconnu pour les ours arrivant, la montagne pyrénéenne est un habitat accueillant pour les ours. S’il ne l’était pas, les ours ne s’y reproduiraient pas. Or les ours Cannelito, Bambou, Pollen, S13-Slo03, S13-Slo04, Nheu, Noisette, S13-Slo10, S13-Slo11, Kouki, Néré, Medved, Caramelles, Boutxy, Aspe-Ouest, et une dizaine d'autres oursons sont nés dans les Pyrénées et descendent d’au moins un parent slovène! Mais pour One Voice «l’ours slovène n’est pas l’ours des Pyrénées…» Personnellement, je ne souhaite pas de peau d’ours devant aucune cheminée, ni de conserves de pattes d’ours mangées par des chasseurs ou des éleveurs réjouis par cette initiation secrète, comme un rite de passage. Est-ce le vœu de One Voice ? Ce n’est pas le mien.
Des ours différents?
«l’ours slovène et l’ours pyrénéen se ressemblent, mais ils n’en appartiennent pas moins à deux souches distinctes. Leur patrimoine écologique est différent.» L’ours pyrénéen n’est plus. La France a laissé sa petite population d'ours s’éteindre et ce capital génétique unique est perdu. Dans L’Europe des Ours, Jean-Paul Mercier écrit : «La plupart des derniers représentants, Papillon, Chocolat, Claude, ou Camille, possédaient des allèles (variante d’un gène) identiques pour un caractère donné (cas d’homozygotie), signe révélateur d’une extrême consanguinité.» Le laboratoire d’analyse génétique avait bien du mal à identifier les derniers ours tellement les gènes se ressemblaient. l’ours slovène est un Ursus arctos comme l’ours pyrénéen. Les gênes «frais et variés» que les ours slovènes apportent ne peuvent qu’améliorer la santé et la viabilité des ours présents. Il y avait autant de différences entre un ours slovène et un ours français qu’entre un homme slovène et un homme français. Mais l’ours pyrénéen n’est plus, sauf pour moitié dans les gènes de Cannelito, le dernier ourson de Cannelle. La réintroduction d’une ourse en Béarn pourrait permettre, je l’espère, que ces derniers gènes ne se perdent pas pour toujours à cause de la nonchalence de l’Etat français (ou de cette prise de position irresponsable de One Voice).
Pour One Voice : «L’ours slovène est donc nouveau dans les Pyrénées, il n’y a pas de racines. A ce titre, son installation exigeait une préparation approfondie et accompagnement tout aussi attentif.» Que propose les spécialistes en comportement ursin de One Voice comme préparation approfondie et attentive: des cours d’occitant, de cuisine basque, des visites guidées des forêts pyrénéennes et de ses lieux de gagnage? L’ours est un animal sauvage et libre qui a été éduqué par sa mère durant deux années entières ; il sait où trouver sa nourriture et quand, il apprend, il mémorise les lieux et y revient d’année en année.
L'anthropomorphisme de One Voice
L’auteur de cette prise de position (officielle?) de One Voice - le texte est non signé - attribue à l’ours des caractéristiques comportementales, morphologiques ou des sentiments humains à l’ours. L'auteur est certainement beaucoup moins capable de survivre dans la nature que n’importe quel ours slovène même «arraché» à un mort certaine, «traumatisé» par la «translocation», «affaibli par le déracinement», «coupé des siens» et lâchement abandonné dans ce terroir pyrénéen «hostile». Aucun ours n’a été retrouvé mort de faim ou même pendu avec un panneau «Adieu monde cruel!» attaché au cou.
Les ourses slovènes en Pyrénées s’accouplent, accumulent de la graisse en automne, trouvent des lieux de quiétude pour passer l’hiver, permettent à leurs grossesses d’arriver à terme, mettent bas deux oursons dans des abris sous la neige, nourrissent leurs petits, les éduquent à trouver nourriture et lieux de vie, leur permettent d’acquérir leur indépendance et les laissent partir vers de nouveaux territoires : tout simplement une vie d'ours, une VIE SAUVAGE!
«l’ours slovène arrivé à destination a dû déployer de terribles efforts pour s’adapter, seul. Peu habitué au relief de ces montagnes, il a choisi pour territoire une zone de plus faible altitude que ses cousins pyrénéens, proche d’habitations. Cela n’a pas été sans conséquence sur les populations, inquiètes de cette présence et lui devenant donc hostiles.» Ce discours est affligeant, tout imbibé qu’il est de la propagande des ultrapastoraux. L’auteur de ce texte, quand il arrive en vacances sur un autre continent déploie-t-il de «terribles efforts» pour s’adapter à son lieu de villégiature?
En suivant le même raisonnement farfelu, dégoulinant d’anthropomorphisme, je pourrai écrire un texte aussi ridicule...
"L’ourse, défrimée dans sa plate forêt slovène, pleine de promeneurs et de forestiers bruyants, sans aucune brebis à se mettre sous la dent, affamée, fatiguée de ne manger que du maïs, s’est retrouvée toute fringante, débarrassée miraculeusement de ses tics et de sa toux à l’issue de ce voyage surprenant, soignée par cet homme inconnu, mais doux.
A l’idée d’avoir échappé au tir d’un chasseur slovène sentant la transpiration à des lieues, l'ourse se sent à nouveau pleine d’optimisme pour affronter sa nouvelle vie. Elle sent des frissons de joie lui parcourir l’échine à l’idée de rencontrer de grands et forts reproducteurs, en manque de surcroit. Que de promesses d'étreintes délicieuses! Enfin goûter aux herbes des hautes estives, bien plus variées et goûteuses, de jouir de vues imprenables sur ces vallées pleines de ressources, guidée par les vautours. Pouvoir franchir ces cols, traverser ces lieux-dits aux noms évocateurs des Ursus arctos pyrénéens. Qu’elle honneur de participer aussi au sauvetage de ces frères qu’elle se réjouit de rencontrer. Hvala Francka! Merci la France!
Il faudra bien que l'ourse se méfie, comme toujours. Comme partout des hommes, qui d'après la presse slovène sont redoutables dans les Pyrénées. Leur réputation étant arrivée jusqu’au fond de la forêt de Kocevje!
C’est peut-être comme cela que One Voice imagine l'intellect d’un ours. Ce n’est pas comme cela que j’envisage la vie libre de l’ours.
La peur iraisonnée du fauve
L’ours est aussi un animal de plaine et de forêt. Il recherche la quiétude et parvient très bien à profiter du couvert et à éviter l’homme. Les discrètes descentes des ours dans la plaine toulousaine ou dans l’Aude se sont déroulées sans anicroches... à part les titres accrocheurs d’une certaine presse à sensation au chevet du pastoralisme et des politiciens locaux.
Les livres d’histoires et de récits sur l’ours de Pyrénées («Le loup, l’ours et le pastou» de Louis Espinassous ou «Les dernières chasses à l’ours dans les basses-Pyrénées» de René Arripe, par exemple) sont remplis de témoignages anciens de montagnards et de bergers qui montrent que l’ours est descendus vers les villages depuis toujours; qu'il est venu «près des habitations» pour y trouver sa nourriture à la sortie de l’hiver. Si l'ours ne se retrouve uniquement plus qu’en montagne, c’est parce qu’il a été chassé, dérangé et que ce n’est plus que là qu’il trouve le calme dont il a besoin.
«Seulement 10 % des 150 récemment réalisées en France l’ont été avec succès». One Voice peut-elle citer ses sources? Sans les réintroductions de 1996, 1997 et 2006, il n’y aurait plus d’ours dans les Pyrénées. EN 2011, Les ours sont toujours dans les Pyrénées où ils n'ont jamais cessé d'être, et ils s'y reproduisent. C’est une indéniable réussite!
One Voice est peut-être pour une montagne pyrénéenne débarrassée de ses ours et pour augmenter le tableau de chasse en Slovénie. Moi pas.
La consultation
Depuis des années, les associations opposées au plantigrade boycottent toutes les négociations et toutes les réunions du plan ours et pratiquent la politique de la chaise vide. Encore en ce moment, L'ASPAP, l'ADDIP et compagnie critiquent la consultation mais propose une lettre type et écrivent en masse, paraît-il.
Avec des prises de position comme celle-çi, l’association One-Voice joue le jeu des anti-nature les plus radicaux.En 2006, One Voice se prononçait pour un sanctuaire à l'ours, contre la liberté et la vie sauvage. Ce n’est pas ma conception de la défense de la biodiversité, des populations d’animaux sauvages en danger d’extinction ou du bien être des animaux.
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