Le chien de conduite est un auxiliaire incomparable, c’est le bras droit du berger/éleveur. Que ce soit pour donner le biais, pour garder à bâton planté, pour rassembler, pour contenir ou encore pour parquer les bêtes.
En plus d’être une pièce maîtresse dans la garde des troupeaux et la gestion du pâturage, le chien de conduite présente un intérêt éminent par rapport à la protection des troupeaux. En effet, on sait que les troupeaux les mieux protégés sont ceux qui sont gardés de façon homogène et regroupés la nuit. Pour ces raisons, le chien de conduite sera un allié incontournable et facilitera grandement le travail du/des chiens de protection.
Utilisé correctement, le chien permet à l’éleveur/berger d’effectuer son travail de façon plus efficace et confortable. De fait, un chien bien dressé permet de travailler dans le calme, de gagner du temps et évite bien des pas inutiles à son maître, du stress aussi (ce qui permet au berger d’observer ses animaux plus tranquillement).
Cependant, avant de pouvoir utiliser de manière optimale un chien de conduite, que ce soit en montagne ou sur l’exploitation, un travail préalable de dressage est indispensable. Cela suppose que le maître puisse disposer de temps à consacrer à son jeune chien. Il est inutile de penser que le chiot apprendra son travail seul, ni même avec un chien plus expérimenté (tout au mieux, il se motivera un peu plus vite, mais cela est-il vraiment important?).
Pour aboutir à de bons résultats, quelques étapes fondamentales doivent être respectées, telles que le choix du chiot, l’éducation de base, le dressage sur troupeau. La formation des utilisateurs est également une des clés pour réussir le dressage de son chien de conduite.
Le choix du chiot chien de conduite
Il est largement préférable de choisir un chiot de race plutôt qu’un chiot croisé. Certaines races présentent des caractères «bergers» affirmés ; comme le Border Collie, le Beauceron (appelé aussi Berger de Beauce ou Bas Rouge) ou encore le Berger des Pyrénées (Labrit). C’est parmi ces races (il en existe d’autres) qu’il faudra orienter son choix.
Le choix de la race étant effectué, il s’agit maintenant de déterminer la souche. En effet, au sein d’une même race des différences existent. Ainsi, il est intéressant de se renseigner sur les origines du chiot que l’on veut acquérir en discutant avec des interlocuteurs divers (éleveurs, bergers, associations d’utilisateurs de chiens de conduite, moniteurs de l’Institut de l’Elevage).
Pouvoir observer les parents de son futur chiot en situation de travail est également souhaitable. Même si l’hérédité des caractères n’est pas à ce jour une science exacte, on sait qu’un chiot issu d’un accouplement de chiens de même race bergère présentant différentes qualités au troupeau a de fortes chances d’hériter de certaines de ces qualités.
L’âge idéal pour choisir et acheter son chiot est 7 semaines (pour différentes raisons que nous n’évoquerons pas ici). Il faut s’assurer au moment de l’acquisition du chiot que celui-ci est tatoué, vacciné et déparasité.
L’éducation de base du chien de conduite
Très vite, les chiots peuvent montrer des dispositions au travail sur troupeau. Il peut alors être très tentant d’envoyer son chiot aux animaux, il s’agit dans ce cas de l’envoyer au «casse-pipe».
Ainsi, à partir de 2 mois, on se contentera de le socialiser au maximum de manière à favoriser son bon équilibre (on va à la foire, on amène le petit chien avec soi, on va à la coopérative, idem…..). Si le travail au troupeau est prématuré pour un jeune chiot, il est néanmoins important que ce dernier fasse connaissance avec les animaux qu’il aura à travailler, et ceci doit toujours se faire en présence du maître.
A ce propos, le chiot ne doit jamais être livré à lui-même. Quand on ne peut s’occuper pas du chiot, il est préférable que celui-ci soit enfermé ou attaché (ceci évite qu’il prenne trop d’indépendance ou de mauvais comportements, courir après les voitures par exemple).
Par ailleurs, il est nécessaire d’inculquer une éducation de base en lui apprenant un certain nombre de choses tels que : répondre à son nom, revenir quand on l’appelle («Viens»), marcher en laisse, s’arrêter sur commande («Stop»), respecter les interdits («Non»), être encouragé, félicité («C’est bien»).
Pour réussir l’éducation de base comme le dressage au troupeau, le berger/éleveur doit faire preuve de qualités essentielles :
Être constant
Il est important d’être constant dans les commandements. Exemple : si j’utilise l’ordre «Au pied» pour signifier à mon chien de revenir jusqu’à moi, j’utiliserai toujours cet ordre et non pas une fois «Au pied», l’autre fois «Viens», ou encore «Ici».
La constance est également de rigueur dans les comportements. Exemple : si j’interdis à mon chien de me sauter dessus quand je suis habillé pour aller à un mariage, l’interdit vaut pour toujours, même si je suis à la bergerie en tenue de travail. En effet, le chien n’est pas en mesure de faire la distinction entre la tenue de travail et la tenue pour le mariage. En revanche, il est à même de comprendre que dans quelque situation que ce soit, il n’a pas à vous sauter dessus.
Savoir s’adapter
Ce n’est jamais le chien qui s’adapte à son maître, mais bien l’inverse. Exemple : Pour un chien relativement indépendant, il faudra que le maître adapte son comportement de manière à rendre son chien plus dépendant.
Avoir les idées claires
Si on sait précisément ce que l’on attend de son chien, il est beaucoup plus facile de se poser les bonnes questions et par voie de conséquence d’apporter les bonnes réponses pour obtenir le comportement attendu.
Le dressage du chien de conduite au troupeau
Il ne doit intervenir qu’à partir du moment où le chiot est suffisamment mature mentalement et physiquement, c’est-à-dire vers 8–10 mois. Ceci évite de mettre le jeune chien en situation d’échec.
Pour dresser son chien de conduite, l’idéal est de créer un environnement artificiel de dressage. Il est vrai qu’il est préférable de travailler sur un petit lot d’animaux (une quinzaine de brebis ou 5 – 6 génisses). En effet, les interventions sont beaucoup plus simples sur ce type de lot que sur un troupeau de 300 brebis par exemple. Il est également souhaitable de travailler sur une petite parcelle clôturée de manière à éviter la fuite des animaux et l’énervement du maître.
Créer un environnement artificiel, c’est aussi appliquer une méthode logique de dressage. Pendant cette période de dressage un certain nombre d’ordres, spécifiques troupeau, devront être appris : ramener les animaux vers soi («Amène»), contourner le troupeau par la droite («Droite»), par la gauche («Gauche»), s’arrêter sur commande («Stop»), repousser les animaux («Pousse»).
Lorsque toutes les étapes du dressage sont respectées, et qu’un climat de confiance s’est instauré entre le maître et le chien, votre chien sera prêt pour effectuer sa première saison d’estive. Au cours de l’estive, le chien de conduite continuera son apprentissage et pourra acquérir l’expérience nécessaire du terrain.
La formation au dressage des chiens de conduite
Des formations sont ouvertes aux éleveurs de tous les départements pyrénéens. Ces formations sont généralement organisées par les différentes chambres d’agriculture. Il convient donc de les contacter pour tout renseignement.
Les bergers ne peuvent malheureusement pas y prétendre, toutefois l’APCBA (Association pour la Promotion des Chiens de Berger en Ariège) organise sur demande des sessions qui leurs sont destinées.
Contact APCBA :
- M. Gilbert GUILLET – tél : 05 61 96 42 35 ou
- M. Franck WATTS – tél : 05 61 96 32 78
Il existe d’autres associations d’utilisateurs de chiens de troupeaux dans les Pyrénées notamment en Haute Garonne :
- l’APUCT (contact : Mme Sylvie SALAÜN – tél : 05 61 79 87 83) et
- dans les Pyrénées Atlantiques, l’APCT 64 (contact : M. Michel BASTANES-HORT – tél : 05 59 81 74 96 ou M. J. François CAZAUX – tél : 05 59 34 65 62).
Cyprien ZAÏRE
La Pastorale Pyrénéenne
Photo Cécile Giboureau
La lettre de la Pastoral Pyrénéenne - juin 2008 - N° 0
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