Au détour d’un sentier, un muret de pierres envahi par les ronces, une cabane de pierres sèches à demi effondrée, …quelques signes révélant au randonneur curieux une activité passée florissante : le pastoralisme traditionnel pyrénéen.
Quelques mots d’histoire
Au néolithique, il y a environ 7000 ans, les premières communautés agropastorales s’installèrent dans le piémont pyrénéen. Puis, accompagnant le retrait des glaciers, les premiers hommes pénétrèrent dans les vallées et colonisèrent jusqu’aux pelouses subalpines et alpines l’ensemble de la chaîne.
Au Moyen-Age, l’essor et la diversification des activités agropastorales généralisent la transhumance, et accélèrent les défrichements. La fin du XVIIIème siècle et la première moitié du XIXème connaissent l'apogée de ce système agropastoral.
Soulanes dénudées, chapelets de granges et de cabanes, l’activité agropastorale a fortement modelé et marqué de son empreinte les paysages pyrénéens.
Au rythme des saisons
Le système d’économie pastorale traditionnel pyrénéen s’organisait autour de la vie du troupeau. Chaque cellule familiale constituait une entité économique. Selon les vallées, le troupeau était constitué de brebis et/ou de vaches ; en fonction à la production de lait, de beurre ou de fromage.
Ce système s’articulait géographiquement sur trois niveaux : la maison, la grange et la cabane. Les divers membres de la famille occupaient successivement ces trois entités au rythme des saisons dont découlaient des activités distinctes, réglées par la vie du troupeau.
L’hiver, les bêtes passent la mauvaise saison dans les granges de basse et moyenne altitude. Elles montent en mai, juin vers les estives pour laisser pousser l’herbe dans les prairies et permettre l’engrangement du fourrage pour l’hiver.
La maison, lieu de résidence habituel
La maison, au village, est le lieu d'habitation principale. Elle est associée à des bâtiments d’exploitation, quelques champs, et des prés de fauche. Une grange, au-dessus ou à côté permet de conserver le foin et loger les bêtes.
La grange, résidence d’été
A moyenne altitude, la grange sert d'abri aux bêtes et au foin. Etape intermédiaire de la transhumance les prairies naturelles qui l'entourent accueillent les troupeaux au printemps et à l’automne et fournissent du foin pour l'hiver.
Une partie de la grange peut être aménagée pour accueillir la famille le temps de l’été : une petite cuisine, sans cheminée, le couchage directement dans le foin.
Cette grange fait parfois partie d’un " hameau d’été ", regroupant une petite maison, une grange pour le bétail, et une grange pour le grain.
L'estive, royaume des bergers
De juin à septembre, les pâturages d'altitude, les estives, accueillent les troupeaux et leurs gardiens. La vie s’organise alors autour lieu de rassemblement des troupeaux pour la traite : le coueyla en Pays Toy et le courtàou dans le Haut-Adour.
Les bergers y ont édifié des cabanes ; certains courtàous pouvaient en compter jusqu’à une douzaine.
Constructions de pierres sèches de petite taille, au toit de lauze ou de chaume, elles offrent un confort rudimentaire : une simple ouverture dans le mur pignon fait office de cheminée, une niche dans un des murs, et une couche.
Une cabane pouvait être partagée par plusieurs " vachers ", ou bergers.
Autour de la cabane, des constructions plus petites servaient d’abri aux veaux non sevrés. Un parc entouré d’un muret de pierres permettait de rassembler le bétail pour la traite.
Enfin, des rigoles logio, ou leyté, dallées et couvertes de larges pierres plates, irriguées en permanence par de l’eau fraîche conservaient le lait et la crème contenus dans des bidons de cuivre. Ces produits sont descendus deux fois par semaine, à dos d'âne, ou récupérés par une personne de la maison, ravitaillant par la même occasion le berger.
Le berger consacrait ses journées à la traite, matin et soir, à l’écrémage du lait, et à la surveillance du troupeau. Il était aidé dans sa tâche par deux compagnons, le Patou (gardiennage et protection), et le Labrit (surveillance et guidage).
Lire les signes de la montagne
Les déjections des troupeaux, qui très routiniers, suivent les mêmes parcours, enrichissent le sol en nitrate. Certaines plantes, dites nitrophiles, affectionnent cette substance, et prolifèrent donc sur leurs lieux de passage et plus particulièrement au niveau des zones de repos. La présence de ces espèces végétales sont donc des indices de la présence de troupeaux : Orties, Chénopode Bon Henri, corydale et gagée, géranium des Pyrénées, gentiane jaune et notamment des reposoirs à ovins.
La présence des troupeaux est souvent associée au ballet des charognards, nettoyeurs efficaces qui scrutent la montagne à la recherche d'un animal mort. On peu ainsi observer des corvidés, Vautours Fauves, Milans Royaux, Percnoptère d'Egypte, et Gypaète Barbu.
Le pastoralisme aujourd’hui
La période florissante des estives qui a vu fleurir des chapelets de cabanes correspond aux années 1800-1850. Puis un abandon progressif s’est sérieusement accentué au cours de la guerre de 14. Aujourd’hui, la majorité d’entre-elles sont en ruines. Les granges, délaissées elles aussi, sont peu à peu restaurées, pour répondre aux besoins pastoraux, ou comme résidences secondaires.
Autrefois, l’ensemble du massif était une montagne pastorale ; aujourd’hui, le pastoralisme traditionnel pyrénéen est en sursis…Toutefois, l’attribution récente d’appellation d’origine contrôlée pour le fromage en Béarn et Pays Basque, pour la viande en Pays Toy est un gage d’avenir.
Enfin, l’utilité du métier de berger et donc la pérennisation de son métier est directement liée à la cohabitation entre les bergers et les grands prédateurs que sont l’ours et le loup.
(source : e-natura)
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