Baudouin de Menten sur 28 mai 2011 dans Actualités ours des Pyrénées 2011, Ours des Pyrénées - Coût, Pastoralisme - Coûts | Lien permanent | Commentaires (2)
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Fièvre catarrhale: vers une levée
de la vaccination obligatoire en France
PARIS — La vaccination des troupeaux contre la fièvre catarrhale ovine
(FCO) ne devrait plus être obligatoire mais volontaire à compter de la
prochaine campagne de prophylaxie 2010/2011, sauf pour l'exportation, a-t-on
appris vendredi de sources concordantes.
Pouvoirs publics et professionnels sont tombés d'accord mercredi lors d'un comité
national de suivi de la fièvre catarrhale ovine (FCO) pour rendre cette
vaccination facultative et volontaire, a-t-on indiqué au ministère de
l'Agriculture selon lequel la décision officielle n'interviendra pas avant fin
septembre.
De même, à compter de la prochaine campagne qui doit débuter le 2 novembre,
les éleveurs auront la possibilité de vacciner eux-mêmes leurs troupeaux, et
non plus obligatoirement les vétérinaires comme c'est encore le cas jusqu'à la
fin de la campagne 2009/2010.
En 2008, 32.341 foyers de fièvre catarrhale avaient été enregistrés en
France, contre 15.860 en 2007. En 2009, après deux campagnes de vaccination, le
nombre de foyers est tombé à 83. Un seul cas a été détecté depuis janvier.
Les animaux dédiés à l'exportation ou à la reproduction resteront vaccinés
par des vétérinaires, a précisé à l'AFP Frédéric Noizet, secrétaire général de
la Fédération nationale ovine, une des branches de la FNSEA.
La France exporte 1,5 million d'animaux ovins et bovins vers l'Italie et
l'Espagne. Les autorités françaises doivent d'ici fin septembre définir avec
"leurs homologues italiens et espagnols les nouvelles conditions aux échanges
intracommunautaires d'animaux vivants", précise la Fédération nationale
bovine (FNB) dans un communiqué.
Selon Jean-Pierre Fleury de la FNB, "les Italiens réclament ainsi que
les mères dont les veaux sont issus soient vaccinées également par des vétérinaires!.
On dit stop, cela suffit!".
La vaccination des troupeaux (ovins, bovins et caprins) a été rendue
obligatoire en octobre 2008 à la suite de l'apparition en France, à partir de
l'automne 2006, de la maladie transmise par les culicoïdes, une espèce de
moucherons piqueurs.
La FCO est une infection virale non transmissible à l'homme qui n'affecte
que les ruminants mais retarde leur commercialisation en empêchant
l'exportation des bêtes jusqu'à 3 mois après leur vaccination.
Les organisations professionnelles se félicitent dans l'ensemble de cette étape
franchie vers une "plus grande responsabilisation des éleveurs".
Elles leur recommandent néanmoins comme le ministère de continuer
"massivement" les vaccinations pour éviter toute nouvelle reprise de
la maladie.
La Confédération paysanne, opposée depuis le début à cette campagne
obligatoire la jugeant "totalement disproportionnée", parle de
"mesure budgétaire". La dernière campagne de vaccination a coûté 100
millions d'euros à l'Etat.
Selon le secrtéaire national de la confédération Michel David, "la
vaccination obligatoire et l'absence de définition des conditions de vaccination,
ont concouru à des dégâts importants sur les troupeaux vaccinés, notamment en
terme de fertilité, entraînant des pertes de revenus pour des éleveurs".
En attendant la publication des décrets à l'automne, M. David demande déjà
l'arrêt des poursuites engagées contre les "nombreux" éleveurs qui
ont refusé depuis deux ans de faire vacciner leurs troupeaux.
100 millions d’euros !
«La dépense occasionnée dans :
• les Pyrénées représente près de 30 % de ce budget (1,875 millions d'euros) et,
• dans l’arc alpin, près de 70 % (4,426 millions d'euros)».
Ce budget de 6,3 millions d’euros est ventilé par catégorie de dépenses et par importance :
• 69% pour l’aide au pastoralisme (4,363 millions d'€),
• 13 % pour l’indemnisation des dégâts (833 000 €),
• 11% pour le suivi des espèces (715 000 €),
• 6% pour les actions d’informations et de développement local (390 000 €).
Comme on le voit, la majeure part du budget «grands prédateurs» bénéficie spécifiquement au pastoralisme. Les sénateurs Bailly et Fortassin reconnaissent que sur les 6,3 millions d’€ dépensés en 2006 pour les grands prédateurs 4,36 millions d’euros (soit 69 % du total) retourne au pastoralisme, précisément :
• 51 % du budget ours retourne au pastoralisme et
• 76 % du budget loup.
Deux campagnes de vaccination contre la FCO représentent donc 16 années de subventions "Grands prédateurs" avec la réintroduction de 80 ours ! Mais celui qui crie le plus fort a toujours raison, surtout avant des élections.
Baudouin de Menten sur 28 juillet 2010 dans Actualités ours des Pyrénées 2010, Pastoralisme - Coûts, Pastoralisme - Fièvre catarrhale - FCO langue bleue, Pastoralisme - Zootechnie - Maladies - Parasites | Lien permanent | Commentaires (1)
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Communiqué de Presse FNE
Gérard Bailly, Sénateur UMP du Jura a proposé au le Sénat de voter le 1er décembre 2009, un amendement à la loi de finances 2010, qui réduit de 500.000 euros le budget consacré aux grands prédateurs (loups, lynx, ours)
Par cette décision, le sénateur Gérard Bailly pensait porter atteinte aux associations de protection de la nature. En fait, il pénalise sévèrement les éleveurs et tout simplement la qualité de notre environnement. Explications.
Par son amendement, Gérard Bailly souhaite réduire les crédits accordés à la préservation des grands prédateurs, crédits qui, selon son analyse, profitent essentiellement aux associations de protection de la nature. Cet amendement, toujours selon le député, permettra de sauver des agneaux et répondra ainsi à l’attente des éleveurs.
Mais ce que ne savait probablement pas le sénateur Bailly, c’est que l’essentiel des crédits versés au titre de la préservation des grands prédateurs vient aider les éleveurs à protéger leurs troupeaux et indemnise les dégâts subis. Par cette décision, le Sénat ne nuit pas aux associations de protection de la nature, mais en revanche, nuit cruellement aux éleveurs en amputant les aides qui leur sont accordées pour protéger les troupeaux de la prédation des grands prédateurs et des chiens en divagation.
La société doit aider les éleveursFNE est convaincue que la baisse des crédits ne résoudra aucun problème. Au contraire, elle renvoie les éleveurs à la situation qui prévalait il y a plus de quinze ans, lorsque l’État n’avait pas encore pris les mesures adéquates pour soutenir la filière pastorale. D’ailleurs, rappelons qu’à cette période, ce sont justement les associations de protection de la nature qui, les premières, ont demandé que l’État ne laisse pas seuls les éleveurs face à la prédation. Ce sont elles aussi, comme le FIEP-Groupe Ours Pyrénées dans les secteurs de présence de l’ours, ou encore les associations membres de FNE dans les Alpes au moment du retour naturel du loup, qui, avec leurs faibles moyens, ont apporté des aides aux éleveurs (aides-bergers, chiens de protection, réhabilitation des cabanes…).
FNE rappelle également qu’il est normal que la société accompagne les difficultés des éleveurs en les aidant financièrement à protéger leurs troupeaux des prédations, et ce même qu’ils soient en présence ou non de grands prédateurs, et en les indemnisant pour les dégâts subis.
Jean-David ABEL, en charge de la mission Grands prédateurs de FNE précise que «Le budget consacré à la protection des grands prédateurs n’est qu’une goutte d’eau dans le budget total alloué à l’agriculture». Il poursuit : «Nous demandons à la commission mixte paritaire qui va examiner ce projet de loi de finances de supprimer cette disposition démagogique.»
Fin du communiqué de presse FNE
L'intégralité des débats
La séance du 1er décembre 2009 était sous la présidence de Jean-Claude Gaudin
M. le président. L'amendement n° II-95 rectifié, présenté par MM. Bailly, César, Bécot, J. Blanc, Revet, Huré et Pointereau, est ainsi libellé :Par ailleurs, au moment où l'Europe sensibilise les éleveurs au bien-être animal, est-il normal de laisser déchiqueter, égorger des ovins, qui agonisent pendant des heures, des nuits ? Cela, les bergers ne le comprennent pas, alors qu'il leur est demandé de porter de l'attention à leurs animaux, au titre de ce que l'on appelle le bien-être animal.
(NDLB: Il est surprenant de remarquer que Monsieur Gérard Bailly, sénateur anti-prédateurs utilise l'argument du bien-être animal qui est généralement un argument utilisé par les associations jugées comme étant les plus radicales. Le prédateur n'a donc plus le droit de prédater. L'animal sauvage est prié de se civiliser et de changer d'alimentation. La Biologie ne vient pas en aide à ce Sénateur qui désire changer l'ordre naturel des choses. La nature, cet ennemi...)
Tous les éleveurs ont reçu la plaquette que je tiens entre les mains en provenance de l'Union européenne et intitulée Le bien-être des animaux est une priorité de l'UE. Je vais vous donner lecture de certains passages de ce document.(L'amendement est adopté. – Bravo ! et applaudissements sur les travées de l'UMP.)
Impôts : le coût des prédateurs, le coût du pastoralismeLes subventions 2006 pour les grands prédateurs : Le rapport des sénateurs Bailly et Fortassin (qu’on ne peut pas cataloguer dans les défenseurs du plantigrade) ventile le coup des prédateurs entre les 3 espèces loups, ours et lynx : «Le coût de l’ensemble de ces mesures a représenté pas moins de 6,3 millions d’euros en 2006 (...)».
«La dépense occasionnée dans :
Ce budget de 6,3 millions d’euros est ventilé par catégorie de dépenses et par importance :
Comme on le voit, la majeure part du budget «grands prédateurs» bénéficie spécifiquement au pastoralisme. Les sénateurs Bailly et Fortassin reconnaissent que sur les 6,3 millions d’€ dépensés en 2006 pour les grands prédateurs 4,36 millions d’euros (soit 69 % du total) retourne au pastoralisme, précisément :
En cherchant à diminuer de 500.000 € le budget accordé à la défense des grands prédateurs (un engagement de la France), il ne fera que diminuer l'aide au pastoralisme de 345.000 €. Un aveuglement en forme de boomerang.
Je vous invite à cliquer sur le lien ci-dessus et à relire la note de la Buvette qui calcule les coûts respectifs des prédateurs et le coût du pastoralisme pour chaque ménage français, c'est instructif...
Baudouin de Menten sur 04 décembre 2009 dans BAILLY Gérard, Loup - Coût, Ours des Pyrénées - Coût, Pastoralisme - Coûts | Lien permanent | Commentaires (0)
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Variation sur le syndrome du Titanic ?
Par Marc Laffont
On peut lire et entendre désormais couramment le mot biodiversité, accommodé à un nombre assez incalculable de sauces. La sauce greenwashing, utilisée par beaucoup de secteurs d’activité n’ayant jamais fait grand cas de la préservation de l’environnement, n’est pas la moins usitée.
En cherchant bien, on finit souvent par trouver une ou quelques espèces favorisées par une activité humaine. Il suffit donc de dire que la préservation de ce groupe d’espèces revêt plus d’importance que celles qu’on fait disparaître, pour s’octroyer le beau rôle. Même si c’est la surdensité de ces espèces qui est induite, et non leur présence, nettement antérieure à une quelconque activité humaine (inutile d’ennuyer les gens avec ce genre de détail…). Et ainsi, celui qui aurait logiquement dû passer pour un destructeur devient le sauveur de la biodiversité. Celle à visage humain, par exemple.
Si elle est à visage humain, elle est forcément supérieure à l’autre, par déduction à visage inhumain. Donc opposée à l’homme. Donc ceux qui la défendent, derrière les oripeaux de l’écologie, sont en fait contre l’homme. Ce sont de dangereux extrémistes, khmers verts, et autres ayatollahs, qui glisseront facilement vers l’écoterrorisme si on ne les arrête pas tout de suite. Et il n’y a évidemment aucune raison de témoigner un quelconque respect à leur encontre, vu qu’ils souhaitent la destruction de l’homme…
Ce sophisme n’a rien de très novateur. En fait, c’est à peu de choses près un copié-collé du concept de «Démocratie Populaire».
Quel meilleur régime politique que la démocratie ?
Et qui de plus légitime que le peuple pour l’exercer ?
Il en découle naturellement que le pouvoir doit être détenu par le parti qui prétend représenter le peuple. De fait, celui qui s’oppose au parti du peuple ne peut être que l’ennemi du peuple. On a le droit de l’insulter, le calomnier, le rabaisser…juste conséquence de son idéologie sectaire et anti-populaire. Il devient de surcroît parfaitement moral de le mettre davantage à contribution. Notamment au bénéfice de ceux qui défendent vraiment le peuple.
Dans notre cas, la subvention massive est perçue comme un légitime retour en faveur des humanistes sauveteurs de la biodiversité. Ces subventions sont très largement financées par des «zécolos-citadins», de la région ou d’ailleurs, mais qui ont en commun d’être les ennemis des «vrais écologistes». Leur point de vue étant nul et non avenu, ils n’ont logiquement aucunement voix au chapitre pour ce qui est de l’usage de ces crédits. Comme du reste d’ailleurs. Crédits qui ne sont donc plus justifiés par des raisons économiques devenues caduques, mais par la préservation de l’environnement. Aspect dont on ne s’est jamais trop préoccupé, mais qui est devenu subitement un bien meilleur argument pour pérenniser les subsides publics.
Et la préservation de l’environnement, cela n’a pas de prix. Inutile donc de trop communiquer sur le fait que chaque exploitation professionnelle exclusivement ovine pastorale (3 000 en France selon les critères retenus par l’Institut de l’Elevage) va toucher entre 35 à 50 000 €uros par an à partir de 2010 (voir le lien suivant : Hors Série "spécial PAC" - mars 2009 (page 16). Ni de s’interroger sur ce qui aurait pu être fait d’autre avec cet argent, tant au niveau économique qu’environnemental.
L’augmentation moyenne en subventions européennes par rapport à la dotation pour 2009 va représenter 13 000 €/an par exploitation majoritairement orientée en production viande ovine (10 000 en France selon les critères retenus par l’Institut de l’Elevage) à partir de 2010. Soit à peu près l’équivalent d’un SMIC net annuel. Alors que la consommation de viande ovine d’origine hexagonale n’a jamais été aussi basse : moins de 1,6 kg/an et par français en 2008. C’est à dire la moitié des chiffres relevés vers 1980.
A l’instar de ce qui s’est passé dans les démocraties populaires, la chute de la nomenklatura qui tient le pouvoir à l’échelon local finira bien par subvenir. Et elle fera forcément quelques nostalgiques. Notamment chez les grands bénéficiaires du régime précédent, qui se recrutent toujours dans deux grandes catégories : les proches du pouvoir, et ceux incapables de s’adapter à la réalité du monde dont ils ont été «préservés» un peu trop longtemps. Les deux caractéristiques étant bien sûr cumulables…
En attendant ce jour, je crains que l’on n’applique au pastoralisme une politique qui s’apparente à celle déjà menée avec la sidérurgie à partir des années 60 : investir des sommes colossales pour maintenir des activités sous respiration artificielle, sans les réorienter. Et des secteurs géographiques entiers, par ricochet. Pour finalement les abandonner un jour, totalement sinistrés, et avec bien peu d’alternatives de développement.
Errare humanum est. Perseverare diabolicum (attribué à Sénèque).
En France, on aime bien les traditions : on s’applique donc à donner raisons aux proverbes. Gageons qu’il y aura encore alors quelques irréductibles à tenir l’ours pour responsable du résultat…
Cette issue n’est cependant pas une fatalité. C’est maintenant qu’il faut essayer de répondre à cette question : est-ce que ce sont des brebis ou des hommes que l’on veut maintenir dans les zones de montagne ?
L’avenir agricole des Pyrénées, est-ce que cela doit se résumer à des troupeaux ovins de plus en plus gros, de moins en moins surveillés, et de fait, davantage exposés aux prédations émanant d’animaux sauvages ou vaguement domestiques ? Pratiques d’élevage qui n’ont d’ailleurs rigoureusement plus rien de traditionnel : le mot «pastoralisme» contient dans son étymologie la notion de gardiennage, de nos jours largement dévoyée.
Ou alors l’avenir passe t-il par des troupeaux correctement surveillés, générateurs dans des conditions décentes d’emplois à forte valeur patrimoniale (bergers), et compatibles à la fois avec les traditions et les engagements environnementaux d’un pays comme la France ? Qu’on ne se leurre pas : le pastoralisme, comme l’élevage ovin en général, ne pourra plus jamais se passer de subventions. Aucun modèle destiné à préserver le pastoralisme ne sera viable économiquement. Ni celui se traduisant par l’éradication des prédateurs, ni celui qui organisera la meilleure cohabitation possible avec eux.
Et ni, surtout, l’actuel, aussi coûteux qu’inefficace, que ce soit du point de vue social (revenu des éleveurs) ou du point de vue environnemental [préservation de l’ours, espèce protégée (si,si…)].
Mais en jouant à fond la carte de l’ours (et des grands prédateurs en général), les éleveurs gagneraient une légitimité populaire à la subvention bien plus forte qu’en s’y opposant. Car beaucoup de secteurs d’activités, tout aussi patrimoniaux que le pastoralisme, n’ont pas, hélas pour eux, l’opportunité de bénéficier de tels subsides publics.
Pourquoi donc davantage aider le pastoralisme, lorsqu’il devient éradicateur, plutôt que d’autres professions dont les besoins pourraient être moindres ? Qui plus est, dans les Pyrénées, l’installation généralisée du loup ne semble absolument pas anticipée. Si les défenseurs du tout-pour-le-pastoralisme peuvent toujours exercer un chantage à l’ours envers l’Etat, ils ne pourront rien face au loup, bien plus adaptable, carnivore, et prolifique que l’ours. Lui, n’attendra pas, pour s’implanter, les conclusions d’un énième inutile programme d’évaluation et de concertation, destiné à étudier la faisabilité socio-économique de son possible retour… Et son impact sur le cheptel ovin replacera l’ours à sa vraie place : celle d’un «petit» prédateur de bétail.
Un territoire comme les Pyrénées dispose de formidables atouts environnementaux pour assurer son développement de manière durable. Ils existaient avant l’arrivée du mouton, originaire d’Asie Mineure. Ils perdureront après le déclin des exploitations ovines tel qu’on l’organise, et qui est déjà bien entamé. A condition que les politiques locaux adoptent une véritable vision d’avenir.
La sémantique des adeptes de la «biodiversité à visage humain» n’induit pas seulement un statu quo idéologique destiné à freiner la prise de conscience écologique : c’est bien d’un retour en arrière dont il s’agit : pas une seule espèce de mammifère n’a été éradiquée de France depuis le loup dans les années 30.
Il faut que la population du massif pyrénéen, majoritairement et légitimement fière d’habiter le dernier territoire français susceptible encore d’accueillir une population d’ours, en prenne conscience et se saisisse franchement de la question.
Les «bobos» citadins se remettraient bien vite de la désillusion idéologique liée à une possible disparition de l’ours. Ce n’est pas en effet leur survie (à court terme…) qui est en jeu, et ils se trouveront d’autres combats à mener. Mais les valléens, outre leur identité et la couverture médiatique, perdront là un attrait sans équivalent en France. Atout susceptible de générer des emplois qui, eux, ne seraient pas délocalisables en Europe de l’Est ou en Asie. Ce dont ont su tirer profit pour leur développement d’autres régions d’Europe. Mais au delà de ça, ils gagneront de la part des français et des générations futures quelque chose d’autrement plus fort ...
Le Respect.
Technicien en agriculture et environnement. Titulaire d'une maîtrise en Ecologie.
Baudouin de Menten sur 05 octobre 2009 dans Actualités ours des Pyrénées 2009, ASPP 65, Bêêêêst of de la Buvette des Alpages, LAFFONT Marc, Pastoralisme - Biodiversité, Pastoralisme - Cohabitation Prédateurs, Pastoralisme - Coûts, Pastoralisme - Crise ovine - Conjoncture, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (1)
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Jusqu’à 52.000 € d'aides de la PAC pour les éleveurs ovins pastoraux les plus intensifs pendant de 3 à 5 ans. Les éleveurs ovins lait vont bénéficier de 7.500 € supplémentaires et les éleveurs spécialisés ovins viande, eux recevront + de de 13.000 € de nouvelles aides par exploitation.
Le bilan de santé de la PAC a donné lieu à une nouvelle répartition des aides européennes, qui doit entrer en vigueur en 2010, assez improprement appelée «rééquilibrage des aides». Assez improprement car, comme l’indique les tableaux ci-dessous tirés du Hors Série "Spécial PAC" - mars 2009, publié par l’Institut de l’Elevage, les disparités de montants entre bénéficiaires seront plus importantes à partir de 2010 qu’elles ne l’étaient en 2007, dernière année de référence !
En 2007, l’éventail allait de 5.100 €/exploitation pour la catégorie la moins aidée (le vaste fourre tout «autres», qui agglomère tout ce qui n’est ni céréales, ni élevage), jusqu’à 39.900 € pour les éleveurs bovins lait diversifiés (c’est à dire, pour qui l’activité laitière est prépondérante, mais pas unique).
En 2010, l’éventail ira de 4.500 € («autres») jusqu’à 52.000 € pour les éleveurs ovins pastoraux les plus intensifs (c’est à dire dont la densité en brebis est supérieure à 3,4 brebis/ha).
En fait, c’est bien davantage les revenus qu’on a cherché à rééquilibrer, que les aides. Cet objectif n’est cependant pas illégitime. Dans l’hypothèse, bien sûr, où ceux à qui on prend ne se trouvent pas exagérément fragilisés (cela dépendra de l’évolution des cours céréaliers, plutôt bas en ce moment).
Et que dans le même temps l’afflux de subventions pour d’autres (le terme n’est pas trop fort pour certains) corresponde à une utilisation efficiente et cohérente des deniers publics vis à vis des intérêts autres qu'agricoles. La biodiversité et les milieux naturels, par exemple.
Les données du Hors Série «spécial PAC» permettent donc de dresser les tableaux suivants :
Source : Dossier économie de l'élevage - Hors Série "spécial PAC" - mars 2009
Dans la publication originale, la subdivision entre pastoraux ne s’exprime pas en brebis/ha, mais en UGB/ha (page 16 et 24, notamment, dont mes tableaux sont une forme de synthèse). Qu’est-ce donc qu’une UGB ? Il s’agit d’une unité de mesure de bétail correspondant à une vache laitière: Unité Gros Bovin. Cette unité permet de comparer les charges d’élevage entre différents types : Une vache allaitante équivaut à 0,7 UGB et une brebis équivaut à 0,15 UGB. C’est la raison pour laquelle, dans mon tableau, 0,5 UGB sont converties en 3,4 brebis, à des fins de compréhension.
Une autre précision : les tableaux ci-dessus ne comprennent que les aides PAC, et donc pas toutes les aides, nationales notamment. Il est difficile de dire, pour chaque filière, combien il faudrait rajouter, les disparités pouvant être importantes entre filières. On se bornera donc à retenir que ce montant n’est pas exhaustif, et de constater que, pour 2007, le différentiel moyen national entre subventions d’exploitation totales et subventions PAC était de l’ordre de 2.000 €/exploitation/an.
Notons aussi que cette réforme prendra effet en 2010, mais que la PAC sera entièrement revue au niveau européen, dès 2013. Cette réforme devrait donc perdurer en l’état entre 3 et 5 ans.
Les perdants
Il apparaît, mais ça tous les médias en ont parlé, que les grands perdants sont les céréaliers. Avec une baisse de subventions de 6.800 €/exploitation en moyenne, ils passent de 38.900 € - ce qui en faisait de gros bénéficiaires du système précédent, mais pas les plus gros – à 32.100 €.
Les autres gros perdants sont les engraisseurs bovins, pénalisés par leurs surfaces céréalières et leur faible surface en herbe, qui perdront 5.400 €. Pénalisés également, dans une moindre mesure, les éleveurs bovins diversifiés. L’ampleur de leur perte dépendra assez directement de leur degré de diversification céréalière.
Les (parfois grands) gagnants
On a beaucoup dit que l’élevage était le grand bénéficiaire de la réforme. C’est globalement vrai, mais de façon très variable, comme l’illustrent les engraisseurs bovins précités. Un peu moins de 2.000 € de hausse pour les éleveurs bovins, qui étaient, c’est vrai, déjà de gros bénéficiaires du système précédent.
Les éleveurs ovins lait vont bénéficier de 7.500 € supplémentaires, ce qui est conséquent. Mais les véritables bénéficiaires de la réforme, ce sont les éleveurs spécialisés ovins viande, avec un gain moyen de plus de 13.000 €/exploitation.
Une seule sous-catégorie parvient à cumuler le fait d’être au préalable parmi les importants bénéficiaires du système précédent, avec 36.200 €, tout en bénéficiant de la plus forte hausse induite par la réforme : + 15.800 €/exploitation/an. Cette catégorie, ce n’est pas n’importe laquelle, vu qu’il s’agit d’une corporation qui se dit abandonnée par l’Etat : Il s’agit des éleveurs pastoraux en ovins viande. Plus précisément, de ceux dont la charge à l’hectare est supérieure à 3,4 brebis. A savoir 1.800 exploitations. 36.200 €/exploitation/an, ce n’était déjà pas si mal pour une filière négligée par les autorités, bruxelloises ou parisiennes.
Mais à partir de 2010, c’est à 52.000 €/exploitation/an que s’élèveront les subventions PAC !
Auxquelles il faut rajouter, pour être complet, quelques milliers d’€ d’autres formes de subventions.
Pour ces seules 1.800 exploitations pastorales à + de 3,4 brebis/ha, cela représentera 93 millions d’€ de subventions PAC/an. Soit environ 100 millions d’€/an toutes subventions incluses.
Si on ramène ce montant d’aide au prorata de la main d’œuvre concernée, c’est à dire le montant par UTH (Unité Travail Humain), le différentiel de niveau d’aide est encore plus flagrant.
On arrivera à la somme de 40.000 €/UTH pour les pastoraux «intensifs». C’est à dire le double de ce qui est versé aux céréaliers ou aux éleveurs ovins lait, presque le triple de ce que touchent les éleveurs bovins lait spécialisés, et environ le quadruple de ce que touchent les éleveurs caprins !
Par ces temps de crise, il doit se trouver un certain nombre d’artisans ou d’entrepreneurs en difficulté, dont les activités sont tout aussi honorables et patrimoniales que l’élevage ovin, à être envieux devant un tel niveau d’aide par emploi préservé.
Sans parler de tous ceux qui créaient de la richesse, dont l’usine où l’entreprise, bien que rentable, a délocalisé l’activité dans un autre pays, et qui se retrouvent au chômage.
Relevons également que les pastoraux les plus extensifs (< 3,4 brebis ha, 1 200 exploitations) seront significativement moins aidés, avec 15.000 €/an de moins que les plus intensifs, contre 8.000 à ce jour.
La prime à l’intensification pastorale, une bonne nouvelle pour l’environnement ?
La notion de valeur ajoutée (au sens comptable du terme) est essentielle. Car ce qui motive cette réforme française de la PAC sur le plan économique, outre le fait qu’elle soit impulsée par un ministre venu d’une région où l’élevage pèse bien plus que la culture céréalière, c’est la nécessité de devoir compenser la quasi-absence de valeur ajoutée générée par la filière ovins-viande, notamment en zone de montagne. Toutes les extractions de données issues du Réseau d’Information Comptable Agricole le mettent clairement en évidence. Là aussi, avec des disparités.
Une autre motivation relève de la volonté de maintenir des activités humaines dans des zones fortement soumises à la désertification. La population actuelle d’un département comme l’Ariège représente la moitié de ce qu’elle était il y a 150 ans, par exemple.
L’excellence du «rapport qualité-prix» lié au maintien d’un emploi par le biais de la subvention agricole en 1990 n’était pas contestable. A cette époque, l’activité d’une exploitation ovine représentait 2 à 2,5 équivalents temps plein, pour un montant de subvention de l’ordre de 10.000 €/exploitation (versés en francs, à l’époque…). Chiffre cependant vraisemblablement plus élevé en zone de montagne.
Avec en 2010 un montant de subvention dépassant 50.000 €/exploitation pastorale, pour 1,3 équivalent temps plein, se posera rapidement la question de l’efficience d’un tel volume de crédits publics, par rapport à d’autres utilisations qu’il serait possible d’envisager. Dans le secteur de l’écotourisme par exemple, dont les emplois induits sont plus difficilement délocalisables.
J’en viens ainsi à la troisième raison de cette intensification des subventions : la sauvegarde (un peu) et la gestion (beaucoup) de l’environnement montagnard, et donc de l’attractivité touristique en résultant.
Je me contenterais de citer une publication de l’ONCFS «gestion des habitats de prairies subalpines de la réserve Nationale d’Orlu (Ariège)» (septembre 2004) : «(…) les objectifs actuels de conservation des habitats et de la faune de la réserve d’Orlu en particulier devraient être réévalués en profondeur, sans peut-être perdre de leur légitimité pour autant. En effet, l’abandon partiel de l’objectif de conservation des milieux ouverts pourrait abaisser les coûts de gestion de la réserve et donc accroître sa durabilité ; les habitats tendraient alors vers leur état historiquement et naturellement très forestier, ce qui pourrait en définitive simplement constituer un nouvel objectif de conservation.»
Ainsi que cette autre publication de l’ONCFS «L’enjeu des habitats ouverts en montagne. L’apport des ORGFH (Orientation Régionale de Gestion de la Faune et des Habitats) de Midi-Pyrénées» (janvier 2006) : «La proportion de milieux ouverts pyrénéens n’est-elle pas largement suffisante pour assurer la conservation de la biodiversité de ce massif montagneux naturellement très forestier ?
Dans un contexte pastoral plutôt favorable ou au moins intensifié (NB : c’est d’actualité, en effet…), les milieux ouverts ne sont-ils pas écologiquement sur-côtés et trop abondants par rapport au climax montagnard forestier, et surtout aux atouts spécifiquement forestiers de protection contre l’érosion, de régulation des écoulements d’eau et de prévention des catastrophes ?
Enfin, ne serait-il pas souhaitable d’approfondir la compréhension et l’évaluation du rôle des communautés d’herbivores sauvages dans l’entretien des milieux ouverts, en complément du pâturage domestique.»
J’espère que ce débat proposé par l’ONCFS sera lancé rapidement. L’avenir (grand tétras, ours…) ou le retour (bouquetin…) de plusieurs espèces autochtones des Pyrénées à forte valeur patrimoniale en dépend certainement.
Marc LAFFONT
Technicien en agriculture et environnement, maîtrise en Ecologie
Baudouin de Menten sur 23 avril 2009 dans Agriculture - PAC Subsides, LAFFONT Marc, Pastoralisme - Coûts, Pastoralisme - Crise ovine - Conjoncture | Lien permanent | Commentaires (6)
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Etude de Marc Laffont et Baudouin de Menten
«Des ours, ça coûte cher, de plus en plus cher !» déclare Gil Rivière-Wekstein (7). «Jusqu’à quand les contribuables électeurs accepteront que leurs impôts soient consacrés aux ours importés de Slovénie ? » lance jean Bonnars dans un provoquant "Ras le Balou !» sur "Le Nouvelliste". Les éleveurs opposés au plantigrade cherchent des arguments du côté des impôts payés par les français. «Le pastoralisme est déficitaire et ne survit que par les subsides déclarent les défenseurs des prédateurs.»
Quels sont, pour chaque français ou pour chaque ménage imposable :
Les subventions 2006 pour les grands prédateurs
Le rapport des sénateurs Bailly et Fortassin (1) (qu’on ne peut pas cataloguer dans les défenseurs du plantigrade) ventile le coup des prédateurs entre les 3 espèces loups, ours et lynx : «Le coût de l’ensemble de ces mesures a représenté pas moins de 6,3 millions d’euros en 2006 (...)». (2)
«La dépense occasionnée dans :
Ce budget de 6,3 millions d’euros est ventilé par catégorie de dépenses et par importance :
On compte 62.000.000 d’habitants en France dans 17.780.000 ménages imposables. (3). Calculons les coûts par français et par ménage imposable.
Coûts «bruts» du loup et de l'ours
Si dans le coût des grands prédateurs on intègre les sommes qui retournent directement ou indirectement au pastoralisme on obtient le «coût brut» du loup et de l'ours par habitant et par an ou par ménage imposable et par an.
Par français et par an
Le montant total des subsides 2006 pour les grands prédateurs s'élèvent à 6 301 000 €.
6 301 000 € = 0,10 € de subsides grands prédateurs par français et par an dont :
Par ménage imposable et par an
6 301 000 € = 0,35 € de subsides par ménage imposable et par an dont :
Coûts «nets» du loup et de l'ours
Mais comme on le voit, la majeure part du budget «grands prédateurs» bénéficie spécifiquement au pastoralisme. Les sénateurs Bailly et Fortassin reconnaissent que sur les 6,3 millions d’€ dépensés en 2006 pour les grands prédateurs 4,36 millions d’euros (soit 69 % du total) retourne au pastoralisme, précisément :
Bailly et Fortassin mettent ainsi en évidence le soutien au pastoralisme de la politique et des budgets «gands prédateurs». Nous avons été surpris par l’importance de cette participation qui est en décalage avec la communication des différents politiciens ayant participés aux différents rapports «anti-prédateurs».
Les 2 sénateurs demandent également de «rééquilibrer les financements respectifs des prédateurs et des ovins» (2). Comme 69 % du budget prédateurs bénéficie déjà au pastoralisme, un «rééquilibrage» ne peut donc s’opérer que dans le sens d’une baisse des subsides aux éleveurs !
Si on tient compte des budgets «grands Prédateurs» qui retournent au pastoralisme on obtient le «coût net» du loup et de l'ours par habitant et par an ou par ménage imposable et par an.
Par français et par an
6 301 000 € = 0,10 € de subsides «grands prédateurs» par français et par an dont :
Par ménage imposable et par an
6 301 000 € = 0,35 € de subsides «grands prédateurs» par ménage imposable et par an dont :
Pour l’ours, on peut étendre le calcul aux années 2005 à 2007 sur base des chiffres détaillés du MEDAD (5), qui intègrent des montants qui ne bénéficie pas directement à l'ours, le budget s’élève à :
Soit une moyenne de 1 889 213 € pour les 3 années. Les coûts «brut» et «net» de l’ours restent inchangés.
Dans le dossier de concertation au début du programme de restauration en 2005, il était mentionné un financement du pastoralisme pyrénéen de l’ordre de 10 millions d’€/an, dont 800 000 venant du Ministère de l’Environnement, le reste du ministère de l’Agriculture.
Dans Le «Rapport à mi parcours» (6) du MEDAD on retrouve les crédits d'Etat destinés au «plan de soutien à l'économie agro-sylvo-pastorale pyrénéenne 2006-2013 » (PSEM).
Le MEDAD (Ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement Durable) finance le programme pastoral : 991.350 € en 2006 et 1.004.189 € en 2007.
Le MAP (Ministère de l'Agriculture et de la Pêche) finance le programme pastoral : en 2006 : 850.000 € (bop 154) dont 620 000 € effectifs et en 2007 : 1.043.000 € (bop 154) dont 620 000 € effectifs. L'augmentation de l'enveloppe constatée des crédits MAP pour 2007 est de 400.000 € ; cette dernière est destinée uniquement aux améliorations pastorales.
Pour Augustin Bonrepaux : «En 2008, le coût des 20 ours devrait franchir la barre des 2 millions».
Gil Rivière-Wekstein dénonce dans «Agriculture & Environnement (7) : «Presque 2 millions d’euros par an pour les vingt ours qui se baladent officiellement dans les Pyrénées, soit 100.000 euros par ours : voilà ce que coûte actuellement le plan de restauration Ours.»
Les subventions 2007 pour l'agriculture
La Commission des Comptes de l'Agriculture et de la Nation du 1 juillet 2008 (8) donne les chiffres des subventions agricoles. Le poste «Agriculture et territoire ruraux» a bénéficié de 11 974 600 000 € de subventions en 2007 ; 12 milliards d’euros, pour faire simple.
Ce montant représente les subventions nationales et européennes. Il convient de rajouter les subventions données par les collectivités locales (9). La dernière estimation sur les crédits des collectivités locales a été menée par la direction des affaires financières du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche en 2002 : «L'étude portant sur l'année 2002, estimait ces dépenses à 897 millions d'euros.» (10) Il faut rajouter un montant sans doute assez voisin de ces 897 millions d'euros pour être exhaustif. On obtient ainsi ...
Subventions 2007 : 11 974 600 000 € + 897 000 000 € = 12 871 600 000 €
Les subventions à la filière ovine
Le calcul des subventions de la filière ovine est plus délicat à effectuer. Il est possible de proposer une estimation pour l’année 2004, en utilisant le «rapport sur la production ovine française» (11) remis par le député Yves SIMON au premier ministre Dominique de Villepin en mars 2007.
C’est lors de la Commission des Comptes de l’Agriculture et de la Nation (CCAN, session de décembre) que sont traditionnellement dévoilées les données du Réseau d’Information Comptable Agricole (RICA) de l’année précédente.
Le député SIMON a eu accès à des données comptables de 2004 par catégorie d’exploitation. Elles permettent de se faire une idée de la composition et la représentativité des exploitations qui composent la catégorie du RICA «ovins et autres herbivores».
Dans cette catégorie se retrouvent donc les ovins viandes, qui pesaient en 2004 environ 60 % des 21 900 exploitations de l’échantillon (13 222 exploitations), les ovins lait, qui pesaient un peu plus de 20 % (4 660 exploitations). Les caprins représentaient l’essentiel du restant, soit un peu moins de 20 % de l’indice.
Le chiffre du RICA national est donc une moyenne entre exploitations ovines viandes, laitières et caprines. Les 3 catégories ne sont pas subdivisées, et cela est regrettable pour ce qui est de la précision. Car il est vraisemblable que des différences existent entre ces 3 orientations. Ne serait-ce que parce que la prime compensatrice versée aux caprins et ovins lait ne représente que 80 % de celle qui est versée aux ovins viande. De plus, chaque exploitation orientée ovins allaitants bénéficiait d’une aide forfaitaire dite «de minimis» lorsque la spécialisation viande atteignait 30 %, et un effectif minimum de 100 brebis en 2006. Ces seuils ont été réévalués à respectivement 50 % de spécialisation viande et 150 brebis, traduisant implicitement la volonté politique de concentrer davantage la production.
Les résultats spécifiques qui concernent les subventions à la filière ovine de la région Midi-Pyrénées ont été présentés un peu différemment (voir page 4).
En effet, compte tenu du poids de ces productions à l’échelle régionale, le choix a été fait de différencier ovins lait et ovins viande. On constate alors, comme pressenti que les exploitations orientées viande ont touché, en 2006, 34 900 € de subventions, contre 27 700 € pour les exploitations laitières. Soit 20 % de moins pour l’orientation laitière. On supposera que les exploitations caprines bénéficient de subventions dont l’ordre de grandeur est comparable à la filière laitière ovine (prime compensatrice identique).
En recoupant ces informations avec d’autres sources officielles émanant pour l’essentiel du site de la statistique agricole, AGRESTE (12) et en utilisant les informations contenues dans le rapport du député Yves SIMON, il est possible de chiffrer, avec une marge d’erreur raisonnable (13), le montant des subventions reçues par les exploitations d’orientation majoritairement ovine (lait et viande) pour 2004 (année de référence du rapport).
Sources recoupées :
Réseau d'Information Comptable Agricole 2004
Comptes nationaux par catégorie d'exploitations
Notes et Études Économiques N°25 août 2006 :
« Le régime de paiement unique et l’agriculture de montagne en France »).
Agreste conjoncture N°7 Avril 2006
Rapport du député Y. SIMON janvier 2007 :
la production d'ovins allaitants en France, une vraie chance pour les territoires
Un échantillon de base qui représente environ 73 % des exploitations de la filière ovine permet d’extrapoler les subsides de la filière ovine à la totalité du cheptel français :
Subventions 2004 à la filière ovine : autour de 630 millions d’euros par an.
Sur la base d’un montant moyen de subventions par exploitation de 25 200 € par an pour l’indice «ovins et autres herbivores».
Or pour l’année 2006, les 20 205 exploitations représentées par l’indice ont bénéficié de 29 600 € en moyenne (Sources : RICA, voir page 17 pour les ovins). Le montant total des subventions pourrait donc être supérieur. Un hypothèse à nuancer compte tenu de la diminution du nombre d’exploitations dans l’indice (20 205 en 2006, contre 21 900 en 2004). La sous-filière viande bénéficierait d’environ 500 millions d’€, contre 120 millions pour l’orientation lait.
Dans un article daté de 2003 (14), Farid Benhammou (en se basant manifestement sur les résultats comptables de 2002) estime les subventions à la filière ovine à 634 millions d’euros (Près de 5 % du total des 12,676 milliards d’euros de subventions agricoles). Les deux calculs arrivent donc à des résultats très proches. (15)
En région Midi-Pyrénées
Spécifiquement sur la région Midi-Pyrénées, en 2006, les exploitations ovins viande ont bénéficié de 34 900 €/an, contre 27 700 aux éleveurs laitiers. Contrairement donc à ce qui avait été réalisé par ce même réseau au plan national, la publication pour Midi-Pyrénées différencie le secteur «ovins viande », «ovins lait» et les «autres herbivores».
Si on compte le cheptel en termes de brebis mères, Midi-Pyrénées «pèse», au plan national, 42 % de la filière laitière (675 000 brebis mères) et 15 % de la filière viande (715 000 brebis mères). Ce qui est mieux qu’un échantillon représentatif de sondage politique. Sans pour autant réaliser une extrapolation au plan national et au centime d’€ près, on peut tout de même faire les constats suivants pour les exploitations suivies par le RICA (16) :
Subventions à la filière ovine en zone de Montagne
Pour le moment, seules les zones de Montagne sont concernées par la cohabitation avec les grands prédateurs. Essayons de déterminer le montant des subventions aux zones de montagne. Une étude économique (17) du Ministère de l’Agriculture va nous y aider.
L’évaluation des subventions n’est pas le but spécialement recherché par cette étude mais les auteurs ont été conduits à faire un état des lieux de l’agriculture en montagne. On y apprend par exemple (18) que les subventions pour les exploitations ovines représentaient, en 2003 :
preuve de la dépendance de la filière ovine vis à vis de l’argent public et de la plus grande dépendance encore des zones de montagne.
Cette étude mentionne aussi la répartition du cheptel ovin (19) et le montant des subventions par exploitation (18) :
En tenant compte de ces chiffres (et notamment la proportion d’élevage ovin en montagne), on peut évaluer le montant des subventions ovines en zone de montagne à 275 millions d’euros par an.
Il convient cependant de rester prudent sur ce type d’extrapolation, basée sur le seul cheptel, compte tenu des différences structurelles (taille des exploitations, aides spécifiques aux zones de montagne…).
Les subventions agricoles par français et par an ou par ménage imposable
Par français et par an
12 871 600 000 € = 207,60 € de subventions agricoles par français et par an (233 € en 2006) dont :
Ce qui représente respectivement :
Par ménage imposable et par an
12 871 600 000 € = 723,97 € de subventions agricoles /ménage imposable/an dont :
Conclusions
Ce travail de recherche ne constitue pas un acharnement contre l'agriculture ou la filière ovine en particulier. Fondamentalement, ceux qui prônent la cohabitation se fichent pas mal de savoir si, pour se maintenir, une exploitation ovine a besoin de 20 000, 30 000 ou 50 000 €/an. Du moment que ces exploitants n'anéantissent pas d'espèces, animales ou végétales.
Il y a en montagne la place pour tout le monde : éleveurs, bergers, chasseurs, touristes et faune sauvage préservée. Mais il est assez détestable de voir que certains lobbies utilisent la méconnaissance par le grand public des réalités de l'économie agricole pour exagérer à la fois le coût des prédateurs et leur impact économique ; lesquels sont d'un niveau dérisoire, comparés aux véritables problèmes de la filière ovine, éleveurs viande spécialement.
Nous sommes d'accord pour financer la préservation du patrimoine français. Le Château de Versailles en fait partie. La Tour Eiffel en fait partie. Le pastoralisme en fait partie. Les grands prédateurs en font partie.
Donner 7 centimes d'€ pour le loup et 3 centimes d'€ pour l'ours par an est notre devoir de citoyen. La notion de patrimoine ne se réduit pas à ce qu'en décide quelques acteurs anti-environnementaux.
Marc Laffont
Titulaire d'une maîtrise en écologie des organismes et populations
Baudouin de Menten
webmaster de La Buvette des alpages
Lire aussi
Notes
(1) Rapport d’information fait au nom de la commission des Affaires économiques sur l’avenir de la filière ovine, par MM. Gérard BAILLY et François FORTASSIN, Sénateurs. Annexe au PV de la séance du sénat du 16 janvier 2008. Nous n’allons pas étudier le coût du lynx.
(2) Rapport BAILLY-FORTASSIN, pages 48-49
(3) 17 790 000 ménages imposables en 2004. Je cherche des chiffres plus récents !
(http://blog-ump.typepad.fr/blog/2006/12/confrence_de_pr.html)
(4) Rapport BAILLY-FORTASSIN, Idem, page 62.
(5) MEDAD : Bilan financier global du plan de restauration Ours 2005-2007 (Comprenant des aides au pastoralisme) Crédits MEDAD – (http://www.buvettedesalpages.be/2008/06/bilan-financier.html)
(6) Le chiffrage 2006-2008 http://www.buvettedesalpages.be/2008/07/chiffrage.html
(7) «Agriculture & Environnement» d’Amos Prospective, un cabinet d’études de conseil en économie, environnement et stratégie créé en 2001 par Gil Rivière-Wekstein.
http://www.agriculture-environnement.fr/
(8) Commission des comptes de l’agriculture de la Nation (CCAN) - Session du 1er juillet 2008 - Les concours à l’agriculture en 2007
(9) Ce point est d’ailleurs mentionné page 12, 2° paragraphe, du rapport précité.
(10) Commission des comptes à l'agriculture (CCAN) Session du 26 juin 2006 - Les concours publics à l’agriculture pour 2005.
http://agriculture.gouv.fr/sections/presse/communiques/les-comptes-de-l-agriculture-pour-2005
(11) Rapport fait au nom de la commission des affaires économiques, de l’Environnement et du Territoire sur la proposition de résolution (n°2375) de MM. Michel Delebarre et Didier Quentin, rapporteurs de la délégation pour l’Union Européenne, sur les fonds structurels et la cohésion territoriale de l'Union européenne des années 2007 à 2013. PAR M. Yves SIMON, Député.
http://www.assemblee-nat.com/12/rapports/r2472.asp
(12) AGRESTE, «la statistique agricole. Statistiques et études sur l’agriculture, la forêt, les industries agroalimentaires, l’occupation du territoire, les équipements et l’environnement en zone rurale». Ministère de l’Agriculture et de la Pêche. (http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/)
(13) http://www.buvettedesalpages.be/images/2008/10/13/subventions_ovins.jpg
(14) «Les grands prédateurs contre l'environnement ? Faux enjeux pastoraux et débat sur l'aménagement des territoires de montagne» par Farid Benhammou (École nationale du génie rural, des eaux et des forêts, 19 av. du Maine, 75732 Paris cedex 15.) dans «Le Courrier de l'environnement» n°48, février 2003.
(15) Marc Laffont précise : «ces résultats présentent une certaine marge d’erreur au regard des estimations et extrapolations qu’il a fallu réaliser pour y aboutir. Cependant, le fait de coller d’assez près aux chiffres évoqués par Farid Benhamou me conduit à penser ne pas être très loin du compte pour l’année 2004.
(16) Réseau d’Information Comptable Agricole, RICA , en Midi-Pyrénées 2006.
(17) «Le régime de paiement unique et l’agriculture de montagne en France» par Vincent Chatellier et Frédéric Delattre. NEE n°25, août 2006. Direction Générale des Politiques Economique Européenne et Internationale, Service des Stratégies Agricoles et Industrielles, Sous-Direction de l’Évaluation, de la Prospective, des Études et de l’Orientation. (pp. 79-107) (http://agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/nee060825A3.pdf)
(18) Idem. Page 15
(19) Idem. page 11, tableau 4.
Baudouin de Menten sur 13 octobre 2008 dans BAILLY Gérard, Bêêêêst of de la Buvette des Alpages, de MENTEN Baudouin , LAFFONT Marc, Loup - Coût, Ours des Pyrénées - Coût, Pastoralisme - Coûts | Lien permanent | Commentaires (22) | TrackBack (0)
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12 octobre 2008, sur le site Internet suisse "Le nouvelliste", Jean Bonnard pousse un coup de gueule : Il en a "Ras le Balou" de voir les français (pas lui) payer pour l'ours !
Jean Bonnard : "Plus un jour sans qu’une gazette ou un site Internet ne nous assome avec les dernières nouvelles de Balou! On a eu droit au récit détaillé de l’abruti de chasseur qui a blessé l’ours. Passe encore, on peut comprendre que les défenseurs de l’ours soient un brin furieux . Mais c’est après que la folie s’est emparé de la toile et des gazettes : je vous cite quelques titres en vrac :
Jusqu’à la photo. A croire que la France a perdu la raison. Plus rien n’existe en dehors de Balou. Les misères humaines, les coups tordus des banquiers qui jonglent avec nos caisses de pension, les chômeurs et les vieux désespérés dans leurs mouroirs, finis, envolés…"
Monsieur Jean Bonnard, je ne vais pas parler ni de l'Union des Banques suisses, ni de la manière dont on la Suisse se débarasse de ses ours (nettoie la montagne). C'est hors sujet. Pour Jean Bonnard, rien n'est désespéré puisqu'il prend son pied en lisant le communiqué de l'ASPAP "L'Ariège malade, l'Etat au chevet de Balou"
Il parait que "Monsieur l'ours est servi". Et bien, effectivement, quand les éleveurs ariégeois refusent de protéger leurs troupeaux, Monsieur l'ours est servi ! Il parait que "L'ariège est malade" : la fièvre catarrhale ! Que faisaient les membres de l'ASPAP le 8 août aux Pastoralies, alors que la fièvre catarrhale progressait au vu et au su de tous depuis des mois ? Ils chantaient avec Augustin Bonrepaux sur une scène lors de ce qu'ils ont appelé "une journée énorme".
La cigale ayant chanté tout l'été se trouva bien dépourvue lorsque la fièvre fut venue...
"Heureusement, il restent (sic) les journaux locaux - plus proches des gens - qui se rebiffent, comme la Gazette Ariégeoise qui publie un papier salutaire pour dénoncer le terrorisme intellectuel exercé par les partisans de la sacralisation de l’ours." On croirait lire Louis Dollo et son "Terrorisme intellectuel écologiste".
Jean Bonnard termine son article par "Jusqu’à quand les contribuables électeurs accepteront que leurs impôts soient consacrés aux ours importés de Slovénie ?"
Je veux bien suivre le raisonnement de Monsieur Bonnard qui semble trouver que les contribuables paient trop pour sauvegarder la population résiduelle d'ours dans les Pyrénées. Certes les ultrapastoraux ariégeois, qu'il appelle "les indigènes" n'en veulent pas. Mais, tous les sondages montrent que la majorité des français est attachée à la sauvegarde de l'ours.
Parlons impôts
Dans sa réponse à mon commentaire, Monsieur Bonnard, "ne comprend pas bien la comparaison entre les subventions agricoles et le coût de la réintroduction de l’ours…” La comparaison c’est le contribuable. Les impôts sont payés dans toute la France, pas uniquement par les loueurs d’estives. Tous les français paient pour les éleveurs et pour les ours. Combien ?
Chaque Français paie 0,03 € par an pour la politique de sauvegarde des ours Pyrénéens. Que peut-il s'acheter avec celà..., rien. Sur ces 0,03 €, la moitié tombe dans la poche des éleveurs en aides diverses.
Chaque français paie aussi 207,60 € pour aider les agriculteurs français (6920 fois plus). Autrement dit, le coût global d'une année de la politique "ours" du gouvernement correspond à ce que chaque français paie pour une heure et 16 minutes d'aide à l'agriculture ! L'ours c'est des cacahuètes.
L'aide annuelle apportée pour soutenir l'élevage ovin de montagne en déficit chronique représente 150 fois le budget annuel ours. Et bien que les vannes d'euros soient grandes ouvertes pour maintenir le pastoralisme la tête au dessus de l'eau :
Les éleveurs connaissent leur solution : enlever les ours (certains connaissent des mesures radicales pour celà!) Celà ne changera strictement rien à la crise ovine. Ou plutôt si, le pastoralisme perdra 1 million d’euros de subventions !
Le prédateur est l’arbre qui cache la forêt, l’élevage ovin doit faire face à des difficultés bien plus importantes. Sans les primes, qui représentent plus de la moitié du revenu des éleveurs, l’élevage ovin ne serait plus rentable.
On a artificiellement maintenu cet élevage, mais devant la concurrence de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie, il ne tient pas. Son seul débouché c’est la population musulmane pour l’Aïd. L’élevage ne survit que grâce à cela. Les éleveurs ont des revenus très faibles, ils ont des aigreurs, des revendications sur tout et se sentent victimes, marginalisés, le prédateur, c’est une tête de turc, une goutte d’eau. Retirez cette goutte et le vase restera plein, près à déborder à la moindre crise supplémentaire… comme la fièvre catarrhale ovine par exemple.
Que faisaient les éleveurs pyrénéens cet été, au lieu de vacciner ? Ils chantaient avec les hommes politiques aux Pastoralies. Et que chantaient-ils, Philippe Lacube et Augustin Bonrepaux ?
Aquelhas montanhas, que tan nautas son,
M’empechon de veire…
Baissatz-vos montanhas, planas aussatz-vos,
Per que posca veire…
Ce qui veut dire..
Ces montagnes, qui sont si hautes,
M’empêchent de voir…
Abaissez-vous montagnes, plaines haussez-vous,
Que je puisse voir …
Effectivement, ils n’ont rien vu venir. Les politiciens et les syndicalistes agricoles leur ont mis des oeillères qui cachent la réalité. Ils ne voient que l’ours (dans les Pyrénées) ou que le loup (dans les Alpes).
Dans les Pyrénées, où ils refusent toujours de se protéger (le faire serait accepter la présence de l’ours) le loup arrive sur des troupeaux en liberté. Les difficultés sont à venir, et ils chantent et ne voient rien venir. Triste aveuglement responsable de leur suicide collectif, en chantant...
Baudouin de Menten sur 12 octobre 2008 dans ASPAS, BONNARD Jean, Ours Balou tiré par un chasseur, Ours des Pyrénées - Coût, Pastoralisme - Coûts | Lien permanent | Commentaires (1)
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Par Marc LAFFONT
Titulaire d'une maîtrise en écologie des organismes et populations
Citoyen favorable à la cohabitation
Le front du refus pur et simple de cohabitation avec l'ours dans les Pyrénées s'articule essentiellement autour du microcosme des éleveurs ovins allaitants.
Or, lorsqu'on s'intéresse aux critères subjectifs susceptibles de justifier ce positionnement, on s'aperçoit que la diabolisation de l'ours brun est largement exagérée. Les éleveurs ovins ne sont pas les seuls à subir des pertes qu'il est possible d'imputer aux ours. Les apiculteurs enregistrent quelques dizaines d'attaques chaque année (presque toutes en Ariège). Pourtant, la médiatisation de ces méfaits n'est en rien comparable avec ce qui concerne l'écho donné aux prédations sur troupeaux ovins.
Sont elles si importantes, ces prédations ?
Autour de 400 animaux par an, moyenne sur les 3 dernières années, bénéfice du doute compris. Lequel s'exerce également souvent en Ariège. Certes, ce n'est pas négligeable. Et ce serait même conséquent pour les éleveurs, s'il n'y avait pas de compensation équitable. Or, un barème d'indemnisation, régulièrement actualisé, est en vigueur depuis plusieurs années. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce barème ne lèse pas les agriculteurs. (Ces informations sont vérifiables sur le site institutionnel de l'ours.)
C'est d'ailleurs cette faible valorisation de l'agneau -le prix payé au producteur n'a quasiment pas bougé en 30 ans- qui explique la généralisation progressive du non gardiennage des troupeaux.
Sans aides de l'Etat, 6 mois de salaire d'un berger dépassent très largement la valeur économique des quelques brebis que sa présence sauverait de tous prédateurs confondus. D'où la logique régression de ce métier. Rappelons d'ailleurs au passage, qu'éleveur et berger désignent des métiers aux réalités forts différentes, et que les médias confondent allègrement.
L'ours «paie bien»
On peut donc dire que l'ours «paie bien», par l'intermédiaire du contribuable, les méfaits qu'il occasionne. Une fois ½ en moyenne la valeur commerciale de l'animal prédaté. A comparer avec les 46 €/ovin généreusement versés en 2007 par mouton victime de la fièvre catarrhale ovine. Laquelle représente, pour la filière, un péril autrement plus grand que les prédateurs sauvages...
Il n'y a d'ailleurs rien de scandaleux à cette indemnisation : c'est le prix à payer collectivement pour, à la fois préserver les ours, et maintenir une agriculture en montagne. Et la quasi-seule agriculture encore difficilement possible en montagne, moyennant subventions, reste l'élevage.
La diabolisation de l’Ours
Ce qui devient par contre authentiquement mensonger, c'est d'affirmer que l'ours met en péril par sa présence l'activité pastorale. Car, si compte tenu de l'accompagnement précité, le pastoralisme est mis en danger par une petite vingtaine d'ours, alors que doit-il en être de l'incidence des chiens errants, qui occasionnent environ 10 à 15 000 pertes par an ? Ce qui porte aux alentours de 15 à 20 000, toutes causes de prédation comprises, les pertes ovines qui NE SONT PAS indemnisées dans les Pyrénées.
© Chien errant - Dessin de F’Murrr
Au total, c'est environ 1 million d'«ours-euros» qui sont versés annuellement au pastoralisme pyrénéen. Soit autour de 10 % des concours publics à cette activité à l'échelle du massif, d'après les chiffres évoqués sur le site institutionnel précité. L'argument économique n'est donc pas recevable pour justifier la diabolisation.
Les conditions d'élevage sont-elles, dégradées par la présence du plantigrade ?
C'est vrai que la présence d'ours exige une présence assidue auprès du troupeau. Mais cette surveillance existe a fortiori pour les autres prédateurs, et notamment les chiens errants et divagants, qui occasionnent autrement plus de dégâts que les ours. La grande différence, c'est qu'en zone à ours : il y a possibilité de largement faire financer chiens et bergers par l'argent du programme «ours». A cela on peut rajouter les héliportages, les moyens de communication, les rénovations de cabanes d'estives... Autant d'améliorations des conditions de travail qui n'auraient jamais vues le jour dans de telles proportions sans la présence de l'ours.
Il est d'ailleurs incontestable que la présence de grands prédateurs permet d'orienter les projecteurs vers une filière dont peu de monde se souciait, vu son faible poids au sein même de l'agriculture.
Sans ours dans les Pyrénées, qui parlerait régulièrement du pastoralisme ?
Avec ou sans prédateurs, la surveillance des troupeaux est de toutes façons obligatoire. Sans cela, on ne peut empêcher le surpâturage de certaines zones et l'abandon d'autres, annihilant de fait l'objectif annoncé de lutter contre la fermeture des milieux et d'entretenir une certaine biodiversité.
Pastoralisme et préservation de la biodiversité
Il faut être particulièrement peu familiarisé avec l'écologie (français, quoi...) pour estimer que l'absence de grands prédateurs est favorable à la productivité des milieux, ou tout du moins sans effet. Leur présence, tant en variété qu'en quantité, témoigne sans conteste de la richesse d'un écosystème naturel. Sauvegarder ces espèces emblématiques permet, par ricochet, de préserver d'autres espèces importantes, mais moins aptes à mobiliser les foules pour leur survie. Dans les Pyrénées, on peut citer le pic à dos blanc ou le grand tétras.
A contrario, la présence du mouton en estives n'a rien du cycle naturel. Ni lui, ni son ancêtre avant domestication, le mouflon, n'appartiennent à la faune autochtone pyrénéenne. Son installation massive en montagne permet à des espèces végétales ou animales, DÉJA présentes avant l'arrivée du mouton, de voir leur aire de répartition augmenter suite à la conversion de zones plutôt boisées en zones davantage ouvertes. Mais cela, ce n'est pas de la création de biodiversité. C'est la régression d'une biocénose inféodée à des milieux fermés, et l'extension d'une autre inféodée à des milieux ouverts, suite à une action humaine, l'élevage. Ce qui ne signifie pas que c'est sans attrait. Simplement, l'Homme et son mouton ne fabriquent pas de biodiversité sauvage.
Et c'est, par ailleurs, être bien prétentieux que d'appeler «de fenêtre» ou «de cheminée», des hirondelles qui étaient là plusieurs millénaires avant l'invention de ces dispositifs. (NDLB: La biodiversité ramenée à l'homme, une tendance lourde.)
Pour mémoire, la présence du mouflon et de la marmotte dans les Pyrénées ne date que des années 50, suite à la décision d'introduire ces espèces. Le cas de la marmotte est cependant différent : initialement présente dans les Pyrénées, elle en avait disparu lors de la dernière période glaciaire.
L’ours représente-t-il un danger?
Peut-être. Il convient pour s'en assurer de compiler le nombre de décès imputés aux ours en France depuis que les statistiques peuvent être considérées comme fiables. Or, en au moins 150 ans, AUCUN accident mortel n'a impliqué un ours ; y compris au XIXème siècle où l'Ariège, par exemple, comptait beaucoup plus d'ours et 2 fois plus d'habitants.
La cohérence de raisonnement devrait obliger ceux qui craignent l'ours à demander l'éradication de toutes les espèces suivantes : chien, cerf, sanglier, vipère, frelon, guêpe, abeilles, espèces qui tuent des êtres humains tous les ans. Sans oublier les accidents automobiles suite aux collisions.
Ils devraient également réfléchir aux risques encourues avant d'entreprendre :
Une régression du tourisme, quelles causes?
Il est probable que la multiplication d'inscriptions haineuses sur les routes, et la diffusion d'images de violences perpétrées par les anti-biodiversités n'est pas vraiment de nature à inciter le touriste à davantage séjourner dans les Pyrénées. Pourtant, les exemples en provenance de pays voisins, comme l'Espagne ou l'Italie, montrent qu'il est possible de valoriser la biodiversité en général, et les grands prédateurs en particulier, dans le cadre du développement rural.
Il s'agit simplement d'adapter le potentiel du territoire montagnard. L'adapter aux réalités économiques (régression de la population active agricole), aux conséquences du changement climatique (incertitudes sur l'avenir du ski à moyenne altitude), et aux attentes des citoyens en termes de naturalité.
Notons au passage que les emplois ainsi générés par un environnement remarquable et préservé sont difficilement délocalisables. En ces temps de mondialisation tous azimuts, c'est un aspect à ne pas négliger. Ceux qui pâtissent de la concurrence de l'agneau britannique ou néo-zélandais devraient, en principe, y être réceptifs... (NDLB : Encore faudrait-il que les autorités locales favorisent ce tourisme, ou même l’acceptent ! En Ariège, les responsables touristiques, proches d’Augustin Bonrepaux » ont visiblement comme consigne de « nettoyer » tous les prospectus, présentoirs et toutes les offres touristiques d’éventuelles références à l’ours, patrimoine des Pyrénées depuis la préhistoire, comme le montre les multiples traces archéologiques et peintures rupestres.)
Lorsque le paysage aura été irrémédiablement tailladé, que l'enneigement ce sera drastiquement réduit, il sera alors bien tard pour songer à une reconversion des sites. Et ce n'est pas la généralisation via argent public de troupeaux ovins de plus en plus grands et de moins en moins surveillés qui sera de nature à dynamiser l'emploi.
La présence de l'ours ne met donc en danger, ni le pastoralisme, ni la sécurité publique, ni la biodiversité, ni le tourisme. Ce n'est donc pas sur ces aspects objectifs ou quantifiables que peut s'expliquer la mise en place de factions d'opposants à ce point virulents.
Alors ?
La crise économique du pastoralisme
Depuis les années 90, l'agriculture des pays développés ne se maintient que grâce aux subventions.
D'une part de l'ordre de 15 % du résultat courant avant impôt vers 1990, on est passé en France à 90 % en 2006, avec une pointe à 98 % en 2005. Pour certaines filières, la dépendance est telle que le ratio subventions/résultat courant peut dépasser 150 %. C'est le cas de la filière ovine, et plus particulièrement des éleveurs allaitants (source : les résultats du Réseau d'Information Comptable Agricole, RICA, jusqu'en 2006.
Graphique 1 : Evolutions subventions / Résultat courant avant impôts (RCAI) filière ovine.
Graphique 2 : Evolutions Ratio Subventions / Résultat courant avant impôts (RCAI).
Tableau 1 : Tableaux des chiffres ovins et autres herbivores / Toutes filières
Mise en page Marc Laffont. Télécharger ces tableaux en version pdf plus lisible.
Sources des chiffres :
Ceux qui affirment péremptoirement que la tradition pastorale française n'est pas compatible avec la présence de l'ours, ne devraient pas oublier non plus que l'élevage ovin en France n'est plus compatible avec l'économie de marché depuis un bon moment. Même sans aucun prédateur.
En plus d'être terriblement soumise aux subventions, cette filière a toujours dégagé des revenus parmi les plus bas du secteur agricole.
Les éleveurs de brebis ne sont certes pas les seuls à être à ce point tributaires des subventions. Chez les céréaliers, jusqu'en 2005 (depuis le cours des céréales a augmenté), le ratio subventions/résultat courant était même supérieur à celui de la filière ovine (autour de 165 %). Mais avec un résultat courant de 24 000 €/exploitation, contre 17 600 € pour les exploitations ovines (source : RICA 2005).
Cette dépendance est encore plus prononcée dans les zones défavorisées et de montagne, malgré la labellisation des produits (voir : Notes et Études Économiques N°25 août 2006, «Le régime de paiement unique et l’agriculture de montagne en France»).
A cette faible valorisation «historique» s'ajoute la conjoncture ovine, qui ne cesse de se dégrader depuis 1990.
La baisse de la consommation
Les français sont passés d'une consommation de 5,5 kg de viande ovine/an/personne vers 1990 (dont 50 % d'origine hexagonale), à 4 kg/an/personne,(dont seulement 43 % d'origine française, en 2006. Ce qui fait un passage de 2,7 à 1,7 kg d'agneau français/an/personne en environ 15 ans. Soit à peine 2 % des 89 kg de viande consommés annuellement par chaque français.
(Source: le site de l'Institut de l'Elevage : Les chiffres clés 2007 : Productions ovines lait & viande).
La viande ovine est en déclin en 2007 : La consommation de viande ovine, agneau et mouton, poursuit son déclin régulier. La crise de la fièvre aphteuse de 2001 a entraîné un effondrement durable de l’offre, en particulier à cause de la chute des importations en provenance du Royaume-Uni, où le cheptel ne s’est pas reconstitué. En France, la filière du mouton pour la viande connaît des difficultés économiques et le cheptel ovin pour la viande subit une baisse tendancielle. Cette baisse de l’offre s’est accompagnée du maintien de prix à la consommation élevés, freinant la demande.
(Source : Agreste conjoncture onsommation de viande 2007 - Synthèses n°2008/ 29 juin 2008.)
Comme cette viande est surtout achetée par des personnes plutôt âgées, largement boudée par les plus jeunes, et proposée à la vente à des prix dissuasifs pour bon nombre de bourses, l'avenir apparaît particulièrement noir : 41 % des français interrogés en 2006 par l'inter profession des viandes (Interbev) ont répondu n'avoir jamais acheté de viande ovine dans l'année (toutes origines confondues). Ils étaient seulement 32 % en 2003. Et cette tendance ne risque pas de s'infléchir : la proportion de non-consommateurs atteint 63 % en 2006 chez les moins de 35 ans...
Tableau 2 : Consommation indigène de viande en France.
Baisse de la consommation de viande ovine en France. Spécificités de la consommation de viande ovine en 2006.
Source : Ovins 2006 - Institut de l'élevage
Le renforcement de la population
Et c'est dans ce contexte particulièrement morose que l'État français décide en 2005, suite à l'abattage de la dernière ourse de souche pyrénéenne, de renforcer la population résiduelle d'Ursus arctos, déjà majoritairement issue du renforcement de 1996-97 (3 plantigrades). Le choix a porté sur des individus provenant de Slovénie, et donc très proches génétiquement.
Je ne suis pas capable d'estimer avec précision le poids de la volonté réelle de l'État français de sauver l'ours brun. Mais je suis persuadé que, sans l'insistance de l'Union Européenne, la France serait sur le point de devenir le premier des pays disposant d'une population viable d'ours en 1900 à le laisser disparaître depuis. Cela n'a pas été. Les premiers ours réimplantés se sont fort bien acclimatés, comme en témoigne le nombre de naissances observé. Et ce, malgré l'abattage précoce et «accidentel», comme toujours..., de Mellba, une des 2 ourses relâchées en 1996.
Et pour certains, quelques 10 ans après, le constat est terrible : avec de l'argent public, il est possible de sauver l'ours dans les Pyrénées. Et restaurer la naturalité qui va avec, alors que, même avec (beaucoup) d'argent public, le pastoralisme est condamné à régresser, inexorablement. A disparaître, je ne pense pas. Mais à régresser, c'est certain. Ce n'était peut-être pas encore flagrant vers 1996 au moment des premiers lâchers, pour l'un comme pour l'autre. Mais c'est incontestable en 2006.
Voilà donc l'ours, «ennemi héréditaire de l'éleveur», quasiment disparu vers 1995, qui se voit offert une possibilité d'avenir dans les Pyrénées. Alors que la tradition pastorale, elle, périclite.
Et comble du comble, cette renaissance a lieu sur décision de l'État (Paris...), poussé par l'Europe (des technocrates...), soutenu par une majorité de français (des écolo-citadins, donc parisiens...), et grâce à l'apport d'animaux slovènes (des étrangers...). De l'ingérence néocoloniale pure et simple...
Je vois difficilement ce que ces ours venus de Slovénie auraient pu cumuler d'autre comme handicaps pour se faire davantage haïr d'une frange de la population montagnarde, auto proclamée dépositaire de l'identité pyrénéenne. A partir de là, il devenait improbable de voir le monde pastoral utiliser unanimement l'image et la présence de l'ours pour l'aider dans sa propre survie.
Cohabitation ou suicide ?
Certains éleveurs, à la fois plus lucides sur leur situation, et davantage respectueux de la biodiversité, ont choisi d'accompagner le retour du plantigrade. C'est par exemple le cas des adhérents à l'Association pour la Cohabitation Pastorale (ACP). Compte tenu du contexte lourd en menaces et intimidations, leur courage n'en est que plus digne d'éloges. L'application sérieuse des mesures de protection leur permet, non seulement de limiter les prédations dues aux ours, mais aussi (et surtout) de réduire de l'ordre de 90 % l'ensemble des prédations et vols (voir sur le site ours.ecologie.gouv.fr).
Ce qui prévaut chez d'autres, malheureusement, c'est une logique de suicide collectif à moyen terme. En quelques sortes : «Nous préférons agoniser lentement plutôt que d'être valorisés et sauvés par l'ours», ce qu’on retrouve dans le slogan «ni ours, ni indemnités… les Pyrénées tranquilles».
Question de fierté peut être. Peut être, seulement. Car au bout du compte, c'est quand même l'argent de l'ours qui leur permet de subsister. Mais en continuant à le refuser officiellement...
Ce positionnement est payant et trébuchant depuis quelques temps, l'Etat dénouant tous les ans un peu plus les cordons de notre bourse pour (vainement) tenter de calmer la vindicte ultra-pastorale. Mais les réalités du délabrement de la filière reprendront forcément le dessus sur ces tactiques à courte vue. Et c'est sans doute d'en être parfaitement conscient qui exacerbe autant la haine du plantigrade...
Euros-Ours
D'autres ont fait un constat assez complémentaire : s'il n'est (hélas...), plus envisageable d'obtenir la disparition de l'ours à l'échelle du massif suite à ces renforcements, il est néanmoins possible de feindre d'accompagner son rétablissement, en récupérant un maximum de crédits sur son dos. Et de majoritairement les utiliser à des fins parfois éloignées de la préservation de l'environnement. Quitte à voir l'ours disparaître localement. Mais qu'à cela ne tienne : le vautour fauve est là pour réamorcer la pompe à subsides. Et lui, brave volatile, ne risque pas de disparaître demain...
C'est la logique illustrée par une tristement réputée Institution dite patrimoniale. Où comment faire disparaître l'ours avec l'argent de l'ours. Qui a dit qu'anti-environnementalisme ne rimait pas avec subtilité ? Avec un autre avantage : outre les financements obtenus, il demeure régulièrement possible de dénoncer le budget «extravagant» mobilisé pour quelques ours. En omettant soigneusement de préciser qu'environ la moitié de ce budget bénéficie directement au pastoralisme, et que l'autre moitié induit de l'activité localement (Equipe Technique Ours, actions de développement). Et les 10 000 €/an qui alimentaient la ligne budgétaire « amélioration de l’habitat de l’ours » jusqu’en 2006 ont été supprimés depuis.
Tableau 3 : Bilan financier global du plan de restauration ours 2005-2007
C'est tout le paradoxe du système : les pouvoirs publics prévoient des compensations théoriquement justifiées par la présence de l'ours. Mais la décrépitude de la filière est telle, que ces « ours-euros » deviennent indispensables à l'équilibre économique précaire des exploitations. Lesquels crédits seront d'autant pérennisés et réévalués que la machine à récrimination tournera à plein. Laquelle s'est carrément emballée.
Tant est si bien qu'aujourd'hui, quand bien même les ours viendraient à disparaître, les compensations devraient toujours être versées, sous peine de voir les exploitations mettre la clé sous la porte. Le contribuable naïf, qui croirait faire des économies en exterminant l'ours, n'y gagnerait absolument rien. D'autant plus que le coût du programme « ours », aides au pastoralisme compris, est inférieur à 4 centimes d'€/français/an. A comparer avec ce que coûte à chaque français le maintien d'une agriculture productiviste : plus de 12 milliards d'€. Soit autour de 200 €/français/an.
L'ensemble du programme ours équivaut ainsi à 1h30 de subventions agricoles!
Le jour où les ours voteront
Des politiques locaux ont vite compris eux aussi tout l'intérêt qu'il y avait à instrumentaliser l'ours. C'est un poncif, mais il se vérifie à chaque fois : la préservation de l'environnement ne fait pas gagner beaucoup de voix. Le score de la candidate écologiste à la dernière présidentielle en témoigne.
De même que le ralliement, au final, d'une deuxième candidate estampillée écologiste à un candidat adhérent à la FNSEA. Par contre, défendre l'environnement fait systématiquement perdre les suffrages de ceux qui ont intérêt à sa non-préservation. C'est particulièrement triste à l'aube du XXIème siècle, mais c'est ainsi.
De fait, le politique local n'a pas nécessairement intérêt à se trouver du côté des plus nombreux. Il est bien plus judicieux de s'acoquiner avec ceux qui disposent d'un vrai pouvoir de nuisance. A fortiori si on les tient dès le départ en estime. Le débat sur les OGM au Parlement l'a d'ailleurs caricaturalement mis en évidence. Le fait que 80 % des français s'y déclarent opposés n'a pas pesé très lourd dans les orientations du projet de loi. Si on ajoute à cela que la plupart des circonscriptions législatives du secteur sont tenues par des opposants plus ou moins déclarés à l'actuel gouvernement, il n'en faut pas davantage pour que ce vraiment petit monde se ligue contre l'ours.
Les médias et l’ours
Cette situation aurait néanmoins du avoir un écho relativement limité, compte tenu du faible nombre de personnes concernées et de son impact économique très relatif. Mais la presse locale a rapidement évalué le potentiel médiatique de l'ours. Et pour éviter que le soufflet ne retombe, il convenait de donner une large tribune aux «anti-biodiversité». Si en plus, cela permet à un journal politiquement marqué d'alimenter son opposition à l'actuelle majorité, à l'origine du projet de renforcement, le gain est double. © Les médias et l'ours
Cette stratégie a parfaitement réussi. Elle était d'autant plus facile à mettre en place au regard du manque d'érudition environnementale du public français. Si bien que des personnes initialement plutôt favorables à la préservation de l'espèce ursine commencent à se demander si cela en vaut vraiment la peine, vue l'ampleur du désordre provoqué. Ou l'impression d'ampleur...
L’avenir
Quel avenir alors dans ce contexte qui semble bloqué ?
Pour le pastoralisme, il dépend de plusieurs facteurs tels que :
(extrait de : Notes et Études Économiques N°25 août 2006, « Le régime de paiement unique et l’agriculture de montagne en France»).
En d'autres termes, le futur s'annonce glauque. Sauf à jouer, enfin et largement, la carte du développement rural en harmonie avec l'environnement. Ce qui ne semble pas se dessiner.
Pour l'ours, il est clair que son avenir dépend de nouveaux lâchers. Sauf à se contenter d'une population nettement et durablement inférieure au seuil de viabilité. Ce qui serait en contradiction avec l'esprit d'un plan de restauration.
La réalisation de cet objectif exige que le gouvernement fasse respecter l'état de droit dans les Pyrénées vis à vis de la délinquance anti-environnement. Sans cela, tout le reste sera vain.
Un point qu'il convient également d'évoquer, c'est le retour du loup gris dans le massif pyrénéen. Celui-ci est attesté depuis quelques années. Pour l'instant, aucune structure reproductrice n'a été observée. Ce qui ne saurait tarder, le biotope pyrénéen soumis à déprise agricole étant favorable.
On peut même raisonnablement penser qu'à court terme, le loup deviendra pour les éleveurs pyrénéens un problème autrement plus consistant que l'ours. Tout du moins, pour les éleveurs qui seront toujours en activité, 40 % d'entre eux devant partir à la retraite d'içi 10 ans. Et le renouvellement des générations est loin d'être assuré par la conjoncture.
A l'horizon 2020, ce ne sera plus la faction extrême du pastoralisme, sauf improbable redressement, qui sera le principal obstacle à la constitution d'une population viable d'ours, mais l'aménagement inconséquent de l'espace montagnard. Il est certain que la multiplication des balafres dans le paysage du massif n'est ni de nature à inspirer un écotourisme respectueux de l'environnement, ni à préserver un biotope favorable à l'ours.
Une partie de ceux qui manipulent le monde pastoral, en l'exhortant à refuser l'ours, le savent bien. Ursus arctos est un obstacle à un «développement économique harmonieux» des territoires de montagne. C'est à dire calqué sur celui de la plaine, en moins performant. Illustration : si régulièrement, des camions circulant sur l'artère qui défigure la Vallée d'Aspe font un petit plongeon dans le Gave, ce n'est pas la faute à l'indispensable tunnel du Somport, grand artisan du développement local. Mais, sans rire, celle de l'ours. Car ce sont les défenseurs de ce nuisible qui empêchent ce magnifique axe routier d'atteindre le gabarit requis pour accueillir davantage de camions qui plongeront encore plus vite dans le Gave !
Les atteintes actuelles au petit noyau de population ursin ne doivent certes pas être minimisées, tant il est facile (et judiciairement, peu risqué...) d'amoindrir une petite population à faible taux d'accroissement naturel. Mais il convient de se projeter d'ores et déjà dans l'avenir. Afin que les ours qui auront survécu aux assauts des adeptes du tout-pastoralisme ne soient pas éliminés par les adeptes du tout-béton-bitume. Car l'ours ne serait, ni la seule, ni la principale victime de ce type de politique.
Il ne faut d'ailleurs pas se tromper sur les raisons de préserver le plantigrade. L'objectif n'est pas spécialement d'avoir des ours pour avoir des ours. Surtout s'il s'agit de les cantonner dans un parc animalier ou/et de leur poser un collier émetteur à chacun. Nous ne gagnerions rien à cela.
L’homme ET l’ours
C'est une motivation finalement très égoïste qui doit prévaloir :
Être capable de préserver l'ours en France, et toutes les espèces du globe, c'est avant tout développer les qualités humaines dont nous aurons nécessairement besoin bientôt pour nous sauver, comme l'avait dit Mac Millan à propos des condors de Californie.
Il n'est évidemment pas question de faire passer l'Homme après l'animal : aider les hommes et préserver l'environnement sont simplement deux facettes d'une seule et même problématique : Éviter de transformer notre planète en gigantesque île de Pâques, devenue humainement inhabitable à force d'être surexploitée.
De la part d'une espèce qui s'est elle même qualifiée d'homme sage (Homo sapiens), c'est bien la moindre des ambitions...
Par Marc LAFFONT
Titulaire d'une maîtrise en écologie des organismes et populations.
Citoyen favorable à la cohabitation
Baudouin de Menten sur 25 août 2008 dans Bêêêêst of de la Buvette des Alpages, LAFFONT Marc, Ours des Pyrénées - Coût, Pastoralisme - Coûts, Pastoralisme - Crise ovine - Conjoncture, Sciences - Recherche, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (3)
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Les vrais comptes des ours
Le lâcher d'un cinquième ours relance la polémique. Pourtant, les conditions de travail des bergers se sont bien améliorées depuis la réintroduction.
Avec l'arrivée de Sarousse, le cinquième ours slovène, lâché dans la nuit de lundi à mardi à Arbas (Haute-Garonne), le gouvernement a achevé dans la plus grande discrétion un plan très contesté de réintroduction de plantigrades dans le massif pyrénéen. Capturée dimanche soir dans le secteur de Masoun, en Slovénie, Sarousse a été libérée mardi 22 août 2006 vers 1 heure dans la bourgade où avaient déjà été relâchés la femelle Hvala et le mâle Balou.
Pour la ministre de l'Ecologie et du Développement durable, Nelly Olin, « le cinquième lâcher permet d'assurer la pérennité d'une espèce protégée et dont la survie était, à court terme, menacée sur notre territoire ». Un cinquième lâcher qui a immédiatement provoqué de vives réactions des opposants à la réintroduction d'ours dans les Pyrénées centrales. Bernard Moules, secrétaire général de la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) Midi-Pyrénées, a par exemple affirmé hier que le bilan de la réintroduction était « catastrophique ».
Peu de dégâts
La réalité n'est pourtant pas aussi noire, bien au contraire. Plus de deux mois après leur arrivée, Palouma, Franska et Hvala, les trois femelles, et Balou, le mâle, n'ont pas commis plus de dégâts que les plantigrades habitant déjà la chaîne.
Tous ces mouvements de découverte d'un nouveau territoire se sont effectués sans que la panique s'installe sur les estives occupées par les troupeaux de brebis. Cette opération de renforcement a simplement démontré un peu plus que tout peut se passer convenablement si les troupeaux sont gardés et si des chiens de protection sont mis en place.
La solution patou
Depuis 1996, année des premières réintroductions de Mellba, Ziva et Pyrros, ce sont au total 174 pastous qui ont été installés dans des zones sensibles, et les résultats sont excellents. Ces gros chiens, qui s'étaient raréfiés avec la disparition des grands prédateurs, sont redevenus de précieux auxiliaires des bergers. Au lieu de dégénérer en traînant sur les parkings des stations de ski, ils naissent à nouveau en bergerie, au coeur du troupeau, pour se transformer en grands frères protecteurs des brebis. C'est instinctivement qu'ils font face. Ils aboient pour éloigner les intrus et prévenir le berger, et attaquent si nécessaire. Ainsi Palouma a-t-elle été repoussée à trois reprises en juillet par une jeune chienne effectuant sa première saison sur une estive au-dessus de Canejan, en Espagne, derrière Melles.
Les résultats d'une étude réalisée par l'ACP (Association pour la cohabitation pastorale) auprès de 37 éleveurs de l'ensemble de la chaîne pyrénéenne sont édifiants. Avant la mise en place des pastous, ces éleveurs perdaient au total, chaque année, 175 bêtes sur les exploitations et 157 sur les estives. Les chiens errants étaient les grands responsables de ces pertes, auxquelles il fallait ajouter des vols et seulement 10 prélèvements attribués aux ours. Après la mise en place des chiens pastous, on est passé à 16 pertes sur les exploitations et à 116 sur les estives, dont 5 par les ours.
Un métier revalorisé
« Les pastous sauvent bien plus de brebis que n'en tuent les ours sur l'ensemble des Pyrénées », affirme Alain Reynes, directeur de l'association Adet Pays de l'ours. Il a été calculé que, grâce au chien de protection, un éleveur possédant un troupeau moyen de 320 brebis économise 1 221 euros par an. Grâce à un chien offert et mis en place gratuitement dans le troupeau par des techniciens. Mieux, le propriétaire des brebis touche 305 euros pour nourrir son pastou sur l'estive. Une des nombreuses aides qui existent.
L'arrivée de nouveaux ours dans les Pyrénées centrales et le soutien à ceux qui vivaient encore en haut Béarn ont effectivement permis d'aider et de faire évoluer le pastoralisme. A commencer par le statut et les conditions de travail des bergers. Aujourd'hui, ils sont tous déclarés, touchent des salaires décents, ont une couverture sociale et prennent même des congés. Tout cela grâce aux aides « ours » dont bénéficient les propriétaires éleveurs et les groupements pastoraux. Elles sont nombreuses, en voici quelques exemples :
2,2 millions d'euros
D'autre part, tout le matériel nécessaire aux bergers dans leurs cabanes d'estives est héliporté gratuitement en début de saison. Les fromageries des cabanes ont été rénovées et mises aux normes européennes sans que les éleveurs déboursent 1 cent, comme pour la descente hebdomadaire des fromages à dos de mules en haut Béarn. Tout cela a été pris en charge à 100 % grâce aux financements débloqués pour l'ours. Comme les frais de téléphone portable ou de liaison radio avec la vallée, comme aime le rappeler Gérard Caussimont, le président du Fiep (Fonds d'intervention écopastoral).
On apprend encore que les clôtures sont payées intégralement et qu'une prime de 765 euros est versée par saison pour l'utilisation de ces parcs de nuit. Les apiculteurs sont également aidés, puisque les clôtures électriques de protection leur sont fournies gracieusement et qu'une prime de 80 euros leur est versée pour l'installation.
Toutes ces aides, payées par l'Etat, s'ajoutent aux primes classiques nationales et européennes attribuées aux éleveurs. Selon nos informations, le budget ours 2006 géré par le ministère de l'Ecologie s'élève à 2 200 000 euros. Sur cette somme, 815 000 euros sont versés au titre de mesures d'accompagnement. Le reste servant au fonctionnement de l'équipe de suivi et aux frais de transport des plantigrades entre la France et la Slovénie.
Tout compte fait, les ours ne sont peut-être pas une si mauvaise affaire pour le pastoralisme pyrénéen...
Pierre Verdet
Source Sud-Ouest
Baudouin de Menten sur 24 août 2006 dans Ours des Pyrénées - Coût, Ours des Pyrénées - Réintroductions, Pastoralisme - Cohabitation Prédateurs, Pastoralisme - Coûts, Pastoralisme - Patou - Montagne Pyrénées | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
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en € (euros) par brebis
grande transhumance : unité pastorale de 1300 têtes
- Transport en camion : 3 €
- Location de l'alpage : 3 €
- Emploi du berger salarié : 5,50 €
- Autres frais (sel. produits vétérinaires, aliments chiens, héliportage) : 1 €
TOTAL : 12,5 euros
Baudouin de Menten sur 20 octobre 2004 dans Pastoralisme - Coûts | Lien permanent | Commentaires (1)
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