Les apiculteurs d'Ariège lancent un pavé dans la marre : la perméthrine, molécule utilisée par les éleveurs pour luter contre la FCO (Fièvre catarrhale ovine) tue les colonies d'abeilles. Sont-ce là "l'intelligence autochtone" revendiquée par Bruno Besche-commenge et les "externalités positives" créées par le pastoralisme ?
Article de la Dépêche du Midi
Apiculture
: la molécule qui sauve les bovins tue les abeilles; «une intoxication
à la Perméthrine, à des doses justifiant la mortalité des colonies».
C'est un cri d'alarme qu'ont lancé, hier matin, les apiculteurs
professionnels d'Ariège, réunis à la mairie de Serres-Sur-Arget. «Depuis
décembre 2008, nous constatons des mortalités importantes de colonies
d'abeilles dans des s secteurs différents, mais tous situés en zone
d'élevage. En ce moment, les abeilles rescapées sont si peu nombreuses
dans les ruches qu'elles n'arrivent pas à y maintenir la température
nécessaire : les survivantes meurent de froid. Leur peloton, autour de
la reine, est à peine gros comme une mandarine. Ailleurs, provision et
couvain ont été abandonnés. Là, il n'y a plus que des cadavres
d'abeilles. Des colonies entières ont, ici, été retrouvées vides. Selon
les endroits, 50 à 80 % des ruchers sont perdus». C'est ce qu'ont
déclaré, hier, Bertrand Théry, l'apiculteur de Serres, membre de la
commission nationale apiculture, rejoint par d'autres professionnels et
des éleveurs de la Confédération paysanne 09. Sur les 30 apiculteurs
professionnels de l'Ariège, 25 sont touchés par cette mortalité
particulière.
Dès la fin de l'été, les apiculteurs avaient constaté une mortalité
inhabituelle dans des zones de montagne sauvage, jusqu'ici épargnées.
Le phénomène est allé en s'aggravant, pour culminer en décembre.
Intoxication à la perméthrine
«Après s'être interrogé sur nos pratiques apicoles, le fait que
l'hécatombe se situe à proximité des zones d'élevage, nous a fait
envisager que les désinfectants utilisés dans la lutte contre la
propagation du moucheron qui transporte le virus de la fièvre
catarrhale pouvaient être en cause, ont expliqué les apiculteurs. Nous
avons alors effectué des prélèvements d'abeilles fraîchement mortes
pour les envoyer au laboratoire d'analyses du CNRS, à Solaize. La
conclusion est sans appel : intoxication à la perméthrine à des doses
justifiant la mortalité des colonies». On retrouve cette molécule
dans les produits pulvérisés sur les étables et leurs abords, dans les
véhicules de transport ; ce fut l'un des moyens de prophylaxie dans la
lutte contre la FCO.
L'alerte ariégeoise dans le monde apicole régional et national, a
fait remonter le problème. Actuellement, en France, concernée sur tout
son territoire par la maladie de «la langue bleue», on constate
des mortalités hivernales importantes d'abeilles. C'est le cas dans
l'Aude, l'Aveyron, les Hautes-Pyrénées, les Pyrénées-Orientales… mais
aussi dans le Nord.
«Nous souhaitons que cesse la désinfectation et que l'on
s'intéresse au renforcement des défenses immunitaires des troupeaux,
ont dit apiculteurs et éleveurs présents à Serres. On a, jusqu'ici
privilégié le souci économique non le souci sanitaire».
Présent, le Directeur départemental des services vétérinaires, M.
Jabert a annoncé qu'une mission d'évaluation composée de deux
enquêteurs de la Brigade nationale d'Enquête vétérinaire et
phytosanitaire (BNEVP) arrivait en Ariège, pour deux semaines. Objectif
: effectuer la corrélation entre la mortalité observée et les pratiques
de désinsectisation qui ont été mises en œuvre.
Bernadette Faget dans La DDM.
La biodiversité à visage humain
Bruno Besche-Commenge, le linguiste, théoricien des ultrapastoraux, dans son "Montagnes : l’histoire oubliée d’une biodiversité à visage humain" plaide pour le pastoralisme de montagne et ses bienfaits pour l'homme et sur la biodiversité.
Bruno Besche-Commenge : "En montagne comme partout, l’homme est à la fois élément et acteur de biodiversité. Mais loin d’en être ce parasite que certains extrémistes jugeraient presque en trop (...), il y est un créateur, très souvent ignoré. (...)"
"La montagne produit des formes spécifiques d’agriculture et d’élevage, ce faisant, elle génère ce que la terminologie officielle appelle externalités positives : paysages; entretien des espaces par le pâturage: il évite l’embroussaillement, les risques d’incendie, mais assure aussi la richesse d’une flore qui nous semble naturelle uniquement parce qu’elle est devenue la nature que nous aimons; milieu ouvert enfin pour les randonnées familiales ou sportives, etc. (...)"
"Les systèmes traditionnels de pâturage sur les hauts plateaux et la gestion durable de la terre arable et des forêts dans les montagnes ont conduit à l’établissement d’une riche faune et flore et à l’amélioration des services rendus par les écosystèmes. (...) Mais l’on découvre aujourd’hui, que cette activité (NDLB: l’élevage extensif et le pastoralisme) est essentielle (...) par leurs conséquences positives sur la biodiversité des écosystèmes de montagne, et tout ce que le pastoralisme apporte aux autres usagers que sont touristes, randonneurs, urbains en général: notamment maintenir ouverts, accessibles, accueillants, des milieux qui, sans cela, deviendraient impénétrables, des déserts d’hommes. Ce sont les externalités positives."
Le déclin des populations d’abeilles et ses conséquences
La grande majorité des espèces végétales dans le monde, notamment celles qui produisent les fruits et légumes qui servent de base à notre alimentation, comptent sur les insectes pour se reproduire.
Les conséquences de la disparition des abeilles pourraient être catastrophiques. En effet, la reproduction de plus de 80 % des espèces végétales dans le monde dépend directement des insectes pollinisateurs (principalement des abeilles et dans une moindre mesure des guêpes, papillons, mouches…). Les abeilles assurent donc la survie de ces espèces et de tout le cortège de vie sauvage qui leur est associé (oiseaux, rongeurs, mammifères…).
Plus précisément, la plupart des cultures fruitières (pommes, cerises, fraises…), légumières (courgettes, tomates, poivrons, choux…), oléagineuses (colza, tournesol) ou protéagineuses (féverole) dépendent des abeilles pour se reproduire. Rapportée au tonnage, c’est 35 % de la production mondiale de nourriture qui est menacée par la raréfaction des abeilles.
Notes complémentaires
Les commentaires récents