Jean Lassalle chante à l'assemblée nationale

Le 3 juin 2003, le député Jean Lassalle, fraîchement élu de la quatrième circonscription des Pyrénées-Atlantiques se lève de son siège alors que Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, s'apprête à prendre la parole. Il veut protester contre la fermeture d’une brigade de gendarmerie sur la route qui mène au tunnel du Somport. Mais c'est son mode de protestation qui va rester dans les mémoires : Jean Lassalle chante Se Canto, l'hymne Occitan.

Un député béarnais teste l'acoustique de l'hémicycle

4 juin 2003, l'UDF Jean Lassalle a entonné un chant local en pleine séance.

Jean Lassalle chante Se Canto à l'assemblée nationaleEt soudain, du haut de la travée UDF, une voix, grave et sonore, est montée. «Si quanti io que quanti quanti pasterio...» Aqueros mountanos, une mélodie béarnaise, qui rappellera des souvenirs de colo. Au perchoir, Jean-Louis Debré, le président de l'Assemblée nationale, est devenu cramoisi : «Asseyez-vous ! Veuillez cesser ! Asseyez-vous !» Jean Lassalle, député centriste des Pyrénées-Atlantiques, a continué une bonne minute, debout, droit comme un i, ému. Quand Debré a menacé d'envoyer un huissier, il s'est tu.

«J'ai été berger, mon frère est berger, mon père était berger.» Elu de la cuvée 2002, Jean Lassalle était un discret. «Comment il s'appelle, lui ?», a demandé Debré en se tournant vers ses administrateurs. Désormais, son visage sera connu. Une vraie gueule des cimes : front saillant, sourcils épais, regard perdu dans le lointain. Et un sacré culot, qui a pris de court Sarkozy.

«Humiliant». Car c'est avec le ministre de l'Intérieur que le député avait une affaire à régler. Une affaire de gendarmes. Et de gendarmettes. Pour surveiller le tunnel du Somport, situé sur sa circonscription, on lui avait promis 25 gendarmes. Les pandores sont venus, mais se sont installés 50 kilomètres plus bas dans la vallée. Motif : les épouses n'auraient pas supporté l'ennui d'un casernement aussi reculé. De quoi énerver le berger : «C'est humiliant. Cela veut dire qu'il y a des zones de non-vie.»

Hier, le différend est devenu public, en chanson. Nicolas Sarkozy s'apprêtait à répondre sur la décentralisation dans l'Education  sa première intervention dans l'hémicycle sur ce sujet, qui traduit une nouvelle fois sa prééminence au sein du gouvernement. Mais Jean Lassalle s'est levé et s'est mis à chanter. Le ministre a dû se taire, ce qui n'est pas son fort. La gauche a ri et François Bayrou, patron de l'UDF, un «pays», assis trois rangs devant, l'a félicité : «C'est couillu !» Et a déclaré à la sortie : «C'est une manière nouvelle de faire passer des messages politiques.»

Huile sur le feu. C'est que les députés ont apprécié le coup d'éclat en experts. Eric Besson (PS) : «Une star est née.» Noël Mamère (Verts) : «Je le connais bien, il défendait le tunnel du Somport quand on se battait contre sa construction. Mais c'est bien, ce qu'il a fait. C'est couillu !» Décidément... Au fait, s'est étonné le même Mamère, «il n'est pas venu salle des Quatre-Colonnes ?» Les Quatre-Colonnes, c'est là où les députés viennent faire leur numéro devant les micros. Lasalle fuirait-il les médias ? Pas vraiment : à son arrivée, ruée des caméras et explications de l'élu qui met de l'huile sur le feu. «Je voulais dire aussi que, quand on parle de décentralisation, moi, je n'y comprends rien.» Rechante pour les télévisions. «Tu vas l'avoir, ta caserne», a lancé André Santini au député-berger, étoile d'un jour.

AESCHIMANN Eric


 

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