Farid Benhammou : L’ours en Béarn, chronique d’une disparition annoncée ou le bilan de Lasalle et de l'IPHB

Des millions d’euros de fonds publics ont été dépensés sans qu’on ait été capable de garantir un refuge minimum viable aux derniers ours pyrénéens condamnés à la disparition sans renforcement de la population.

Michel Barnier est venu à l'été 1993 proposer aux acteurs locaux béarnais de substituer au "Plan Ours" gouvernemental de ses prédécesseurs (notamment les réserves "Lalonde"), un dispositif imaginé par H. Ollagnon (H. Ollagnon était alors contractuel au sein du Ministère de l’Agriculture. Il est devenu enseignant à l’Institut Agronomique Paris-Grignon par la suite ) pour décentraliser ces responsabilités aux élus locaux selon le principe "le contrat plutôt que la contrainte" dont il serait temps, dix ans après, de juger de l'efficacité.

Cette année-là, le FIEP "Groupe Ours" (membre de FNE et partenaire de WWF) publiait les résultats des observations du Réseau Ours Brun. Il était constaté la présence d'au moins 7 ours d'origine locale sur le Haut-Béarn et les communes d'Hecho, Anso et Roncal en Espagne.
Parmi ces ours il y avait au moins trois femelles avérées :

  • Lagaffe ou Pestoune, ourse à problème identifiée, qui n'est plus retrouvée dans les suivis après 1993.
  • Claude, tirée par des chasseurs à l'automne 1994 à Borce
  • Cannelle, toujours présente en 2003.

Après dix ans de palabres et des millions dépensés (le ministère de l'environnement y a englouti, à lui seul, plus de trois millions et demi d'euros), le Président Lassalle affirmait devant soixante personnes le 12 novembre 2003, en conclusion des négociations pour un nouveau "contrat de programme" entre l'Etat et les collectivités locales, "la nécessité de réaliser un nouvel état des lieux partagé de la population ursine avant de prendre des décisions."

Or, malgré trois naissances d'oursons avérées en 1995, 1998 et 2000, le FIEP publie en décembre 2003 le constat qu'il n'y aurait plus que cinq ours dans les Pyrénées occidentales :

  • en Espagne : Camille, un vieux mâle qui est passé en Espagne après la mort de Claude avec laquelle il était précédemment repéré à l'ouest du Gave d'Aspe.
  • en Hautes-Pyrénées : un mâle d'origine béarnaise nommé "Luz" en attente d'identification plus précise.
  • quelque part (ou mort !) : Papillon, le très vieux mâle dont il n'a été retrouvé que quelques possibles traces.
    (depuis : Papillon a été retrouvé mort en juillet 2004 - Les résultats de l’autopsie de Papillon ont confirmé que le plus célèbre ours pyrénéen est mort de vieillesse. Son âge a été estimé à 28-29 ans (analyse d’une prémolaire) ; la cataracte de l’œil gauche et les dents très usées témoignaient également de son grand âge. C’est une insuffisance rénale chronique qui a entraîné sa mort.)
  • en haut Béarn : Cannelle, la dernière femelle, et Néré, un grand mâle issu de la réintroduction en Pyrénées centrales.

Le 22 avril 2004, l'ours présent en Hautes-Pyrénées a été capturé et relâché avec un émetteur radio. Il s'agit de l'ours Papillon, alias "Luz", maintenant définitivement identifié.

Alors que les palabres continuent de plus bel dans le haut Béarn, avec pour objet les méthodes de dénombrement, les résultats d'analyses génétiques, la multiplication des poses d'appareils pirates de photographie automatique, et la réaffirmation de la nécessité d'une approche "patrimoniale", et bien d'autres évidentes priorités avant de prendre des décisions, il s'avère que selon les publications du FIEP, le nombre d'ours autochtones encore présents dans le haut Béarn était de un (la femelle Cannelle), et qu'il y en a un autre, ni prévu, ni espéré, ni accepté par tous (c'est le moins qu'on puisse dire), le mâle Néré, de souche Slovène.

Papillon, le grand mâle pyrénéen, s’est éteint quant à lui en juillet 2004 dans les Hautes-Pyrénées.

Ourse_cannelleLueur infime d’espoir, fin août 2004, on apprend qu’un ourson (métis) est né de l’union de Cannelle et de Néré.

Le 1er novembre, 2004, catastrophe, lors d’une battue aux sangliers, Cannelle, la dernière femelle pyrénéenne est abattue, acculée par des chasseurs qui avaient pourtant été informés de sa présence sur le secteur avec son ourson. A peine sevré, seul, sa survie est compromise.

Farid Benhammou - décembre 2004
Géographe, ENGREF – IRD – Paris 1
Paru  dans : Benhammou F. et al. (eds), 2004. “ La cohabitation Hommes / Grands Prédateurs en France (Ours et Loup) : enjeux didactiques pour la conservation de la nature et le développement durable? ” Actes du colloque du 21 et 22 mars 2204 Muséum d’Orléans, Recherche Naturaliste n° 14, décembre 2004.

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