Premières réactions au permis de tir de loups

Deux semaines seulement après son arrivée au ministère de l'Ecologie, Nelly Olin a pris le risque de relancer la "guerre du loup" en venant au secours des éleveurs de brebis, victimes d'attaques de ce prédateur, une décision déjà critiquée par les écologistes.

Le nombre de loups pouvant être abattus en cas d'attaques contre les troupeaux dans les 9 départements du massif alpin est porté de 4 à 6, stipule un arrêté ministériel paru samedi au Journal officiel. "J'ai voulu prendre le dossier à bras le corps, sans tarder", a commenté la ministre, dont c'est la première décision publique à ce poste, dans une interview publiée samedi par Le Parisien/Aujourd'hui en France.

"Laisser la situation en l'état, cela ne serait pas gérable (...)", a ajouté la ministre, faisant état d'une augmentation de 15% des attaques contre les troupeaux entre 2003 et 2004.

Les conditions dans lesquelles les bergers pourront effectuer ces tirs sont "strictement encadrées" (permis de chasse, autorisation du préfet, plus de trois attaques successives en trois semaines), tandis que les indemnisations accordées aux éleveurs seront augmentées en moyenne de 80% et les procédures facilitées.

Ces "prélèvements" ne mettent "pas en danger la préservation de l'espèce", assure Mme Olin, soulignant qu'ils touchent moins de 10% d'une population estimée entre 70 et 90 individus. La population de loups dans les Alpes est en fait constituée de deux sous-groupes d'une quarantaine d'individus chacun, indique-t-on au ministère de l'Ecologie: un premier installé dans des zones de présence permanente, et un deuxième sous-ensemble d'animaux beaucoup plus dispersés, qui partent à la conquête de territoires pour fonder des meutes.

L'espèce a été observée dans 16 zones de présence permanente, soit une progression géographique de 20% et démographique de 15 à 20% depuis l'an dernier, ajoute-t-on de même source. S'il n'y a pas d'autre solution satisfaisante, le "prélèvement" s'impose, en essayant de le répartir entre les populations bien installées et sédentarisées à hauteur de 10% et celles en phase de colonisation, plus fragiles (5%), selon cette même source.

La décision du gouvernement a été immédiatement saluée par l'un des principaux avocats des éleveurs à l'Assemblée nationale: "passer de quatre à six loups, c'est bien, même si les éleveurs en voulaient sept. C'est ce que nous avons souhaité", a estimé le député (UMP) des Alpes-de-Haute-Provence, Daniel Spagnou. "C'est la première fois qu'un ministre de l'Ecologie a le courage d'aller aussi loin", ajoute-t-il.

Les écologistes accusent en revanche la nouvelle ministre de vouloir à tout prix donner des gages aux éleveurs. "Il n'y a rien sur l'obligation de protection des troupeaux, or la clé est là: au lieu d'insister sur la prévention des attaques, on insiste sur les tirs de régulation", a déclaré à l'AFP Jean-David Abel, de France nature environnement (FNE), la plus importante association écologiste française. "C'est une solution en dernier recours, pas une solution pour la protection des troupeaux", ajoute-t-il, sans contester toutefois les chiffres donnés par Mme Olin sur la progression du nombre de loups. "Ca reste une population fragile, avec sept meutes reproductrices seulement, dont cinq transfrontalières", précise-t-il. " A ce stade, faciliter les tirs est une erreur", résume la fédération écologiste.

Commentaires