Quelles sont les moyens de protection mis à disposition des éleveurs pour protéger leurs troupeaux ?

Interview de Robert WOJCIECHOWSKI par Christophe CORET, président de l’association AVES FRANCE.

AVES FRANCE : - Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter ?
Robert WOJCIECHOWSKI : Je suis technicien agricole, paysagiste et depuis 1994, j’étudie et installe des systèmes de contention, et (ou) de protection à la demande du secteur agricole. J’habite dans les Pyrénées Atlantiques, aux portes de la vallée d’Aspe.

- Vous connaissez bien la problématique liée à la cohabitation entre les grands prédateurs et l’élevage de haute montagne ; d’après vous, cette cohabitation est-elle possible ?
La cohabitation entre les grands prédateurs pourrait être possible. C’est une question d’acceptation et de volonté voir de sensibilisation. Je n’étais pas un fan des ours ou autres prédateurs. Au cours de mes travaux, j’ai appris à connaître, à accepter et à respecter l’animal. Je ne suis pas éleveur et je comprends la rage de voir les pertes occasionnées par le loup ou l’ours. Que dire ? Que, peut-être le prédateur vient questionner les techniques actuelles d’élevage... qu’une remise en question serait peut être nécessaire au regard de notre société et de ses orientations.

- Si oui, comment ?
Les mesures d’accompagnement : chiens de protection, emploi de bergers et regroupement nocturne sont efficaces si elles sont correctement employées et acceptées. Cette trilogie semble répondre à la problématique. Mais il ne faut pas s’attendre à 100% de dégâts en moins. De plus, ce qui est adapté aux périodes d’estives, car on parle souvent plus de dégâts l’été, ne saurait s’appliquer aux zones intermédiaires, voir aux exploitations. La contrainte est plus grande sur les lieux même de production. Difficulté de clore, parcellement, mais aussi partage du territoire (et des idées) avec les autres usagers de l’espace : promeneurs, chasseurs, vttiste... En tant que professionnel, il m’est plus facile de « protéger » un troupeau en estive qu’une exploitation dans son intégralité.

- Avez-vous déjà mis en place des moyens de protection des troupeaux ? Quels outils sont à la disposition des éleveurs et sont-ils vraiment efficaces ?
Je ne suis ni formateur de bergers, ni dresseur de chiens, je laisse donc aux personnes compétentes le soin de répondre à la partie les concernant. Par contre pour ce qui est des équipements de protection, dont les clôtures, j’y réponds pour en avoir conçu et testé leur efficacité. Sur tous les parcs posés, avec présence ou non de bergers ou de chiens, aucun incident à ce jour n’est à déplorer.

Il s’entend que le parc de protection est un lieu de regroupement pour la nuit, pour l’intégralité du troupeau. Ce parc n’est pas un système de contention ordinaire pour le bétail mais bien un matériel fait pour empêcher toute intrusion. C’est une unité composée de clôtures et portes électriques pouvant être reliés à un système d’alarme visuel ou sonore. Les incidents enregistrés peuvent aussi être envoyés via un téléphone portable. Il est curieux de constater l’emploi de filets électrifiables dans les Alpes contre le loup. Ce matériel est peu conducteur, laisse de nombreux passages et je le considère dangereux pour le bétail en cas d’affolement. C’est pourtant une mesure financée dans le cadre du PDRN. Pour ce qui est des ours, le ministère de l’Environnement déconseille leurs emplois au profit d’un système multi-fils. Je serai curieux de connaître le cahier des charges d’un parc de protection.

- Combien coûte la mise en place de ces protections ? Existe-t-il de subventions pour les éleveurs ?
Techniquement, j’ai considérablement modifié la conception du parc, à la demande des usagers, en fonction de la topographie, des bêtes à contenir et des prédateurs à éloigner. J’ai construit des parcs lourds, fixes en haute montagne. Inabordable en prix pour l’éleveur et techniquement « pas simple ». Les coûts sont supportés par la société, l’éleveur ne paie pas un parc. Cela ne veut pas dire qu’il faille construire des murs en haute montagne. Le dernier parc installé en zone fréquentée par l’ours, en Navarre espagnole a coûté 1/5 de celui réalisé en 1994. Par contre je m’applique à ce que les représentants de l’Etat (financiers) et utilisateurs soient présents lors de la pose de la structure. S’approprier le système est un gage de réussite. Il m’est arrivé aussi d’intégrer des chasseurs, des randonneurs dans l’équipe de pose. L’acceptation et la compréhension du pourquoi, du comment est affaire de tous.

- Cette prévention protège-t-elle le troupeau seulement contre les attaques dues aux grands prédateurs ?
Tout dépend du degré d’efficacité demandé. Et il est bien entendu que le parc prévient aussi des attaques de chiens. Le parc a surtout l’avantage de donner un sommeil réparateur au berger. Bon nombre se lèvent au moindre bruit, aboiement des chiens... Le parc est une sécurité supplémentaire. Le regroupement est bénéfique : les éleveurs, bergers l’ayant adopté, y voient un outil de travail. Regrouper les bêtes, c’est y être, c’est les regarder, les toucher, les compter, c’est prévoir et aussi mieux gérer son alpage.

- Et pour les ruchers, les solutions sont-elles les mêmes ?
Autant il est difficile de prévoir les déplacements d’un troupeau, autant il est aisé d’anticiper celui des abeilles. Clore un rucher est travail aisé. On peut se permettre de réaliser des enclos là où il serait impossible de le concevoir pour des brebis (falaises par ex). Etant un élément fixe, je reste surpris que des attaques avec destructions de ruchers puissent encore avoir lieu. De plus, puisque nous parlons miel, disons bien qu’il soit plus facile de détourner un ours plutôt qu’un loup...

- Ces moyens de protection sont-ils suffisants ou est-il toujours indispensable d’avoir également des chiens de protection et la présence d’un berger ?
Si on se contente du résultat, oui ! En matière de sécurité routière, les choses ont évoluées, on réglemente, on conçoit des véhicules différents, on s’adapte aux comportements des gens. Je pense qu’il devrait être de même avec les moyens offerts pour la protection des troupeaux. Ensuite, on se fait fort de vouloir réunir le chien, l’homme et le parc, OK. J’ai des exemples où, il n’y a pas de chiens et pas de garde de jour et regroupement pour la nuit, d’autres où le parc est absent mais par contre veillent chiens et hommes. Il faut aussi savoir adapter les mesures de protection à la conduite d’élevage et à l’éleveur en place.

- Quel accueil recevez-vous lorsque vous proposez vos services en France ?
Je suis un indépendant, je ne suis pas rattaché à une administration ni ne travaille pour un fournisseur. Il semble difficile pour les administrations ayant en charge la problématique des prédateurs d’accepter les conseils d’un tiers. Sur l’ensemble de la chaîne des Pyrénées et dans le cadre de la future réintroduction d’ourses, j’ai informé les différentes structures de mes travaux. Cela entend envoyer des Mails, et un dossier de présentation aux politiques, administrations de l’Etat (PNP, DDA, DIREN, ONCFS) mais aussi associations écologistes. Il semble que les politiques aient plus à cœur la recherche d’électeurs, que les « écolos » soient eux en recherche d’adhérents. La réalité est que peu de personnes soient en recherche ou en études sur les moyens à mettre en œuvre afin de réduire les conflits entre hommes et prédateurs.

Les seules représentations m’ayant reçu sont celles des Pyrénées Atlantiques (DDA, DIREN Aquitaine, Conseil Général) à qui j’ai présenté les maquettes d’un parc et divers modules techniques de contrôle. Le parc est malgré tout mal perçu, c’est une barrière. Je rétorque que si je ferme un espace (restreint) c’est justement pour mieux l’ouvrir...On perçoit aussi une difficulté de s’approprier la technique, ce à quoi je propose des accompagnements lors de la mise en place, si nécessaire la formation d’agents. Je fournis à la demande un suivi régulier au fur et à mesure des modifications à mettre en place ou en fonction de la venus sur le marché d’un matériel nouveau.

- Et chez nos voisins (Canada, Espagne, Suisse, Italie...), les mentalités sont-elles différentes ?
Mes suggestions trouvent écoute chez nos voisins espagnols de Navarre. J’ai reçu des encouragements des services agricoles américains ainsi que, directement, du ministère de l’environnement d’Ontario. Les Suisses m’ont reçu chez eux. Par contre, vis à vis de l’Italie, par difficulté de langue, je n’ai pas de contact suivi. Je ne vais pas dire que tout est mieux ailleurs. Peut-être que oui mais la problématique est différente suivant les espèces, les massifs et la volonté de faire. Les pays cités ont toujours vécu avec des prédateurs, nous, nous devons réapprendre cette cohabitation. Au regard des expériences disons que j’échange plus à l’étranger, mais comme me disent beaucoup, nul n’est prophète dans son pays...

Les clôtures ne sont pas le seul et ultime recours. On peut très bien envisager d’autres techniques : des loups ont été tenus à distance pendant plus de 6 semaines par un simple fil, des flashs lumineux réduisent la prédation des coyotes, des mannequins articulés sont expérimentés, des répulsifs testés... Je suis convaincu que la communication, le partage de l’information, des connaissances sont gages de réussites pour une réduction des conflits hommes /prédateurs.

- D’autres précisions ?
J’ai une étude sur les parcs au sein de l’IPHB qui, avec le Centre départemental Ovin m’ont confié en 97 la mise en place des premiers parcs. Une autre qui a été censurée sur leur fiabilité durant l’été 2003. Et si vous voulez parler de techniques et aborder un cahier des charges ...

- D’autre part, vous parlez du manque d’études sur les moyens de protection. D’après vous, qui serait habilité pour faire ce genre de recherches ?
Je prends en référence le modèle suisse Kora. Pourquoi une association ne participerait-elle pas conjointement avec les services de l’Etat à la recherche de solutions et à la diffusion de l’information ? Reste la question du budget... Les agents de l’oncfs pensent que l’éleveur maîtrise les systèmes de clôtures et peut donc transposer ses savoirs en estive. C’est un constat rapide. Actuellement pour le loup, l’administration fait appel à un constructeur de clôtures électriques afin de construire un parc nouveau. Je les ai reçus il y a 10 jours. Leur but est de vendre du matériel donc faire du métrage de fils sans recherche d’intégration paysagère ou sans réflexion quant à la transposition future en d’autres lieux de l’équipement... La DDA me dit être présente pour faire appliquer les textes venant du ministère et non pur faire remonter les infos, etc....Une prise de position s’impose.

Interview : Christophe CORET
Président de l’association AVES FRANCE - 134 rue du renard - 76000 ROUEN - Tél.: 02.76.00.44.23 -
Robert WOJCIECHOWSKI Clôtures - Applications sur l’Environnement - 16, rue du Binet - 64400 AGNOS - Tél / fax : 05 59 39 49 41 www.compagnie-des-jardins.fr

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