La chasse: quel beau sport

Le journal suisse "Le temps" nous pond ici un article vraiment ahurissant. Pour une telle oeuvre d'art, j'ai beaucoup de plaisir à recopier le texte, sans payer les droits d'auteur. Je veux bien même passer une nuit au poste, à raconter cette histoire: j'ai de quoi me marrer toute la nuit. Pas avec les gardiens suisse, un gardien suisse, celà ne rigole pas ! J'ai dû payer 500 Euros pour avoir été flashé à 127 km/h au lieu de 120. J'étais sur la bande de droite, dépassé par plein de suisses. Mais ce qui les intéressait, c'était ma plaque belge! Mais c'est une autre histoire. Grâce à cela, j'ai été dépenser mon salaire en France pendant 4 ans et plus dans le Valais! Histoire qu'il y aie une justice!

Le texte original et intégral est en noir, le bleu est de Romuald. Les titres sont de la feuille de chou helvète aussi. Un grand moment d'entologie. Cela commence ici: accrochez vous! C'est parti !

Safari mexicain dans les Alpes

Tous les ans, une cinquantaine de chasseurs venus de l'étranger, ou de cantons voisins, déboursent entre 8 000 et 15 000 francs suisses pour avoir le privilège de tirer un bouquetin parmi les plus âgés. (Chiffre d'affaires 575.000 CHF)
   
«Ne te fais pas de souci, mon pote, tu seras très bien à Mexico.» Gustavo Ayala murmure à l'oreille du bouquetin qu'il vient d'abattre. Une seule balle aura suffi, tirée depuis un rocher de l'arête du Bel-Oiseau, au-dessus du lac d'Emosson. Le chasseur mexicain essuie la bouche de l'animal, un mâle de 12 ans, et enfonce dans ses naseaux des mouchoirs en papier pour éviter tout écoulement de sang. Faut protéger le trophée qui ira dans le salon de l'hacienda.

La loterie aux trophées

La traque avait commencé deux jours plus tôt, sur les hauteurs d'un autre lac, celui de Tanay, en compagnie d'un garde-chasse responsable d'un secteur allant du lac Léman à la cascade de la Pissevache. Ayala fait partie de ces chasseurs, une cinquantaine par année, qui viennent du monde entier ou d'autres cantons tirer un bouquetin en Valais, moyennant une somme comprise entre 8 000 et 15 000 francs suisses suivant la longueur des cornes.

Cette opération commerciale a également un but régulateur: «Il s'agit de stabiliser la population des bouquetins, en constante augmentation, et d'équilibrer la pyramide des âges, selon un plan de tir agréé par l'Office fédéral de l'environnement».

Les chasseurs valaisans ont droit, par un système de loterie, à tirer 200 bouquetins par année, toutes catégories confondues, les trophées des vieux mâles de plus de 11 ans étant cependant réservés à ces chasseurs de l'extérieur, souvent fortunés.

Passion pour le bouquetin

Gustavo Ayala, lui, n'est pas vraiment un homme riche. Ingénieur en électronique à Mexico City, il a économisé sou après sou pendant une année pour se payer son bouquetin. «Ma femme ne sait pas combien ça me coûte et, si elle savait, elle me tuerait.»  Si elle savait, elle tu tuerais ou te ferais tuer par un chasseur valaisan où plus con encore, qui paierais ton trophée en fonction de la grosseurs de tes... oreilles; oreilles voyons!

Ayala appartient à une association internationale de chasseurs spécialisés dans les mouflons et les 14 espèces de bouquetins recensées de par le monde. Il est allé tirer des animaux en Chine, en Mongolie, en Alaska, en Colombie-Britannique.

La chasse, explique-t-il, il l'a «dans le sang»: c'est en faisant une fugue à l'âge de 14 ans qu'il braconne son premier animal, un cervidé local. Il rapporte la tête et la peau. Commentaire paternel: «C'est quoi cette merde? Fous-moi loin tout ça.»  Pas con le père, cela ne doit pas être génétique, pour lui.

Rien à faire: depuis, tout son temps et son argent y passent. Pour pouvoir lire les revues internationales de chasse, Gustavo apprend l'anglais. «C'est la seule chose de bonne que la chasse t'ait apportée», lui a dit son père. C'est vrai quoi, tout le monde sait que la chasse est le meilleur moyen d'apprendre l'anglais. My hunter is rich. La connerie est internationallement répendue et monnayable. Celà soulage.

La découverte du Valais

Le bouquetin, version alpine, il a fait sa connaissance il y a cinq ans, chez un ami, tombant en arrêt devant un trophée. Après s'être renseigné, il lui est vite apparu que seul le Valais offrait la possibilité de le chasser à un prix comparativement raisonnable. Celà m'étonne, il va faloir augmenter pour remplir le caisse des bourgeois. En général, rien n'est vraiment bon marché en Suisse. Le chasseur mexicain submerge alors le Service valaisan de la chasse de téléphones, fax et autres mails, car la liste d'attente est longue. «Je mettais mon réveil à 2 heures du matin, pour les avoir au bout du fil à la première heure en Suisse.»

Supplice et martyre

Gustavo Ayala aime expliquer ce qu'il a appris au cours de ses différents voyages. En Mongolie, par exemple, les chasseurs lui ont fait la démonstration de l'excellente vue des bouquetins: «Ils lui ont enlevé un œil, puis retiré le cristallin, qu'ils ont posé sur une lame de couteau. On remarquait bien que ça fonctionnait comme une puissante loupe.» Et puis ils ont relaché le bouquetin. Il n'aura qu'à se débroullier.

Lors de la première journée de chasse, il sue pourtant, souffre et peine à hisser ses 110 kilos sur les hauteurs. Tu manges trop Gustavo. C'est pas bon pour ton coeur. Le 4X4 ne passe pas partout et j'ai sâli le bas de mon pantalon et mes nouvelles chaussures achetées à Londres avant de venir en Suisse. Mais ce n'est pas grave. J'en ai une autre paire dans le jet, à Geneve. Je passerais la prendre après être passé à la banque. Pire, il y a des bouquetins partout, mais aucun qui corresponde au profil autorisé. La traque s'apparente alors au supplice de Tantale. «Ils sont incroyablement beaux, j'adore ces animaux.» J'ai les doigts qui me chatouillaient. Alors pour me défouler et pour amoindrir la douleur, j'ai tiré une marmotte à 5m, pauvre bête, il n'en restait rien! Mais le chien à bouffé les restes et un vautour qui passait par là. On a les mêmes chez nous, alors je me suis dit que ces salles bêtes, il y en avait partout. Joli doublé : une marmotte et un vautour !

Pourquoi, alors, tuer ce qu'on admire tant? La réponse fuse, très mexicaine: «La mort d'un animal, c'est un peu chaque fois comme la passion du Christ. Qui se souviendrait du Christ sans la mort qu'il a connue? On tue un animal pour le garder près de soi, pour toujours.» La maison de Gustavo Ayala, à Mexico, abrite près de 80 trophées ou animaux entiers, naturalisés. Mystique le mec! Le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas. J'en reste abassourdi! Que répondre à des arguments pareils? A quoi celà sert un bouquetin (refrain connu: remplacer mexicain par n'importe quel adjectif géographique) et vous obtenez le discours de n'importe quel mauvais chasseur français. Des malades, c'est des malades ma parole!

La deuxième journée sera encore plus épuisante. Après trois heures de marche... (celà fait bien Trois ans qu'il n'avait pas marché trois heures de suite, alors vous penser trois heures en une fois, et en montagne en plus, même pas en plaine comme pour les canards) il faut bien constater, au col du Bel-Oiseau, que les bouquetins attendus ne sont pas au rendez-vous. (Manquais plus que celà : ils ne nous attendent pas. Vraiment des salles bêtes. Je comprend que les suisses cherchent à s'en débarasser !) Ne reste plus qu'à longer l'arête: un troupeau est censé y avoir ses quartiers, tout à l'autre bout, au lieu-dit Fontanabran, mais la progression, dans la caillasse, est difficile, surtout à une allure mexicaine ( L'allure mexicaine, c'est trois pas et puis une gorgée de Tequila, notre Armagnac à nous).

La tremblote du tireur

Trois heures, c'est beaucoup de trois pas, alors la tremblotte, vous comprenez. En tous cas les chasseurs français comprennent eux. Le garde-chasse Dubois (normal comme nom pour un garde chasse) et son auxiliaire, un vétéran (du Vietnam ?) de 70 ans aux 39 permis, (38 fois qu'on lui a retiré son permis pour alcoolémie du samedi après-midi) sont pessimistes: «A ce rythme on n'y arrivera pas avant la fin de la journée». (Il y un rencard à l'hotel - après la banque - pour tirer un coup?)

Mais soudain, un ixième coup de jumelle révèle la présence en contrebas d'une dizaine de mâles ( 5 sans alcool ) , parmi lesquels un individu de 12 ans (Piotr, le fils d'un plombier polonais sans doute) . La distance est évaluée grâce au télémètre de Gustavo: 180 mètres. Le GPS calcule l'angle de tir. Le porteur charge le fusil. Gustavo lui calcule combien de fois il peut encore faire trois pas avant de devoir téléphoner pour l'hélicoptère, pour un dépannage en Tequila.

Le garde-chasse interroge le chasseur: «Tu peux tirer à cette distance?» Ayala affirme qu'il n'y a aucun problème si on le soutiens un peu et si on lui tiens la flasque et le fusil. Dubois est dubitatif. Il a connu quelques déboires avec certains clients: «Ils se prétendent tous les meilleurs tireurs du monde. Mais dès qu'ils voient le bouquetin, ils se mettent à trembler d'émotion, ils doivent s'y reprendre à plusieurs reprises pour atteindre la cible.» Et les valaisans qui tiennent le bouquetin n'aiment pas beaucoup ce genre de chasseur. Je peux les comprendre.

«Moi je ne tremble qu'après le tir», rétorque sobrement le pistolero mexicain. Avant d'ajouter: «Tout ce voyage, tous ces efforts, voilà, c'est seulement pour les deux minutes qui vont venir.» C'est comme pour le coup que tu vas essayer de tirer à l'hôtel, après la banque, n'oublie pas! La chasse c'est orgasmique.

«Un coup magnifique»

Deux minutes qui dureront en fait deux heures. Gustavo s'est allongé pour dormir un peu, histoire de moins trembler. Ceux qui tiennent le fauve ne sont pas content! il tient le bouquetin dans son viseur. Le garde-chasse est à ses côtés (du bouquetin !), où il a installé un télescope: on voit la cible couchée au milieu de trois congénères. (Trois autres mexicains qui ronflent ! Vous ne suivez plus? Moi non plus ! C'est Dallas ce truc, quel suspense !) On ne tire habituellement pas sur un animal couché. Il faut attendre.

Le garde-chasse glisse une balle dans sa propre carabine. On ne sait jamais. S'il tue un des bourgeois qui tiens le veau (c'est pas un bouquetin, c'est un veau déguisé), je le descend ce mexicain! Un étranger en plus. Même pas de Sion le mec. Gustavo, lui, sait. Il lui demande de retirer la balle: «Philippe, si tu tires, c'est toi qui paies.» Dubois fera juste semblant d'obéir.

Deux heures donc à tenir l'animal en joue, sans bouger. Jusqu'à ce que la situation se décante. L'animal s'est levé. Des courbatures avec les liens qui lui tiennent les pattes. Ayala soudain fait feu. Dans son télescope, seul le garde-chasse a pu constater la réussite du coup: «Il est mort, je l'ai vu rouler, j'ai vu les poils s'écarter au moment de l'impact, un coup magnifique, très difficile, bravo.» Là, je reste sans voix.

L'écorchement

C'est alors que le vétéran va se révéler être l'homme de la situation: il s'agit en effet maintenant de dépouiller et de dépecer l'animal, opération compliquée encore par le fait que Gustavo Ayala veuille emporter avec lui non seulement le trophée, mais la peau, pour naturaliser son bouquetin en entier. D'ailleurs il voulait téléphoner à l'hélicoptère et voulais commander un jet pour congeler le fauve et l'expédier à l'hacienda (après le passage à la banque pour les coupons et le petit coup du soir). Le vétaran a bousillé le téléphone d'un coup de piolet, accidentellemnet, bien sur.

Or, le vétaran n'est pas que chasseur, il est aussi maître boucher et taxidermiste. Le client est sur place, pratique ! Y'a plus qu'à le plumer ! Il regrette seulement de ne pas avoir de crochets pour lever la bête: «Avec des crochets, je lui enlève la peau d'un coup, comme le pyjama à la femme.» Et les mergues, je les fabrique dans la foulée. C'est cela le métier. En Suisse, on est de vrais pros !

Le lendemain, c'est lui qui, à son domicile martignerain, lavera la peau et fera bouillir la tête. Ah, la bonne petite soupelette de tête! Pour l'heure, à pleines mains, il sort les intestins, qu'il jette en contrebas pour le plus grand délice du renard, du gypaète (T'as pas l'air d'un spécialiste toi, mon journaliste, malgré ta belle carte de presse suisse, il n'y a pas d'os dans les intestins ! Tu me suis? Non? Laisse tomber) du grand corbeau, de l'aigle royal, du chocard.

Epreuves d'amour

Gustavo s'étonne: «Il ne sent pas. Celui que j'ai tiré en Mongolie avait une odeur épouvantable.» Quatres jours que la dépouille du veau était transpercée par deux piquets pour qu'il aie l'air de tenir droit. Heureusement, il y a avait du brouillard. «C'est parce qu'il était en période de rut», explique le garde. «Les bouquetins sont en rut à fin décembre, c'est leur cadeau Noël, et dès novembre ils sentent très fort.»  Comme les mexicains en rut quoi, du moins j'imagine Gustavo ce soir.

Gustavo Ayala est reparti, il y a deux jours, pour Mexico City, avec sa carabine, son trophée et la peau de l'animal. Face aux reproches probables de sa femme quant aux côtés légèrement envahissants d'une telle passion, il a une réponse prête, toujours la même: «Je te souhaite de trouver dans la vie quelque chose que tu aimes autant que j'aime la chasse.»

Laurent Nicolet
Source: le temps

Bon je vous laisse, je vais vomir.

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