Ours bruns en Italie : Amour infini et furie sauvage

Lundi 20 mars 2006 par Professor Franco TASSI.
Communiqué de Comitato Parchi paru sous le titre "Ours en Italie : Amour infini et furie sauvage". Les Intertitres sont de la Buvette

Il y a quelque chose dans l’ours qui conduit à l’aimer

Ours_marsicain_3 « Je ne sais pas bien pourquoi, mais il y a quelque chose dans l’ours qui conduit à l’aimer » écrivait le célèbre romancier James Oliver Curwood il y a plus d’un siècle. Les raisons profondes de cette attraction se cachent dans le coeur même de l’homme qui sait écouter les multiples et profondes réclamations de la Nature ; qui a vécu longtemps près de ces gros plantigrades au caractère pacifique (mais vaillants combattants par nécessité) le sait bien. Essayons un peu de le découvrir.

Le miroir de l'homme

Peut être que pour mieux décrire le caractère de l’ours il n’y a pas eu de biologiste spécialisé, mais un historien humaniste à l’ample vision comme Franco Cardini : « L’Ours est peut être l’animal par rapport auquel l’homme réalise de façon majeure sa position contradictoire dans les conflits du monde animal » - écrivait-il en 1986 – « Une apparence duale d’énergie guerrière et d’affection fraternelle »... Et il continuait : « L’ours est féroce et pourtant, il est sympathique et dans ses mouvements, il rappelle souvent l’homme ».

Tout est vrai, très vrai, mais il y a même davantage. Parce que cet ours d’un côté joyeux et curieux, et de l’autre bourru et prompt à se déchaîner, représente en réalité le « miroir » de l’homme lui-même ; capable d’exprimer de hautes qualités et une harmonie supérieure, mais aussi de perdre son calme et d’agresser l’adversaire dans un délire de furie incontrôlable.

L'instinct de défense

Une différence substantielle reste cependant (et l’observation la plus attentive de la vie du plantigrade nous le confirme sans marges de doute). Un ours peut défendre durement son propre territoire, sa propre nourriture et peut être aussi sa tanière ; et encore plus sauvagement, maman ourse est prompte à affronter n’importe quel ennemi pour protéger ses propres petits désarmés, distraits et un peu patauds.

Toutefois il ne va pas plus loin, il est bien conscient de ses propres limites et de son propre rôle, il ne commet pas de « délits gratuits », et n’attente jamais à l’équilibre de la nature. Parce qu’il sait, comprend et se souvient, et garde même gravé dans son patrimoine génétique qu’il fait parti de la nature, que sa vie même, et celle de ses enfants en dépend. Une vérité très simple, que le très intelligent Homo sapiens semble pourtant avoir beaucoup de difficultés à accepter.

Les hommes veulent rester les seuls sur la terre

Nils_holgersson_voyageL’écrivain suédoise Selma Lagerlof en avait eu une parfaite intuition au début du siècle dernier, alors que dans son célèbre roman « Le merveilleux voyage de Nils Holgerssons à travers la Suède », elle affirmait tristement par la bouche de maman ours : « Il ne reste plus une seule tanière d’ourse dans toute la forêt... Je crois que les hommes veulent rester les seuls sur la terre ! », concluant après : « Alors, également s’il ne se nourrit pas de fraise, de fourmis et de végétaux, il n’a plus du tout le droit de vivre dans la forêt. »

Quand l’homme comprendra le mal qu’il fait à la nature, et donc à lui-même, il sera peut être trop tard. Et notre pays (l’Italie), qui dans les sondages figure souvent comme le plus désireux de protéger l’environnement, avec un Parc des Abruzzes et son Ours ’Marsicano’ présent dans tous nos esprits n’échappe pas à la règle.

Il voudrait se poser en archange, défenseur intrépide des créatures menacées, mais il est invisible dans les faits, parce qu’il s’engage seulement dans des déluges de paroles. Il ambitionnerait d’attirer les visiteurs et des hôtes de grande envergure, mais après, il a des oreilles seulement pour les bavardages de bas étage, et il vend sans hésitation son patrimoine le plus précieux.

Pour appuyer l’écodéveloppement et l’écotourisme le plus sain, quelques spots publicitaires ne suffisent pas. Ils serviraient des idées, de l’inspiration et du courage ; il faut une ouverture culturelle, une cohérence et une forte capacité à briser certaines règles rétrogrades, qui nous font tous suffoquer et dépérir.

Il suffirait d’un frémissement de vent, une onde naissante capable de grandir et de se déchaîner contre les outrages à la nature pour renverser chaque obstacle et débarrasser les ordures, faisant ouvrir les yeux à la splendeur qui fleurit encore autour de nous. Mais pour le moment bien peu de choses semblent bouger. Le calme plat domine jusqu’à l’horizon et ils n’aperçoivent pas beaucoup de signes concrets d’espérance pour l’ours ni pour les autres animaux, nos infortunés compagnons de voyage.

Chief_dan_georgeLa sagesse et le réalisme restent gravés dans les mots du vieux chef peau-rouge Dan George, attaché à sa propre terre et lié au passage de ses proches : « Aujourd’hui l’esprit du grand ours a disparu en grande partie de notre terre, mais au temps de nos grand-pères, il voltigeait partout et tous le respectaient pour que soient plus forts et puissants chaque valeureux guerrier. Ici, où il vit encore, l’esprit du grand ours remplit la terre... Je prie dans mon coeur pour son futur. »

Mais y a t-il encore quelqu’un qui voudrait écouter cette prière douloureuse, qui est aussi un cantique d’espérance pour l’avenir de tous les êtres vivants ?

Professor Franco TASSI
Centro Parchi - Villino 16/4
Viale Gorgia Leontini, 330
Source : Aves

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