L'ours et le pastoralisme

Conclusion 9 : L'ours et le pastoralisme

Sujet n°10 du Sondage FERUS en Béarn
Renforcement de la population d’ours dans le Béarn
Ferus_logo_1L’association FERUS a adressé un questionnaire portant sur l’ours à tous les maires, adjoints au maire et conseillers municipaux des 41 communes des vallées d’Aspe, d’Ossau, du Barétous et limitrophes. Sondage effectué en Novembre 2005

FERUS BP 114 13718 – Allauch cedex - Tél. /Fax : +33 (0)4 91 05 05 46 / Sondage FERUS Béarn

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L’ours et le pastoralisme

L’ours peut nuire aux éleveurs pour 93,55 % des répondants. Cette réponse semble le fruit de contrevérités que certains hommes politiques font circuler dans les vallées.
« Je ne suis pas contre l’ours des Pyrénées, mais actuellement, je suis contre la réintroduction, estimant que les bergers, premiers utilisateurs professionnels (c’est eux qui entretiennent les paysages) devraient être favorables (mais je crois qu’ils ne le sont pas) pour que cette réintroduction se passe dans de bonnes conditions. »

Les contre

« Renforcer la Vallée d’Aspe de belles femmes plutôt que des ourses ; vous ferez mieux de vous occuper de venir couper les ronces et nettoyer les territoires que vous aimerez trouver plus tard propres. »

« Nous sommes une des rares régions à avoir un Pastoralisme vivant qui ralentit l’embroussaillement et maintient la biodiversité. On verra le résultat avec des Ours. »

« L’ours peut nuire aux éleveurs qui entretiennent la montagne et si eux disparaissent, plus de montagne. »

« Il faut se rendre à l’évidence : d’autres espèces ont disparu et vont disparaître ; essayons de faire en sorte que le dernier habitant des montagnes : le berger, ne disparaisse pas. »

« La cohabitation avec l’ours ou tout autre prédateur est impossible. »

« Ce serait l’abandon de la montagne par les bergers. Les bergers sont les seuls à entretenir la montagne. »

« Aucun bon berger n’acceptera de se faire croquer des brebis même si elles sont bien indemnisées. La sélection de nos races locales est bien fragile, les brebis qui transhument sont le support de la sélection. Avec de l’argent, on n’achète que des brebis de réforme. »

« Aucune mesure d’accompagnement ne peut résoudre les problèmes créés. Les chiens de protection utilisés de tout temps dans le Béarn ne sont que d’une faible efficacité. Quant aux aides bergers qui sont recrutés dans les formations existantes, 95% d’entre eux sont substantiellement des bergers rêveurs qui ne peuvent apporter aucune aide correcte aux éleveurs. »

« Pas d’ours dans la vallée d’Ossau, ne faisons pas de nos éleveurs des assistés. »

« Je pense que si on les encourage et qu’on ne les perd pas pour des « ignorants », les bergers et le pastoralisme ont un avenir à assurer et transmettre. »

« Les primes sont insuffisantes car chaque bête accidentée ou disparue dans une zone à ours devrait être indemnisée. Quant aux chiens de protection, ils préviennent de l’arrivée de l’ours mais ne le font pas fuir s’il veut attaquer. Et que faire de tous ces chiens quand le troupeau est en bergerie du 01.10 au 01.07 de l’année suivante. Faudra-t-il que les communes fassent des chenils pour éviter l’errance dans les villages. Que dire aux touristes qui ne peuvent pas dormir car il y a trop d’aboiements (skieurs). »

Les pour

« Personnellement, je suis pour la sauvegarde de l’Ours, mais malheureusement, la paix sociale avec les bergers ne sera pas évidente du tout. »

« L’ours ne tue pas les bergers ou plutôt leurs économies. Les responsables sont ailleurs : « marché déstructuré, concurrence déloyale, exode … » L’ours est le bouc émissaire facile, les gens ne sont pas dupes ! »

« Que les éleveurs jouent le jeu également. Que ce ne soit pas toujours dans le même sens … Tout pour les éleveurs et rien pour l’ours. »

« Dans un premier temps, des éleveurs envisageant de laisser leurs bêtes en estive sans surveillance pendant qu’ils s’occupent de leur exploitation peuvent être favorables à l’extermination du prédateur … Mais chien errant ou tout autre prédateur aura vite raison de cette apparente tranquillité … Et de ce mode d’élevage … Et ce, à court terme. »

« Les anciens bergers n’ont jamais parlé de l’ours avec haine. L’ours avait sa place comme tous dans la nature. Ni les chasseurs respectueux de la nature. »

« Oui l’ours a un avenir dans le Béarn, en utilisant l’ours et le milieu montagnard comme moyen pour développer un territoire et non pas utiliser l’ours comme manne financière pour privilégier certains secteurs. »

Comment vit l’ours ?

Classé dans le super ordre des carnivores, l’ours a des habitudes alimentaires qui ressemblent à celles des hommes : il est omnivore avec une nette dominance de végétaux (75 à 80%). Il est opportuniste dans la recherche de sa nourriture et il choisit la ressource alimentaire la plus abondante du moment en recherchant la moindre dépense énergétique pour se la procurer.
Il est solitaire, discret et hiverne 3 à 4 mois par an.

L’ours brun est un petit prédateur

Malgré sa taille et un solide appétit, l’ours ne commet que peu de dégâts sur le bétail. L’ensemble des dégâts d’ours dans les Pyrénées représentent 0,03% du cheptel, alors que les éleveurs admettent perdre chaque année environ 3% du fait de maladies, accidents, prédations autre que l’ours, vols etc.

Il est donc faux de craindre qu’une seule exploitation pyrénéenne puisse être menacée du fait du retour de l’ours, à plus forte raison si des moyens de protections sont mis en place.

On constate également que malgré une légère augmentation du nombre d’ours dans les Pyrénées françaises, le nombre des dommages d’ours indemnisés (reconnus ou attribués au bénéfice du doute) a baissé de façon significative depuis 2000.

Evolution des dommages ours (Source DIREN Midi-Pyrénées)

Année

2000

2001

2002

2003

2004

2005

Animaux indemnisés

454

330

155

181

189

404(*)

*En 2005, le chiffre prend en compte l’indemnisation au bénéfice du doute de 159 ovins (dérochement en Ariège) et 50 ovins (dérochement en Béarn). L'ours n'y était peut être pour rien. Sans la prise en compte de ces deux dérochements, 195 dommages sur animaux ont été indemnisés.

L’ours n’est pas responsable de la disparition de l’élevage

L’ours est omnivore, mais c’est aussi un prédateur naturel dont le territoire se superpose parfois avec celui des troupeaux et des habitants des montagnes. Les principaux problèmes engendrés par la présence de l’ours sont donc liés aux conflits avec le monde de l’élevage : prédation sur les troupeaux et partage de l’espace montagnard.

Pour comprendre l’agriculture en général, et la problématique de l’élevage de montagne en particulier, il est intéressant de connaître l’évolution de la population agricole par rapport à la population active en France. A la fin du 19ème siècle, 67 % de la population française était paysanne, au début du 20ème 58 %, en 1975 les agriculteurs ne représentent plus que 8.1 % et deviennent des exploitants agricoles, en 1992 seulement 4.7 %..... Aujourd’hui, les agriculteurs ne représentent plus que 7,1% de la population en zone montagne des  Pyrénées.

De manière générale, l’agriculture a beaucoup régressé en montagne car les spécificités du milieu naturel ne permettent pas aux moyens techniques mis en œuvre d’offrir la même rentabilité que dans les plaines. L’élevage ovin français, subventionné à plus de 50% par l'Etat et l’Europe, connaît aussi divers problèmes comme celui de la concurrence avec des pays dont les coûts de production sont inférieurs. Le maintien du pastoralisme dans des montagnes déjà touchées par la désertification rurale est difficile ; aussi des aides directes au revenu viennent elles soutenir les éleveurs, par une volonté politique d’aménagement du territoire.

L’ours n’est pas responsable de la disparition de l’élevage. Au contraire il met en évidence que la tendance productiviste, dans laquelle l’agriculture de montagne est engagée, mène à une impasse. L’ours peut contribuer au maintien de pratiques pastorales induisant des produits de qualité (fromage, agneaux) par des exploitations adaptées qui, aujourd’hui et dans le contexte actuel, disparaîtraient sans ces aides.

L’ours, un accélérateur pour la modernisation du pastoralisme pyrénéen

Pour améliorer la cohabitation entre l’homme, les troupeaux et l’ours, et favoriser un équilibre entre ovins et prédateurs, des mesures de protection existent et doivent être développées : une présence humaine continue auprès des troupeaux, la présence de chiens de protection, des parcs de rassemblement nocturnes et des filets de contention.

Dans le cadre de la protection de l’ours dans le Béarn, de nombreuses mesures ont été initiées et font leurs preuves depuis 25 ans pour certaines :

  • prime de dérangement pour le berger en plus de l’indemnisation à l’éleveur en cas d’attaque ;
  • Incitation à la présence humaine en montagne avec : radiotéléphones (réseau FIEP –25 postes zone à ours Aspe –Ossau), héliportages montée de matériel et descente de fromages zone à ours 64 ;
  • Clôtures électriques, projecteurs, patous ;
  • Rénovation de cabanes et mise aux normes de fromageries ;
  • Muletage ;
  • Pédescaous (fromage fermier avec image de l’ours), FIEP et Association de bergers (soutenu par le WWF).

Dans le cadre des mesures d’accompagnement à la réintroduction de l’ours, les éleveurs des Pyrénées Centrales peuvent bénéficier : 

  • de la réfection de cabanes pastorales,
  • du transport de matériel par muletage ou héliportage,
  • de l’installation de radiotéléphones,
  • de clôtures électriques performantes contre les prédateurs,
  • du placement de chiens de protection,
  • de projets de valorisation de productions pastorales.
  • de l’intervention de bergers itinérants en cas de difficulté.

Des avancées sociales grâce à la présence de l’ours, la consolidation et le développement de métiers en voie de développement

Chaque année, le Ministère de l’Ecologie consacre la moitié du budget « Ours » à l’aide au pastoralisme, soit environ 700 000 Euros par an. Par ailleurs, c’est dans le cadre du « programme Ours » que l’on a pour la première fois imposé que les bergers soient déclarés.

Des aides pour une valorisation du salaire sont proposées afin de reconnaître la difficulté qu’engendre la présence de l’ours ; de plus, des aides sont aussi proposées pour le remplacement des bergers lors de leurs congés, ainsi que pour l’embauche d’un deuxième berger sur les estives difficiles.

Un programme de conservation de l’ours est donc globalement un accélérateur de la modernisation du pastoralisme pyrénéen.

Un commentaire livré en clin d’œil aux élus de Bagnères de Bigorre (Hautes-Pyrénées) : « S’il faut réintroduire des ours, vaut mieux les lâcher là où il n’y en a plus.»

Le mot de la fin revient à un élu du Béarn : « Quand les ours disparaîtront, les hommes suivront. Il faut des Ours, des Hommes, des Bergers et du Bois. »

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