Stéphan Carbonnaux : Les forces de la haine et de l'indifférenciation

Ce samedi 1er avril 2006, un ami et moi avons passé la journée avec un homme des plus singuliers. François Merlet, le poète, l’ancien fauconnier, l’amoureux du monde sauvage, le photographe, tout cela et encore plus que cela, François Merlet qui a écrit et illustré de ses clichés la plus belle quête de l’ours des Pyrénées.

Et ce même jour, encore une fois, les forces de la haine et de l’indifférenciation ont sévi dans les Pyrénées.

L’attaque particulièrement violente du village d’Arbas, en Haute-Garonne, par deux cents personnes issues du milieu pastoral, s’inscrit dans une longue suite d’évènements qui vont crescendo. Il est vraiment inquiétant de constater que des élus de la République française, ceints de leurs écharpes, aient pu accompagner (encourager ?) de telles factions qui s’apparentent à des milices privées. On a pu entendre que ces soudards se comportaient comme des « sauvages ». Pitié pour les bêtes sauvages ! L’ours, puisque c’est à lui que ces gens-là en veulent, est bien plus civilisé et fait preuve, malgré sa force, d’une très grande mansuétude. Quoi de plus faux encore que la maxime « l’homme est un loup pour l’homme », quand ces animaux règlent leurs conflits bien moins violemment que nous.

Reconstituer une vraie population d’ours dans les Pyrénées, c’est accepter à nos côtés l’existence du sauvage le plus merveilleux. Il n’y a rien de plus exaltant, rien de plus nourrissant que de se savoir entourés d’êtres que nous n’avons pas créés, qui se perpétuent depuis la nuit des temps et que nous ne contrôlons pas. Voilà pourquoi nous ne laisserons pas faire les forces de la haine et de l’indifférenciation, déjà responsables de la disparition de la dernière femelle de la lignée immémoriale d’ours des Pyrénées.

À l’Etat, qui demande à ses agents de poser des colliers émetteurs aux ours bientôt capturés en Slovénie, mais aussi de leur accrocher des marques aux oreilles, et même de les opérer pour introduire d’autres émetteurs dans leurs chairs, je propose qu’il abandonne enfin ce funeste projet, et qu’il fasse procéder de la même façon au strict contrôle des émeutiers d’Arbas, et de tous autres tentés par les mêmes déprédations. Aucune raison ne plaide pour l’asservissement des ours, mais tout, désormais, oblige à empêcher les ultranéolithiques de nuire.

Combien les derniers mots échangés avec François Merlet étaient-ils justes ce samedi. Nous parlions de la haine de certains éleveurs contre l’ours : « ils haïssent l’ours, parce qu’ils ne l’ont plus. Réfléchissez à cela. »

Stéphan Carbonnaux
2 avril 2006

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