Les bergers et TF1, la grande manipulation

Ouest France publie un article intitulé : « Le retour de l'ours brun divise les Pyrénées ». Le retour, quel retour ? La buvette réagit.

Moins de vingt ours vivent dans les Pyrénées. Cinq spécimens venus de Slovénie doivent être introduits dans quatre communes. Pour les uns, sa présence fait partie de l'identité de la montagne. Pour les autres, la réintroduction de nouveaux animaux marque la fin du pastoralisme.

Larcat. Ne parlez pas de l'ours brun à Olivier Ralu, il voit rouge ! La réintroduction prochaine des quatre femelles et du mâle prélevés en Slovénie est un « non-sens, une aberration totale » dont se serait bien passé cet éleveur, installé à Larcat, dans la vallée de la Haute-Ariège.« Elle a été décidée par des gens qui ont une vision idéalisée de la nature. Qui voudraient que les choses se passent bien, alors que, ici, ça a toujours été un combat, » tonne-t-il dans la grande pièce de sa ferme-chalet, à 800 m d'altitude.

[ La buvette : Le renforcement a été décidé par le gouvernement après une longue période de concertation. Plusieurs associations d'éleveurs ont boycoté la concertation avant de sa plaindre... de ne pas avoir été entendu !] Une large majorité de français et de Pyrénéens dans différents sondages se sont prononcés en faveur de la réintroduction des ours.]

Avec sa compagne, Annie, une Bretonne native de Quimperlé, Olivier Ralu exploite un cheptel de 350 brebis qu'il emmène paître, à la belle saison, dans les estives, au sein d'un troupeau collectif de 2 500 têtes appartenant à onze propriétaires. Chaque année, plusieurs de ses bêtes passent sous les griffes du plantigrade. « Ici, on est en première ligne », dit-il. Ses grosses mains calleuses et ses pommettes enluminées portent les traces d'une existence rude. Il le reconnaît : « Au travail sept jours sur sept, pas de vacances et des grosses journées. Alors, l'ours... »

L'indemnisation de 160 € versée par l'État pour chaque bête tuée ? « Bien sûr, on prend l'argent. Mais cela ne compense pas ! Un troupeau, c'est la création de toute une vie. Et quand l'ours me mange une brebis, je vis ça comme un affront. »

[ La buvette : 2 500 brebis, 11 propriétaires, 1 seul berger. Voilà le problème ! Chaque propriétaire n'a comme frais qu'un onzième de salaire. Les brebis se répendent où elles veulent dans la montagne. La table du restaurant pour les Ours est dressée. Quand il se sert, c'est le scandale. ]

Le danger pour l'homme est faible

C'est en 1996 que les premiers ours slovènes ont été introduits dans les Pyrénées. Actuellement, la population compterait moins de vingt animaux. Omnivores, ils ne dédaignent pas de tâter de la côte de mouton, surtout « Boutxy », un mâle, gros consommateur de brebis et qui serait à l'origine de la moitié des dégâts imputés aux ours.

 

Pour calmer les éleveurs, une centaine de postes de bergers ont été créés à coups de subventions. On leur a aussi fourni des chiens patous qui font merveille pour éloigner le prédateur. « Mais, là-haut, l'été, il nous en faudrait quarante ! Rendez-vous compte : le troupeau est réparti sur 3 500 hectares, avec un seul berger qui met plus d'une journée pour aller d'un bout à l'autre. » Une réalité très éloignée de l'image du jeune pâtre gardant paisiblement un petit groupe d'animaux bêlant autour de lui.

 

[ La buvette : Boutxy devient la tête de turc. Les ours « croquent +- 300 à 350 brebis par an entre avril et début novembre : 28 semaines de non hibernation,  soit 12,5 brebis par semaine en moyenne. A la sortie d’hibernation, les ours ont moins la possibilité de manger des végétaux : plantes non encore sorties, baies absentes etc. La part carnée de leur alimentation ne représente que 10% de l’ensemble de leur menu. Cette part est un peu plus important en proportion à la sortie de l’hiver.

Les bergers ont réussis à faire la une des journaux de TF1 plusieurs jours de suite avec 1 ou 2 brebis croquées. Il ne s’agit pas d’un évènement inhabituel ou spécial. Boutxi a un comportement NORMAL, habituel, identique à celui des autres années. Il ne s’agit nullement d’un comportement déviant.

Les journalistes n'ont pas posé les questions importantes :

  • Que faisaient les brebis dehors, la nuit, sans protection en pleine zone à ours ? Pourquoi les brebis n’étaient pas à la bergerie ?
  • Utilisent-ils des chiens de protection? Si oui, où étaient-ils?

Leur comportement est identique à la maitresse de maison qui abandonne un bol de lait sur sa terrasse et la retrouve vidée par les chats le lendemain en les maudissant. Les bergers en chemises noires de l'Ariège utilisent les médias pour essayer de rallier le public à leur cause. De la désinformation et les TV à audimat tombent dans le panneau.

Tf1 va-t-elle faire la une de ses journaux 4 fois par semaine, chaque fois que 3 brebis seront croquées ? Sur les 620 000 têtes d’ovins dans les Pyrénées, 350 meurent à cause de l’ours, c’est un fait. Ces prédations ont lieux à plus de 80 % sur des troupeaux NON protégés. Les patous sont efficaces, mais pour les opposants à l’ours, utiliser un patou c'est accepter l’ours. Ceux qui désirent les utiliser subissent des pressions immondes.

Les bergers ont besoin de victimes pour appeler la presse et crier « A l'ours » ! La où les bergers utilisent des patous, on ne parle pas des ours. Les bergers équipés de patous ont vu leurs pertes diminuer fortement (moins de prédations de chiens errants, de voleurs d’agneaux, moins d’attaques de prédateurs loups et ours).

Il s’agit de mauvaise volonté, de refus de cohabitation. Pourquoi TF1 ne fait-elle pas la une de son journal pour les 15 000 brebis qui meurent chaque année pour d’autres raisons dans les Pyrénées. A raison d’une « une de journal »  pour 2 brebis, cela ferait les grands titres des journaux télévisés tous les midis et tous les soirs.  Voyez le ridicule de la situation et la manipulation médiatique des associations de bergers. ]

Aux Cabannes, un peu plus bas dans la vallée, Philippe Lacube mène la croisade anti-ours. Lui, élève des veaux de boucherie. Et s'est diversifié dans le tourisme avec des gîtes et la vente de produits régionaux. À la tête de l'Association pour la sauvegarde du patrimoine d'Ariège et des Pyrénées, il est catégorique : « L'ours, c'est la mort de l'élevage ovin en Ariège. » Il cite les bêtes attaquées par l'ours - « Qu'on ne me parle pas de chiens errants. Que voulez-vous qu'ils aillent faire à 2500 m d'altitude ? »  Les « dérochements », quand un troupeau prend peur et tombe dans un ravin : « 150 brebis tuées l'été dernier à Aston. » Et s'interroge : « Je ne sais pas si un tourisme familial est adapté à la présence d'ours. »

[ La buvette : Pourquoi les chiens errants errent-ils? Pour assouvir leur instinct de chasse, qui n'est pas fonction de l'altitude. Les chiens errant chassent là ou se trouvent leur gibier, même à 2500m.

La stratégie de l'ASPAP, dont Lacube est le président est claire : Essayer de flanquer la frousse aux touristes pour pouvoir dire après : "Vous voyez, les touristes ont peur de l'ours. L'ours est incompatible avec le développement économique de la montagne ! Lacube, qui a des gîtes est en train de scier la branche de son business touristico-pastoral. Les touristes n'ont pas peur des ours. Ils ne les verront jamais, ils ont peur des bergers extrémistes et avinés qui saccagent les villages et jettent des bouteilles en verres pleines de sang sur les mairies et les villageois. Qui a envie d'aller dormir dans les gîtes de tels violents? Pas moi. ]

Sans problème, lui répond Philippe Cazes, 44 ans, accompagnateur en montagne diplômé d'État. Installé dans le pays du Couserans, c'est un partisan déclaré de la présence de l'animal. L'ours le fascine. Hier encore, il était dans la montagne à la recherche d'empreintes, de poils ou de griffades sur des troncs d'arbre. « Le jour où il n'y aura plus d'ours dans les Pyrénées, ce ne seront plus les Pyrénées ! », tranche-t-il. Des risques pour les touristes qu'il emmène en excursion ? « Le danger est très faible. L'ours fuit l'homme. Mais il faut faire attention si on rencontre une femelle suitée. »

«L'ours est ici chez lui»

Petite barbiche et cheveux longs, Abdesselam Lagrissy est l'un des éleveurs - minoritaires - favorables à la présence des plantigrades. « L'ours est ici chez lui au même titre que moi. Je ne vois pas ce qui me permettrait de dire qu'il n'a pas droit à l'existence. » À Seix, il gagne tant bien que mal sa vie avec un petit élevage d'une centaine de brebis en zone intermédiaire. Et préside l'Association de cohabitation pastorale. C'est un homme de bonne volonté qui s'exprime d'une voix douce et voudrait que tout le monde finisse par s'entendre. Y compris avec l'ours : « J'ai été berger, je le connais. C'est un animal intelligent. On peut instaurer avec lui les règles d'une cohabitation. »

[La buvette : La buvette n'est pas contre les bergers, elle prône la cohabitation.

  • Indemnisons les bergers qui acceptent de se protéger efficacement, pas ceux qui provoquent et cherchent à faire disparaître l'ours qui fait partie du patrimoine pyrénéen.
  • Finançons des boulots de bergers pour que des troupeaux importants ne soient pas abandonnés sans surveillance ou avec une surveillance tellement faible que la table de l'ours est servie.
  • Disposons, à la sortie d'hibernation sur des passages à ours, des cadavres de bêtes qui satisferont ses besoins en protéines et diminueront les prédations sur troupeux (non gardés !)
  • En regardant les informations annonçant les cartons de Boutxi, pausez vous la question : Le berger était-il protégé par un chien, un enclos gardé ou a-t-il donné à manger à l'ours pour faire la une de TF1 en sacrifiant une brebis ? La cohabitation est possible, si les bergers acceptent de se protéger.]

Marc MAHUZIER - Ouest-France

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