Boutxy en Ariège

Boutxy :  les bergers ne parlent que de lui. Depuis que Boutxy a rangé son pyjama dans sa tannière, l'actualité pyrénéenne ne parle que de cet ours. A quelques jours du lâcher de la première ourse slovène à Arbas, la presse écrite et télévisuelle est friande de tout ce qui concerne l'ours,  Toute information classée « ours » fait la une de l’actualité.

(Lire à ce sujet "Les bergers font la une des journaux de Tf1 - Ours la grande manipulation ". En voici quelques exemples :

Boutxy a faim

La Dépèche du Midi, 19 avril 2006.
« Il fallait s'en douter, Boutxy a encore faim. Le plantigrade qui sévit depuis plusieurs semaines en haute Ariège, a croqué son agneau pascal, dans la nuit de dimanche à lundi dans un enclos situé au milieu du village d'Aston, tout près des maisons. En fait, après les vérifications effectuées par les personnes chargées du suivi de l'ours, il s'avère que l'animal a tué deux bêtes, une brebis et un agneau appartenant à Mme Morget.

Ce forfait qui renforce l'inquiétude des habitants de la vallée et surtout l'exaspération des éleveurs, est le quatrième dans le secteur depuis le début du mois. L'association pour la sauvegarde du pastoralisme en Ariège-Pyrénées [ l'ASPAP qui à saccagé le village d'Arbas (NDLB)] rappelle, à cette occasion, dans un communiqué « que si ses demandes formulées auprès du ministre de l'Ecologie et du préfet de l'Ariège dans le sens d'une vraie concertation et de réelles mesures de sécurité pour les populations ne sont pas prises en compte, cela entraînera inévitablement une vraie révolte des Pyrénéens. »

[La buvette : Remarquez le choix du vocabulaire. Le journaliste ne cache pas son camp. De son côté, l'ASPAP, dont 10 membres sont poursuivis pour le saccage du village d'Arbas profère encore des menaces et des appels à la violence.]

L'ours a-t-il encore sévi à Axiat ?

La dépèche du Midi, 20 avril 2006
Le cadavre de la brebis trouvé hier sera expertisé aujourd'hui. Hier, Colette Rolet, lieutenant de louveterie dans la haute Ariège a été appelée par l'équipe de suivi de l'ours pour vérifier si une nouvelle brebis retrouvée morte, sur le massif de Tabe entre Axiat et Appy avait été tuée par l'ours (Boutxy pour les bergers, mais personne ne l'a vu.)

« Comme j'étais dans ce secteur, je me suis rendue sur les lieux et j'ai découvert le cadavre. Comme je ne suis pas spécialiste, il faut attendre l'expert qui vient aujourd'hui pour savoir si cette brebis a vraiment été tuée par l'ours. Car son état montre qu'elle est morte depuis plusieurs jours, et il peut, dans ce secteur, y avoir d'autres animaux, comme des sangliers ».

L'information sur cet animal mort avait été donnée par le propriétaire du troupeau, Guy Nôtet, qui était à Saint-Gaudens, à la manifestation des anti-ours hier matin.

[La buvette : Voilà qui donne une image claire et nette du but de cette communication : diaboliser l'ours et défendre les pauvres bergers pacifistes et non violent de l'ASPAP ]

Un propriétaire particulièrement en colère dans le Comminges hier matin et qui affirmait haut et fort sa volonté de combattre le projet de renforcement de la population d'ours dans les Pyrénées. Nous saurons aujourd'hui si la brebis d'Axiat est, ou non, une victime de Boutxi, voire d'un second ours qui pourrait être dans le secteur, comme le laissaient entendre hier certains éleveurs.

La dépèche ménage l'ours et le berger

Etrangement, la dépèche du Midi publie le 21 avril 2006, le lendemain un article qui montre l'efficacité du patou dans sa tâche de chien de protection du troupeau. Une volonté de ménager la chèvre et le chou, tous deux des lecteurs potentiels ? En tous cas un manque de clarté dans la ligne éditoriale, s'il y en a une dans ce dossier?

Le patou, une arme efficace

Pyrénées : Les mesures pour la protection des troupeaux contre l'ours et autres prédateurs ont démontré leur efficacité. Des moyens renforcés pour protéger les troupeaux.

Alors qu'en Slovénie, les pièges à ourses sont posés en vue de capturer une bête à transporter dans les Pyrénées, une étude de l'association Pays de l'Ours -Adet confirme l'efficacité des chiens de protection des troupeaux. L'étude confirme que le plantigrade ne représente que 1 % des prédations sur les estives des Pyrénées et 3 % des pertes sur les zones dites sensibles où les fameux patous ont été mis à disposition des éleveurs. Mieux : les chiens de protection mis en place dans le cadre du programme ours ont permis de réduire la prédation sur les troupeaux de 92 %.

Un chien de protection permet en moyenne de sauver 7 brebis par an et par troupeau, soit une économie de 1 221 € pour l'éleveur. Sur l'échantillon de 37 éleveurs enquêtés, plus de 300 brebis sont ainsi sauvées chaque année, soit plus de bêtes que n'en tuent les ours sur le massif. TF1 n'en a pas parlé.

Boutxy est-il déviant ?

Le Journal de l'Ariège lance, cette semaine, une espèce de "référendum" sur l'opportunité de capturer Boutxi pour l'empêcher de nuire, et ramener ainsi la paix dans nos montagnes. Pouquoi Boutxy serait-il déviant, et le sondage d'opinion est-il le meilleur moyen de l'affirmer ?

les études du régime alimentaire de l'ours brun des Pyrénées montrent que l'ours à la sortie de l'hibernage à "la dalle". Pas de myrtilles, de faines ni de pommes. Une partie des plantes qu'il aime ne sont pas encore sorties. L'ours a donc tendance, pendant une courte période à se retourner vers les ruches et les brebis. C'est comme celà depuis des siècles, mais TF1 et quelques journalistes viennent de le découvrir. Certains manifestant de l'ASPAP leur ont suggéré l'idée du scoup ! Evidement, si les brebis sont abandonnées la nuit, sans patou pour aboyer ou le poursuivre, c'est comme si les bergers de l'ASPAP sortaient le soir en criant "A table et offrant le verre de Jurançon !" Bien sûr le lendemain, ils appellent TF1 pour dire dque Boutxi a vidé la cave et pillé la bergerie.

Une question de chiffres

Chaque année entre avril et novembre, les ours mangent les tripes de 300 à 350 brebis (12 par semaine en moyenne, en 3 ou 4 attaques). Entre 10 000 et 20 000 brebis meurent chaque année en Pyrénées. L'ours n'est donc responsable que d'une part dérisoire de ce carnage. L'absence de surveillance cause la mort de milliers de brebis : les mouches viennent pondre des oeufs dans les plaies et les vers dévorent les brebis vivantes. La foudre met fin à la vie des ovins d'une manière instantannée. Les chiens en villégiature et en manque de chasse et de canigou sont responsables de carnages, parfois même les chiens de berger. Les passants en manque de méchoui coursent les brebis pour se procurer la pitance du soir. TF1 ignore celà car c'est bien moins médiatique que l'ours.

Télé réalité : la montagne de la tentation !

A quand une émition de télé réalité avec sur le plateau : un ours, affamé de préférence, un berger et ses protégées, un écolo et un patou. L'audimat va exploser !

Boutxi respecte les habitudes de ses congénères et cherche à satisfaire son estomac. Seule la couverture médiatique est différente. Les conditions pour dire qu'un ours est déviant sont claires et écrites. On en est bien loin. Mais bien sûr, tant que les bergers refuseront de protéger leurs troupeaux parce que prendre un patou c'est accepter l'ours, le buffet de Boutxy (ou d'un autre ours) sera toujours servi au frais de l'ASPAP. Mauvaise foi, quand tu nous tiens!

C'est ainsi que des pyrénéens, de passage à la buvette lachent le morçeau. Témoignage d'un client de mon troquet...

Capturer Boutxy pour quoi faire ?

Le protocole de capture

Patrick Pappola
« Il existe un protocole très précis pour gérer les ours à problème et ceux qui deviendraient dangereux pour l'homme. L'ours Boutxy n'en fait pas partie et avant la capture, le protocole prévoit :

  1. la mise en place de mesures de protection dur les troupeaux (patous, aide bergers etc...)
  2. l'effarouchement (tir de balles en caoutchouc associées à un fort bruit) Précisons que dans ce protocole, la capture est destinée à équiper l'ours à problème d'un émetteur pour le suivre de plus près et pour faciliter la précision des mesures 1 et 2. Mesures qui n'ont pas été mises en place en Ariège avant de songer à une quelconque capture. Pourquoi ?

Un printemps comme les autres

Le comportement de l'ours Boutxy en fin d'hivernation est tout à fait normal et naturel : la végétation n'est pas assez débourrée en cette fin de mois d'avril, donc, comme tous les ours l'ont toujours fait dans les Pyrénées (les témoignages sur les ours originels ne manquent pas...) il descend un peu plus bas pour trouver sa pitance.

l'ASPAP : des méthodes violentes

Ce qui est par contre beaucoup moins acceptable, c'est d'une part les méthodes de l'ASPAP, association qui n'hésite pas à manier la violence (une personne âgée hospitalisée à Arbas) et à terroriser un village entier (toujours Arbas le 1er avril dernier).

L'ASPAP est en train de souffler sur les braises et de faire feu de tout bois pour dramatiser chaque attaque sur les brebis comme un fait extraordinaire. Chaque année, des milliers de brebis disparaissent dans les Pyrénées et l'ours n'est resposable que de 0,03 % de ces pertes !

Un refus de la cohabitation

Mais surtout, il aurait suffit d'un chien patou sur ces exploitations pour que Boutxy retourne d'où il venait, c'est à dire plus loin des hameaux isolés. L'autre jour sur France 3, j'ai vu le témoignage d'un vieux berger qui disait qu'avant, le berger sortait de la cabanne, criait un coup en lachant les chiens et l'ours s'en allait voir chez le voisin... qui fesait la même chose. Maintenant, plus de berger, plus de chien : A table !

Coincidences

Permettez moi aussi de constater qu'à l'heure où les opposants à l'ours ont déposé  une requête en conseil d'Etat pour faire capoter le plan de sauvetage de l'ours en France, ces attaques dramatisées à l'extrême tombent à pic. Comme elles se font sur des bêtes sans aucune protection, permettez moi de me poser des questions sur le sens de ce catastrophisme... comme par hasard très bien venu pour essayer d'étayer la requête en Conseil d'Etat et qui expliquerait le pourquoi de ce refus de protéger ses bêtes, comme si elles étaient offertes à l'ours Boutxy.

Quand on est capable de la violence qui s'est déchaînée à Arbas, on est capable de bien davantage, hélas pour se donner raison par la force et le mensonge.

En outre, je vous informe que 50% des subventions du plan ours sont destinées à aider le pastoralisme et qu' un très important plan national d'aide au pastoralisme va sortir dans quelques jours. Il expliquerait la surenchère de certains éleveurs qui font tout pour faire monter la pression en utilisant l'ours et obtenir le plus possible à travers ce plan.

Motion relative au Plan de Restauration de l'Ours Brun dans les Pyrénées françaises.

« La session de la Chambre d'Agriculture des Hautes-Pyrénées, réunie en session ordinaire le 14 avril 2006 soutient :

  • Les initiatives prises pour la défense du pastoralisme et du patrimoine montagnard et notamment l'action introduite devant le Conseil d'Etat par divers syndicats, collectivités et associations.
  • Demande l 'annulation pure et simple du plan d'introduction d'ours slovènes porté par le Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable.
  • Prend acte par contre de la décision du Ministère de l'Agriculture de mettre en place un plan de soutien à l'économie de la montagne pyrénéenne en 2006 tout à fait indépendant tel que précisé dans le courrier du 25 août du Ministre, de toute politique de réintroduction de prédateurs.

Fait à Tarbes, le 14 avril 2006 »

Boutxi : aide financière du pastoralisme

C'est ce qu'on appelle un rapport de force, c'est peut-être de bonne guerre, mais de grâce, pas en sacrifiant l'ours qui est un élément incontournable du patrimoine naturel et culturel de nos montagnes. Si ce plan d'aide se veut indépendant de l'ours, c'est, comme le reconnaît l'Etat, à la demande de certains milieux agricoles. Mais il est évident que l'ours y est pour quelque chose, car comme le précise le chercheur en stratégies environnementales Farid Benhamou : « en règles générales, les prédateurs sont des dopants de la politique pastorale de notre pays »". Nous y sommes, mais Boutxy doit-il en faire les frais ?

Le plan de soutien au pastoralisme pyrénéen est lié à l'ours

Prétendre que le plan de soutien au pastoralisme pyrénéen est indépendant de l'ours, c'est un peu comme si le gouvernement nous expliquait qu'il avait renoncé au CPE de son propre chef, indépendamment de toute manifestation de la jeunesse du pays. On en rirait. Concernant le plan de sourien au pastoralisme soi disant indépendant de l'ours, voilà ce que le ministère de l'Ecologie en dit dant le document présentant le plan ours (page 77)

« La concertation (sur l'ours) conduite à l'hiver et au printemps 2005 a mis en évidence une attente très forte d'une réflexion sur l'avenir des activités et des territoires pyrénéens. Toutefois de nombreux interlocuteurs ont très nettement souhaité voir ces questions, et tout spécialement les questions de l'avenir de l'activité pastorale et de la production forestière traitées dans un cadre totalement différent du plan ours.

Le gouvernement partage l'idée que ces activités méritent une réflexion d'ensemble, la question du maintien de la présence des ours n'apparaissant effectivement que comme un angle d'attaque extrêmement limité au regard de l'ensemble des questions soulevées par ces sujets. »

On avoue néanmoins que c'est grâce et par lui que cette réflexion a lieu. Le ministre de l'agriculture et de la pêche, dans un cour rier en date du 25 août 2005 adressé aux organisations professionnelles agricoles, s'est engagé à séparer définitivement le plan agro–sylvo-pastoral du projet de confortement de la population ursine, engagé par la ministre de l'écologie et du développement durable. Ce plan est en effet élaboré pour des raisons économiques,sociales et environnementales indépendamment du renforcement de la population d'ours.»

Indépendamment de l'ours, mais grâce à l'ours, on ne peut être plus clair.

Commentaires