Gérard Caussimont : L’ours brun, un craintif parfois

Proche de l'homme

Gerard CaussimontLà où on a l’habitude de vivre avec l’ours, on sait que c’est tout à fait normal ou même habituel qu’en début de printemps ou en fin d’automne on puisse avoir des ours présents à basse altitude et donc non loin de certains quartiers ou hameaux de villages de montagne.

L’ours (Ursus arctos) utilise, au cours de son cycle annuel, la totalité de son territoire, du fond des vallées au estives, en fonction de la poussée de la végétation, de la fructification, bref de la nourriture disponible.

Au printemps, c’est le fond des vallées, les quartiers de grange, là où la végétation a démarré en premier lieu. En ce moment, depuis 4 semaines, nous suivons un ours qui se trouve souvent en fond de vallée en Ossau (Béarn), il descend brouter l'herbe très bas (800m), on a trouvé des traces et des crottes d'herbe.

Nous avons beaucoup d'exemples montrant que l'ours fréquente normalement, au printemps des zones basses de fond de vallée à la recherche d'herbe verte à brouter. Nous avons observé ce phénomène en Béarn ( plateau de Lhers, Lescun, Hameau d’Aubise (Borce), hameau de Seberry (Etsaut) Gabas, parfois non loin des habitations. Cela a été le cas il y a quelques jours en Aragon,à quelques centaines de mètres du village d'Anso, et en Navarre, non loin du village de Garde. Il n’y a rien d’exceptionnel à cela.

Cela est observé régulièrement dans les populations d’ours plus importantes : dans les monts Cantabriques, près des villages, dans les Asturies.Les gesn les observent parfois à la tombée de la nuit, en train de brouter dans les prés. Dans les Abruzzes j’ai observé une ourse et ses oursons en dessous d'un village, en train de brouter, etc.

Boutxi

Il n’y a donc rien d’ étonnant à ce que Boutxi, comme d’autres ours, fréquente des zones de basse altitude, non loin de zones habitées. S'il tombe sur des brebis, en bon opportuniste qu’est l’ours, il en profite pour refaire ses réserves de graisse après le sommeil hivernal. A partir du moment où il sort la nuit et qu’il ne se laisse approcher par personne, il semble qu’il n’y ait rien d’anormal.

Plus on connaît l’ours, moins on le craint

Il faut arrêter la rumeur disant que le renforcement va entraîner des risques pour les humains. Depuis que l’on a accès à des archives fiables, on n’a pas de cas d’attaque d’ours sur un humain dans les Pyrénées, y compris depuis les réintroductions de 1996 et 1997 dont sont issu la plupart des ours bruns pyrénéens actuels. Tous les ans des bergers, des randonneurs, des pêcheurs, des naturalistes, des gardes, rencontrent fortuitement des ours et il ne se passe rien, l’ours s’enfuit. Par contre en 1994, 1997, 2004, des rencontres avec des chasseurs ont mal fini pour trois ourses.

Gérard Caussimont
Naturaliste, président du FIEP Groupe ours Pyrénées, membre du réseau ours brun et du Comité scientifique du Parc National des Pyrénées.

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