Olivier Frigout : La France et sa faune sauvage

17/04/2006

Présentation de Olivier Frigout
la Science est trop souvent opposée à la Nature. Et pourtant, l'Ecologie est une science ! C'est de ce constat qu'est né Sciences&Nature, et de la volonté de diffuser ce que les médias classiques ignorent ou mettent de coté. Mon engagement n'aura de cesse que lorsque l'humanité aura intégré dans son comportement la phrase suivante, empruntée à Hubert Reeves : « Les vivants existent de leur plein droit et n'ont pas à se justifier d'exister. » Hélas, je crains de ne connaître ce jour.

La France et sa faune sauvage

Est-il possible de sauver la faune sauvage ? Au regard des réactions qu'a provoquées l'annonce de réintroduction de 5 ours slovènes dans les Pyrénées, la réponse semble être non.

L'état des lieux est dramatique. Il ne reste quasiment plus de zones complètement sauvages sur Terre, la faune est la plupart du temps parquée dans des réserves devenues des sanctuaires et peut-être bientôt le lieu de son extinction. Face à cette triste réalité, les occidentaux prônent des mesures de protection, entendent apprendre aux populations autochtones à cohabiter avec les lions, les tigres, les éléphants et autres rhinocéros. Or ces populations se sentent légitiment en danger lorsqu'elles croisent leur chemin, et leur disputent points d'eau et terres arables pour se nourrir. Le fait est que cette faune doit être préservée et que les actions éducatives et économiques entreprises sont légitimes.

Mais pourquoi ce que nous imposons aux autres au sacro-saint nom de la préservation de la biodiversité, sommes-nous incapables de nous l'imposer pour sauver ou restaurer notre faune sauvage?

Souillure_ecole_arbas_1Les bergers de l'ASPAP jettent des bouteilles de sang sur les murs de l'école et de la mairie d'Arbas.

Capables de mener des actions violentes comme le 1er avril dernier à Arbas, les éleveurs ou plutôt certains éleveurs français s'opposent catégoriquement à la présence d'ours dans leurs montagnes. Contrairement aux éleveurs espagnols et italiens, qui ont recruté des bergers et utilisent des chiens Patou pour protéger les troupeaux, ils refusent les mesures de protection proposées par l'Etat.

Pire, selon le Rapport d'activité des Techniciens Pastoraux Itinérants, je cite : « Certains éleveurs appuyés par des élus locaux s'évertuent à saborder toute tentative de cohabitation. On constate des menaces non dissimulées à l'encontre des éleveurs qui seraient prêts à mettre des mesures de protection en place » fin de citation, il semble que la lutte contre l'ours soit le fait d'une minorité.

En 2005, 78 ovins étaient tués lors d'attaque d'ours et deux dérochages lui étaient attribués dont un sur la bonne foi de l'éleveur qui avait vu un plantigrade la veille. Avec le loup, l'année 2005 se soldait par 3.665 brebis indemnisées, suite à des attaques classées « grands canidés ».

Dans le même temps, ce sont 100 à 200.000 brebis qui sont tuées par des chiens errants ou l'orage en France. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

Alors que 90% des attaques ont eu lieu sur des troupeaux sans surveillance, c'est le mode d'élevage français qui semble être en cause. Ce qui explique la virulence des éleveurs, dont les bêtes sont souvent laissées sans surveillance en estive. C'est ce qui explique aussi la position moins tranchée des bergers qui voient peut-être dans la présence de grands prédateurs une justification supplémentaire à leur emploi.

A la différence du loup, l'ours peut représenter un danger pour l'homme. Encore faut-il qu'il le rencontre, ce que seuls quelques spécialistes réussissent. Mais la présence d'ours près d'habitations est un problème à poser, et c'est plutôt sur cette question que devraient porter les efforts. En effet, la réintroduction de l'ours devrait être accompagnée de mesures de préservation du milieu et de limitation de la présence de l'homme sur des espaces dédiés à la faune. Mais les éleveurs et les élus locaux accepteront-ils de céder la place et de rendre la montagne à son plus illustre habitant ? Il est à craindre que non, et ceci avec la même conviction qu'ils mettrons à défendre le lion, le tigre, l'éléphant ou le rhinocéros, dans ces pays lointains qui eux, n'ont pas encore exterminé leur faune sauvage.

Olivier FRIGOUT
Sciences et nature, pour Fréquence Terre
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Du même auteur : Ours et loup : boucs émissaires des éleveurs

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