Des loups équipés d'un GPS?

Suivre les loups au GPS, une question d'actualité

Une question intelligente de Monsieur Jacques Remiller (député) hier à l'assemblée nationale et réponse d'un ministre, qui fût l'auteur d'une thèse sur le retour du loup.

M. Jacques Remiller – Je pose cette question en tant qu’ancien membre de la commission d’enquête sur la présence du loup en France, présidée par M. Spagnou et dont le rapporteur était alors M. Estrosi. Les éleveurs isérois sont inquiets en raison de la migration des loups italiens venus des Apennins. Je rappelle qu’un loup peut parcourir plus de 80 kilomètres en une seule journée. Les animaux d’élevage, en outre, ne les craignent plus : beaucoup ont perdu l’instinct de la peur et donc de la fuite. Pour les troupeaux de bovins notamment, le loup ressemble à un chien et ils le laissent donc approcher. Seules les vaches de race limousine savent encore se défendre en se mettant en cercle et en chargeant le prédateur. Autrefois, les troupeaux étaient petits et les éleveurs rentraient leurs bêtes chaque soir, mais aujourd’hui un éleveur ne peut évidemment pas regrouper quotidiennement ses 1 500 têtes de bétail.

Le loup étant protégé par la convention de Washington, qui interdit sa chasse, les éleveurs se trouvent très démunis. Quelles mesures envisage-t-on de prendre pour les rassurer ? Peut-on imaginer, par exemple, de baguer les loups, afin de les suivre grâce au GPS et d’alerter les éleveurs dès que l’un d’entre eux approche de leurs troupeaux ?

M. Gérard Larcher, ministre délégué à l’emploi, au travail et à l’insertion professionnelle des jeunes – Je vous prie d’excuser Mme Nelly Olin, qui aurait souhaité vous répondre personnellement, ayant comme vous le savez de fortes convictions sur le sujet, mais elle consulte ce matin les représentants des communautés de France sur le projet de loi sur l’eau.

Quand j’étais à l’école vétérinaire de Lyon, on m’apprenait que le loup avait disparu de notre territoire, le dernier représentant de l’espèce ayant été recensé dans le Haut-Poitou juste après la Deuxième guerre mondiale – c’était le sujet de ma thèse de doctorat… Il a été de nouveau observé chez nous en 1992, en conséquence d’une expansion naturelle en provenance d'Italie, et depuis il a progressivement colonisé l'arc alpin, gagnant également la Suisse. Une gestion concertée de l'espèce est donc nécessaire entre nos trois pays, dont les autorités ont des échanges très réguliers sur le sujet.

Le loup est une espèce protégée sur l'ensemble du territoire national en application du code de l'environnement et de l'arrêté ministériel du 17 avril 1981 modifié, fixant la liste des mammifères protégés sur le territoire métropolitain. Cette réglementation nationale est issue de la Convention de Berne, relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe, et de la directive communautaire du 21 mai 1992 sur la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages. Il est notamment interdit de procéder à la destruction ou à la capture des loups, sauf dérogation ministérielle très précise en cas de dégâts importants sur les troupeaux et en l’absence d’autre solution.

Ces dispositions conditionnent la politique conduite conjointement par le ministère de l'écologie et celui de l'agriculture, visant à assurer la compatibilité entre la présence du loup et l'activité pastorale. Les efforts constants des deux ministères au cours des dernières années ont permis d'adapter le dispositif de protection des activités pastorales à l'expansion de l'espèce. Une disposition particulière du plan de développement rural national, la mesure « T », permet aux éleveurs de bénéficier de financements publics et communautaires à hauteur de 80 % de leurs dépenses de protection – gardiennage des troupeaux, utilisation de chiens, clôtures. L'État intervient également par la mise à disposition des techniciens pastoraux pour conseiller les éleveurs dans le choix des moyens. En 2005, 444 éleveurs ont bénéficié de cette mesure, pour un budget de 2,4 millions, et 3,6 millions sont inscrits pour 2006.

Par ailleurs, les dégâts dus à la prédation du loup sont indemnisés par l'État ; le ministère de l'écologie et du développement durable y a consacré un million d’euros en 2005. Enfin, un dispositif particulier et évolutif est mis en œuvre depuis 2004 pour autoriser les prélèvements de loups lorsque la prédation demeure importante malgré les mesures de protection.

Le suivi par des colliers GPS, envisageable à des fins scientifiques, l’est beaucoup moins dans une optique de protection des troupeaux. En effet, outre le fait que l'équipement des animaux nécessite de les piéger – ce qui n'est pas une opération facile –, on peut craindre que la très grande mobilité des loups empêche de réagir assez vite. En revanche, il est nécessaire de s’inspirer de l’expérience des autres pays ; c’est tout le sens des échanges qui sont organisés, par exemple avec les États-Unis et les scientifiques du parc de Yellowstone.

M. Jacques Remiller - Je vous remercie. J’aurai l’occasion de m’entretenir à nouveau de ce sujet avec Mme Olin lors de sa visite en Isère. Le vétérinaire que vous êtes sait toute l’importance de l’activité pastorale pour nos montagnes et comprend certainement la nécessité de prendre des mesures fortes ; la gestion est certes concertée dans l’arc alpin, mais je ne suis pas sûr que tous les pays aient la même approche. Or les loups sont de plus en plus nombreux chez nous et vont de plus en plus bas ; si l’on ne fait rien, on les retrouvera prochainement dans la plaine…

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