Michel Chansiaux : Ours ou pas ours, le paysan est anti nature

Michel_chansiaux_1Michel Chansiaux est Ingénieur agronome, issu d'une famille d'agriculteur en Bourgogne et journaliste dans la presse agricole depuis plusieurs années. Sur son blog "Le cri de l'échalotte", il publie une note "Ours ou pas ours".


Ours ou pas ours

Michel Chansiaux
Dans la polémique qui opposent les partisans de l’ours et les bergers, les arguments rationnels des uns et des autres ne font guère avancer le débat. Mes origines paysannes m’autorisent à mettre l’accent sur un des fondements de cette opposition.

Le paysan est anti-nature ...

Par nature, le paysan est anti-nature ! Depuis des siècles, il n’a eu cesse de la dompter, de la défricher, de la dominer, de la contraindre. L’aboutissement de cette emprise de l’homme sur la nature, c’est le Nôtre et le jardin à la française.

Si les paysans voient d’un très mauvais œil, le retour du loup, du lynx ou de l’ours, ce n’est pas que pour le risque qu’encourt le bétail. C’est aussi pour la symbolique régressive que représente la nature.

Je me souviens encore des longues promenades dominicales que nous faisions en famille en Bourgogne. Nous quittions la vallée de la Saône pour rejoindre la Côte et l’Arrière Côte. Nous abandonnions alors la voiture et, étudiant en sciences naturelles à l’époque, j’entraînais mes parents à découvrir la richesse de la flore des combes.

...mais ému par le paysage

Ni les tapis violets d’anémones pulsatiles ou les champs de neige d’ails des ours, pas plus que les lys martagons, n’émouvaient plus mes parents, qu’au retour, le damier des champs de colza et d’orge.

Mon père ne cachait pas son émerveillement devant ce « paysage » parfait, maîtrisé, œuvre du travail des hommes. La nature, trop sauvage ou trop divine, ne fait pas partie de l’univers paysan.

La nature est dangereuse

Pour les citadins, le paysan fait partie de la nature. C’est une erreur fondamentale, il n’a de cesse que de s’en extraire. Car la vraie nature, inconsciemment, par atavisme, il la connaît. Elle est dangereuse, cruelle, meutrière…

Un des mes ancêtres, qui a vécu, de 1851 à 1946, a légué à mon père (né en 1927), non seulement des écrits, mais aussi des souvenirs qu’il tenait de son propre grand-père (né en 1774). Une époque où les loups hantaient couramment les abords du village, où l’été 1893 était si chaud et sec, que le bétail n’avait comme chance de survie que de pâturer dans les bois, où les enfants des bûcherons mourraient d’infections des tiques qu’ils avaient dans les cheveux, où les marais étaient si nombreux que le paludisme faisait des ravages.

Le retour de l’ours ou du loup, pour les paysans, c’est la réminiscence dans leur inconscient collectif, de ce passé sans doute moins idyllique que nous l’imaginons.

Michel Chansiaux
Le Cri de l'Echalotte

" L'agriculture doit se faire entendre " L'échalote menace de disparaître en tant que telle. D'aucuns voudraient la confondre avec un simple oignon. Ce petit bulbe qui fait de la résistance est à l'image de l'agriculture que j'aime : variée, riche, inventive et respectueuse des terroirs, des goûts, des cultures, des hommes ... mais aussi inscrite dans l'ouverture, les échanges, l'innovation, la rupture...

Les intertitres sont de la buvette

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