Un appel international en faveur de la biodiversité

Dix-neuf scientifiques de treize pays demandent la création d'un nouveau mécanisme de coordination mondiale de l'expertise sur la biodiversité.

La terre est «au seuil d'une crise majeure» ! C'est en ces termes que dix-neuf scientifiques issus de treize pays lancent un appel à la communauté scientifique mondiale, en l'exhortant à parler d'une même voix pour orienter les politiques mondiales de la biodiversité. Publiée aujourd'hui dans la revue Nature, leur déclaration exige que soit «comblé de toute urgence le fossé entre les sciences de la biodiversité et les politiques». Car, soulignent les auteurs de cet appel, «la quasi-totalité des domaines concernés est en forte régression et de nombreuses populations ou espèces risquent de disparaître au cours du siècle. Malgré cette évidence, la biodiversité reste largement sous-évaluée et insuffisamment prise en compte par les politiques publiques comme par les entreprises».

Des conseils aux politiques

Et de rappeler que près de 12% des espèces d'oiseaux, 23% des mammifères, 25% des conifères et 32% des amphibiens sont actuellement menacés de disparition. Sans compter que, soulignent les auteurs, «à lui seul, le climat pourrait augmenter de 15% à 37% les chiffres de l'extinction prématurée des espèces vivantes au cours des cinquante prochaines années».

Les signataires de cette déclaration proposent donc que soit mise sur pied une instance qui fédère le point de vue de la communauté scientifique et oriente les décisions politiques. Leur modèle est le Giec (Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat, IPCC en Anglais), mis en place en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).

Parmi les signataires figurent notamment l'ancien directeur du Giec Robert Watson, actuellement conseiller scientifique au département de l'environnement de la Banque mondiale, et des spécialistes de la biodiversité, notamment les Français Michel Loreau, de l'université McGill au Canada, et Robert Barbault, directeur du département d'écologie et gestion de la biodiversité au Muséum national d'histoire naturelle.

Cette idée fait son chemin depuis quelque temps, sans pour autant faire l'unanimité. Elle a été lancée par Jacques Chirac dans le cadre de la conférence internationale sur la biodiversité qui s'est tenue en janvier 2005 à Paris à l'Unesco. «Ce qui est en cause, c'est la capacité de nos sociétés à intégrer dans les comportements et les choix individuels ou collectifs leurs conséquences écologiques et la responsabilité à l'égard des générations futures», avait alors lancé le président de la République.

La France, qui joue un rôle moteur sur le sujet, a poussé cette idée à la conférence sur la biodiversité qui s'est tenue à Curitiba, au Brésil, en mars dernier. Un comité international de pilotage pour la création d'un Imoseb (International Mechanism of Scientific Expertise on Biodiversity) a été mis en place et sa première réunion à Paris, en février dernier, a lancé une consultation de dix-huit mois nécessaire à sa création effective. «Il a existé des réticences à ce concept, mais les États-Unis, qui y étaient opposés au départ, se sont montrés, à Curitiba, ouverts au dialogue», relate Anne Larigauderie, directrice exécutive de l'antenne française du programme de recherches international sur la biodiversité Divertas.

Les opposants à cette idée estiment qu'une superposition des instances internationales ne réglera pas le problème, arguant du fait qu'il existe déjà une Convention sur la biodiversité (CDB). Adoptée à Rio en 1992 et ratifiée par cent quatre-vingt-huit pays, celle-ci s'est toutefois révélée impuissante à stopper l'érosion de la biodiversité avant 2010, comme s'y étaient engagés, voici trois ans, ses signataires.

Caroline de Malet, Le figaro

 

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