Bruno Besche-Commenge: Où est la biodiversité à préserver ? Réaction de B. de Menten

Par Baudouin de Menten

Bruno Besche-Commenge, linguiste, ethnologue

Bruno Besche est chercheur au Centre de Linguistique et de dialectique à Toulouse. Il a publié BESCHE-COMMENGE Bruno, 1977, Le savoir des bergers de Casabède, Toulouse : Éditions Jean-Louis Fossat, 2 vol.

Dans « l’encyclopédie pyréniaise dollesque », Louis Dollo, le "grand reporter" lourdais (Lourd'Infos) le présente comme : « Enseignant-chercheur en histoire des techniques agropastorales et des races bovines et ovines pyrénéennes » et rajoute, sans doute pour justifier le mélange des genres: « Résidant à Saint-Girons, il a une excellente connaissance du milieu dont il parle ». Je ne vois pas bien le rapport avec Saint-Girons, mais soit, avoir une connaissance du « milieu dont il parle » me semble assez logique pour un scientifique, linguiste de surcroit.

Bruno Besche-Commenge, un scientifique recherché

Pourquoi Louis Dollo a t-il décider de le défendre? Sans doute parce qu’il s’agit d’un des rares scientifiques épousant les thèses agropastorales des anti-ours, sinon Dollo n’en parlerait pas. Bruno Besche-Commenge à les faveurs de Louis Dollo mais aussi celles de la "Fédération transpyrénéenne des éleveurs de montagne " et autres associations de défense des Pyrénées, patrimoines et identités pastorales confondues.

Bruno Besche-Commenge, âne militant

Plus bas Louis Dollo continue la présentation [NDLB : je cite, admirez le style scientifique du linguiste].

Bruno Besche-Commenge : « J'étais du troupeau "d'ânes" pyrénéens qui, l'autre soir, empêcha sa Seigneurie Nelly Olin de lâcher sa bêbête à Arbas. Seigneurie en effet car ce sont bien les clercs et les seigneurs du Moyen-âge qui considéraient leurs sujets ruraux comme "des êtres humains quasi bestiaux" et c'est bien ainsi que nous avons été noblement traités par sa Seigneurie: "imbéciles" et "ânes". Je pensais donc alors pouvoir profiter au moins du secours de la SPA pour soigner mes bobos. Mais, dans la Dépêche du Midi de ce dimanche 7 mai, cette honorable Société se réjouit de ce que le nounours à Madame ait pu, ailleurs, être enfin relâché.

Bêtement j'en conviens (ne suis-je pas un âne), je ne savais pas que SPA signifie: Société des Pitoyables Animaux. Pitoyable : qui fait pitié. C'est bien ce sentiment que nous avons été nombreux à éprouver en regardant le reportage d' Envoyé spécial consacré à la pauvre Palouma. Bien nommée Palouma, c'était elle en effet le pigeon en l'affaire, le joujou de Madame: endormie, réendormie, abreuvée salement, charcutée, recousue, trimbalée ici et là, et libérée enfin avec, au flanc, une cicatrice encore fraîche, ah que c'est beau l'amour des bêtes quand des escadrons entiers les protègent!

Voyez-vous, Votre Seigneurie, je suis contre l'importation de ces ours chez moi, mais, âne pyrénéen, j'aime mes semblables animaux. Que la SPA, comme tout autre association amie des bêtes, ne proteste pas en voyant ainsi, comme une marchandise, la pauvre Palouma transformée en ours artificiel, manipulée, devenue un objet, cela m'inquiète: vers qui à présent me tourner pour soigner mes états d'âme et d'âne. J'en suis inquiet, je brais. »

Bruno Besche-Commenge, biologiste et virologue

Bruno Besche-Commenge est-il l'inspirateur d’Augustin Bonrepaux dans sa fantastique lutte contre les ours slovènes porteurs du virus H5N1 de la grippe aviaire ?  On peut le penser. L’Agence française de la sécurité alimentaire a réduit cette « théorie scientifique » à néant (Voir l'avis de l'AFSSA sur l'ours et la grippe aviaire sur la page documents sur les ours). Linguiste et ethnologue, quels métiers ingrats pour faire de recherche en biologie et virologie. Un coup dans l’eau.

Bruno Besche-Commenge au conseil d’Etat

En effet, on retrouve trace de ce « chercheur », membre du Groupement pastoral de Sentenac d'Oust dans un des « mémoires en intervention » présenté par la Fédération Transpyrénéenne des éleveurs de Montagne devant le Conseil d’Etat. Il réclamait « la suspension des réintroductions en relevant d'une part, que l'accord de coopération entre le Gouvernement français et le Gouvernement slovène pour la capture et le transfert d'ours bruns de la Slovénie vers la France, stipule que les opérations de capture peuvent débuter le 1er avril 2006, et d'autre part, que la convention de Berne du 1er septembre 1979 fait obligation de " consulter les populations concernées en procédant à une étude d'impact en cas d'introduction de nouvelles espèces animales ", la concertation qui a eu lieu a été biaisée faute d'intégrer les problèmes sanitaires. » Le revoilà qui revient avec des problèmes sanitaires. Malgré la démonstration « scientifique » de Bruno Besche-Commenge, le conseil d’Etat n’a pas bloqué le renforcement de la population d’ours ce printemps. Re plouf. Erare humanum est, perseverare diabolicum.

Bruno Besche-Commenge au secours des espèces menacées

Bruno Besche-Commenge est aussi l’auteur de « Question : Où est la biodiversité à préserver ? L’Ours brun et les race races à petit effectif en Ariège ». Une démonstration toute aussi scientifique des erreurs des associations écologistes et du gouvernement sur la route du renforcement de la population d’ours dans les Pyrénées. Analysons les travaux du linguiste pastoral.

Selon lui, les races ovines et bovines pyrénéennes sont beaucoup plus menacées que les ours des Pyrénées. L’Etat s’est aussi engagé dans la charte du Bureau des Ressources Génétiques à protéger ces « races à petit effectif ». En introduisant des ours, l’Etat introduit des « carnivores » importés de l'étranger. Omnivore, carnivore, Bruno Besche-Commenge se mélange un peu les pinceaux et les mots dans son argumentation. Bizarre pour un linguiste. Une chose est sûre, il n’est pas avocat ! Et les ours attaquant et tuant des brebis (pas de chiffre, ni de comparaison avec les autres causes de mortalités des races ovines et bovines), l’Etat ne respecte pas ses engagements envers les « races à petit effectif ». Peut-être pourrait-il profiter des 20000 euros de subsides du Conseil général de l’Ariège à l’ASPAP pour créer « paysdestarasconnaises.org » ou « brunesdespyrennes.com » ? L'argent de Bonrepaux serrait bien utilisé.

Bruno Besche-Commenge, mathématicien

Il effectue une démonstration mathématique d’une grande limpidité aussi innovante au point de vue scientifique que l’IPHB est efficace pour atteindre ses objectifs :

  • 250000 ours brun dans le monde, l'espèce n'est donc pas menacée. [NDLB: Quand cela les arrange, tous les ours sont dans le même panier, de la même espèce ; oubliées les prétendues différences entres les ours slovènes et les pyrénéens dont on nous chauffe les oreilles. Le chiffre de l'effectif résiduel pyrénéen de "Ursus Arctos" passe à la trappe. A la première page du plan de renforcement, Nelly Olin apporte sa réponse imparable: « Garantir la survie à long terme d’une espèce telle que l’ours brun d’Europe, c’est précisément conserver plusieurs noyaux stables partout où il est encore présent. Quelle que soit l’espèce, reporter sur d’autres pays la responsabilité de sa conservation, c’est travailler, sans le dire, à sa disparition ». ]
  • 5 reproducteurs utilisés en « Prim Holstein »
    [NDLB : La Holstein est la première race laitière au monde, et la première race bovine française]
  • 25000 vaches reproductrices « gasconne », 12000 enregistrées
  • 186 vaches « Casta », 148 enregistrées
  • 31000 vaches « Brune des Pyrénées », 16212 enregistrées
  • 120000 brebis « tarasconnaise », 15000 enregistrées
  • 1400 brebis « Castillonnaise », 1261 enregistrées

Et maintenant, tenez vous bien, Bruno Besche-Commenge, chercheur au Centre de Linguistique et de dialectique à Toulouse, ethnologue se lance et annonce droit dans les yeux de Madame Nelly Olin, ministre de l’écologie et du développement durable (je cite) ...

« Soit, toutes races confondue, ce qui est absurde, uniquement d’ordre comptable, 177.586 reproductrices, dont toutes au demeurant ne sont ni en Ariège ni dans les Pyrénées. Il y a 72.414 ours brun de plus dans l’hémisphère Nord. Où se situe la biodiversité menacée ? » 

[NDLB :                                                ! (silence admiratif)

Sciée qu’elle est Nelly. La France tient son futur prix Nobel ! Après il se lance dans :

  • un discours où les méchants carnivores slovènes vont manger toutes les reproductrices des « races à petit effectif » car « par le simple jeu de la reproduction naturelle, cela signifie un accroissement rapide du nombre d’individus (les ours), donc l’impossibilité croissante de maintenir la biodiversité des cheptels domestiques dans les systèmes traditionnels de gardiennage qui ont permis jusqu’à présent à ce cheptel de conserver sa rusticité! », brisant ainsi « l’équilibre entre les sociétés et leur agriculture, et le monde vivant dans lequel elles se situent. »
  • un autre sur « Les problèmes sanitaires liés à la perte de diversité génétique sont le problème majeur pour les élevages de volailles dans le cas actuel de la grippe aviaire ; cf. F. Renaud, directeur de l’unité mixte IRD/CNRS de génétique et d’évolution des maladies infectieuse, à Montpellier: « Ces élevages de volailles sont devenus des milieux denses et homogènes qui deviennent de ce fait favorables au développement des pathogènes. Dans les élevages à faible diversité génétique, le système immunitaire des animaux répond de la même façon au pathogène. Or les virus mutent en permanence. Si un virus pathogène et contagieux devient adapté au poulet, il se propage d’autant plus efficacement que tous les poulets sont identiques, et comme il y a une forte densité d’animaux, tout l’élevage peut être contaminé. ». [NDLB : Le revoilà parti avec les poulets d’Augustin Bonrepaux! Moi qui croyais que l’ours et le poulet étaient des espèces différentes, je n'ai pas été sue pyréniais pourr rien. Merci Louis Dollo]
  • Il raconte aussi, intéressant cela : « le bien être doit être d’abord celui du bétail, pas des hommes, et les bêtes sont bien quand on ne les oblige pas à sans cesse manœuvrer comme des machines à quatre pattes! Les dizaines de «cabanots» que l’on trouve encore partout à haute altitude, les centaines d’orrys à Auzat, s’expliquent pour les mêmes raisons: comme l’escargot, l’homme alors en quelque sorte déplaçait sa maison, et, pour s’abriter, bâtissait ces abris sur les lieux mêmes où les bêtes aimaient pâturer et dormir. Il y avait alors suffisamment de monde pour assurer ainsi une présence et l’ours était pourtant un poids insupportable : on raconte à Sentein comment, au dessus du Bocard, les nuits où il rôdait, les bergers se relayaient pour veiller et faire rouler, dans un ravin proche de la cabane, les pierres qu’ils avaient amoncelés dans la journée : le bruit effrayait l’ours qui ne s’approchait pas des bêtes. [NDLB : Un nouveau moyen de protection, et gratuit, pas besoin de subsides ! Des ravins et de la caillasse : il y a tout sur place. La balance du budget de l’IPHB « argent pour les ours » / argent pour les bergers » va pouvoir s’inverser. Génial Bruno Besche-Commenge, vous êtes génial. Malgré des centaines d’heures de réunions patrimoniales, Didier Hervé, Jean Lassalle, Monique Lahitete et Joseph Paroix réunis n’en ont pas eu l’idée, les nuls.

C’est exactement le programme du plan de renforcement de Madame Nelly Olin. Vive le renforcement, la cohabitation, les bergers qui défendent leur troupeau, ceux qui font des efforts d’adaptation, ils méritent d’être soutenus.

Bruno Besche-Commenge : du grand art pour quelqu'un qui se présente comme un âne et un imbécile !

Baudouin de Menten

Et pour conclure, la dernière déclaration de la référence scientifique de Louis Dollo et de la Fédération transpyrénéenne des éleveurs de montagne. Je suis d’accord avec Bruno Besche-Commenge, chercheur au Centre de Linguistique et de dialectique de Toulouse  quand il cite le Rapport de la Commission Parlementaire 2003 consacré au pastoralisme : « Contrairement à l'image souvent dévalorisée ou teintée de folklore, qui est donnée de cette forme d'élevage, elle repose sur des savoir faire agricoles montagnards qui doivent allier tradition et modernité. Au fil de ses travaux, la commission a acquis la conviction que cette forme d'élevage doit être mieux défendue et mieux soutenue dans ses efforts d'adaptation, lesquels devraient notamment lui permettre une meilleure valorisation de ses produits.»

Défendre ces races à petit effectif me semble une bonne idée. Ce qui est génant est peu crédible, c'est que cette défense se fasse à nouveau sur le dos de l'ours. Il s'agit plus d'une nouvelle tentative d'attaque du plantigrade que de réellement défendre ces races. Je n'ai lu aucun communiqué sur la défense des races pyrénéennes, pas d'associations, pas de site internet, étrange. Pourtant il y a beaucoup de choses à faire :

  • recenser le bétail pour l'inscrire dans le "livre" de chaque race,
  • multiplier les exploitations d'élevage,
  • pratiquer une sélection pour augmenter les reproducteurs,
  • augmenter la zone géographique de présence de chaque race,
  • utiliser les méthodes de protection pour sauvagarder le bétail existant

Toutes des mesures dont Bruno Besche-Commenge ne parle pas, sans doute parce qu'en fait il se moque bien de la sauvagarde de ce bétail. Il s'agit d'une stratégie pour s'opposer à la présence de l'ours, encore une fois. Qu'il utilise les fonds du Conseil Général de l'Ariège pour créer une association de sauvegarde des races pyrénéennes...

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