Lâchers d'ours 2006 : En dépit des difficultés rencontrées, les maires sont satisfaits des lâchers

Les 4 ours capturés en Slovénie ont été relâchés sur le territoire des communes candidates. Pourquoi se sont-elles prononcées en faveur de l’ours ? Comment ont-elles vécu ces lâchers ? Réactions et retours d’expérience des maires des communes concernées : François Arcangeli, maire d’Arbas, Rolland Castells, maire de Bagnères-de-Bigorre, Alain Ladévèze, maire de Burgalays, René Rettig, maire de Bagnères-de-Luchon.

François Arcangeli, maire d’Arbas - “Les habitants d’Arbas ont toujours vécu avec la mémoire de l’ours. Notre massif a été l’un des derniers à avoir abrité cette espèce dans les Pyrénées centrales. L’idée de l’accueillir à nouveau et de participer à sa renaissance a remporté une forte adhésion au sein du village” explique François Arcangeli, maire d’Arbas et Président de l’association “Pays de l’ours-ADET”.

Rolland Castells, maire de Bagnères-de-Bigorre - À Bagnères-de-Bigorre, le maire, Rolland Castells estime que “sa commune, porteuse d’une image environnementale forte se devait logiquement de se porter candidate au lâcher”.

Alain Ladévèze, maire de Burgalays - Même sentiment, de la part d’Alain Ladévèze, maire de Burgalays : “la restauration de l’ours s’inscrit dans une démarche de qualité de la montagne que nous avons toujours défendue”.

Dans tous les cas, la décision des lâchers a été votée en conseil municipal. Ce qui n’a pas empêché les opposants de se manifester avec virulence au cours des lâchers successifs. “Face à un tel climat d’hostilité, les habitants ont été choqués et déçus de n’avoir pas pu assister au lâcher du premier ours Palouma” déplore François Arcangeli.

Rolland Castells et Alain Ladévèze, les maires de Bagnères-de-Bigorre et de Burgalays ont, eux, volontairement joué la carte de la discrétion pour ne pas risquer d’attiser la colère des opposants.

René Rettig, maire de Bagnères-de-Luchon - À Bagnères-de-Luchon, le maire, René Rettig, fervent défenseur de la biodiversité rappelle que ces lâchers sont indispensables à la survie de l’animal dans notre massif. "C’est un devoir de responsabilité et d’humanité que de les accepter", insiste René Rettig, qui analyse la fronde anti-ours comme “le signe du mal être profond qui ronge un monde pastoral en péril”.

Écouter, apaiser, convaincre

Passés les lâchers, les maires se montrent aujourd’hui plus confiants. “Je suis convaincu que ce renforcement est bénéfique à l’économie touristique du massif et va dans le sens de l’histoire” souligne François Arcangeli. Un constat
partagé par Alain Ladévèze: “Le maintien de l’ours est un facteur de développement du pastoralisme pyrénéen, sans lui, l’État se désintéresse de l’économie montagnarde. Nous devons profiter des aides de l’État pour rouvrir les estives, renforcer le gardiennage, relancer l’agriculture et valoriser nos atouts”. “Ces nouveaux lâchers nous obligent à réfléchir sur l’avenir du pastoralisme et des activités susceptibles de survivre dans nos régions, reprend en écho René Rettig, nous devons évoluer et ne pas craindre de nous affronter à la réalité économique.”

À Bagnères-de-Bigorre, Rolland Castells s’attelle à renouer le dialogue avec la cinquantaine d’éleveurs opposants que compte sa commune : “l’ours vient s’ajouter à leurs difficultés économiques, les éleveurs se plaignent de n’être pas entendus et redoutent de nouveaux lâchers dans les prochaines années. Il faut savoir entendre leurs inquiétudes et mettre en place une concertation sur l’avenir du pastoralisme”.

Pour l’heure, Rolland Castells  a préféré suspendre le second lâcher sur sa commune et savoure les bénéfices du premier. “De nombreux estivants m’ont écrit pour m’informer de leur venue cet été en signe de soutien et d’encouragement” se réjouit-il.

Dans la petite commune d’Arbas, “la population suit avec passion les pérégrinations des ours relâchés”. Alain Ladévèze a affiché en mairie la localisation de Palouma et informe les éleveurs sur la marche à suivre en cas de prédation. “J’ai reçu 150 courriels de soutien, constaté un afflux de touristes dans le village. Ce lâcher a un impact positif indéniable, à condition, précise le maire de Burgalays, de parvenir à convaincre les éleveurs d’adopter rapidement des mesures de protection de leurs troupeaux”.

Carina Louart, journaliste

Source : Empreinte Ours n° 1, lettre d'information semestrielle de l'Etat sur le programme de restauration et de conservation de l'ours brun dans les  Pyrénées

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