Sébastien Dejean sur la piste de Palouma, ourse des Pyrénées

Dans les Pyrénées, l'homme a réintroduit l'ours, importé de Slovénie. Malgré l'opposition des éleveurs de brebis, la population croît lentement. Elle compte maintenant une vingtaine de sujets. Parmi eux, Palouma, jeune femelle de 3 ans.

Mais où est passée Palouma?

SAINT-GAUDENS - Trois jours qu'elle ne donne plus signe de vie. Sébastien Dejean n'est pas inquiet. «Elle doit se trouver dans un secteur qui n'est pas couvert par le réseau GSM», explique le jeune technicien, détaché auprès de l'Office national de la chasse. Comme les trois autres ours «slovènes» lâchés dans les Pyrénées au printemps, la jeune femelle est équipée d'un GPS et de deux émetteurs, reliés au réseau de téléphonie satellitaire. Cela permet à une «équipe technique» de les suivre en permanence. Via Internet, la population est informée. Rassurée. Ce n'est pas qu'ils soient dangereux, les ours des Pyrénées. S'ils croquent une brebis à l'occasion, ils ont plutôt tendance à fuir l'homme. Mais ainsi l'a voulu le ministère de l'Environnement.

La semaine dernière, Balou avait donné du fil à retordre à Sébastien. Aujourd'hui, le technicien va devoir partir à la recherche de Palouma. Une tâche moins fatigante que lorsqu'il faut crapahuter en montagne sur les traces de ceux qui n'ont ni émetteur ni balise GPS.

«Nous voulons aussi mieux comprendre leur mode de vie», justifie le jeune homme, passionné par la montagne et l'environnement. En Slovénie, une femelle vit sur un territoire de 60 000 hectares, un mâle sur environ 200 000 hectares. Mais en France? Animal solitaire, l'ours ne fréquente ses congénères que pour les besoins de la reproduction. Le rut a lieu en mai. Les femelles peuvent mettre bas jusqu'à trois oursons, à raison d'une portée tous les deux ans. «A la naissance, ils sont minuscules, environ 300 grammes. Vous vous rendez compte? Dix fois moins lourd qu'un bébé, alors qu'ils pèsent deux à trois fois le poids d'un homme!» En moyenne, un seul survit. Les maladies ne sont pas en cause. «Ce sont des animaux très joueurs, insouciants, qui s'exposent souvent à des accidents

Est-il arrivé quelque chose de ce genre à Palouma?

Sébastien va tenter de le savoir en retrouvant sa trace. Au volant de sa petite C3, direction le massif de Burat, dans la vallée de la Garonne. C'est là que l'ourse slovène a été remise en liberté, en mai. «Comme les autres, elle découvre son territoire. Il lui faudra deux ans pour se l'approprier.» Pour cela, l'ours parcourt de grandes distances, jusqu'à 30 km en une nuit. «Au lever du soleil, il cherche un site où il passera la journée : un fourré, une caverne fraîche, le dessous d'un arbre déraciné.» L'obscurité venue, il se met en quête de nourriture : des racines, des tubercules, une fourmilière, un guêpier sauvage pour en dévorer les larves. A l'occasion, il ne dédaignera pas une charogne de chevreuil, de sanglier. «Il se régale aussi de baies: myrtilles, fraises des bois, framboises. Et, à l'automne, de glands, de chataîgnes, de noisettes... »

Car, au sortir de l'hibernation, messire Ours est maigre comme un coucou anorexique. Palouma, par exemple, ne pèse que 70 kg. Elle va en prendre une trentaine, avant d'aller piquer, en novembre, un roupillon de plusieurs mois, sans manger ni boire, avec juste, chaque jour, une petite sortie pour se dégourdir les pattes dans une semi-léthargie.

Pour le moment, c'est l'été et la jeune femelle n'en finit pas de sillonner la montagne. Pour la retrouver, Sébastien a pris un chemin pentu, réservé aux forestiers. Au dessous, la vallée de la Pique. Dans le lointain, le massif du Luchonnais. L'Espagne est toute proche. Le temps est splendide, on sent la chaleur qui monte. Soudain, de sa petite radio sortent des bip-bip, timides d'abord, puis bien nets. C'est elle. Mais où ? A 10h, Sébastien fait sa première halte. Il déplie une antenne directionnelle à laquelle il fait effectuer un lent mouvement à 360°, récepteur sur l'oreille. «Elle a l'air d'être par là», dit-il en désignant, en face, le versant gauche de la Pique. «Mais ce n'est pas sûr, car on peut travailler sur un écho.» Un deuxième arrêt, une demi-heure plus tard, confirmera qu'il avait raison de se méfier. En fait, Palouma se trouve derrière nous, sur un versant très escarpé de la Crête du Mail de l'Aigle, à environ 1300m d'altitude. A la troisième et dernière mesure télémétrique, le doute n'est plus permis. L'écho est fort et clair. Un relèvement à la boussole, quelques mesures sur la carte d'état-major et la voici localisée pour de bon, à seulement 500m de là, sur un petit replat qu'elle a choisi pour passer la journée. L'ourse a bon goût. L'endroit est splendide, planté de pins, de hêtres et de bouleaux, avec en dessous le murmure du Sarrouègère, un ruisseau où elle ira très certainement boire, la nuit venue.

«C'est très rare de l'approcher de si près», apprécie le jeune technicien de l'Office de la chasse. En six ans, il n'a vu les ours que cinq fois. Pas par manque de chance, mais pour une question de principe: dès qu'il a localisé l'animal, il s'éloigne systématiquement pour ne pas le déranger.

Marc MAHUZIER.

Source : Ouest France

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