Ours : 2,2 millions $ d'aide pour le pastoralisme

Les vrais comptes des ours

Le lâcher d'un cinquième ours relance la polémique. Pourtant, les conditions de travail des bergers se sont bien améliorées depuis la réintroduction.

Photo du lâcher de l'Ours SarousseAvec l'arrivée de Sarousse, le cinquième ours slovène, lâché dans la nuit de lundi à mardi à Arbas (Haute-Garonne), le gouvernement a achevé dans la plus grande discrétion un plan très contesté de réintroduction de plantigrades dans le massif pyrénéen. Capturée dimanche soir dans le secteur de Masoun, en Slovénie, Sarousse a été libérée mardi 22 août 2006 vers 1 heure dans la bourgade où avaient déjà été relâchés la femelle Hvala et le mâle Balou.

Pour la ministre de l'Ecologie et du Développement durable, Nelly Olin, « le cinquième lâcher permet d'assurer la pérennité d'une espèce protégée et dont la survie était, à court terme, menacée sur notre territoire ». Un cinquième lâcher qui a immédiatement provoqué de vives réactions des opposants à la réintroduction d'ours dans les Pyrénées centrales. Bernard Moules, secrétaire général de la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) Midi-Pyrénées, a par exemple affirmé hier que le bilan de la réintroduction était « catastrophique ».

Peu de dégâts

La réalité n'est pourtant pas aussi noire, bien au contraire. Plus de deux mois après leur arrivée, Palouma, Franska et Hvala, les trois femelles, et Balou, le mâle, n'ont pas commis plus de dégâts que les plantigrades habitant déjà la chaîne.

  • Palouma et Hvala se sont rapidement cantonnées sur des zones traditionnellement favorables aux ursidés, entre le val d'Aran, en Espagne, et l'extrême sud de la Haute-Garonne.
  • En revanche, Franska s'est offert une pointe de plus de 80 kilomètres vers l'ouest, pour rejoindre le Béarn.
  • Balou, quant à lui, s'est d'abord égaré en fonçant au nord-est, jusqu'au Vernet (Haute-Garonne), à quelques dizaines de kilomètres de Toulouse, avant de repartir vers l'Ariège. C'est à Camarade, une commune située au nord de Saint-Girons, qu'il a été capturé par les techniciens de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) pour être équipé d'un collier émetteur plus performant. Il a ensuite été relâché plus au sud, à Bagnères-de-Luchon et, depuis, il s'est installé lui aussi en bordure du val d'Aran.

Tous ces mouvements de découverte d'un nouveau territoire se sont effectués sans que la panique s'installe sur les estives occupées par les troupeaux de brebis. Cette opération de renforcement a simplement démontré un peu plus que tout peut se passer convenablement si les troupeaux sont gardés et si des chiens de protection sont mis en place.

La solution patou

Depuis 1996, année des premières réintroductions de Mellba, Ziva et Pyrros, ce sont au total 174 pastous qui ont été installés dans des zones sensibles, et les résultats sont excellents. Ces gros chiens, qui s'étaient raréfiés avec la disparition des grands prédateurs, sont redevenus de précieux auxiliaires des bergers. Au lieu de dégénérer en traînant sur les parkings des stations de ski, ils naissent à nouveau en bergerie, au coeur du troupeau, pour se transformer en grands frères protecteurs des brebis. C'est instinctivement qu'ils font face. Ils aboient pour éloigner les intrus et prévenir le berger, et attaquent si nécessaire. Ainsi Palouma a-t-elle été repoussée à trois reprises en juillet par une jeune chienne effectuant sa première saison sur une estive au-dessus de Canejan, en Espagne, derrière Melles.

Les résultats d'une étude réalisée par l'ACP (Association pour la cohabitation pastorale) auprès de 37 éleveurs de l'ensemble de la chaîne pyrénéenne sont édifiants. Avant la mise en place des pastous, ces éleveurs perdaient au total, chaque année, 175 bêtes sur les exploitations et 157 sur les estives. Les chiens errants étaient les grands responsables de ces pertes, auxquelles il fallait ajouter des vols et seulement 10 prélèvements attribués aux ours. Après la mise en place des chiens pastous, on est passé à 16 pertes sur les exploitations et à 116 sur les estives, dont 5 par les ours.

Un métier revalorisé

« Les pastous sauvent bien plus de brebis que n'en tuent les ours sur l'ensemble des Pyrénées », affirme Alain Reynes, directeur de l'association Adet Pays de l'ours. Il a été calculé que, grâce au chien de protection, un éleveur possédant un troupeau moyen de 320 brebis économise 1 221 euros par an. Grâce à un chien offert et mis en place gratuitement dans le troupeau par des techniciens. Mieux, le propriétaire des brebis touche 305 euros pour nourrir son pastou sur l'estive. Une des nombreuses aides qui existent.

L'arrivée de nouveaux ours dans les Pyrénées centrales et le soutien à ceux qui vivaient encore en haut Béarn ont effectivement permis d'aider et de faire évoluer le pastoralisme. A commencer par le statut et les conditions de travail des bergers. Aujourd'hui, ils sont tous déclarés, touchent des salaires décents, ont une couverture sociale et prennent même des congés. Tout cela grâce aux aides « ours » dont bénéficient les propriétaires éleveurs et les groupements pastoraux. Elles sont nombreuses, en voici quelques exemples :

  • un groupement touche 385 euros par mois par berger employé sur une estive;
  • si celui-ci procède au regroupement nocturne du troupeau, la prime passe à 770 euros;
  • si un second berger est nécessaire, la zone étant difficile, le groupement perçoit 1 990 euros par mois pour les deux.

2,2 millions d'euros

D'autre part, tout le matériel nécessaire aux bergers dans leurs cabanes d'estives est héliporté gratuitement en début de saison. Les fromageries des cabanes ont été rénovées et mises aux normes européennes sans que les éleveurs déboursent 1 cent, comme pour la descente hebdomadaire des fromages à dos de mules en haut Béarn. Tout cela a été pris en charge à 100 % grâce aux financements débloqués pour l'ours. Comme les frais de téléphone portable ou de liaison radio avec la vallée, comme aime le rappeler Gérard Caussimont, le président du Fiep (Fonds d'intervention écopastoral).

On apprend encore que les clôtures sont payées intégralement et qu'une prime de 765 euros est versée par saison pour l'utilisation de ces parcs de nuit. Les apiculteurs sont également aidés, puisque les clôtures électriques de protection leur sont fournies gracieusement et qu'une prime de 80 euros leur est versée pour l'installation.

Toutes ces aides, payées par l'Etat, s'ajoutent aux primes classiques nationales et européennes attribuées aux éleveurs. Selon nos informations, le budget ours 2006 géré par le ministère de l'Ecologie s'élève à 2 200 000 euros. Sur cette somme, 815 000 euros sont versés au titre de mesures d'accompagnement. Le reste servant au fonctionnement de l'équipe de suivi et aux frais de transport des plantigrades entre la France et la Slovénie.

Tout compte fait, les ours ne sont peut-être pas une si mauvaise affaire pour le pastoralisme pyrénéen...

Pierre Verdet
Source Sud-Ouest

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