L'ours dans les Pyrénées toujours en sursis

Par Emmanuel ANGLEYS
Paris (AFP)

La question de la survie de l'ours dans les Pyrénées reste posée après la mort de Palouma, selon les spécialistes qui estiment à une vingtaine la population actuelle de plantigrades dans cette région.

«Quand on a commencé à en réintroduire, il ne restait que six ours en Béarn, et il n'y en avait plus du tout dans le reste du massif des Pyrénées», rappelle Philippe Sénégas, directeur régional de l'environnement Midi-Pyrénées, responsable de la mise en oeuvre du plan pour la restauration de l'ours.

«Aujourd'hui, on estime la population actuelle autour de la vingtaine», précise-t-il. «Vingt, cela ne peut pas suffire à assurer la pérennité de l'espèce», fait-il remarquer. Mais «attendons de voir s'il y a des croisements dans les années qui viennent», ajoute-t-il. «Les ourses réintroduites récemment seront peut-être pleines, on le verra à la sortie de l'hibernation», indique-t-il. De toutes façons, «avec le chiffre qu'on avait, il était clair que la population était vouée à l'extinction », souligne M. Sénégas.

Au début du XXe siècle, 150 ours étaient présents sur l'ensemble du massif pyrénéen et il en restait environ 70 en 1954, selon le ministère de l'Ecologie. Le plan de restauration de l'ours mené sous l'égide de ce ministère prévoit d'établir «un bilan biologique» d'ici 2010. Ce sera le moment de dire si «on a atteint un effectif qui permet l'auto-entretien de la population ou s'il faut en réintroduire encore quelques autres», selon M. Sénégas.

Le plan de réintroduction de cinq ours slovènes dans les Pyrénées françaises s'est achevé avec le lâcher de Sarousse le 22 août. Mais trois jours plus tard, l'ourse Palouma, arrivée le 25 avril, était retrouvée morte, visiblement à la suite d'une chute accidentelle.

Le mouvement Génération Ecologie a aussitôt demandé une commission d'enquête sur cette affaire. Trois ours ont été jusqu'alors tués par des chasseurs - Cannelle et Claude en 1994 et Melba en 1997. Au ministère de l'Ecologie, on souligne que la chute accidentelle est, avec la vieillesse, l'une des causes de mortalité naturelle les plus répandues chez les ours, surtout quand ils sont jeunes.

L'Association pour la sauvegarde du patrimoine d'Ariège-Pyrénées (Aspap), estime «que la présence de l'ours slovène, peu adapté à nos altitudes pyrénéennes, est une erreur». Certes, le relief n'est pas le même dans les Pyrénées et la Slovénie, indique-t-on au ministère de l'Ecologie, mais «il y a en Slovénie des falaises très escarpées où les ours vont souvent se réfugier et des accidents similaires arrivent

«Tous les ours qu'on a réintroduits dans les Pyrénées se sont admirablement adaptés au milieu», fait valoir de son côté M. Sénégas. Des ours de Slovénie ont été réintroduits dans des montagnes du massif alpin, aussi bien en Italie qu'en Autriche, sans problème d'adaptation.

Et la période de quatre mois - l'ourse slovène Palouma avait été relâchée dans les Pyrénées le 25 avril - est suffisante, selon lui, pour qu'un ours puisse repérer un territoire nouveau, même s'il lui faut un temps d'adaptation.

Deux associations favorables à l'ours, Ferus et Pays de l'Ours-ADET, ont demandé que «la décision de remplacer» Palouma soit «prise le plus rapidement possible.»

Ce remplacement éventuel ne pourra de toutes façons se faire dans l'immédiat, a indiqué le ministère de l'Ecologie, soulignant que les plantigrades s'apprêtent à hiberner.

Source: Yahoo news

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