Sarousse, un cheveu dans la soupe des éleveurs

par Baudouin de Menten

Le lâcher de l’ourse Sarousse en août à pris les opposants de vitesse. Sarousse serait-elle arrivée comme un cheveu dans la soupe aux épinards des éleveurs ? Les gros bras de l’ASPAP n’ont pas manqué de monter à la tribune pour montrer leur biceps.

Bernard Moules, secrétaire général de la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) Midi-Pyrénées : «Nous avions pris cette pause pour une mesure d'apaisement permettant de faire un bilan.» «Ce nouveau lâcher va  accentuer la colère de nos adhérents et nous ne savons pas comment nous pourrons la contenir.» Cela ne changera pas grand-chose, ils ne se sont jamais contenus. Les débordements prévisibles des membres de l'ASPAP sont inscrits dans les statuts de l’association. «L’association et ses représentants ne pourront pas être tenus pour responsables d’éventuels dommages occasionnés sur le territoire par des personnes par ailleurs adhérentes à l’association.». Voilà un conseil d'avocat qui pourrait servir pour le jugement attendu des casseurs d'Arbas.

Sloganantiours_1Bernard Moules: «Le bilan de la réintroduction est catastrophique.» «De nombreux bergers ont déjà quitté les estives, ce qui, outre les prédations dues à l'ours, va entraîner la réduction de l'activité pastorale et avoir des conséquences environnementales, touristiques et sur la population de la montagne.»

L’ours serait responsable de tous les maux du pastoralisme et de la montagne. Après leur campagne de peur, les éleveurs de l’ASPAP espèrent en recueillir les fruits. Mais qu'est ce qui fait fuir les touristes: la présence de l'ours ou l'étroitesse d'esprit des éleveurs? Voilà une petite photo qui montre deux villages où les éventuels commerces ont du souci à se faire. Toujours cette ridicule conviction que l'ours ferait peur aux touristes. Touristes, passez votre chemin, la méchanceté rôde ici.

Francis Ader: Les conditions de ce lâcher «confirment que l'Etat n'est pas sûr du bien-fondé de cette opération

Durant toute la préparation du projet, l’année de concertation et malgré les multiples manœuvres pour mettre fin aux lâchers, l’Etat et la Ministre de l'Ecologie et du Développement durable ,Nelly Olin ont toujours gardé le cap. L’ASPAP est-elle sûre du bien fondé des opérations violentes qu’elle a mené à de multiples reprises? Le verdict des casseurs d’Arbas est attendu pour bientôt. La certitude et la vantardise de l’ASPAP va peut-être redevenir une simple peur du gendarme et justice sera faite.

Francis ADER élabore une nouvelle théorie qui fait penser à la risible démonstration de Bruno-Besche-Commenge dans son plaidoyer contre l’ours «Où est la biodiversité à préserver ?»: «En termes de biodiversité, l'ours n'est pas l'élément indispensable aux Pyrénées. Bien au contraire, il y a de fortes chances pour qu'il devienne (...) l'élément déstabilisateur de l'environnement.» (Déclaration à l'AFP le 22/08/2006)

Philippe Lacube, cadre de l’ASPAP déclare dans le journal Sud ouest du 23/08/2006 : «La vraie question est: doit-on donner la priorité à de telles opérations, en abandonnant les droits d'usage de la montagne si chèrement acquis par nos anciens, pour les rendre à l'Etat ? C'est lui qui nous dira où nous pouvons lâcher des troupeaux, nous promener et chasser?»  «La montagne est à tout le monde, mais c'est nous qui y vivons, qui y avons une activité, et notre culture vient de loin, affirme-t-il. C'est cela que nous risquons de perdre. L'opération ours n'est qu'un alibi pour que nous soyons rayés de la carte. Déjà des technocrates nous expliquent que lâcher des ours dans des secteurs où il n'y a que deux habitants au kilomètre carré, ce n'est pas très grave.»

Le milieu agropastoral désire régner en seigneur sur ce qu’il considère comme ses terres, la terre de ses ancêtres, sa montagne. Un droit du sol qui leur permet de «faire la montagne propre». Et tout ceux qui ne sont pas du même avis deviennent des étrangers: l’Etat, les parisiens, les fonctionnaires, les touristes, les défenseurs de l'ours (des écolos, ou des escrolos!)

Le patrimoine pyrénéen est bizarrement réduit aux chants de clans, à la transhumance et à la chasse à l’ours, une tradition, un droit chèrement acquis par les ancêtres que les prémices des écolos de salons d’aujourd’hui ont perturbés en faisant de l’ours une espèce protégée et en supprimant les ancestrales prîmes d’abattages.

Tout fout le camp mon pauvre ami. Pour qui faut-il voter ? Vu ces quelques citations, un "de Villiers" devrait leur convenir assez bien. Pendant ces déclarations tapageuses, l’ourse Sarousse découvre les Pyrénées, du côté d’Arbas. Elle n’a pas filé directement en Ariège comme le pronostiquait le même Philippe Lacube lors du lâcher de Palouma.

Baudouin de Menten

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