Exclure le bétail de zones à ours protégées. Exclure l'ours de zones à brebis, protégées

Par Baudouin de Menten

Enfermer les ours dans des parcs

«Les enfermer dans des parcs», Philippe Lacube, porte-parole de l'ASPAP
(Association pour la sauvegarde du patrimoine Ariège-Pyrénées),  révêle une des aspirations de l'ASPAP: l'ours est un animal de cirque à clôturer: des zoos, des parcs, comme à Borce où même mort l'ours rapporte. Des ours à qui on jette des croquettes, des cacahuettes! Philippe Lacube estime qu'au-delà des dégâts, «la vraie question est: doit-on donner la priorité à de telles opérations, en abandonnant les droits d'usage de la montagne si chèrement acquis par nos anciens, pour les rendre à l'Etat? C'est lui qui nous dira où nous pouvons lâcher des troupeaux, nous promener et chasser?»

«La montagne est à tout le monde, mais c'est nous qui y vivons, qui y avons une activité, et notre culture vient de loin» affirme-t-il. Doit-on comprendre la montagne est à tout le mode, surtout à eux? Oui bien sûr. Berger, maître chez toi et tout ce qui gêne, basta. Une cloture et les parisiens autour. Et l'histoire de l'ours? Elle vient de bien plus loin encore.

«C'est cela que nous risquons de perdre. L'opération ours n'est qu'un alibi pour que nous soyions rayés de la carte. Déjà des technocrates nous expliquent que lâcher des ours dans des secteurs où il n'y a que deux habitants au kilomètre carré, ce n'est pas très grave.» Un grand complot de technocrates, l'ours ne serait que la face visible d'un grand complot destiné à virer les bergers des Pyrénées.

Exclure le bétail de zones protégées

Foutaises! Il y a un mot que Philippe Lacube ignore, volontairement. c'est le mot cohabitation. Les bergers ne veulent pas cohabiter, soit. Alors prenons Philippe Lacube au mot: des réserves! Il est temps de créer des zones réservées à l'ours. Cartographier les territoires les plus appropriés à la survie des ours et en exclure les troupeaux. Créer des réserves, non clôturées où l'ours serait en liberté et où les bergers qui ne désirent pas cohabiter seraient exclus. Exclure le bétail des zones protégées Et créer des réserves pour le pastoralisme. Un yellowstone pour les ours et un autre pour les brebis.

Les brebis ne sont pas en voie d'extinction que je sache, les gigôts non plus. Créer une nouvelle politique pour le pastoralisme et environnement: le contrôle et la gestion de l’espace. Foutre la paix au ours dans des zones ou pastoralisme et chasse seraient exclus. Des réserves Lalonde au carré.

Philippe Lacube assure vouloir continuer le combat d'«une autre façon». «Nous n'allons plus manifester pour risquer de passer au tribunal. On n'a pas voulu nous entendre, très bien; nous agirons sur le terrain en prenant nos responsabilités. Il serait illusoire de croire que l'affaire est classée et que nous nous inclinons. Le seul axe de négociation possible pour sortir du conflit est de regrouper tous les ours dans trois ou quatre vallées comme Orlu chez nous, en les enfermant dans de grands parcs clôturés de 8 000 hectares. On n'en est plus à ça près, au point de vue budget. Les laisser libres sur toute la chaîne est impossible. Les Pyrénéens l'empêcheront.» Marre des menaces, des éleveurs hors la loi. C'est drôle cette façon de se prendre pour le gourou des Pyrénées.

Le pastoralisme est déficitaire, subventionné, en état de comma avancé, pour ne pas dire dépassé. Et bien qu'on le soigne dans le pays basque et dans les Pyrénées atlantiques, là où il n'y a plus d'ours ou là où l'ours ne trouverait pas territoire à son goût. Et qu'on le laisse mourir dans les zones à ours, dans certaines zones du Béarn, et dans les territoires où l'ours trouve calme, tannières et nourriture. Les éleveurs pourront alors abandonner leurs troupeaux et s'occuper des foins, des gîtes et de leurs autres occupations, plus rentables. Les bergers pourront alors se consacrer à surveiller les troupeaux, arrêter de manifester, de casser, de détruire et de manipuler. Le pastoralisme de Papa est mort.

Aves suggère:  «En conséquence, nous pensons que la création de réserves, incluant les territoires vitaux des ours, dans lesquelles les chasses seraient prohibées, constituerait le moyen le plus efficace pour permettre à une population d’ours d’atteindre les effectifs nécessaires à sa survie sur le long terme. Ces réserves ont déjà été instituées par le passé, par le Ministre en fonction en 1990, Brice Lalonde.

En l’état actuel du dossier, nous pensons que la survie de la population d’ours des Pyrénées ne peut être garantie sans la préservation intégrale de son habitat. Ces réserves biologiques doivent protéger l’ours contre la chasse certes, mais aussi contre les aménagements touristiques et forestiers.»

«AVES France souhaite la mise en place de réserves intégrales sur une partie du domaine vital de l’ours. Les zones à ours dans lesquelles le pastoralisme est toléré doivent être conditionnées par la mise en place systématique de moyens de protection, afin de prévenir les dommages sur les troupeaux (mesures soutenues financièrement par l’Etat). Notre discours est clair : nous sommes contre le parcage des ours dans des sanctuaires (pronés par les anti-ours) ! Nous souhaitons un zonage des activités humaines sur le territoire des ours

Voilà la solution: créer des zones à ours, des zones où l'ours serait INTEGRALEMENT protégé et où le pastoralisme serait exclu s'il refuse la cohabitation. Installer le contrat gagnant/gagnant.

Les éleveurs s'engagent

  • à adopter en zone à ours les mesures de protection proposées par l'Etat où vont ailleurs,
  • à gérer leurs troupeaux "en bon père de famille": à pratiquer le pastoralisme avec de vrais bergers présents en estives et qui en assurent la fonction dans des conditions de confort acceptables financées par l'Etat,
  • à ne pas attenter à la vie et à la santé des ours d'une manière directe ou indirecte,
  • à être des gardiens attentifs et à surveiller la tranquilité des zones vitales pour les ours.
  • à promouvoir un pastoralisme respectueux de l'environement et de la faune.
  • à créer un climat de dialogue et à abandonner les actions violentes et hors la loi

L'Etat s'engage

  • à créer de nouveaux emplois de bergers et à payer les salaires des nouveaux responsables de la protection des troupeaux,
  • à améliorer les conditions de vie des bergers :aménagement des cabanes, héliportages ou bâts, liaisons téléphoniques etc.
  • à encourager l'élevage et le bon conditionnement des patous,
  • à soutenir les bergers en zone à ours en participant au financement des moyens de protection (aides humaines au gardiennage, clotûres, effarouchement, chiens efficaces ...)
  • à  dédommager les dégâts et leurs conséquences d'une manière juste et rapide, à un taux négocié et accepté par les éleveurs,
  • à promouvoir les produits agricoles de qualité issus des élevages participant au contrat (en dans ou en dehors des zones à ours)
  • à mettre en place un réel dialogue, la concertation demandée par les éleveurs
  • à amnistier les éleveurs poursuivis qui accepent de participer au contrat
  • à poursuivre et à punir tout acte qui met en péril la santé ou la survie des ours.

Un tel contrat qui mettrait en place des aides conditionnelles permettrait à chacun de sortir de ce conflit par la grande porte. L'opinion publique qui est favorable autant à la protection et à la survie de la population d'ours des Pyrénées qu'à la défense du pastoralisme et des bienfaits de l'activité sur les paysages pourrait enfin se réconcilier avec les deux parties. Une réconciliation générale et la fin du grand cirque, du grand zoo.

Baudouin de Menten

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