ASPAP : La stratégie du monde à l'envers

Philippe Lacube désire mettre les ours dans des parcs. Réaction de Patrick Pappola à la publication dans la Dépêche du Midi d'une interview de Philippe Lacube de l'Association pour la sauvegarde du patrimoine d'Ariège-Pyrénées (ASPAP)

par Patrick Pappola, militant écologiste

ASPAP : Après la politique de la terre brûlée, il semblerait qu'en apparence, l'association protégée par Augustin Bonrepaux change de stratégie (ou plutôt, en favorise l'une d'elle, utilisée dès le début : une opération brouillage de l'information pour donner de l'ASPAP une image ouverte, de volonté de réconciliation, loin de la violence entretenue ces derniers jours et pourtant réitérée de façon à peine masquée au même moment, par le même Philippe Lacube dans la presse écrite.

«Le n°1 de l'ASPAP à Ax ce 27 octobre 2006 »

La Dépêche du Midi - 28 octobre 2006 (extraits de l'interview de Philippe Lacube de l'ASPAP)

ASPAP : « Nous utilisons aujourd'hui la symbolique de la guerre des Demoiselles (...) : des hommes déguisés en femmes, le visages maquillé, allaient molester voire tuer des techniciens de l'office national des forêts. »

Patrick Pappola : Quand on sait combien Philippe Lacube et ses sbires s'échinent à essayer par tous les moyens de discréditer les équivalents des «techniciens de l'office national des forêts» , les  fonctionnaires de l'ONCFS (Equipe Technique Ours), il y a de quoi se poser des questions et s'imaginer comment les paroles de l'ASPAP et de Philippe Lacube et ses références historiques scabreuses pourraient être traduites dans des esprits fragiles et chauffés à blanc par ses troupes : il n'y a pas que dans les quartiers Nord de Marseille que des personnes tiennent des propos irresponsables et finissent par agir de la même manière sans se rendre compte de la gravité des choses.

"Arrière-News" lave plus blanc

Voilà comment la volonté de l'ASPAP de redorer néanmoins un blason bien terni se traduit par l'interview de Philippe Lacube par «Ariège-News» à la sortie du congrès de l'ANEM vendredi.

ASPAP : «Qu'est ce qu'on veut pour les Pyrénées, (...) un sanctuaire style zoo grandeur nature ou est-ce qu'on veut une montagne vivante avec des hommes qui travailleront, qui vivront dans ce pays».
Patrick Pappola : Qui parle de « sanctuaire » sinon Philippe Lacube et les anti-ours ? D'autre part, je suis persuadé que davantage d'ours, c'est justement davantage d'hommes en montagne, à commencer par les estives puisque des mesures d'aides sont prévues pour garder davantage les troupeaux, mais aussi dans les villages avec l'activité économique que l'ours peut favoriser en terme de tourisme de qualité.

ASPAP : «Il y a un conssensus aujourd'hui pour dire stop, des introductions, on n'en n'a plus besoin, tout le monde est d'accord là dessus.»
Patrick Pappola : Philippe Lacube prend là ses désirs pour des réalités : tout le monde est loin d'être d'accord avec cette idée de l'ASPAP. D'autre part, arrêter le renforcement de la population d'ours (et non pas les "introductions"), c'est condamner l'ours des Pyrénées de façon certaine. Si c'est l'objectif très clair de l'ASPAP, ce n'est sûrement pas celui de la majorité des pyrénéens ! Voir à ce sujet les différents sondages sur l'ours.

Aspap Association sauvegarde du patrimone Ariège PyrénéesASPAP : «Que faisons nous des ours qui sont sur la chaîne pyrénéenne et de leur future progéniture ? Pourquoi pas, à l'exemple de la Slovénie ou de l'Espagne, les cantonner dans une grande réserve naturelle pyrénéenne où il pourrait y avoir des ours, mais pas des ours de l'Atlantique à la Méditerranée et de Toulouse à Bayonne, parce que cela, les gens n'en voudront pas.»
Patrick Pappola : Encore une fois, l'imprécision est une des techniques de la manipulation. De quels « gens » parle Philippe Lacube ? Ceux de l'ASPAP ? Ensuite, la Slovénie et l'Espagne sont des exemples où les ours vivent en parfaite liberté !

Quelle confusion cette notion de réserve où les ours seraient parqués ! Toujours ce monde à l'envers cher à l'ASPAP : les animaux domestiques en liberté, les animaux sauvages, parqués ! Et cette « réserve naturelle », où est elle sinon dans l'esprit imaginatif mais bien loin des réalités des militants anti-ours de l'ASPAP ? Enfin, les ours seront présents où les hommes les laisseront vivre, que ce soit de Toulouse à Bayonne ou de Banyuls à Hendaye !

ASPAP : « A 15h, nous allons être reçu par M. Bussereau.(...)Nous savons que nous avons un ministre de l'agriculture qui est convaincu sur ce dossier là. On sait que les problèmes viennent surtout du ministère de l'écologie ».
Patrick Pappola : Quel aveu ! Nous en sommes toujours là : le difficile combat d'un ministère de l'écologie, pot de terre contre les pots de fer de l'industrie, des transports ou de l'agriculture. Reste à savoir avec quelles idées de l'ASPAP le ministre de l'agriculture serait en phase car rien n'est moins clair. Philippe Lacube et l'ASPAP prennent-ils encore leurs désirs pour des réalités ?

ASPAP : « Après un combat qui a été lourd et long, je pense qu'il est temps de s'asseoir à une table de négociation, je pense, je refais cet appel à la ministre de l'environnement, qui sera relayé par les élus qui étaient là pendant ce colloque : il est temps de nous rencontrer plus que jamais. »
Patrick Pappola : Ici encore, quel aveu ! Nul doute que les élus de la bien peu écologique ANEM relaient les idées extrêmes et ultrapastorales de l'ASPAP. Il y a bien sur du Bonrepaux là derrière. Philippe Lacube parle d'un combat, mais c'est lui et lui seul qui a choisi la logique de l'affrontement et la politique de la terre brûlée (saccage d'Arbas entre autre). C'est lui maintenant qui veut négocier ? Mais on la connaît la négociation des ultrapastoraux : c'est l'éradication de l'ours comme point de départ, sinon rien...

La table de négociation a été ouverte en continu près d'un an avant les lâchers, les ultrapastoraux n'y ont fait qu'une chose: boycott et sabotage. Et maintenant, Philippe Lacube veut rencontrer la ministre ? Où est sa crédibilité, surtout quand on lit son plan farfelu d'ours mis en réserves? Des réserves qui non seulement n'existent même pas et sont loin d'exister, mais en plus, ressemblent bien au «sanctuaire » qu'il décriait pourtant au début de son intervention ! A ceci près qu'il s'agirait de sanctuaires bien grillagés.

Les animaux sauvages dans des cages, les animaux domestiques en liberté : le monde à l’envers ! Mais pour mieux comprendre la stratégie de brouillage de l'information de l'ASPAP, voilà ce que disait Philippe Lacube le 23 août dernier dans Sud-Ouest : « Le seul axe de négociation possible pour sortir du conflit est de regrouper tous les ours dans trois ou quatre vallées comme Orlu chez nous, en les enfermant dans de grands parcs clôturés de 8 000 hectares. On n'en est plus à ça près, au point de vue budget. Les laisser libres sur toute la chaîne est impossible

Dans sa lettre au premier ministre, Augustin Bonrepaux, président du conseil Général de l'Ariège, ex patron de l'ANEM ne dit rien d'autre : "Je vous saurais gré de bien vouloir faire étudier par vos services la possibilité de créer un parc à ours de plusieurs milliers d’hectares sur les terrains domaniaux propriété de l’Etat où ils pourraient être suivis par ses services comme en Slovénie et où ils pourraient se reproduire en toute liberté sans perturber la vie des habitants et les différents services de l’Etat et des collectivités locales."

Vous comprenez mieux la notion de «réserve» chez Philippe Lacube et l'ASPAP? Elle vient tout droit du concept des «réserves d'indiens» de sinistre mémoire aux USA du début du siècle. Très inquiétant.  Il ose dénoncer en ouverture un «sanctuaire style zoo grandeur nature» qu'il est le premier et le seul à vouloir construire dans les Pyrénées en réalité !

Patrick Pappola

Voir la vidéo de l'interview de Philippe Lacube de l'ASPAP.

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