Trop de vaches et pas assez de brebis pour entretenir les paysages du Jura.

Les petits ruminants contre l'enfrichement

Massif du Jura - Minoritaire sur un massif du Jura largement dominé par les bovins laitiers, l'élevage de petits ruminants dispose de nombreux atouts pour exploiter des espaces sous-utilisés et contribuer à l’entretien du territoire.

Le 26 septembre 2006 se tenait à Levier une journée d’information et de débat sur le thème de l’élevage des petits ruminants et l’entretien du territoire.

Objectif premier, permettre un partage d’expériences en matière d’entretien du territoire par des petits ruminants ; à travers des témoignages et des éclairages scientifiques. Alexandre Dumontier, animateur régional ovin pour la Franche-Comté, a brièvement présenté les filières ovines et caprines sur le massif du Jura avec sa collègue Audrey Bernat de la Chambre d’agriculture de l’Ain et Alain Perrenoud, du bureau d’étude en environnement «Le Foyard», en Suisse. «Seulement 62 000 ovins et 6 000 caprins sont dénombrés sur le périmètre élargi de l’arc jurassien. La forte spécialisation du massif dans l’élevage laitier – notamment dans les zones d’AOC fromagères – explique pour partie les faibles effectifs actuels (moins de 0,6% du cheptel français primé).»

Faible en effectif, peu professionalisé (60% des élevages détenteurs de droits à primes pour les brebis ont moins de 50 brebis), mais cependant organisé pour la commercialisation à travers deux coopératives, l’élevage de petits ruminants a sans doute une carte à jouer dans le domaine de l’entretien de l’espace. «L’élevage ovin est utilisateur de terrains pastoraux difficiles, tels les coteaux et pelouses sèches, les friches en reconquête et les communaux

Pour répondre à la demande faite aux éleveurs de s’investir dans l’entretien des surfaces à enjeux (paysager, écologique...), une réflexion est à engager sur la manière de reconnaître de nouvelles fonctions à cet élevage, sur l’adaptation des systèmes en place et sur les possibilités d’installer de nouvelles troupes.

Nouveaux enjeux

En effet, les espaces pastoraux du massif du Jura, présentés par Jonathan Michaud, en charge du dossier pastoralisme à la Chambre régionale d’agriculture et Jean-Yves Vansteelant du PNR du Haut-Jura se caractérisent par une grande diversité, tant sur le plan de la structure que de la composition botanique. «Cette diversité résulte autant de la diversité des facteurs naturels présents sur le massif (altitude, climat, pédologie...) que de la diversité des usages que l’homme en fait : agriculture, sylviculture

Paysage du Haut-JuraParmi les parcours, on distingue quatre grands types : pelouses et coteaux secs, landes arbustives, pré-bois et estives. Au-delà des enjeux de production pour le secteur primaire (agriculture et sylviculture), ces espaces présentent également un intérêt en terme d’écologie à cause de leur importante biodiversité, un intérêt touristique lié à leur forte fréquentation et enfin une richesse patrimoniale sur le plan des bâtiments. «Avec la restructuration laitière et la modernisation agricole, on observe un relâchement de la pression de pâture sur les secteurs les plus difficiles ainsi que l’abandon de pratiques traditionnelles d’entretien (débroussaillage, ébranchage). La conséquence déjà visible est une évolution des espaces pastoraux vers la forêt

Difficile à percevoir à notre échelle de temps (mais parfaitement mesurable sur les photos aériennes), variable selon les secteurs, la fermeture du paysage correspond à une perte de biodiversité, une diminution de l'attractivité touristique et de la qualité de vie. Plusieurs éleveurs ovins présents dans la salle ont témoigné de leur difficulté d'accès aux surfaces délaissées, liée soit à des blocages sociaux de la part des propriétaires, soit à des problèmes d’accès au foncier.

Les conséquences de l’évolution dichotomique (intensification sur les parcelles faciles d’accès et relâchement de la pression de pâturage dans les zones difficiles) sont nombreuses. Sur le plan purement agricole, la déprise fait diminuer la valeur agronomique des parcelles et rend leur remise en état coûteuse, avec d’importants frais de remise en état par des moyens mécaniques, à ajouter aux coûts de clôtures.

Les participants ont défini plusieurs axes de travail pour trouver des solutions au problème de l’enfrichement. D’abord en amont effectuer un inventaire des surfaces concernées et résoudre le problème de l’accès au foncier. L’aspect collectif de la gestion a été également mis en avant : les éleveurs de bovins laitiers, les forestiers, les collectivités locales aussi bien que les acteurs du tourisme et de la protection de la nature et les chasseurs sont concernés. Troisième axe, la recherche de systèmes de gestion du pâturage innovants, tels le pâturage mixte ou partagé entre plusieurs exploitations au cours de la saison ont été évoqués. Enfin, la relance du pastoralisme sur le massif passera aussi par la formation, la valorisation du métier de berger et des produits issus de ce mode d’élevage.

Source : Alexandre Coronel dans le Jura agricole et rural

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