L'ourse Sarousse bientôt déplacée en haute montagne, une prise de risque inutile

Sarousse, le dernier ours slovène lâché dans les Pyrénées, doit être prochainement capturé pour être relâché en haute montagne à distance des populations, a-t-on appris vendredi auprès du ministère de l'Ecologie qui a donné jeudi le feu vert à son déplacement.

«Sarousse se situe actuellement dans un massif forestier où la densité humaine est plus importante qu'en montagne. Nous avons reçu la consigne de la déplacer pour la remettre sur la haute chaîne», a expliqué vendredi à l'Associated Press Etienne Bubarry, membre de l'équipe technique ours à l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

Le plantigrade, qui s'est débarrassé le 10 septembre de son collier GPS, campe depuis début octobre dans le piémont ariégeois, à la recherche d'un territoire. Après avoir opéré de petits déplacements entre Gajan et Montjoie-en-Couserans, où elle était encore il y a trois jours, l'ourse slovène a été localisée mercredi à Camarade et jeudi à Durban-sur-Arize, deux communes de l'ouest ariégeois, situées à 7km à vol d'oiseau l'une de l'autre. Dans la nuit de jeudi à vendredi, Sarousse est finalement revenue à Camarade.

«Sarousse se déplace énormément. Depuis le 6 octobre, nous la suivons jour et nuit, 24h/24 en attendant qu'elle se stabilise. Nous espérons qu'elle le fera à Camarade, un territoire qu'elle connaît puisqu'elle y est déjà passée», a précisé M. Dubarry.

Les techniciens ont recours à deux techniques pour capturer l'ourse, «nécessitant d'anticiper ses déplacements». «La nuit nous essayons de l'appâter avec un collet à patte et le jour nous la suivons avec des fusils hypodermiques qui permettent une anesthésie directe», a ajouté Etienne Dubarry. C'est de cette façon que la mission ours avait également capturé et déplacé Balou après sa réintroduction cet été.

Une fois attrapée, Sarousse sera relâchée en haute montagne dans une zone qui n'a pas été précisée. L'ourse est l'un des cinq plantigrades réintroduits en 2006 dans les Pyrénées. Agée de sept ans et pesant 112kg, elle a été lâchée le 22 août sur la commune d'Arbas (Haute-Garonne).

Déplacer Sarousse est une prise de risque non négligeable

Sarousse semble se fixer dans un secteur fortement boisé et riche en châtaignes et glands. A cette période de l'année, les ours préparent l'hibernation et doivent se créer une importance réserve de graisse pour passer l'hiver sans problèmes.

Locament, Sarousse est une ourse discrète : ni rencontres ni dégats. Celà n'empêche pas certains maires ariègeois d'attraper des boutons en entendant son nom et à faire pression pour l'enlever de «leur jardin». Augustin Bonrepaux s'est même fendu d'une lettre rigolote au premier ministre.

L'ADET explique quels sont les dangers d'un déplacement de l'ourse Sarousse : «La période est délicate pour une translocation : Sarousse se prépare pour l'hiver en constituant des réserves de graisse. Elle a peut être aussi déjà repéré un secteur pour y établir sa tanière. La déplacer tardivement impliquera pour elle de rechercher rapidement un nouveau site de tanière, ce qui pourrait perturber son entrée en hibernation, notamment pour l'avenir des probables oursons qu'elle porte

Sarousse stagne depuis pas mal de temps à Camarade, une région ou Balou est aussi passé. «La présence d'ours dans ce secteur n'a rien d'anormal. Cette zone est classée en zone montagne, elle présente des massifs boisés importants et trés vallonnés. Rappelons que l'ours est un animal forestier plus que montagnard, même si les forêts de montagne constituent le dernier biotope où il trouve des conditions favorables.» ajoute Alain Reynes de l'ADET.

Déplacer Sarousse pose donc des questions. Le mieux serait qu'elle décide elle même de l'endroit où elle passera l'hiver. L'ourse Sarousse pourrait donner naissance à une portée d'oursons dans une tannière. Déplacer une mère à cette période pré hivernale est une menace pour cette portée éventuelle, l'ours ayant la capacité de stopper le développement des embryons en cas de circonstances défavorables: manque de nourriture ou de tannière par exemple. Une prise de risque inutile ?

Dans Echo Nature, Pascal Farcy prend une position favorable à la liberté des ours : «En Slovénie, leur lieu d’origine, ces ours vivent en moyenne montagne dans des forêts très denses, peu accidentées. En France, ce type d’espace étant 'colonisé' par l’homme, la place qui leur est dévolue est la haute montagne.

Si les précédentes réintroductions montrent que les nouveaux venus s’y acclimatent sans problème particulier, l’interventionnisme des autorités est révélateur de la volonté de les cantonner en un lieu précis. [NDLB : De la volonté de l'Etat ou des fortes pressions que certains politiciens lui font subir.] Or, on ne peut 'assigner à résidence' un animal sauvage dit en 'liberté', et ces ours bohèmes posent plus que jamais la question du degré de nature que nous sommes prêts à accepter dans nos sociétés modernes. Ceci dit, il ne reste qu’à espérer que ces animaux, qui n’ont rien demandé à personne, trouvent leur place et puissent retrouver la quiétude auquel ils aspirent… »

L'ourse Sarousse n'a pas fait de dégats dans les troupeaux ovins. Laissons la tranquille une fois pour toute...

Baudouin de Menten

Sources : AP, ADET, Echo Nature

Commentaires