Marc Saracino : Lettre à Bonrepaux, qu'il lira peut-être s'il a le temps...

Lettre ouverte de Marc Saracino, président de l'association des Amis du Film en Ariège à Monsieur Augustin Bonrepaux, président du conseil général de l'Ariège.

"Monsieur le Président, je vous fais une lettre ..." en réponse aux positions prises par le Conseil Général sur la culture mais aussi l'environnement et le sport.

Pour la première fois depuis 10 ans un élu intervient sur le contenu du festival en le sanctionnant financièrement pour délit d'opinion.

Votre lettre du 17 juillet 2006 qui signe la condamnation à mort du Festival Résistances est, en tous cas, significative du peu d'intérêt que vous portez à la culture lorsqu'elle n'est pas institutionnelle ou académique.

Après avoir essayé une première fois en 2005 de supprimer nos subventions, à l'époque j'ai du aller me prosterner à Serres sur Arget aux pieds du président de la commission culture du Conseil Général , Guy Destrem, pour qu'elles nous soient restituées; après avoir organisé l'inauguration du Casino de Ax les Thermes à la minute même où s'ouvrait le festival Résistances; votre désaccord sur la réintroduction des ours apparaît comme un bien pauvre prétexte pour justifier en 2006 de la suppression de nos subventions.

Notre différend avec les membres de l'ASPAP, association "anti-ours" satellite du Conseil Général, portait essentiellement non pas sur la présence de l'ours mais sur les méthodes utilisées à Arbas et à Massat par certains adhérents en uniforme et armés de gourdins de cette association. Ces faits, retransmis sur les chaînes de télévision, ont choqué plus d'un téléspectateur. Ils ont d'ailleurs été condamnés par les tribunaux.

Et sur ce point, toute tentative de nous donner des leçons de démocratie serait particulièrement mal venue.

En supprimant les subventions du festival Résistances vous participez directement à la censure des seuls débats libres et ouverts organisés en Ariège.

Nous avions choisi pour notre part de donner la parole aux militants de votre association.  Bien qu'ils n'aient pas été formellement invités, ils ont largement pu s'exprimer en tribune aux côtés de nos intervenants Farid Benhamou, Thierry de Noblens et Catherine Brunet. Lorsque la salle a ensuite eu la parole, les membres de l'ASPAP ont été les premiers à parler en  toute liberté, sans censure de notre part.

Par la suite lorsqu'ils ont conservé la parole, de manière déséquilibrée au regard des autres participants, je suis intervenu : les leçons de démocratie qu'ils nous récitaient étaient en effet très exactement à l'opposé de ce que j'avais vu à Arbas et à Massat.

Aussi, contrairement à ce que vous écrivez, nous ne leur avons refusé à aucun moment la parole ou un droit de réponse. Ce sont eux qui ont choisi, de leur propre initiative, de quitter avec fracas un débat qui ne leur était plus favorable. L'enregistrement sur [cine-resistances.fr] en témoigne.

Les contrevérités contenues dans votre lettre du 17 juillet  serviraient-elles à justifier votre désengagement du festival à moins d'un an des échéances électorales ?

S'agissant de l'environnement et plus particulièrement du réchauffement climatique, je suis surpris d'apprendre l'énormité des investissements réalisés pour l'aménagement de la station de ski de Bonascre (plus de 13 millions d'euros) et à celle de Guzet-Neige.

L'artillerie lourde des canons à neige ne parviendra jamais à compenser l'absence de neige. Les Ariégeois devront rembourser ces investissements pendant des années. Autant d'argent qui aurait pu être consacré à l'énergie solaire par exemple.

Comment se fait-il en effet que l'Ariège ait un tel retard sur la Catalogne ou le Danemark en ce domaine ? Comment se fait-il que l'Ariège ait un tel retard sur la mise en conformité de son réseau d'alimentation en eau potable? Que ce soit avec le nouveau syndicat départemental ou avec l'ancienne structure il reste en Ariège des dizaines de villages sans assainissement et sans eau potable, en particulier en Barguillière. Alors que la France est un pays riche, nous nous retrouvons dans une situation comparable à celle des pays en voie de développement.

La multiplication des projets de golf et la construction de nouvelles pistes de ski dans des zones qui souffrent déjà d'un manque criant d'eau parait relever, tout comme l'achat de dizaine de canons à neige, de la méconnaissance ou de l'aveuglement quant aux conséquences du réchauffement climatique.

Ces critiques ne sont pourtant pas nouvelles. Christian Bernadac soulignait déjà en 1980 la liste tragique des atteintes à l'environnement qui défiguraient les hautes vallées de l'Ariège.

Les sommes considérables investies pour la construction de salles de sports (Ferrières: 2.5 millions d'euros), pour l'organisation du Tour de France (1 million d'euros) ou pour les compétitions cyclistes, laissent à penser que vous préférez distraire vos électeurs avec les jeux du cirque plutôt que de leur donner accès à des films de Résistances comme 'Une vérité qui dérange' d'Al Gore ou encore à des débats allant à contre courant des idées reçues.

Pour autant, censurer l'événement culturel le plus important de l'Ariège, ne renforcera pas le parti politique dont vous êtes l'élu et le représentant.

Marc SARACINO, président de l'association des Amis du Film en Ariège.
Foix le 22 novembre 2006

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