Agriculture, alimentation, combustible et réchauffement de la planète

L'agriculture, victime et responsable du changement climatique, est au cœur du débat

Les scientifiques ont été divisés sur l'ampleur, voire l'existence même, du changement climatique. Il existe cependant un vaste consensus sur d'autres points: les activités humaines influencent le climat, les températures moyennes augmenteront d'environ 1°C d'ici 2030, et les impacts sur l'agriculture seront considérables.

La montée des températures intensifiera l'évaporation des plantes et du sol, aggravant les problèmes d'eau qui affligent déjà beaucoup des pays les plus chauds (et les plus pauvres). Les ennemis des cultures et les maladies pourraient s'intensifier dans certaines zones, de même que les maladies de l'homme qui menacent déjà les populations rurales. Les cyclones pourraient devenir un péril beaucoup plus important pour les communautés de pêche côtières.

Le mécanisme de la hausse de température est tout aussi aléatoire que son ampleur. L'augmentation sera vraisemblablement peu importante, même au sein des régions. L'Europe du Nord en est un bon exemple. Elle connaîtra, dans l'ensemble, un climat plus doux et une période de végétation plus longue, mais les pays qui tirent actuellement profit du Gulf Stream, le courant marin chaud des Caraïbes, pourraient perdre cet avantage - en totalité ou en partie - car les changements de température de l'eau affectent les mécanismes qui contrôlent son flux. L'Irlande, le Royaume-Uni et certaines parties de la France pourraient se refroidir.

Les perspectives du monde en développement sont tout aussi incertaines. Dans une étude de la FAO de 1996 sur l'effet du changement climatique sur la production céréalière, le meilleur scénario indiquait une baisse de 12 millions de personnes en situation de risque de famine d'ici 2060, mais le scénario le plus pessimiste suggérait une hausse de 300 millions d'affamés.

Pourtant, le réchauffement de la planète pourrait avoir certaines incidences positives. Etrangement, l'une concerne le dioxyde de carbone, ou CO2, le plus connu des gaz à effet de serre, qui accélère la croissance des plantes, composées partiellement de carbone.

La productivité de carbone a doublé au cours du dernier siècle, et quelque 10-20 pour cent de cette progression pourrait être due à l'effet sur la croissance du dioxyde de carbone. Ceci peut masquer une grande partie des effets négatifs du changement climatique sur l'agriculture d'ici à 2030. Les zones tempérées seront également favorisées par une plus longue saison de croissance. La hausse de la température de la mer pourraient avoir des effets imprévisibles sur les pêches, et de nouveaux ravageurs et maladies feront leur apparition, mais ceci ne devrait pas affecter outre mesure les pays tempérés.

Mais le véritable impact se situera dans les zones où la production alimentaire est déjà souvent marginale. Les pays en développement subiront la plus forte réduction de la production céréalière (environ 10 pour cent), selon l'étude de 1996 qui a conclu que les pays les plus durement touchés seraient les plus pauvres et les moins capables de réagir. D'autres études plus récentes confirment ces nouvelles peu réconfortantes.

Agriculture: victime ou responsable ?

L'agriculture est elle-même responsable d'environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre, essentiellement de dioxyde de carbone ou CO2.

Le dioxyde de carbone est absorbé dans l'atmosphère par les plantes et converti par la photosynthèse sous sa forme solide, le carbone, qui constitue la plante. Du point de vue du changement climatique, c'est ce qu'on appelle la fixation du carbone. Une autre forme de piégeage du carbone consiste à enfouir le dioxyde de carbone dans le sol, réduisant l'effet de serre. Mais lorsque la terre est labourée, le dioxyde de carbone est rejeté dans l'atmosphère.

Parmi les autres solutions, on peut citer l'agriculture sans travail du sol et l'agriculture de conservation, qui prévoient l'élimination des labours. Les agriculteurs laissent les résidus de récolte sur le sol pour le protéger du vent, encourager l'activité biologique et créer la matière organique. Ces techniques réduisent sensiblement les émissions de dioxyde de carbone. Les émissions mondiales de dioxyde de carbone en 2000, sans compter les émissions naturelles, ont avoisiné les 23 900 millions de tonnes. Bien gérées, les terres agricoles pourraient piéger environ 1 640 à 2 240 millions de tonnes de carbone. Aux Etats Unis, de meilleures pratiques agricoles pourraient fixer l'équivalent de près de 10 pour cent des émissions totales du pays.

Le 'mécanisme de développement propre' dans le cadre du Protocole de Kyoto (voir article en lien) permet aux pays les plus riches de compenser une partie de leurs propres émissions en finançant un développement 'propre' dans les pays moins nantis.

"Une gestion durable des forêts et des plantations et l'agriculture de conservation pourraient constituer de bonnes solutions ", indique Wulf Killmann, président du Groupe de travail inter-départemental sur le changement climatique. "La foresterie devrait compter parmi les premiers bénéficiaires du mécanisme. Les arbres emmagasinent beaucoup de carbone, de même que les produits ligneux. Mais l'agriculture a également un grand potentiel de fixation du carbone."

Pas seulement le carbone, l'agriculture est responsable de deux autres gaz à effet de serre

Le méthane est un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le dioxyde de carbone, et 40 pour cent du méthane dû aux activités humaines vient de l'agriculture. Une partie est rejetée lors de la décomposition de la matière organique dans les rizières inondées. Celle-ci pourrait diminuer au cours des prochaines années, grâce à une meilleure gestion et à des variétés de riz améliorées. Mais 22 à 27 pour cent des émissions mondiales de méthane viennent de l'élevage, et ces émissions sont censées augmenter.

L'hémioxyde d'azote provient de la décomposition des engrais, du fumier et de l'urine du bétail. L'agriculture est responsable de 80 pour cent des émissions de l'hémioxyde d'azote dues à l'homme. Ce chiffre peut être abaissé grâce à une utilisation plus efficace des engrais minéraux.

Biomasse: la question brûlante

La plus grande source d'émissions de gaz à effet de serre est constituée par les combustibles fossiles, pour la plupart liés à l'agriculture. Jusqu'à 20 pour cent des combustibles fossiles pourraient être remplacés à court terme par la biomasse que peuvent produire l'agriculture et la foresterie. "La biomasse correspond à tout matériel organique, non fossile, d'origine biologique, y compris les déchets agricoles, ligneux et animaux", explique Gustavo Best, Secrétaire du Groupe de travail inter-départemental sur le changement climatique. "Elle émet du carbone lorsqu'on en tire de l'énergie. Mais lorsqu'on cultive davantage, ce carbone est piégé en se transformant en matière végétale. C'est ce qui arrive aussi avec les combustibles fossiles, en théorie, si vous pouvez attendre quelques millions d'années."

On dispose désormais de l'énergie issue de la biomasse. Au Brésil, 6 millions d'automobiles roulent partiellement à l'éthanol dérivé de la canne à sucre. La Chine a déjà 10 millions de digesteurs de fumier qui donnent un combustible propre pour la cuisson et un engrais organique. Les combustibles ligneux constituent 6 pour cent de l'énergie primaire du monde, et dans les pays en développement, plus de 60 pour cent. Les graminées à croissance rapide, les oléagineux et les résidus agricoles constituent un potentiel énorme que le mécanisme de développement propre du Protocole de Kyoto pourrait encourager.

L'agriculture contribue au changement climatique. On dispose cependant des outils pour rétablir l'équilibre. Le tout est de s'y mettre.

source : www.fao.org

Commentaires