Toyal : malgré la grève de la faim du député Lassalle, rien n'a bougé

Les sommets blanchissent et les 2 800 habitants de la vallée d'Aspe sont toujours dans l'incertitude. Il y a plus de huit mois, leur député Jean Lassalle (UDF) s'était mis en grève de la faim pendant trente-neuf jours sur un banc de l'Assemblée nationale, à Paris. Il s'opposait à l'extension en dehors de sa circonscription de l'usine Toyal, principal employeur de la vallée. Mais depuis la fin de sa grève de la faim, le 14 avril, après qu'un protocole d'accord a été signé à l'initiative du ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, rien n'a bougé. Ou presque.

A l'époque, en pleine crise du contrat première embauche et de rivalité sur l'emploi avec Dominique de Villepin, M. Sarkozy avait tranché en faveur du député béarnais (Le Monde du 24 avril). Il obligeait alors Toyal, producteur de pigments d'aluminium, à réaliser les travaux d'extension de son entreprise sur son site actuel d'Accous. Le groupe japonais devait renoncer à investir les terrains de Lacq, à 65 kilomètres de là, comme il l'envisageait initialement.

Aujourd'hui, les négociations sur cet accord, signé in extremis, patinent. Le coût global de l'opération fait débat. L'usine est encaissée entre deux pans de montagne au bord d'une rivière. Pour que le site agrandi soit fonctionnel, une colline va devoir être totalement déblayée afin de construire une route privée. Un budget de "six millions d'euros", estime Hervé Lelièvre, président de Toyal Europe. "Quatre millions", rétorquent l'Etat, la région, le département et la communauté de communes, principaux bailleurs de fonds du projet.

Au printemps, la direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement a par ailleurs découvert que l'usine Toyal n'était pas aux normes Seveso 2. L'entreprise a juré qu'elle allait faire le nécessaire : quatre millions d'investissements. Pour le département, cela impose de mettre en place un vaste système de sécurité, notamment avec les pompiers : un million d'euros supplémentaires.

Montage financier

Après des mois de négociations, le montant des participations respectives de chacune des institutions n'est toujours pas officiellement arrêté. Le conseil général et le ministère de l'intérieur évoquent un système où, avec la région, ils paieraient chacun 30 % des coûts. Mais le président du conseil régional d'Aquitaine, Alain Rousset (PS), proche de M. Lelièvre, a expliqué au Monde qu'il demandait une participation de l'Etat à hauteur de 50 %.

La viabilité du montage financier est aussi hypothéquée à cause de la législation européenne en matière de concurrence. Celle-ci interdit qu'une entreprise privée reçoive des subventions publiques pour un montant supérieur à 15 % de ses investissements. Un argument que minimise Matthieu Louvot, conseiller technique au cabinet du ministre de l'intérieur : "Il y a un petit doute, mais on pense que ça peut passer."

Devant la lenteur des négociations, Toyal se dit inquiète de son avenir économique. L'entreprise estime qu'à compter de mars 2007, elle perdra 100 000 euros de marge par mois si les travaux ne sont pas achevés. M. Lelièvre indique ne pas vouloir s'engager dans une démarche "illégale". L'usine se situe en sus à quelques mètres d'une zone protégée Natura 2000. L'ampleur des travaux à effectuer alors que l'entreprise est classée Seveso 2 l'interroge. M. Lassalle et ses partisans jugent malgré tout que le dossier "avance bien". Mais au ministère de l'intérieur, on retire discrètement ses billes. "On a un peu signé à l'aveuglette sur un coin de table", reconnaît Matthieu Louvot. "Honnêtement, si c'était à refaire, ce n'est pas comme ça qu'on s'y prendrait, ajoute-t-il. Il faut aussi maintenant que M. Lassalle prenne ses responsabilités." M. Lassalle, lui, dit au sujet de sa grève de la faim : "Un artiste ne refait jamais deux fois le même numéro."

Source : Elise Vincent dans Le monde du 23/12/06

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