Paul Géroudet, Augustin Bonrepaux, l'ours, le gypaète et les réintroductions. Cherchez l'erreur

Paul Géroudet

Paul Géroudet est un ornithologue suisse de langue française, né en 1921 et décédé à Genève le 23 novembre 2006 des suites d’une double-pneumonie à l’âge de 89 ans. Paul Géroudet fut le plus grand ornithologue du monde francophone du XXe siècle.

La passion de Paul Géroudet pour la protection de la nature date de son adolescence. Il s’inscrit alors à la ligue suisse pour la protection de la nature ainsi qu’à la société ornithologique romande. Paul Géroudet fréquente assiduement la bibliothèque du Museum d’histoire naturelle de Genève.

Autodidacte dans le domaine de l'ornithologie, il commence à travailler dans l’enseignement comme instituteur et collabore à la revue de la société ornithologique romande «Nos oiseaux». Paul Géroudet en devient le rédacteur en chef en 1939 alors qu’il n’a pas encore 22 ans et aucun diplôme scientifique. Il le restera à la tête de la revue jusqu'en 1994.

Paul Géroudet, naturaliste et écrivain, ornithologue et écologiste est l'auteur de nombreux ouvrages de référence parus aux éditions Delachaux et Niestlé. Tous les naturalistes du monde francophone possèdent chez eux au moins un livre de Paul Géroudet. Son sens de l'écriture donnera à ses ouvrages, en complément du fond scientifique indiscutable, un ton et une expression poétique qui en fait un auteur unique dans la littérature ornithologique.

Militant de la première heure, Paul Géroudet eut une action prépondérante en dehors de son pays, et notamment en France, pour la protection des oiseaux. Son nom est mythique pour des générations d’ornithologues et il est à l'origine de centaines de vocations. Sans doute personne ne savait mieux que lui écrire sur les oiseaux, mêlant rigueur scientifique et poésie.  Paul Géroudet confiait que le devoir de sa vie avait était la protection de la nature. Paul Géroudet se disait être, parce que de nationalité suisse, un «passeur» entre les frontières : passeur de connaissances, passeur de passion et passeur d’espoir. Il s’émerveillait devant la «diversité époustouflante du monde des oiseaux». Paul Géroudet fut le  premier à traduire en français les cris et les chants des oiseaux par des syllabes et des onomatopées.

Paul Géroudet ornithologuePaul Géroudet racontait aussi, comprenant très jeune la nécessité de protéger les oiseaux : «La première des décisions que j’ai prises fut d’adhérer à des associations. Il m’a semblé que c’était un devoir indiscutable.» Il fut, avec Michel et Jean-François Terrasse, l’un des fondateurs du Fonds d’Intervention pour les Rapaces (FIR), qui milita pour faire voter puis appliquer la loi de protection de la nature de 1976.

Quand on lui demandait que faire pour que la protection de la nature devienne une véritable préoccupation pour nos sociétés occidentales, il répondait avec optimisme : «C’est un très long travail et je trouve que nous avons déjà gagné beaucoup de terrain. La seconde partie du xxe siècle a été extraordinaire de ce point de vue : le rythme du progrès dans les lois, dans les esprits ! On a réalisé des protections remarquables. Ce n’est pas suffisant, bien sûr. La fréquence des sujets traités par les médias sur l’environnement augmente d’une façon formidable. Et cette croissance a une certaine influence. Evidemment, on accordera beaucoup plus d’importance à l’élection d’une reine de beauté, mais cela a toujours été ainsi ! Il faut aussi avoir une certaine considération pour le caractère humain, tout simplement, et la diversité des hommes

Photo Laurent Vallotton, Muséum de Genève

Le Gypaète et l'ours : le coup de pouce de l'homme, réparateur de ses propres erreurs

Hommage à Paul Géroudet par Patrick Pappola.

La générosité altruiste  contre la mentalité du « combien ça coute ? »

Paul Géroudet est mort le 2 novembre 2006. Cet instituteur suisse laisse derrière lui un monument de l'ornithologie. Avec Robert Hainard, Maurice Blanchet, Gilbert Amigues, Maurice Blanchet, les frères Terasse et d'autres, is a été le pionnier de l'idée qui consiste à restaurer la nature après des décennies de pillage et de destruction.

Rendons hommage à l'œuvre généreuse et à la pensée de Paul Géroudet qui résume très bien l'état d'esprit de ce mouvement audacieux et optimiste dont nous sommes tous les héritiers. On ne peut s'empêcher de penser à l'ours des Pyrénées et aux bâtons dérisoires que les Bonrepaux et autres Lassalle d'une autre époque, cherchent à leur mettre dans les pattes quand on relit Paul Géroudet a propos des premières phases du programme de réintroduction du gypaète dans les Alpes.

« Pour ma part, j'estime que le rachat d'une erreur humaine n'est jamais trop coûteux, surtout en considération des dépenses exorbitantes affectées à maints engins guerriers et destructeurs. Notre utopie était de rendre aux montagnes le vol silencieux des grands oiseaux. Elle est certes onéreuse, mais si peu à côté de la folie rugissante des avions de combat !

De plus, la réhabilitation du Gypaète dans les Alpes s'avère un extraordinaire exemple de coopération internationale à but non lucratif et c'est aussi une expérience d'un grand intérêt scientifique. Elle nous offre encore une raison de croire en la puissance de la vie dans toute sa diversité. Enfin, n'est-il pas réconfortant que les hommes puissent démentir les prophètes du malheur et de l'échec ?

J'avais pris le parti de l'utopie et j'ai le plaisir exceptionnel de voir mon rêve se réaliser. A tous ceux et celles qui, à mes côtés, à ma suite ou dans la vaste confrérie, ont relevé le défi, j'exprime ma reconnaissance du plus profond de mon coeur. »

Paul Géroudet - Genève, janvier 1992 et Aout 1999 - « Le Phénix renait de ses cendres », extrait de « Le Gypaète barbu » de Jean François Terasse (Delachaux et Niestlé, 2001)

Le parallèle avec le coût de la réintroduction de l’ours

Augustin Bonrepaux et Jean Lassalle ont mis sur pied des commissions d'enquêtes parlementaires pour connaître le coût de la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées. Ils découvriront qu'il ne représente que 0,0004 % du budget de notre pays. (Lire « Coût de la réintroduction des ours. Augustin Bonrepaux gesticule dans l'indifférence générale.»)

L'audace des pionniers, notre précieux héritage

Voilà comment Paul Géroudet décrit la force qui a poussé les naturalistes du XXème siècle à agir pour reconstituer la nature que l'homme s'échinait à dévorer pièce après pièce, jour après jour. Là encore, le parallèle saute aux yeux avec les ultrapastoraux et leurs réseaux politiques, médiatiques et syndicaux qui ont cherché à faire échec aux lâchers de 5 ours cet été dans les Pyrénées. Les portraits de certaines tristes figures apparaissent en filigrane...

« En ce temps là, le monde des oiseaux était si méconnu de mon entourage humain que mon goût hérétique s'en exaltait. J'entendais dire : "... une bizarrerie de jeunesse, ça lui passera...". Mais comme je partageais l'hérésie avec quelques amis pas plus honteux que moi, nous cultivions ensemble la ferveur et le respect pour la vie sauvage.

Cette inconvenance nous rendait contestataires à l'égard de notre propre espèce à mesure que, sous nos yeux, les merveilles que nous aimions recevaient des coups : la rivière du martin-pêcheur canalisée, le marais brûlé ou couvert d'ordures, le verger de la chouette arraché... Il était des méfaits plus graves : les hérons, la plupart des rapaces diurnes et la loutre, entre autres "nuisibles", étaient férocement pourchassées.

Nos belles montagnes, célébrées par les chorales de villages avaient perdu l'ours, le lynx, le gypaète, et l'on ne se souvenait plus du castor. Une lueur d'espoir pourtant : le bouquetin, jadis exterminé, commençait à prendre pied, ici ou là, grâce à des réintroductions : une nouveauté ! Le tour des autres espèces pouvait-il venir ? Nous évoquions cette utopie exquise sans beaucoup d'illusions. Toutefois,  nous n'avions pas le pessimisme de certaines augures consacrés qui prédisaient la disparition inéluctable des espèces "à bout de souffle", des animaux impropres à la domestication ou inutiles à l'homme.

La crétinerie délirante de l'anthropocentrisme nous faisait horreur. La réaction se préparait, mais le terrain devait être plus accueillant. D'autres que nous y avaient déjà travaillé. Le mouvement de sauvegarde de la nature (je préfère ce terme à protection et conservation) progressait lentement depuis le début du siècle, arrachant des concessions minimes tout d'abord, à la mesure de sa faiblesse. Au cours des décennies, d'innombrables dévouements ont néanmoins renforcé son audience et son efficacité.

Informer et convaincre le public et ses élus, combattre les inerties, les malveillances et les intérêts matériels ; lutter pour obtenir les meilleures lois, des territoires protégés, sauver des milieux naturels et des animaux proscrits...

Il a fallu progresser petit à petit, avec des moyens modestes, à l'encontre des idées reçues. Sans cette longue persévérance, où en serions-nous aujourd'hui ? Si l'on a pu songer à libérer des gypaètes dans les Alpes, à rendre le castor à des rivières et le vautour fauve à son fief ancestral des Causses, c'est que les conditions d'espérer avaient été créées au prix d'efforts multiples ».

Paul Géroudet - Genève, janvier 1992 et Aout 1999 - « Le Phénix renait de ses cendres », extrait de « Le Gypaète barbu » de Jean François Terasse (Delachaux et Niestlé, 2001)

Pour le retour du Gypaète, mais aussi, du castor, de l'ours, du lynx

Paul Géroudet et les naturalistes pionniers qui composaient son entourage imaginaient le retour de chacun des éléments qui constituaient il y a peu la faune européenne dans son ensemble. Il est significatif de constater que ce sont les mêmes qui ont été à l'origine des principales réintroductions (ou renforcements de population) de ces dernières années ! Nous devons vraiment énormément à ces précurseurs.

« Ici, de nouveau, paraît Robert Hainard. Entre bien d'autres réflexions prophétiques, notre vieil ami s'est fait l'avocat des réintroductions pour que la faune originelle soit restaurée. Il a trempé dans celle du castor, inspiré celles du lynx et du bison, et si l'ours et le loup font hésiter, ce n'est pas de sa faute. Le gypaète qui couronnait jadis la faune alpine, n'a pas manqué de la fasciner.

En Gilbert Amigues, ingénieur des Eaux et Forêts, devenu responsable officiel de la faune en Haute Savoie, l'idée trouva l'écho providentiel, l'initiateur et promoteur du premier projet concret. En 1972, quand Gilbert Amigues sollicita mon concours pour étudier le cas du gypaète, il sut dissiper mes réticences helvétiques et m'engagea dans l'aventure à titre de conseiller. »

Paul Géroudet - Genève, janvier 1992 et Aout 1999 - « Le Phénix renait de ses cendres », extrait de « Le Gypaète barbu » de Jean François Terasse (Delachaux et Niestlé, 2001)

Agir contre vents et marées ou contribuer passivement au déclin

Avant le Gypaète, cette équipe de pionniers, les frères Terrasse cette fois, ont tenté le pari fou pour l'époque du retour du vautour fauve dans les Causses. A travers le récit de cet exploit (toujours sous la plume de Paul Géroudet), on mesure l'importance du sillon qu'ils ont tracé, pour le vautour, mais aussi, pour le gypaète, le lynx ou l'ours ! Et surtout, on mesure à quel point il a été important d'agir, malgré l'adversité et les prophètes de mauvaise augure. L'importance de l'action ! C'est à ce prix que le ciel des Causses a retrouvé une grande part de vie. Toujours à lire en pensant très fort à l'ours...

« A leur tour, Jean François et Michel Terrasse, passionnés de rapaces, bravèrent les critiques pour réintégrer le vautour fauve dans le Massif Central : un défi d'envergure ! Dans les coulisses, les cassandre trouvaient scandaleux d'offrir des cibles aux gâchettes faciles, illusoire de prétendre créer une colonie viable avec des sujets sortis de volière,  leur inexpérience les condamnerait à se perdre en errances lointaines, donc à périr ou à demeurer, tels des volailles, dans la dépendance des nourrissages.

Au surplus, l'espoir de constituer par cet artifice un noyau de population libre et autonome était pratiquement nul, si l'on considérait la période d'immaturité et la lenteur de la reproduction. Avait-on bien mesuré l'énormité d'un effort soutenu sur plus d'une dizaine d'années, la dépense à engloutir dans l'aventure, sans parler de l'opinion publique régionale, jugée hostile ou réfractaire, qu'il fallait nécessairement convertir ?

Malgré toutes les objections et tous les risques qui étaient réels, la fabuleuse entreprise a pris son essor, nous connaissons sa réussite. Aujourd'hui, vingt-deux ans après les modestes débuts de 1970, des vautours fauves planent dans le ciel des Causses ; ils construisent des aires dans leur colonie des gorges du Tarn et de la Jonte, pondent des oeufs, élèvent des jeunes. »

Paul Géroudet - Genève, janvier 1992 et Aout 1999 - « Le Phénix renait de ses cendres », extrait de « Le Gypaète barbu » de Jean François Terasse (Delachaux et Niestlé, 2001)

Des débuts difficiles pour le gypaète dans les Alpes

Ainsi, le succès du vautour fauve pouvait légitimement donner des ailes aux acteurs de la réintroduction du gypaète dans les Alpes. Mais une telle opération ne fut pas aussi simple que prévu et il a fallu beaucoup de persévérance à l'équipée pionnière pour mener à bien un projet dont les premières idées connues remontaient aux années 1920 ! Des difficultés importantes vinrent compromettre les premières tentatives.

Encore une fois, l'histoire de la réintroduction du gypaète relativise considérablement les quelques errements des ours lâchés cet été (recapture de l’ours Balou et de l’ourse Sarousse, mort de l’ourse Palouma) : ces difficultés sont somme toute tout à fait naturelles pour ce genre de projets d'envergure et les soucis qu'ont pu poser nos ours lâchés cet été ne sont rien par rapport à ce qui attendait les responsables du retour du gypaète !  Retrouvons la plume de Paul Géroudet.

« Notre première réunion de travail eut lieu le 15 juin 1973 à Chamonix, où quelques intéressés de France, d'Italie et de Suisse confirmèrent leur volonté de tenter l'expérience dans ces trois pays ; la Haute Savoie assumerait la première phase pilote. L'arrivée en octobre de quatre oiseaux achetés au zoo de Kaboul, leur installation en décembre dans une vaste volière proche du Petit-Bornand, un premier décès par aspergillose [un champignon s'attaquant aux voies respiratoires et présent dans la paille des volières ] en février 1974, une évasion en août ... puis d'autres déboires ne nous furent pas épargnés et il semblait pour finir que nous avions échoué. Néanmoins, deux des sujets libérés survécurent plus d'un an, selon des observations provenant de la région de Sixte et de la vallée d'Aoste ; nul ne sait s'ils vivent encore.

Rétrospectivement, je me rends compte que notre connaissance des problèmes était encore insuffisante, que nous n'avions pas choisi la meilleure méthode pour acclimater et libérer les oiseaux, enfin que les gypaètes eux-mêmes et leur santé réservaient à notre inexpérience de cruelles déceptions. Nous avons donc "essuyé les plâtres". Au-delà des critiques, cette déconvenue n'en a pas moins déclenché une dynamique, sur une base beaucoup plus large et fortement organisée.

Le nouveau départ décidé en novembre 1978 lors d'un symposium à Morges, fut un projet de grande envergure, associant notamment l'UICN, le WWF International et la Société zoologique de Francfort. L'adhésion de l'Autriche fut inestimable, car le zoo d'Innsbruck ayant obtenu la reproduction de l'espèce (de même que celui de Le Vaud plus tard), un plan d'élevage était mis en oeuvre à Vienne. Le programme fut donc basé entièrement sur des reproductions en captivité, ce qui impliquait une recherche des adultes captifs un peu partout en Europe, des identifications de sexes, des appariements et des installations adéquates. C'est seulement après cet énorme travail et dès que l'on disposait de jeunes gypaètes en nombre suffisant que des libérations étaient envisagées, en deux lieux sélectionnés et selon une méthode bien mise au point. Tout ceci a duré des années, mobilisant un grand nombre de collaborateurs et diverses institutions, entre autres un centre d'information et de coordination à l'université de Zurich et un bureau d'études écologiques (FORNAT).

Il a donc fallu attendre 1986 pour que les trois premiers juvéniles prennent leur vol dans le Rauristal en Autriche. Tout s'était bien passé, l'opération fut aussi engagée en 1987 dans les préalpes de Haute Savoie (...).»

Paul Géroudet - Genève, janvier 1992 et Aout 1999 - « Le Phénix renait de ses cendres », extrait de « Le Gypaète barbu » de Jean François Terasse (Delachaux et Niestlé, 2001)

Une réussite pour les hommes d'aujourd'hui et de demain

Après les boires et déboires des premières années, l'abnégation, la persévérance et l'action ont fini par payer. Et comme pour chacune des réintroductions ou sauvetages de populations d'espèces menacées, cette œuvre vaut pour le bonheur de tous ceux qui aujourd'hui ou demain croisent et croiseront à nouveau la majestueuse silhouette du gypaète dans les Alpes.

« (...) Aujourd'hui [1992], plusieurs dizaines de casseurs d'os rôdent dans les Alpes,  sans la tutelle des parents, restés en volière pour la procréation, ils se sont adaptés à la liberté, à la montagne et à son climat. Ils savent d'instinct trouver les os et les briser, ils supportent les hivers. On a donc l'espoir qu'ils se fixeront, s'apparieront et donneront naissances à de véritables gypaètes alpins. Cela n'ira pas tout seul car le barbu n'est pas toujours heureux en ménage et ne réussit pas du premier coup sa progéniture. Attendons avec confiance et patience...

J'écrivais ces lignes en janvier 1992, ne sachant alors si les espoirs attachés à ces oiseaux seraient finalement exaucés. Il fallait encore attendre. Le réseau des observateurs disséminés sur tout le massif alpin suivait les errances et les séjours des jeunes gypaètes. Chaque année, plusieurs recrues nées en captivité étaient portées vers leurs premiers vols en liberté.

Où et quand les plus âgés adopteraient-ils un territoire et formeraient-ils des couples aptes à se reproduire ? La première promesse surgit en Haute-Savoie, dans les montagnes où l'essai initial avait été tenté. Cette fois, le succès a couronné notre longue attente : après un début hésitant, les deux gypaètes ont retrouvé les rites ataviques, les savoirs des ancêtres, tout ce qu'exige la perpétuation de leur espèce.

En ce mois d'août 1999, ce couple veille sur le troisième des jeunes qu'il a élevé successivement depuis 1997, dans l'âpre liberté de la montagne. Ailleurs dans le massif alpin, d'autres couples se sont cantonnés et ont niché avec des échecs ou des succès que l'on surveille de près.

Ainsi se trouvent justifiés les espoirs hasardeux des débuts et des années d'efforts persévérants. Nous savons que l'aventure ne s'arrêtera pas là car la création d'une population alpine de gypaètes barbus viable à long terme exigera encore beaucoup. Est-ce vraiment trop cher d'assurer l'avenir d'une espèce aussi fascinante ? »

Paul Géroudet - Genève, janvier 1992 et Aout 1999 - « Le Phénix renait de ses cendres », extrait de « Le Gypaète barbu » de Jean François Terasse (Delachaux et Niestlé, 2001)

Réintroduire le gypaète dans les grands Causses

En 2005 (les données de 2006 ne sont pas encore publiées), l'arc alpin compte 16 territoires occupés par le gypaète, 9 couples reproducteurs et 7 jeunes (dont 4 en France) ont pris leur envol. Tout ceci grâce à la réintroduction.

Bilan sur les deux populations originelles :

  • Les Pyrénées  (françaises) comptent 25 couples (contre 18 en 1995) qui ont donné 9 jeunes à l'envol.
  • La Corse compte 5 couples qui n'ont donné aucun jeune en 2005.

Selon Jean François Terrasse (Rapaces de France N°8 de janvier 2006), « Ces trois noyaux sont encore isolés les uns des autres et il importera dans l'avenir de créer des ponts pour reconstituer des échanges génétiques indispensables. »

L'avenir ? Un projet de réintroduction du gypaète barbu dans les Causses. Selon Michel Terrasse, « Le brassage génétique possible qui suivrait ne pourrait (...) que garantir un peu plus l'avenir de cette espèce dans l'Europe toute entière.» (...) Il ajoute : « Moi qui ai eu la chance de figurer parmi ces cinglés qui rêvaient de revoir les grandes silhouettes tracer leurs paraboles dans ces falaises, j'avoue que j'aurais bien d'autres raisons de rêver au retour du fabuleux casseur d'os. Robert Hainard parlait de plénitude de la nature comme l'un de ses objectifs les plus ardents dans sa quête passionnée du sauvage. Ce monde "plein", qu'il nous a fait redécouvrir et aimer, ne l'est pas tout à fait dans les Grands Causses, tant qu'il y manque la silhouette élancée du gypaète barbu. (...) ».

Chapeau bas aux pionniers !

Patrick PAPPOLA

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